Trois chérubins
D. aux deux crayons, noir et blanc, sur papier gris. — H. 7. L. 5°4.
Loukachevitch.
Le vase ovale qui est placé au milieu de la salle des Dessins originaux, est formé de trois blocs de jaspe de l’Altaï, appelé en russe PesxeBckaa, de Revniensky, et qui est remarquable par sa belle nuance vert-pâle mélangé de blanc. La vasque, d’une seule pièce, mesure 68!/ verchoks (10 pieds anglais) dans son grand diamètre; 46, verchoks dans son petit diamètre.
La richesse inouïe des gisements de pierres dures, jaspes, agates, porphyres, etc. de l’Oural, dans le gouvernement d’Ekatcrinbourg, surtout dans diverses localités vers les frontières des Khirghizes; celle, non moins grande, des gisements de l’Altaï, dans les montagnes de Kolyvan; d'autres gisements de sardoines et de jade vert [celui-ci en assez grands blocs], découverts il y a quelques années, dans la Sibérie orientale, ont attiré l’attention des minéralogues et des lapidaires en Europe.
La découverte. le siècle dernier, dans l’Oural, d’immenses gisements d'émeri, minéral qui ne se trouvait guère autrefois que dans l'ile de Naxos, a permis d'attaquer les blocs, quelquefois immenses, des belles pierres dures de l'Oural et de lAltaï, de les scier, de les tailler, de les fa-
Gonner, à force de travail et de persévérance, et d’en former les beaux vases qui décorent les salles et les galeries de notre musée.
La nature de ces pierres nobles est si dure qu'après le diamant, le seul agent capable de les user est l’émeri.
On peut se faire une idée bien nette de la dureté de la pierre et de la difhiculté ainsi que de la longueur du ‘ travail qu'elle exige, si l’on se représente qu'aucune pointe de l'acier le mieux trempé, qui raie invariablement le marbre le plus dur, ne parvient pas à opérer la moindre morsure sur le poli de ces vases. Ici c’est la pierre qui use l'instrument; et l’on peut dire, en parlant par comparaison de la dureté du marbre par rapport à celle de ces pierres, non pas dur comme le marbre, mais tendre comme le marbre.
Plusieurs de ces grands vases ont nécessité jusqu’à dix années de travail consécutif d’un certain nombre de maitres et d'ouvriers, appartenant soit à l’usine de la Couronne à Ekaterinbourg, soit à celle du Kolyvan, placées toutes deux sous la direction du Cabinet Impérial.
Cette richesse de pierres dures et l’abondance sur les lieux de l’émeri, l'agent principal de leur mise en œuvre, expliquent la présence des grands et beaux vases qui ornent notre musée, et que l’on chercherait vainement ailleurs en Europe.
À mesure que nous parcourrons les salles de l’Ermitage, nous signalerons au visiteur les plus remarquables de ces vases, avec quelques détails sur leur provenance et leur exécution. -
Le visiteur aura déjà remarqué dans le vestibule même du musée, deux obélisques et deux colonnes en opaerrr, une de ces pierres dures (elle se trouve dans le gouvernement d'Ekaterinbourg), à laquelle sa belle nuance rose mélangée de taches de manganèse, a fait donner par quelques minéralogues le nom de Rhodonite manganèse. Brard (Minéralogie appliquée aux arts. Tome IIL p.386) nomme
aussi cette pierre siliceuse Manganése rose;° en ajoutant qu’on la trouve également à Sainte-Agnès en Cornouailles, et en Transylvanie. Il est à présumer que ce n’est pas en grands blocs, comme en Sibérie, où d’ailleurs ces blocs sont devenus déjà rares. |
Les deux obélisques, dont la hauteur est de 75 verchoks (plus de 10 pieds), furent taillés sous le règne de lImpératrice Catherine IT; époque où l’on commença à tirer parti de ces belles pierres sibériennes.
L'un de ces obélisques porte sur sa base l'inscription suivante, en caractères de bronze doré:
AERAPBPA AH A (12 Décembre 1777) date de la naissance de l'Empereur Alexandre I.