‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 1 sur 286 · A L’IMPRIMERIE ROYALE · texte numérisé non relu

A L’IMPRIMERIE ROYALE

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AYANT-PROPOS

Lorsque j’entrepris, il y a bien des années, cet ouvrage, que j’espérais alors et que j’annonçais devoir être fini en trois ans, et qui n’est pas encore terminé , je ne pensais pas à le porter à une aussi grande étendue, et je ne me faisais pas une idée assez juste de tous les matériaux que j’avais à recueillir et qui devaient y entrer. J’étais loin aussi de m’attendre aux obstacles de plus d’un genre qui se présenteraient de tous côtés, obstacles dont une paitie existe encore et qu’il ne m’a pas été possible, jusqu’à présent, d’éviter ou de surmonter. Mon ambition ne s’élevait pas bien haut , et peut-être cussé-je agi plus prudemment en ne lui laissant pas prendre un plus grand essor. Peu de temps s’était écoulé depuis que la science de l’archéologie avait perdu l’illustre Visconti, et que je lui avais succédé au musée du Louvre. Mes désirs alors se bornaient à me servir de ses excellons ouvrages et à marcher de loin sur ses traces dans la carrière qu’il avait si glorieusement parcourue à pas de géant. Plus on connaît, plus on approfondit le Musée Pio-CIémentin , l’iconographie et les autres savantes productions de ce grand antiquaire, plus on admire son immense érudition , toujours prête et toujours sûre; sa pénétration, son talent des rapprochemens , sa sagesse, sa retenue et sa clarté dans les interprétations, et plus on lui trouve une supériorité, une universalité de connaissances bien rare

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à toutes les époques; plus aussi l’on sent à quel petit nombre iï est donné d'acquérir tout ce qu’exige la tâche si difficile d’un antiquaire accompli, qui devrait réunir toutes les facultés de l’esprit, de la mémoire et du goût, au sentiment intime des arts du dessin. Peut-être cette dernière qualité est-elle celle qui brille le moins chez plus d’un antiquaire, auquel des études graves et sévères, loin des monumens, n’ont pas permis de la développer, et peut-être Visconti luimême, bien que nourri au milieu des chefs-d’œuvre des anciens, ne la possédait-il pas au même point que scs autres mérites? Peut-être aussi parfois y aurait-il lieu à appeler de scs décisions sur la partie intrinsèque et technique de l’art, qu’il juge plus en antiquaire épris de la rareté ou de la singularité, qu’en artiste qui considère l’art en lui-même, et sous le rapport de sa valeur propre et de sa beauté. II en est souvent ainsi de bien des antiquaires qui, séduits par l’attrait du caractère antique, donnent, en conscience, comme beaux, des ouvrages qui , ne se recommandant ni par l’invention , ni par l’intention, devraient, sous le point de vue du dessin et de l’exécution, exciter moins d’éloges que de critiques. Un des grands mérites de Visconti, et qu’on désirerait quelquefois à plusieurs des savans qui cherchent à le trouver en défaut, c’est d’être très-sobre d’érudition lorsqu’elle n’est pas indispensable, et de se faire bien comprendre : grand avantage, et qui dépend encore plus de celui qui discute que de son lecteur. Et certainement tant que la science de l’antiquité conservera quelque charme , et tant que l’on s’occupera de ses monumens, heureux seront les ouvrages qui pourront être jugés dignes d’être comparés à ceux de Visconti, et qui, offrant aux recherches une source aussi pure , aussi abondante , inviteront à y puiser a longs traits avec autant de plaisir et de fruit!

