‹ Musée de peinture et de sculpture; ou, Recueil des principaux tableaux, statues et bas-reliefs des collections publiques et particulières de l'Europe. Dessiné et gravé à l'eau-forteChapitre 54 sur 77 · DÉCADENCE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE

Off peut fixer à la chute de la république de Florence ( 4 530 ) l'époque où les arts, comme tout le reste en Italie, entrent dans leur période descendante. Cette marche rétrograde n'est d'abord pas très-sensible, parce que Michel- Ange, Titien et plusieurs grands maîtres vécurent encore longtemps, et que leurs élèves immédiats continuèrent la tradition qu'ils en avaient reçue. Mais les survivants de la grande race n'avaient pour les remplacer que des hommes moindres qu'eux, et ceux-ci, àleur tour, voyaientleurs élèves exagérer leurs principes, ou chercher des voies nouvelles et souvent dangereuses. Les derniers sectateurs de Michel- Ange avaient mis à la mode un style maniéré qui fut bientôt adopté partout. Après avoir enseigne l'Italie, Florence la corrompait. Le centre du mouvement s'était transporté à Rome, qui absorbait toute l'activité artistique de l'Italie. L'influence mamérlsle y dominait en plein, et il n'y restait plus trace de l'enseignement de Raphaël, dont les derniers élèves s'étaient dispersés après le sac de la ville par les bandes du connétable de Ro'jrbon. Toute énergie morale avait disparu de l'Italie, mais la tranquillité matérielle y était rétablie, et les artistes de tous pays accouraient en foule vers la Ville éternelle pour participer aux nombreux travaux que les papes faisaient exécuter. La décadence pourtant, déjà très-marquée sous Grégoire XIII, fut encore plus décisive sousSixte-Ouint. Ces deux pontifes entreprirent d'immenses travaux en architecture, en sculpture et en peinture,

mais les nombreux ouvrages exécutés de leur temps attestent

leur impuissance autant que leur bonne volonté.

L'art était devenu de l'ostentation bien plus qu'un besoin de l'esprit ; le sentiment du beau avait disparu et l'opinion publique n'appréciait que ce qui paraissait étrange et surprenant. De là ces grandes machines qui étonnent le spectateur et laissent son esprit vide, cette recherche d'un grandiose factice qui n'est plus le style, ce besoin de l'emphase et cette étonnante facilité d'exécution qui, dans les époques de décadence, supplée à la vraie inspiration. L'académie de Saint-Luc, fondée à Home en 1595, avait pour but d'arrêter la décadence, et soixanle-quinze ans après la mort de Raphaël, on était dans une telle pénurie de grands maîtres, que Frédéric Zuccaro en fut nommé président à l'unanimité.

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