BUE SAINT-BENOIT
',?'^Vâftt> UNiVERftItV
Lia. m
NvisAGÉ dans son ensemble et en tenant compte de tout ce qui ajoute à sa valeur intellectuelle et matérielle — budget, catalogue, installation et administration, — le musée de Lille est incontestablement notre premier musée provincial. H faut le répéter bien haut, car on ne saurait trop encourager d'aussi louables et d'aussi fructueux efforts.
II se compose de quatre parties dis- Unctes : une nombreuse galerie de tableaux; une inappréciable collection de dessins léguée à la ville par Wicar, l'une des plus belles qui soient après les grandes collections de Paris, de Vienne et de Florence; le très-précieux musée ethnographique, réuni par M. Moillet; un musée archéologique et céramique, encore embrj'onnaire , et un musée industriel.
Je ne m'occuperai que des deux premières.
Toutes ces richesse.^, sauf le musée archéologique et céramique, sont confortablement installées dans les salles supérieures de l'Hôtel de ville, b&ti en 1846 sur les plans de H. Benvignat. Ces salles forment un vaste quadrilatère auquel on accède par un escalier monumental k
double emmarchement, intelligemment décoré avec les moulages des cariatides du temple de Pandrose et ceux de quelques bas- reliefs choisis parmi les plus beaux que nous ait laissés la Grèce : l'escalier est donc lui-même une excellente et grave préface. Très-élevées, trop élevées même pour les petits tableaux, ces galeries sont largement éclairées par le haut, bien tenues et ornées sobrement dans la mesure qui convient.
L'origine de la galerie de tableaux remonte à la Révolution, à l'époque où quelques municipalités intelligentes suivirent l'exemple de la capitale et sauvèrent une partie des épaves provenant des églises et des couvents supprimés. A Lille, une Commission des Arts fut formée; les richesses furent emmagasinées dans les cloîtres de Tancien couvent des Récollets, et le peintre Louis Watteau chargé d'en dresser l'inventaire. Le 12 mai 1795, il le remettait à la municipalité et désignait plus spécialement 382 tableaux et 62 gravures, comme devant être « conservés pour l'instruction ». Les meilleurs furent installés dans la chapelle du couvent sous le titre de Musée départemental. En 1801, quarante-six toiles furent envoyées du Louvre et vinrent grossir ce noyau. Malheureusement ce brillant début n'eut pas de suite ; la collection resta daijs le statu quo. En 1813 le baron Duplantier, préfet du Nord, ordonna un travail d'épuration qui ne fut, hélas ! que trop bien exécuté, et, chose triste à dire, trois cent cinquante-quatre tableaux furent vendus pour la somme dérisoire de 1,365 fr. 50. En 1816, elle eut la bonne fortune d'échapper aux restitutions imposées par les alliés et les beaux jours revinrent.
Enfîn, lorsque M. Reynart, administrateur des Musées et conservateur de la galerie de peinture, fut nommé au poste qu'il occupe encore, après trente ans, pour le plus grand bien de la collection, le total des tableaux était déjà de deux cent cinquante; il s'élève aujourd'hui à plus de cinq cents. Sur ces cinq cents tableaux, une centaine sans importance pourrait entrer dans jes greniers au fur et à mesure des acquisitions. Quatre cents toiles épurées et choisies forment donc un ensemble considérable, surtout si l'on tient compte qu'il y a dans ce nombre une vingtaine de chefs-d'œuvre que les plus riches musées peuvent envier à la ville de Lille. La grande valeur de la collection est dans l'école flamande; en ce sens aucune autre en France, parmi celles de la province, ne l'égale. Aucune ne la surpasse pour le nombre et l'importance des tableaux français.
Aussi, grâce à cette installation, grâce à un budget total de 25 000 francs» sans les crédits extraordinaires, qui permet d'entretenir
et d'augmenter ce fonds précieux, grâce à rintelligente initiative de l'administration secondée par les bonnes dispositions de la municipalité, grâce surtout à l'excellent et substantiel catalogue que H. Reynart, le vrai créateur et l'âme du musée, l'administrateur désintéressé et militant, perfectionne à chaque nouvelle édition, y ajoutant, le premier en France, à l'imitation de celui d'Anvers, la reproduction fac-similé des monogrammes et signatures et généralement de tous les signes et inscriptions qu'il a pu découvrir sur les tableaux; grâce à ce concours heureux de circonstances, le musée de Lille a acquis une notoriété qui, sans être encore au niveau de son mérite, est déjà fort remarquable.
La population lilloise s'intéresse profondément à ses progrès, elle en est fiëre, elle y puise en même temps les éléments d'une éducation artistique très-développée, et, chose rare, elle le connaît bien, elle y vient, elle achète le catalogue et s'en sert. Elle met dans son affection pour le musée un grain de passion et de légitime vanité qui est d'un bon augure.
Tout ce qui peut être un progrès ou une productive innovation est immédiatement proposé par le conservateur et adopté par la Commission. Ainsi, une petite annexe a été consacrée aux esquisses ou études, qu'il a été possible de réunir, des tableaux exposés dans la galerie ; un catalogue de luxe, digne de figurer sur les tablettes du bibliophile le plus exigeant, avec les photographies des principaux tableaux vient d'être imprimé par les soins de M. Francis Petit et mis en vente à Lille et à Paris ^ ; les salles sont ouvertes tous les jours de l'année, le premier janvier et le mardi gras exceptés : voilà certes qui est entrer dans une voie nouvelle et féconde.
L'exemple, tôt ou tard, sera suivi, je n'en doute pas.
J'ajouterai enfin que l'on trouve dans tout le personnel une obligeance vraiment inépuisable. Pour ma part je dois un public remerdment à M. Reynart, à M. Benvignat, le conservateur du musée Wicar, et à M. Auguste Berlin, membre de la Commission, pour l'urbanité parfaite avec laquelle ils ont facilité mon travail.
4. Nous apprenons à Tinstant et nous sommes heureux de pouvoir annoncer que le ministère a souscrit à ce superbe catalogue avec Tinlention de l'envoyer aux différents musées de la province comme un modèle à suivre. Cette mesure, à laquelle nous applaudissons sans réserve, n'est que la juste récompense d'un labeur persévérant, d*une sollicitude passionnée et infatigable. M. Reynart, par cet exemple, aura fait faire ua grand pas à la tenue de nos musées provinciaux et à leur accroissement.