Je n osais espérer arriver à ce but réservé à quelques élus de la science, en publiant, tel qu’il était, un ouvrage sur l’archéologie et sur les arts dont je m’occupais depuis longtemps. Une nouvelle carrière m imposait de nouveaux devoirs et envers le public et en- \us moi-meme. Après tout ce qu’ avaient déjà fait paraître sur les mus* es de 1 Europe des savans de grand talent, je ne pouvais me dissimuler qu il ne fût fort a craindre qu’il ne me restât plus qu’à glaner ce quils auraient négligé çà et là dans les riches moissons qu avaient pioduites de toutes parts les domaines de l’antiquité. Mais

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ces champs si vastes sont assez abônclans pour que l’on n’ait pas à redouter de les voir jamais s’épuiser tout à fail. Leur richesse est si variée, qu’ils se prêtent à toute sorte de culture, et que même l’abondance des récoltes peut suppléer à leur qualité. J’ai donc aussi voulu glaner et joindre ma gerbe .aux trésors dont ceux qui nous ont précédés ont enrichi la science de l’antiquité.

Mon projet n’avait d’abord été que de donner une description des antiques du Musée royal plus développée que celle que j’avais livrée au public en 18 20. Elle devait être accompagnée de planches très-détaillées, qui eussent offert tous nos marbres et un choix de statues des divers musées et des collections de l’Europe. Mais ce n’eut été qu’un ouvrage de très-peu d’étendue et qu’une sorte de commentaire de la description que j’avais fait paraître, et qui avait été honorée d’un accueil assez favorable. Bientôt ce cadre me parut trop restreint, et ce recueil eût ressemblé à tant d’autres. Cependant, faisant la guerre à mes dépens, je ne pouvais avoir la pensée téméraire de lutter contre des colosses tels que les Musées .du Vatican, du Capitole, la Galerie de Florence, les Musées de Dresde, du Louvre, oeuvres immenses, riches de tout le luxe de la gravure et de la typographie , et qu’avaient produites , avec des sommes énormes, ou des gouvernemens ou des millionnaires. Si même de pareilles entreprises n’avaient pas été au-dessus de mes forces, peutêtre ne m’y serais-je pas livré. Ces ouvrages, et d’autres de ce genre, sont certainement d’une grande magnificence, et font honneur aux personnes auxquelles on les doit et aux pays où ils ont paru. Mais malheureusement leur utilité pour les arts et pour le plus grand nombre de ceux qui les cultivent n’est pas en raison directe de leur beauté. Destinés aux favoris de la fortune ou à de grandes bibliothèques, ils sont d’un prix qui leur met, pour ainsi dire, des entraves et les empêche de se répandre autant qu’on le désirerait. Souvent ils languissent, très -bien et trop bien conservés, superbement reliés et très-peu consultés, dans la bibliothèque du riche : mais il est bien rare qu’ils visitent l’atelier du peintre, du sculpteur ou même le cabinet du jeune savant, ou qu’ils y fassent un long séjour; ils sont trop beaux pour braver la poussière. Ce ne sont pas les yeux et les mains auxquels ils seraient le plus utiles qui peuvent le plus librement ou les parcourir, ou les étudier. Je me décidai

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donc à étendre mon plan, mais de manière que le prix de l’ouvrage fut à la portée d’un plus grand nombre de personnes, et à sacrifier la richesse à futilité. Il était impossible de penser û la gravure terminée, c’eût été trop cher, à moins qu’ainsi que Bouillon, dans son magnifique et excellent ouvrage, on n’eût le talent et la persévérance de dessiner et de graver ses planches de ses propres mains. J’eus donc recours à la gravure au trait moins dispendieuse, et qui me permettait de marcher d’un pas plus libre vers le but que je me proposais.

