POUSSIN
ir39i-1665.
Nicolas Poussin naquit aux Andelys; son père, qui avait perdu par suite des guerres civiles le peu de bien qu'il avait eu, voulait néanmoins lui faire faire des études de latin. Mais entraîné par son goût pour le dessin, Poussin obtint d'être placé cliez Quentin Varin, habile peintre de nos anciennes écoles provinciales, auquel revient l'honneur d'avoir dirigé les premiers pas du chef de l'école française. Bientôt, poussé par le désir de faire des éludes, pour lesquelles une petite ville de province offre bien rarement des ressources. Poussin vint à Paris,- où il lit connaissance d'un jeune gentilhomme du Poitou qui l'aida de sa bourse et le fit admettre chez Courtois, mathématicien du roi, qui possédait une superbe collection de gravures d'après Piaphaël et Jules Romain, Mais son ami ayant été rappelé dans son pays voulut y emmener Poussin, qui trouva un fort mauvais accueil dans la famille du jeune gentilhomme. P>evenu à Paris, Poussin se lia avec Pliili|)pe de Champagne et l'aida dans la décoration des appartements du Luxembourg. Désirant ardemment voir Rome, il partit sans avoir les fonds nécessaires et se trouva arrêté à Lyon, faute d'argent. R peignit au collège des jésuites de cette ville six tableaux en détrempe relatifs à la canonisation d'Ignace de Loyola et de saint François Xavier. Ces ouvrages furent remarqués par le cavalier Marini, qui se déclara son protecteur, lui donna un logement dans sa maison et lui fil faire des dessins pour son poëme à' Adonis. Puis il lui facilita les moyens d'aller enfin h Rome, où il le recommanda au cardinal Barberini, neveu
du pape Urbain VIII. Ce fut à celte époque que Poussin se lia avec le sculpteur flamand Duquesnoy et l'Algarde. Il étudiait assidûment les antiquités de Rome, l'architecture, l'anatomie, la perspective, et recherchait dans les grands écrivains les sujets les plus propres à exprimer le caractère moral et les aiïections de l'âme. Les Français étaient en ce moment mal vus ii Rome, et Poussin, se promenant près de Monte Cavallo, fut attaqué par des soldats et blessé d'un coup de sabre. Il adopta alors le costume romain et ne le quitta plus depuis. Dans une maladie grave, Poussin fut recueilli et soigné par Jacques Dughet, dont il épousa la fille, et dont il adopta le fils, si connu sous le nom de Guaspre Poussin, La réputation de Poussin grandissant de jour en jour, le cardinal de Richelieu le chargea de décorer la galerie du Louvre, et il fut amené à Paris par M. de Chantelou. Présenté au roi, qui l'accueillit avec distinction et le nomma son premier peintre, logé aux Tuileries et chargé de nombreux travaux, Poussin excita la jalousie de Vouet et d'autres artistes puissamment protégés, et ne pouvant plier son caractère aux intrigues de cour, il demanda un congé et repartit pour Rome d'où il ne revint plus. Il mourut à soixanledouze ans et fut enterré ii Saint-Laurent in Lucina. D'Agincourta fait placer son buste dans le Panthéon à Rome, et un monument dû à une souscription publique lui a été élevé aux Andelvs, sa ville natale. Le Poussin a été appelé le peintre des philosophts, et son œuvre entière témoigne de la justesse de celte épilhète. Inférieur à Titien ou ii Rubens pour le coloris, il le cède également à Raphaël pour le sentiment de la beauté des formes, mais la composition et l'ordonnance, la vérité du geste, la force de l'expression et la grandeur du style, lui assignent une place au premier rang parmi les grands maîtres, et on peut le mettre à cùlé
(le son compatriote Corneille pour la force et l'énergie de ses pensées,