‹ Musée de l'Ermitage impérial. Notice sur la formation de ce musée et description des diverses collections qu'il renferme avec une introduction historique sur l'Ermitage de Catherine IIChapitre 230 sur 304 · JATTE et autres vases · texte numérisé non relu

JATTE et autres vases

Tous les objets depuis N° 524. sont en argent.

Sur la stèle, placée entre les Obélisques 24 et 25, on a exposé, sous une cloche en verre, un des vases peints les plus précieux de la collection de Kertch. 107. VASE à une anse (45.46).

Il offre une belle scène du cycle mythologique des

Arimaspes et des Griffons, ces derniers, gardiens de dépôts d’or contenus dans les monts Rhiphées, qu'ils défendaient contre les attaques des Arimaspes; scène probablement reproduite d’après le poème perdu d’Aristéas.

C’est un tableau de chasse, exécuté, en grande partie, en relief doré et peint de couleurs différentes, formé de six groupes de chasseurs, couverts de vêtements barbares, distribués en deux rangs, l’un au-dessus de l’autre. Deux des principaux personnages sont, l’un à cheval, l’autre sur un char traîné par deux chevaux fougueux. Le nom du premier est Aérokomas [Acpoxomaç]; le nom du second, Daréios [Aapeice]. De chaque côté d’Aérokomas on donne la chasse à un griffon. À gauche, on remarque deux Arimaspes dont le principal se nomme Aframis [’Atoauts]; à droite, trois autres Arimaspes, parmi lesquels le plus distingué porte le nom de Seisamés [Setoaunç]. L'un des griftons est particulièrement remarquable, par une tête de lion ornée de grandes cornes.

Dans le rang supérieur, derrière Daréios, deux hommes, dont le premier est nommé Eurualos [Evpuahoç], frappent un sanglier arrêté par un chien. En avant, trois autres Arimaspes s'occupent à retenir un autre chien qui “’efforce de leur échapper.

Tous les Arimaspes sont conformés comme jouissant de deux yeux, quoique les poètes ne leur en attribuent qu'un. C’est une preuve du tact fin et délicat des artistes anciens, qui rejetaient tout ce que la fantaisie des poètes avait imaginé contre les règles du beau pittoresque et plastique, et qui représentaient aussi les Amazones avec deux mamelles, bien que tous les auteurs soutiennent qu’elles s’en brûlaient une.

Le lieu de l’action est indiqué par un grand palmier, par deux trépieds posés sur de hautes colonnes, imitant la tige du sy/phium, et par deux lauriers.

Parmi les ornements qui embellissent ce vase, le plus

intéressant est la petite frise exécutée au-dessus du col, en relief doré. On y distingue, trois fois répétée, la Victoire conduisant un bige et accompagnée d’un guerrier tirant de l'arc. Entre ces trois groupes deux autres sont interposés, représentant des combats, l’un soutenu par Minerve et Hercule contre un géant, l’autre par deux héros, peutêtre Thésée et Pirithoüs, contre un Centaure.

On reconnaît dans ce magnifique vase le style du 3° ou du 4° siècle avant notre ère, ce que prouve la forme des lettres des premières inscriptions et celles de l’inscription placée sur le col du vase:

Æevdpavtos Éémoinoe Adnvlatoc] :

Xénophantos d'Athènes a fait [ce vase].

Cette dernière atteste que ce vase est l’œuvre de Xénophante, antiste athénien, inconnu d’ailleurs, mais fort remarquable, en ce qu'il est l’unique peintre de vases dont la patrie soit indiquée.

Si cet artiste a nommé sa patrie c’est, peut-être, parcequ'il avait quitté Athènes et demeurait dans la Chersonèse Taurique, 6ù il voulait constater son origine, en exerçant son art et choisissant des sujets qui avaient le plus d'intérêt pour les habitants de ce pays. À Pappui de cette conjecture, on peut citer aussi la tête de lion, ornée de grandes cornes, attribut ordinaire des griffons sur les monnaies de Panticapée, mais très-rare sur les monuments d'autre provenance.

Cette armoire, fermée de grandes glaces, contient un monument unique.

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