Plusieurs ouvrages du même genre avaient paru sur les marbres antiques du musée royal du Louvre; mais ils notaient pas de nature à décourager d’en essayer d’autres, et ils permettaient même l’espoir d’arriver à des résultats au moins aussi satisfaisans. On doit cependant, parmi ces productions, distinguer les MONUMENS antiques du musée Napoléon, publiés par Piranesi , dessinés et gravés par Piroli. Quoique, en général, la gravure en soit assez lâchée et souvent trop lestement faite, elle rend, assez ordinairement, le caractère de ses modèles, et peut-être ne désirerait-on pas plus de soin à ces planches, si on ne les considérai que comme des croquis spirituellement touchés, d’une pointe vive et légère, qui réveille suffisamment le souvenir des productions de la sculpture antique. Au reste cet ouvrage, dont le texte est écrit avec goût et une saine érudition par MM. Schweighaüser le fils et Petit-Radel, de l’académie des inscriptions, est loin de contenir toutes les richesses du Musée royal des antiques. II est vrai aussi qu’il offre beaucoup de monumens que nous ne possédons plus, et dont les souvenirs excitent nos regrets; mais comme la publication en a été terminée en 18 06, il doit naturellement y manquer toutes les nombreuses acquisitions qui depuis ont, sinon réparé, du moins adouci une partie de nos pertes. Cette production classique , et d’une lecture agiéable, est, ainsi que la notice deVisconti, de la plus grande utilité pour bien connaître les antiques du Musée à ses diverses époques jusqu’en 1815.

Mais aucune des publications que l’on pourrait citer, ni celles qui si duisent par leur luxe, ni d’autres qui se présentent plus modestement, ne sont complètes. Ces ouvrages n’offrent qu’une partie des i ichcsses d< notie collection, et même Bouillon, beaucoup plus

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étendu que tous les autres, et que je mets toujours hors ligne, a laissé encore des lacunes à remplir. C’était donc, ce me semblait, rendre service aux arts, à l’archéologie et au Musée, que d’offrir un ensemble complet. C’est ce que j’ai entrepris, et j'ose croire qu’il n'a rien échappé à mes recherches et au crayon des dessinateurs qui m’ont prêté leur talent.

Faire connaître dans tous leurs détails les productions de la sculpture antique que possède le Louvre, ce n’était qu’achever ce que d’autres avaient déjà plus ou moins bien fait. Je ne crus pas devoir m’arrêter là : mon plan pouvait s’étendre et acquérir plus d’intérêt. Le palais qui, depuis tant de siècles, fait par sa beauté la gloire de Paris, après avoir longtemps, par sa force, servi à sa défense, et qui, malgré les critiques auxquelles peuvent prêter les disparates de son architecture, n’en est pas moins un des plus somptueux édifices royaux de l’Europe; ce Louvre, dont l’origine se cache dans les obscurités des premiers temps de notre histoire, et se rattache presque au berceau de notre glorieuse monarchie, méritait bien d’attirer les regards d’une manière particulière. II me semblait qu’on les arrêterait avec plaisir et avec une sorte de vénération sur cette antique demeure que nos rois se sont toujours plu à embellir, et où ils aimaient à venir prendre leurs cshats et se reposer des fatigues de la guerre au milieu des chefs-d’œuvre des arts de leur temps, des savans, des artistes auxquels ils les devaient, des guerriers qui avaient partagé leurs succès ou leurs revers, et des belles qui les consolaient ou les récompensaient. Notre Louvre ne pouvait-il pas bien d’ailleurs revendiquer les droits que l’on ne fait pas difficulté d’accorder aux monumens antiques grecs et romains, et qu i! est en état de soutenir par la richesse de ses souvenirs historiques et la beauté de ses détails? Les Grecs et les Romains ne montraient-ils point, avec un noble orgueil, du temps des Césars, des monumens qui ne dataient que de peu de siècles avant eux, et beaucoup moins anciens alors que ne l’est pour nous aujourd’hui le Louvre, si nous remontons à son origine? Pourquoi nos antiquités auraient-elles moins de prix à nos yeux, qu’à ceux des Grecs et des Romains les monumens de leur patrie? Je crus donc qu’avant d’exposer les trésors que nous a légués l’antiquité étrangère, je pouvais présenter l’histoire de notre antique palais qui les renferme. On avait, il est vrai, à me repro-

