‹ Musée de peinture et de sculpture; ou, Recueil des principaux tableaux, statues et bas-reliefs des collections publiques et particulières de l'Europe. Dessiné et gravé à l'eau-forte (volume 4)Chapitre 3 sur 91 · LES CARR/^CHE · texte numérisé non relu

LES CARR/^CHE

Louis Carraclie, Iood-1 61 9 ; Augustin Carrache, 1 557- 1602; Annibal Carrache, 1560-1609.

Louis Carrache, fils d'un boucher de Bologne, fit ses premières études chez Prospère Fonfana, qui prenant sa lenteur pour un défaut d'intelligence, l'engagea à renoncer à la peinture. Louis Carrache, que ses camarades avaient surnommé le Bœuf par dérision, s'en alla demander des conseils au Tintoret qui, lorsqu'il l'eut vu à l'œuvre, lui donna le même conseil que Fontana. Loin de se décourager, il redoubla d'efforts, et se mit à parcourir l'Italie pour étudier et analyser les ouvrages des grands maîtres. A Bologne il avait copié la sainte Cécile de Raphaël, il copia Titien à Venise, Léonard de Vinci â Florence, Corrége à Parme, comparant partout les œuvres et discutant les principes de chaque école. Il s'efforça, avec une persévérance inouïe, de lutter contre le maniérisme régnant. Les derniers élèves de Michel-Ange avaient entraîné la peinture dans une décadence rapide, et les élèves qu'ils avaient eux-mêmes formés avaient, en exagérant leurs principes, rendu cette décadence à peu près irrémédiable. Louis Carrache, prévoyant les difficultés qu'il aurait dans la réforme qu'il projetait contre le goût du jour, s'associa ses deux cousins, Augustin

el Annibal dont les apliludes lui étaient connues. Ils étaient fils d'un tailleur. Augustin, l'aîné, avait reçu une éducation assez complète, mais il n'eu était pas de même d'Annibal, nature un peu rude el qui passait même pour avoir une intelligence rebelle. Aussi le père des deux jeunes gens consentait aisément à laisser faire de la peinture à Augustin, mais il montrait de la répugnance à l'égard d'Annibal qui, suivant lui, n'avait pas l'aptitude pour être artiste et ferait beaucoup mieux de rester tailleur comme son père. Sur ces entrefaites, le père fut volé d'une somme considérable pour sa modique fortune, et Annibal, qui avait vu les voleurs, les dessina de souvenir avec une telle ressemblance que cet indice suffit à la justice pour les retrouver. Dès lors, il fut décidé qu'Annibal serait peintre comme les autres, et ces trois hommes réunis formèrent ensemble une école demeurée célèbre par les œuvres qu'elle a produites, et plus encore par sa méthode d'enseignement. Le rôle de chacun était nettement défini : Louis , le fondateur de l'école et le fondateur du système, dirigeait tout par son savoir et ses conseils ; Augustin, le lettré de la famille, démontrait la théorie, formulait les préceptes et faisait des cours d'histoire de l'art, de perspective, d'anatomie des formes, etc. Pour Annibal, le plus grand peintre des trois, il se contentait de prêcher d'exemple et répondait par des chefs-d'œuvre aux attaques dirigées contre l'école. Augustin avait résumé les principes de l'école dans un sonnet où il est dit que le peintre doit réunir la composition de Raphaël, la grâce du Corrége, l'énergie de Michel-Ange, le coloris du Titien, etc. Ce système éclectique trouva dès son début un grand nombre de détracteurs, et aujourd'hui encore beaucoup de critiques regardent cette étude des grands maîtres, tant préconisée depuis les Garrache, comme contraire à

l'originalité. Les illustres professeurs répondaient par le bataillon toujours croissant de leurs élèves, parmi lesquelson compte le Dominiquin, le Guide, l'Albane, Lanfranc, le Guerchin, les deux Mola, etc. Lorsque Annibal se faisait aider par ces jeunes gens, appelés à devenir des maîtres, pour décorer le palais Farnèse de ces fresques qui en font un des plus beaux monuments de l'art, les ennemis des Carrache étaient bien obligés de battre en retraite. Leur système est celui qui a prévalu, et c'est d'après leur académie qu'on a réglé les cours dans nos écoles des beaux-arts actuelles.

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