‹ Musée de l'Ermitage impérial. Notice sur la formation de ce musée et description des diverses collections qu'il renferme avec une introduction historique sur l'Ermitage de Catherine IIChapitre 46 sur 304 · S ALLE HI · texte numérisé non relu

S ALLE HI

Un ordre Suprême ayant prescrit des échanges bibliographiques entre la Bibliothèque de l’'Ermitage et la Bibliothèque Publique, la première a cédé à la seconde ses doubles et les ouvrages qu’elle possédait sur la Théologie, la Jurisprudence, les Sciences politiques, la Médecine (environ 14000 volumes), outre 311 manuscrits russes concernant l’histoire nationale. La Bibliothèque Publique a donné en retour la majeure partie de sa collection de manuscrits à miniatures et à lettres ornées.

Cette collection se compose principalement des manuscrits que Dubrowsky avait rassemblés à Paris dans les dernières années du 18° siècle, manuscrits bien connus des amateurs qui, pendant quarante ans, ont eu le loisir de les examiner à la Bibliothèque Publique, mais dont l’importance est telle qu’une notice spéciale sur leur origine et leur valeur trouve naturellement ici sa place.

Pierre Dubrowsky, d’une famille noble, né à Kiev en 1754, fut attaché en 1780 à l’ambassade russe à Paris, d’abord avec le titre d’employé ecclésiastique (HepkoBank?), plus tard, avec celui de secrétaire. Dubrowsky, possédé de la douce passion des collectionneurs, parvint à soustraire à la dispersion des monuments en France, surtout après 1790, des manuscrits de la plus grande beauté. Beaucoup de ces manuscrits avaient appartenu à l'Abbaye de St. Germain des Prés. Montfaucon a publié le catalogue de

cette célèbre bibliothèque!) qui provenait de Henri Charles du Cambout, cardinal de Coislin, évêque de Metz, mort le 28 novembre 1732, et contenait les manuscrits de la bibliothèque du chancelier Séguier.

Outre une collection unique de dépêches et d’autographes des rois et des ambassadeurs depuis Louis XII (cette collection est restée à la Bibliothèque Publique), il se trouvait dans les acquisitions de Dubrowsky beaucoup de manuscrits du moyen-âge, extrêmement précieux sous le rapport paléographique ou par la beauté de leurs miniatures.

Du 14° au 16° siècle, alors que le commerce avait fait des Pays-Bas, de l'Italie et aussi de la France les plus riches contrées de l’Europe, l’art attiré par la munificence et par le goût des souverains, donna naissance à cette foule de riches manuscrits ornés, que les encouragements des ducs de Bourgogne, des princes souverains en Italie et des rois de France faisaient naître sous la plume et le pinceau de leurs artistes. La plupart des manuscrits de la collection Dubrowsky appartiennent à ces trois catégories. Dubrowsky avait collationné ses manuscrits, les avait classés et enrichis de notes sur leur provenance. S’identifiant avec son trésor, il à écrit sur les volumes précieux qui le composaient: Ex museo Petri Dubrowsky, montrant par là combien il avait la persuasion que son souvenir vivrait à jamais, attaché à ces précieux monuments des temps passés. Il ne s’est pas trompé.

En 1800, Dubrowsky revint à S' Pétersbourg avec sa collection. Elle avait été estimée en Angleterre sept mille livres sterlings que le duc de Beaufort offrait de lui payer pour en devenir le possesseur. Dubrowsky préféra cn doter son pays. [l céda au Gouvernement la plupart de ses ma-

1) Bibliotheca Coisliniana San-Germanensis; dans le tome 2 de Montfaucon: Btibliotheca Bibliothecarum manuscriptorum nova. Parisiis, 1739. folio.

nuscrits, !) au nombre de 1065 numéros, et reçut en 1805, avec le titre de Conseiller de Cour, une place de conservateur à la Bibliothèque Publique, 1200 roubles de traitement et un logement, l’ordre de S' Anne de la 2% classe et une pension viagère de 3000 roubles; pension qui fut augmentée de 1000 roubles argent en 1812, lorsqu'il fut admis à la retraite avec le rang de Conseiller de Collège et la croix de S° Anne en brillants. Cette pension fut déclarée reversible à ses sœurs, car il était veuf et sans enfants. Outre ces émoluments et pensions il reçut la somme de 23,800 roubles; et à sa mort, en 1816, l'Etat accorda 2800 roubles pour ses funérailles.