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cher d’intervertir l’ordre des idées, de produire le moderne avant l’antique, et de parier des enfans avant de m’occuper de leurs pères. C'était certainement un inconvénient qui ne m’échappait pas plus qu’à tout autre; mais il ne me parut pas assez grave pour me détourner de mon projet. Je ne suis meme pas persuadé que j’aie eu tort de ie suivre; et il me semble très-naturel de parler du contenant avant de s’occuper du contenu. En géographie, n’est-il pas question d’une province avant de décrire les villes, et des villes avant d’en offrir les monumens? ce que, cependant, on ne peut pas pousser trop loin et avec trop de rigueur, car, pour la moindre chose, on commencerait par décrire l’univers. Je pensai d’ailleurs que l’intérêt des matériaux que j’avais à présenter plaiderait en ma faveur et me justifierait. On me pardonnera de n’ouvrir nos galeries, et de n’y montrer notre assemblée de dieux et de héros, qu’après avoir fait parcourir le palais dont nos riches salles ne sont qu’une brillante partie. Aussi n’ai-je rien négligé pour que mes planches offrissent la promenade du Louvre la plus complète et la plus variée; et j’ose espérer qu’aucune des parties que l’architecture, la sculpture et la peinture ont enrichies de leurs prestiges, ne s’est soustraite à mes recherches et à celles des artistes qui les ont si bien reproduites par leur crayon et leur pointe. Car, ne me contentant pas des détails de l’architecture et de la sculpture que nous offre le Louvre depuis François Ier jusqu’à nos jours, comme un résumé des talens d’un grand nombre de nos meilleurs artistes, qui ont empreint leurs caractères divers sur ces riches murailles, archives des arts de plusieurs siècles, je donne encore toutes les peintures dont, depuis la minorité de Louis XIV, ont été ornées nos salles de sculpture. Ces salles, brillant sous tant de rois, ont été témoins de tant d’événemens, des sages conseils de Charles V, des fêtes et des tournois de François lei , de Henri II; des fureurs de la ligue, de la mort du bon Henri, des folies de la fronde, des plaisirs et des pompes de la coui d Anne d Autriche et de Louis XIV, et elles ont vu la monarchie croître, briller et tomber.

De toutes les peintures des temps déjà assez éloignés de nous, il ne reste malheureusement plus rien de celles dont le Primatice, h KojSo, Éiaid, du Breuil, Freminet, Janet, avaient enrichi les somptiKux app.uiemens des reines au rez-de-chaussée du Louvre,

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alors du côté de la Seine, ajourd’hui sur la cour. 11 n’existe plus que celles qu’à l’élégante profusion des sculptures des Anguier, unil, pour décorer les appartemens d’Anne d’Autriche, Romanelli, dont aujourd’hui les ouvrages ne nous paraissent pas justifier toute la célébrité. Il ne manquait cependant pas de talent , et il enrichit de peintures, dont quelques-unes sont assez remarquables, les salles de l’hôtel Mazarin , aujourd’hui bibliothèque des manuscrits de la Bibliothèque royale. On trouvera aussi dans mes planches toutes les sculptures de la galerie d’Apollon, exécutées d’après les dessins de Le Brun par Girardon, les Marsy, Regnauldin et d’autres sculpteurs de mérite du règne de Louis XIV. Il est à regretter que l’on n’ait pas suivi pour cette galerie les beaux et sages projets de Poussin; certes c’eut été mieux; mais cette galerie devant être en partie changée, il est bon de conserver le souvenir de l’ensemble et des détails de sa décoration. Si le goût ne l’approuve pas dans toutes ces dispositions, et s’il voit avec peine, de même que dans plusieurs de nos salles de sculpture, un peuple de statues suspendues aux plafonds ou aux corniches couper les lignes de l’architecture et en rompre l’harmonie, cependant il est disposé à pardonner ces écarts à une architecture qui se déclarait indépendante, et associait à l’irrégularité de ses conceptions les caprices et les élans de la sculpture; et d’ailleurs offrir et signaler des erreurs, ce n’est pas engager à les suivre.

