‹ Musée de peinture et de sculpture; ou, Recueil des principaux tableaux, statues et bas-reliefs des collections publiques et particulières de l'Europe. Dessiné et gravé à l'eau-forteChapitre 2 sur 77 · CHAMBRES DE RAPHAËL · texte numérisé non relu

CHAMBRES DE RAPHAËL

Quand Jules II arriva au pontificat, il ne voulut jamais consentir à prendre possession des appartements qu'Alexandre VI avait occupés : le maître des cérémonies lui ayant proposé d'effacer de la muraille les porfrails de ce pontife, Jules II répondit : « Quand même les portraits seraient détruits, les murs ne suffiraient- ils pas à me rappeler la mémoire de ce simoniaqiie, de ce juif? » On lui proposa les chambres de Télage supérieur, qu'ornaient les peintures de Pietro délia Francesca,Bramantino de Milan, LucaSignorelli, Bartolomeo délia Gatta, Pieiro Perugino et d'autres. Raphaël fut chargé de peindre la chambre de la Signature, dont le plafond avait été exécuté par le Sodoma. Les premiers travaux de Raphaël furent commences dans cette chambre de la Signature, et quand la première fresque fut peinte^ Jules II fut si transporté d'enthousiasme, qu'il ordonna d'abattre les peintures qui s'y trouvaient, afin que Raphaël ftît chargé de la décoration entière. Celui-ci pourtant maintint celles

(|iii uvaieut du rapport avec les sujets qu'il voulait traiter, et il défendit même d'abattre un plafond du Pérugin, son maître, bien qu'il fût très- différent de sa conception décorative, liapluiël était l'ami de l'Arioste, de Castiglione, de Bembo, de Bibbiena, et de tous les hommes les plus distingués de l'Italie, et de pareilles relations sont faites pour fortifier l'intelligence. Il put même, comme le prouve sa correspondance avec l'Arioste et Castiglione, consulter ces savants pour certains détails, mais l'ensemble de ses décorations, tout en répondant à un ordre d'idées qui était assez général en Italie, présente une unité de vues et une élévation de pensée qui en fout une œuvre liors ligne et profondément individuelle. l>ans la ])remière chambre (dite de la Signature), Raphaël montre les dilférenles directions de l'csjiril humain ; dans la seconde et la troisième, la protection que Dieu a acconiée à son église ; dans la quatrième, rétablissement du pouvoir ecclésiasti([ue et l'histoire de Constantin. Chacune de ces chambres montre la diversité des efforts du maître et l'étonnante souplesse de son génie. D'abord il est philosophe, et par-dessus tout c'est la pensée qui nous captive ; puis quand viennent les sujets d'apparat, Raphaël devient, comme coloriste, le rival du Titien : c'est dans la chambre de VUciiodnre qu'on peut surtout le juger sous ce point de vue, et le sujet ingrat de la Messe de Bolzène devient pour lui l'occasion d'une peinture que Venise envierait. Dans la chambre de V Incendie du bourg, il est le rivai (le Michel-Ange pour les connaissances anatomiques, moins grandiose, peut-être, mais plus sincère dans son interprétation de la forme humaine. Entin, après avoir, dans la Dviivrance de saint l'ierre, créé l'art des grands effets de lumière, et s'être fait, en quelque sorte, le précurseur de Rembrandt, au moment où la mort va le surprendre, il

trace, pour la bataille de Constantin, un modèle de composilion tumultueuse devant lequel les artistes les plus fougueux des générations futures viendront tour à tour s'incliner. Au milieu de ces vastes compositions, Haphaël a placé ces belles figures allégoriques qui, par l'élévation du style et la beauté idéale des formes, ont élevé l'art moderne à la hauteur de l'art antique. 11 avait à vaincre, pour ces décorations, des difficultés sans nombre ; jamais, peut-être, aucun artiste n'a eu à faire des tableaux d'une forme aussi ingrate, puisque plusieurs sont coupés par une porte qui entre dans le tableau. Raphaël a montré dans l'ordonnance une telle souplesse, qu'il semble que cette forme bizarre soit inhérente à la pensée de l'artiste. Enfin un système ornemental, enrichi de petits tableaux en grisaille, vient compléter ce vaste ensemble qui est peut-être ce que l'art a enfanté de plus merveilleux. Malheureusement la conservation de ces peintures laisse beaucoup à désirer. Il y a même un grand nombre de figures, surtout parmi celles qui n'appartiennent pas aux grandes fresques, dont l'état était tel au xvil'^ siècle, que Carie Maratte a dû les repeindre entièrement.

Les frères Balze ont fait, d'après les grandes fr* sques, des copies remarquables quon peut voir au Panthéon.

Page 1