Les manuscrits que l’Ermitage possédait avant l’acquisition de ceux de Dubrowsky, proviennent d’abord du prince Charles Frédéric de Holstein et de son fils l'Empereur Pierre IIT. Ils ont trait surtout à l’histoire d'Allemagne (Nurenberg, Saxe-Electorale, Brandebourg, Holstein, Dantzick, Hambourg, etc.). Viennent ensuite ceux que recueillit l’Impératrice Catherine II (les manuscrits de Diderot, en partie inédits, et de la bibliothèque de Voltaire); puis les manuscrits du monastère de Weissenau, en Alsace, acquis sous le règne de l'Empereur Alexandre I.

C’est dans la belle salle à colonnes en granit de Serdobol, du rez-de-chaussée, que les manuscrits de l’'Ermitage ont été déposés.

Six grandes vitrines, N° 1 à 6, à deux faces, recouvertes chacune d’une seule glace, et une vitrine N° 7, ont été destinées à leur exposition successive. Les amateurs peuvent les admirer et en connaître le sujet et l’époque au moyen des étiquettes, en russe et en français, fixées

1) Quelques-uns de ces manuscrits (grecs principalement) avaient été vendus à un anglais (M' Edwards) et à un M' Dreyer, diplomate danois à Paris.

28 | MANUSCRETS.

aux volumes qui sont étalés ouverts, avec toutes les précautions qu’exige leur conservation.

À partir du 9° siècle, l'œil peut descendre les âges à travers les Bibles ornées, les livres d’Heures, les romans allégoriques ou chevaleresques, les poèmes à sujet classique, les ouvrages des auteurs de l’antiquité et du moyenâge, et arriver successivement jusqu’au 17° siècle, en parcourant comme une galerie paléographique où toutes les formes de caractères, où tous les genres de lettres ornées, de majuscules et de vignettes se déroulent au regard.

Dans un volume qui n’est qu’une notice, nous ne pou- vons pas aborder la description détaillée de toutes ces richesses. Nous nous bornerons en conséquence à signaler les manuscrits qui exigent une mention particulière. !) .

Plusieurs manuscrits de notre collection portent d'anciens numéros à l’encre qui manquent la plupart dans le catalogue de la collection Colbert, publié par Montfaucon, *) collection cédée, en 1732, au prix de cent mille écus, à la ‘Bibliothèque du Roi, par le comte de Seignelay, petit-fils de Colbert, qui en vendant aux enchères, en 1718, les livres du célèbre ministre, avait conservé les manuscrits. D'un autre côté, la concordance parfaite du titre et de la matière de quelques-uns de ces manuscrits portant d’anciens numéros avec des manuscrits indiqués dans le catalogue de la bibliothèque de S' Germain des Prés sous d’autres numéros, ne laisse aucun doute malgré cette circonstance, que ce sont les mêmes manuscrits. Nous rappellerons ici au lecteur que Montfaucon dit lui-même, en tête des deux fistes des manuscrits Coislin (page 1067): Les

1) Dubrowsky, le monastère de Weissenau, la bibliothèque Zalousky (autrefois à Varsovie) la bibliothèque Suchtelen, étant les sources principales de notre collection de manuscrits, ces noms sont indiqués par les abréviations: [Dub.] [Weiss.] {Zal.] [Sucht.]

2) Bibliotheca bibliothecarum manuscriptorum, Tome 2.

numéros de cette bibliotheque ne sont pas sûrs. I est très-diffictle d'y trouver une suite. Enfin, comme on cherche depuis longtemps en France ce que peuvent être devenus la plupart des beaux manuscrits de la bibliothèque de S' Germain des Prés, nous avons lieu de croire qu'il faut les chercher maintenant à l’Ermitage qui pourrait bien posséder aussi dans le fonds Doubrowsky quelques-uns des manuscrits de la bibliothèque de Colbert. Ce célèbre ministre était, on le sait, passionné pour ces sortes de monuments du moyen-âge.