Après avoir présenté, dans tous ses immenses détails , l’antique demeure de nos rois, nous passons aux sculptures antiques renfermées dans ses nombreuses salles. Les ouvrages qui ont traité ce sujet commencent ordinairement par les statues; viennent ensuite les bustes, les bas-reliefs, les inscriptions et les autres antiquités. C’est ainsi que procèdent le Musée Capitolin de Bottari et le bel ouvrage de Bouillon. Dans d’autres recueils , tels que le Musée Pio-Clémentin de Visconti , le Musée Britannique de Combes, celui des Monumens antiques du musée Napoléon par Schweighaüser et Petit-Radel , tous les monumens sont entremêlés, mais en suivant, autant que possible, l’ordre des divinités, des sujets mythologiques et des personnages historiques. Ce classement méthodique a bien des avantages sous le rapport scientifique : cependant je n’ai pas cru devoir my astreindre; il m’a paru que, dans les planches, l’ordre alphabétique était plus commode pour les recherches, quitte ensuite à établir une

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méthode plus scientifique pour le texte et pour des tables : c’est ce que j’ai fait. Des raisons particulières m’ont engagé à donner d’abord les bas-reliefs du Musée, en les faisant suivre des autels, des inscriptions et des autres monumens divers. J’ai pensé que les basreliefs (et notre Musée est l’un des plus riches en ce genre de monumens), offrant plus que les statues une grande masse de détails mythologiques et archéologiques, il y avait quelque avantage à les mettre en première ligne; et qu’il serait plus commode d’y renvoyer lorsqu’on traiterait des statues. Mais devant, d’après le plan de mon ouvrage, produire tout ce que le Louvre renferme d’antique et de moderne, les bas-reliefs des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles de la galerie d’Angoulême ont dû faire suite à la collection des antiques ; ce qui n’a nul inconvénient, puisque, si ces deux parties se touchent, elles ne se confondent pas, et qu’il était assez convenable de traiter, les uns près des autres, des monumens du meme genre, en présentant, d’un coté, tous les bas-reliefs antiques du Musée royal, et de l’autre tous les modernes du Louvre. II en est de meme des inscriptions hiéroglyphiques, grecques et latines; peu importe quelles ne viennent qu’ après des bas-reliefs modernes, puisqu’elles en sont entièrement séparées. Dans un voyage, des objets variés ne se montrent-ils pas ou successivement ou à la fois à vos regards, et de la description d’un lac on passe à celle d’une forêt ; d’un temple antique à une église, et d’une inscription grecque à une collection moderne. Au lieu d’y perdre, l’intérêt y gagne et varie à chaque pas ; et cependant j’ai été loin de me permettre tant de licences ; malgré ses avantages, je n’ai pas eu recours à cet intérêt, qui naît de la diversité; l’antique et le moderne ont marché l'un à la suite de 1 autre, mais à distance et sans se réunir.

J ai donné tous mes soins à ce que les lettres des inscriptions eussent la meme forme que sur les marbres, et il y en a beaucoup que j’ai copiées moi-même après les avoir fait mouler pour les mieux étudier. Quant aux inscriptions hiéroglyphiques, il serait difficile d’en trouver qui fussent rendues avec plus d’exactitude; les copies en a\ aient été revues avec un soin scrupuleux par mon collègue et mon •uni Champollion le jeune, et elles ont été gravées par l’habile main de M. Bigant, avec cette connaissance du caractère et du style égyptiens qu’il possède si bien. Feu Salvolini, l’élève de Champollion,

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que viennent d’avoir à regretter les études égyptiennes, m’a écrit qu’il serait bien à désirer que l’on reproduisît toujours les hiéroglyphes avec autant de netteté cl d’exactitude que les miens, et qu’il n’en connaissait pas d’aussi bien rendus. Je ne donne que les inscriptions hiéroglyphiques du Musée royal des antiques; celles qui, en très-grand nombre et fort belles, feront un jour partie de notre grand Musée égyptien, n’entraient pas dans mon plan, spécialement destiné aux antiquités grecques et romaines. Elles mériteraient à elles seules un ouvrage qui serait très-considérable, de longue haleine, et que probablement on entreprendra quelque jour, si les monumens de l’Egypte, malgré le sort contraire qui semble s’acharner contre ceux qui cherchent à en sonder et à en dévoiler les mystères, conservent encore la faveur dont les ont dotés les immortelles découvertes de Champollion, et s’il se trouve quelques heureux savans qui , inspirés par son génie , possédant sa sagacité , sachent mettre à profit son précieux et abondant héritage.

