‹ Musée de l'Ermitage impérial. Notice sur la formation de ce musée et description des diverses collections qu'il renferme avec une introduction historique sur l'Ermitage de Catherine IIChapitre 229 sur 304 · RHYTON en argent · texte numérisé non relu

RHYTON en argent

Le vase à boire nommé rhyton est bien connu. Il offre les formes les plus diverses, très-souvent celle d’une corne. souvent d’une tête d'aigle, de sanglier, de Pégase, etc. Il y en a dix-sept dans la collection des vases peints (salle XID,. C'étaient des coupes de festin. Ces vases sont ordinairement percés d’une petite ouverture sur laquelle on appliquait le doigt, quand on remplissait le vase, et qu’on laissait libre ensuite, pour que la liqueur en découlât.

Celui-ci, travaillé au repoussé et ciselé, offre une tête de jeune taureau, dont les cornes sont à peine naissantes, et dont tous les détails, travaillés d’après nature, sur une échelle réduite, sont d’une grande vérité.

Les figures humaines représentées sur le col de l’animal, semblent exécutées d’après le souvenir, et dans un style primitif de tradition, un peu conventionnel, à une époque où l’art avait déjà assez progressé, pour reproduire fidèlement la nature dans le corps des animaux; mais où dans la représentation du corps humain, il suivait de mémoire un type traditionnel. On sait que ce fut le génie de Phidias qui rejeta hardiment cette tradition, pour rendre, d’après la nature, les figures humaines.

| On pourrait d'après cela en conclure que ce rhyton est l’œuvre d’un artiste qui aurait brillé un peu avant Phidias, à l’époque où l’art allait recevoir de ce maître fameux sa complète expression, mais où il produisait déjà des œuvres d’une grande beauté; et que c’est celle peut-être d’un de ces artistes qui, comme Myron (sculpteur grec célèbre, du 5° siècle avant J. C.), excellaient dans la représentation des animaux,

Une double scène est figurée sur ce vase.

Premiére setne.

Un homrme, les cheveux hérissés. le glaive en main, emporte un enfant qu'il paraît vouloir immoler sur un mopurnent funéraire, qui se voit dens le fond. L’innocente créature tend les bras, en se retournant, vers la femme à laquelle 11 vient d’étre arraché. et dont la figure exprime Ja stupéfaction. |

Seconde seène.

L'homme paraît affaissé sous l'impression de l’acte qu’il vient de commettre. Il tient, de la gauche, le fourreau du glaive et semble avoir voulu y remettre l’arme fatale. La figure de femme, à droite, est bien la même que dans la scene précédente. Elle a saisi le bras gauche de l’homme, sans qu'on puisse préciser si elle le contient ou si elle le soutient. La seconde figure de femme, vêtue, comme la première, d’un chiton, soutient bien évidemment, de la main gauche, l’homme défaillant; et son expression est plutôt celle de la pitié et d’une compassion affectueuse.

Peut-être avons nous sous les yeux le sacrifice d’un eufant, tel que l’ordonnaient les lois d’un culte religieux sanguinaire, comme celui de Baal-Moloch chez les Phéniciens; culte qui imposait aux assistants, lors même que c'étaient les parents de la victime, le devoir de ne manifester qu’un sentiment de joie.

Peut-être aussi avons-nous sur ce vase la reproduction d'une des scènes les plus touchantes qui se rattachent à la destruction de Troie, celle de Polydore, le plus jeune des fils de Priam, qui, suivant quelques auteurs, avait été confié dans son enfance, avec de grandes richesses, à Polymestor, roi de Thrace, beau-frère de Priam, qui égorgea l'enfant ct s’appropria les trésors. Hécube se vengea, en crevant les ycux à Polymestor.

La première scène offrirait celle du crime; la seconde celle de la vengeance.

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