‹ Musée de l'Ermitage impérial. Notice sur la formation de ce musée et description des diverses collections qu'il renferme avec une introduction historique sur l'Ermitage de Catherine IIChapitre 231 sur 304 · CERCUEIL · texte numérisé non relu

CERCUEIL

Les frises et les ornements sont en bois d'if, avec plaques et bordures de marqueterie, d’une exécution superbe. C’est, sans aucun doute, le plus ancien ouvrage de menuiserie qui existe; car le grand style de ses ornements, et

surtout de ses figures sculptées, indique le 4° siècle avant notre ère.

(Ce ne fnt qu'avec des précautions infinies, qui furent couronnées de succès, que l’on parvint, dans l’année 1851, à transporter de Kertch ces précieux débris).

Ce cercueil forme un carré long. L’un des petits côtés manque, presque en entier; mais le côté correspondant offre trois panneaux, dont celui du milieu présente, pour motif d’ornementation, des rinceaux avec palmettes et campanules, d'un goût exquis. Ceux de gauche et de droite offrent la figure de Junon-Reïne, vêtue d’un long chiton et d’un himation très-ample, la gauche appuyée sur un long sceptre; et celle d’Apollon, couronné de laurier, la main gauche cachée dans les plis de son himation, la droite tenant une branche de laurier. Les draperies sont du plus grand style.

Il est à croire que le côté opposé avait trois panneaux, correspondant à ceux-ci, dont ceux de droite et de gauche offraient, vraisemblablement, les figures de deux autres grandes divinités, peut-être celles de Jupiter et de Minerve. Ces panneaux étaient entièrement recouverts d’une feuille d’or appliquée au pinceau. Il en reste des traces bien visibles.

Feu M' Fischer (le botaniste) a constaté que les parties sculptées de ce cercueil sont en bois d’if ({axus baccata) de différents âges. Ainsi les grandes bordures d’oves sont d’un bois plus serré, et par conséquent plus vieux, que celui des baguettes simulant des fils de globules.

Les panneaux en marqueterie des grands côtés étaient encadrés dans des baguettes pareilles, dont il reste assez de fragments, pour donner l’idée de l’ensemble que devait offrir ce côté du cercueil. Entre les grandes bordures d’oves règne nne zône ornée de petits caissons, peints en vert et en rouge. Les caissons de la bordure supérieure sont peints en rouge et en brun.

Les anciens paraissent avoir assimilé l’if au cyprès, car ils lui donnaient la même signification funéraire, et le considéraient comme un arbre consacré à l’enfer:

Est via declivis, funesta nubila taxo; Ducit ad infernas per muta silentia sedes (Ovide).

L’if est,encore aujourd’hui, consacré aux cimetières, dans quelques parties de la Suisse, en Angleterre et en Ecosse. On sait que son bois est admirablement propre à être sculpté, et qu’il est, en quelque façon, incorruptible, ce que le bon état de ces sculptures indique assez. Il est qualifié comme tel, en russe (Herniiouee J1epeBo).

Sous la base de ce grand cercueil le visiteur remarquera une planche peinte en rouge. C’est un des débris du cercueil dont il est fait mention plus haut (voyez Montre- Armoire 5, page 215). Une autre planche de ce cercueil, également peinte en rouge, est déposée dans l’intérieur du grand cercueil, avec d’autres fragments de cercueils dont quelques-uns offrent des frises sculptées, d’un trèsbeau travail (84.3. a.b.c.d.e.f.).

Au coté droit de cette armoire, on a placé trois planches (84. 1).

Ce sont les débris de ce que Dubrux appelait le catafalque de la Reine, qui avait été brisé par la chûte du plafond du caveau du Koul-Oba. ‘)

Il est à croire que ces débris, qui, à l’ouverture du tombeau, formaient avec ceux du plafond du caveau un amas déplorable, sont plutôt ceux du cercueil dans lequel le corps de la reine avait été placé près du roi.

Ces planches, qui forment équerre avec d’autres planches qui appartenaient au petit côté du cercueil, offrent encore leurs mortaises d’enchâssement. Elles sont couvertes de remarquables peintures, exécutées en couleurs sur

4) Voyez le récit de la découverte de ce tombeau: Antiquités du Bosphore Cimmérien. Introduction, pag. 23.

fond blanc, avec une certaine hâte, qui s'explique dans l’ornementation d’un cercueil.

Ces peintures, très-altérées par les injures du temps, mais encore plus par les accidents qu’elles ont subis, sont néanmoins d'une grande importance par les sujets qu'elles offrent.

On y distingue un griffon et un lion, emblêmes de Panticapée et de Phanagorie, un homme à pied, un arbre, un griffon, qui semblent être les restes de la représentation d’une scène de chasse.

On distingue, sur le rang inférieur, deux griffons, un lion et quelques traces d’autres figures d'animaux.

Sur la planche supérieure, on reconnaît la scène de l'enlèvement de Phœæbé et Hilaïra, filles de Leucippe, par les Dioscures Castor et Pollux, figurée d'une manière trèsanalogue à deux peintures de vases, dont l’un se trouve au Musée Britannique, et dont l’autre appartenait à la collection Coghill.

Le tableau se compose de cinq groupes. dont celui du centre est formé par un Leucippide, un Dioscure et son cocher. La jeune fille placée entre deux oies, dont la signification érotique est connue, cherche à prendre la fuite. A droite, un second groupe représente l’autre fille de Leucippe attaquée par le second Dioscure et son cocher; tandis que, à gauche, deux compagnes de Phœbé et de Hilaïra accourent vers Leucippe lui-même, pour lui apprendre la fatale nouvelle.

Le tableau se termine, des deux côtés, par les quadriges des Dioscures guidés par des Victoires. La figure de l’une est effacée, mais la symétrie la fait admettre nécessairement.

On a déposé, de champ, au côté gauche de l’Armoire, la planche d’un cercueil, sur laquelle on voit encore les traces de lapplication des masques de Méduse en terre cuite, dont nous avons parlé plus haut (voyez Armoire 22

Tablette 5), avec les ornements en couleur noire figurant les cheveux, que l'artiste avait peints sur la planche, autour de ces masques.

‘Tablette 2.

216b. PROKHOOS.

Petit vase, remarquable par la forme originale et trèspratique de son couvercle triangulaire.

Tablette 3.

699. URNE CINÉRAIRE, en plomb, à couvercle. Hauteur, 6 verchoks sur 5 de diamètre.

Inscription sur le couvercle TEIMOOE(O)V.

(Iascr. 67.2).

Tablette 4.

700. URNE semblable. Hauteur, 7}, verchoks sur 5 de diamètre.

Inscription sur le couvercle AHONAENAQN

(Inscr. 67.1).

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