PIERRE dite de TMOUTARAKANE; dalle de marbre
Elle porte la plus ancienne inscription russe connue, à l'exception toutefois des monnaies de Jaroslaff Vladimirovitch; et c’est, du moins, le plus ancien monument russe avec date certaine.
Placée, en guise de seuil, à l'entrée d’une caserne, non loin des ruines de Tamatarkha, Tmoutarakane ou Taman, elle y fut découverte, en 1792, par le capitaine de marine Poustochkin; et l’Impératrice Catherine II en fut informée
par un rapport spécial.
Suivant le voyageur Pallas, après avoir été vue, dans le lieu indiqué, par le major Rosenberg, elle fut portée à Nicolaieff, par le dit capitaine Poustochkin. Toujours est-il qu'ayant dès l’origine, fortement éveillé l’attention des archéologues et exécuté divers voyages, cette pierre fut retrouvée, en 1803, dans l’enceinte de l’église de Taman par N. A. Lvoff qui, touché de Pabandon où gisait ce curieux monument au milieu d’un monceau de débris de marbre, la fit dresser dans l’église même, et la plaça dans la base d’un groupe de plusieurs restes de l’art grec.
Depuis lors, plusieurs écrivains russes en ont donné des descriptions, et se sont évertués à déchiffrer les deux lignes d'écriture qui en font tout le prix.
En 1806, M" Olénine, archéologue non moins intelligent et zélé que bon patriote, écrivit sur le même sujet une lettre au comte Moussin-Pouschkin, accompagnée de 9 planches, de cartes géographiques et de vignettes, en un mot, de tout
1) Cette dalle de marbre est un fragment appartenant à quelque monument antique. I! en est de même de beaucoup d’autres inscriptions de cette salle qus sont sculptées sur des marbres, d’une époque antérieure, tirés de divers monuments Quelques-unes de ces dalles ont servi de piédeslal à des statues, quelquefois en bronze, et où l’on distingue encore les traces des pieds de la statue ; d’autres sont des restes de frises de temple, etc.
ce qui était nécessaire à l’intelligence du texte. Le Musée de Kertch ayant été créé, en 1823, la pierre de Tmoutarakane y avait été portée et y resta jusqu’en 1851, époque où elle est venue orner le Musée de l’Ermitage. |
Dans les volumineux manuscrits de feu M. P. Boutkoff il s’est trouvé un tome entier consacré à la dite pierre qui vient d’être examinée par le prêtre Morochkin, qui en a rendu compte à la Société d'Archéologie et de Numismatique Russe.
La découverte de cette pierre a servi à fixer, incontestablement, la position de la principauté de Tmoutarakane, que certains historiens avaient cherchée du côté de Riazan.
En outre, le fait de la mesure de la distance entre Taman et Krtchef ou Kertch est très-intéressant par lui-même et, par bonheur, exact, à peu de chose près dans les détails.
Voici l'inscription, telle que la lisent Olénine et la majeure partie de ceux qui l'ont vérifiée:
BA AËTO: 5 pss TJ 1À 5 rakez KHAZA be Das Ms no aa T'AMŸTOPOKANA AO KEGIERA L'H' À" CAE. 0 (Sur la pierre, la 4° lettre numérale est pre dans la panse de l'O).
En l’année 6765 (du monde, c’est-à-dire 1068 de Jésus- Christ) indiction 6., le prince Gleb a Rs la mer sur La glace de Tmoutarakan à Krtchef (c’est-à-dire entre Taman et Kertch) 10 mille et 4 mille sagènes.
. : Suivant Olénine, 14,000 sagènes de celles dites Maxosnia et employées dans la Petite-Russie, donnent 22 verstes et 375 sagènes, ou seulement 675 sagènes de plus que la carte marine la plus exacte (qui indiqne 21 verstes et 200 sagènes) difference qui, si elle est réelle, peut s'expliquer de plusieurs manières plausibles.
Ainsi la distance entre les deux localités, fut mesurée par le prince de Tchernigoff, trois ans après qu’il eut succédé dans la principauté, à Rossislaf Volinsky. Aujourd’hui les plus habiles critiques sont d'accord pour reconnaître l’authenticité du monument dont il s’agit.
1) Quelques doutes se sont élevés, en dernier lieu, sur cette célebre inscription. Dans la premiere ligne, l'aspect des lettres jusqu'au 5 de TABBH n'offre aucune espèce de différence à l'œil; il en est de même du ‘B de MBPHJ'B. Les huit lettres jusqu'a ce second 5; les lettres qui suivent jusqu'à la fin de la première ligne et, enfin, toute La seconde ligne semblent offrir une exécution différente. C’est l'opinion de Mr. le général de Bartholomaei; nous croyons devoir la relater ici. Il est à croire que des archéologues russes trouveront peut-être matière à une étude plus approfondie de cette remarquable inscription.
Dans la carte N°2 de l'Atlas des Antiquités du Bosphore Cimmérien, la distance indiquée entre Kertch et Taman est de 22 verstes environ. |
L'auteur des Lettres sur le Caucase et la Crimée, en visitant la localité de Taman, a indiqué la distance de 23 verstes de mer1). Il est difficile, en parcourant les lieux, de déterminer rigoureusement l’emplacement même de l’ancien Taman, le Corocondamé de Strabon. Tant de bouleversements ont eu lieu dans ce sol, que de petites différences de distance s’expliquent parfaitement.
La tradition dit que le pacha turc avait, le siècle dernier, un palais et un jardin qui couvraient une étendue de deux verstes, un peu à l’Est de Taman. Tout le terrain s’y est abimé
* sous les eaux où sont peut-être les restes du port de Corocondamé ?).