En ce cas, il faut admettre que plusieurs des numéros qui manquent dans les séries publiées par Montfaucon étaient ceux des manuscrits qui ne se trouvèrent pas lors de la délivrance de cette bibliothèque faite à l'Etat (cette circonstance s’est si souvent répétée, en pareil cas, ailleurs en Europe, qu’il n’y a pas de quoi s’en étonner); et que ces manuscrits étaient passés déjà dans des bibliothèques particulières qui furent dispersées dans les mauvais jours de la révolution en France. Quoiqu'il en soit, nous avons eu soin en indiquant en note, au bas des articles, les anciens numéros qui se trouvent dans nos manuscrits et qui manquent dans le catalogue de la collection Colbert, d’indiquer aussi ceux de la bibliothèque de S' Germain des Prés auxquels ces manuscrits peuvent se rapporter.

On sait combien les anciennes reliures ont de prix pour les bibliophiles qui pensent, avec raison. qu'elles augmentent la valeur des manuscrits. Ces reliures du temps sont ordinairement faites avec le plus grand soin. Los plats des grands volumes sont assez souvent en bois recouvert de pean de différents animaux. La peau de cerf, de truie, d'âne, de mouton, de veau etc. était tour-à-tour employée. La peau de cerf était choisie pour la reliure des livres d'église dans tous les pays où cet animal abondait (il y a des comptes dans les anciennes archives où il est fait mention de tant de peaux de cerf appliquées aux

reliures des couvents). La peau de truie plucheuse était employée surtout pour les livres de régistres qui devaient être souvent maniés, et comme elle était ordinairement de différentes couleurs, on nommait ces livres d’après la couleur de la peau. Ainsi en France, il y avait à Montpellier le Avre blanc (celui des statuts de la ville) qui était célèbre, de même que le livre noir du Châtelet et le Z2vre rouge à Paris.') On employait encore la peau de chagrin dont les Orientaux ont surtout le secret et qu'on n’imite qu'imparfaitement en Europe. Les reliures des livres d’église étaient quelquefois recouvertes de plaques d’or ou d’argent, avec figures travaillées au repoussé et accompagnement de pierres précieuses. On employait aussi l’ivoire sculpté pour l'ornementation des reliures. Qnelques-unes de ces riches couvertures de livres sont parvenues jusqu’à nous, et notre collection en offre plusieurs où se trouvent des emblêmes, des devises, des chiffres, soit empreints au moyen de fers à froid, soit en or.

Trois vitrines, étiquetées A. B. C. ont été placées dans la salle pour l’exposition de ces reliures.

Le lecteur remarquera que nous avons adopté généralement pour le titre de nos ms. les premiers mots qui sont placés en tête du texte, soit en latin, soit en vieux français, allemand ou italien du moyen-âge, et que nous avans eu soin d’en conserver l'orthographe et les locutions vieillies, quelquefois très-naïves, mais qui n’en ont que plus de charme pour les bibliophiles.

Nous sommes redevable à un illustre érudit M' Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), qui a examiné et étudié nos manuscrits en 1860, pendant son séjour à S' Pétersbourg, d’une foule de précieux renseignements que nous avons été heureux d'utiliser dans le corps de cette notice. F. Gille.

1) Voyez Montfaucon, Bibliotheca Coisliniana N° 171 page 1088.

5.2.1. Quatuor Evangelia cum lectionibus evangeliorum de circulo anni.

In 4° de 198 ff. vélin réglés à la pointe sèche! ); écriture à longues lignes du 9° ou 10° siècle, en lettres d’argent sur vélin pourpre, avec titres des différentes parties en lettres d’or. Quatre miniatures vis-à-vis des Evangiles; initiales en or.

Précieux manuscrit dont le temps a un peu noirci le texte écrit en argent.

On sait combien sont rares ces manuscrits sur vélin pourpre qui étaient toujours des Evangéliaires offerts en don aux églises. Les miniatures tout-à-fait barbares, représentant les Evangélistes, sont une preuve de la décadence totale à cette époque de la peinture en Occident.

Reliure française du 17° siècle; en maroquin rouge,

dos à petits fers. . | (Dub.)

| . Vitrine 1.

Page 1