Après les bas-reliefs, les inscriptions et les monumens qui les accompagnent paraît la nombreuse suite des statues du Musée royal , qui présente plusieurs chefs-d’œuvre de premier ordre, parmi une foule de productions de grand mérite et d’autres qui, ne marchant pas sur le meme rang, ne sont nullement à dédaigner, et auxquelles bien des musées feraient fête. Il serait inutile, pour le moment, de parcourir ici tout ce qui mérite d’être remarqué dans cette brillante série de divinités et de grands hommes qu’ont rassemblés au Louvre la munificence et le goût de François Ier, de Henri IV, de l’empereur et de Louis XVIII. Plus tard ils passeront tous sous nos yeux. On sait que François Ier et Henri II, qui avait hérité de son goût éclairé pour les arts, avaient, à grands frais, enrichi de statues leurs palais et leurs châteaux, et entre autres Fontainebleau, qui, au rapport de Vasari, était une autre Rome. Se présentant en Italie comme émule du pape Léon X dans son amour pour les arts, qui avaient déjà pris le plus haut essor, François Ier ne se contentait pas d’attirer à lui, par ses faveurs et ses largesses, les artistes qui illustraient l’Italie, et étaient appelés à instruire et à embellir la France, il luttait encore , de goût et de libéralité , avec le pape et les princes italiens dans l’acquisition des monumens de la statuaire que la terre avait conservés, ei qui, reparaissant au monde, revenaient, de même

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(|UC certains dieux de f Olympe, une seconde fois à la vie. Ce n était pas seulement de simples statues, du marbre, du bronze que voulait François I" pour orner ses vastes palais et scs jardins, c’étaient des chefs-d’œuvre qu’il lui fallait, et de ces statues dont l’Italie ne devait se séparer qu’à regret. C’étaient là de véritables et de brillantes conquêtes pour la France, où elles venaient répandre le goût des arts, des belles choses, et allumer ce feu sacré dont paraissaient encore tout ardens les chefs-d’œuvre des anciens. Ce fut vers cette époque que l’on fit en Italie, et surtout à Rome, des fouilles nombreuses et très-productives, et le nombre des statues, très-peu considérable à Rome lors de la première liste qu’en dressa i’Aldroandi dans son ouvrage de 1556, montait à plusieurs centaines en 1562, lors de la seconde édition. Aussi François Ier et Henri II, secondés dans leur utile magnificence, et bien servis par le Primatice, Benvenutto Ceîlini et d’autres artistes, réunirent-ils un grand nombre de belles statues qui, après avoir orné Fontainebleau, Versailles et divers palais , sont venues au Louvre fonder le Musée royal ; et cette colonie de dieux et de héros , peu nombreuse d’abord , mais bien choisie , s’est successivement accrue et a été portée au point où nous la voyons aujourd’hui. Ce fut surtout par l’heureuse acquisition de la magnifique collection rassemblée pendant plusieurs siècles dans le palais et la villa de la maison Borghèse , et achetée par f empereur, que le Musée vit tout à coup ses richesses augmentées, d’une manière tout à fait royale, des monumens les plus importans en statues, bas-reliefs, bustes et inscriptions. Quand il n’aurait été riche que de l’ancien fonds du domaine de la couronne, accru de la collection Borghèse, il se serait présenté sur la même ligne que les plus beaux musées de l’Europe. Mais la conquête de l’Italie avait enrichi le Musée d’une foule de chefs-d’œuvre qui l’avaient mis hors de pair et l’avaient élevé au comble de sa gloire; cette gloire se serait a jamais soutenue avec le même éclat si notre sagesse et notre bonheur eussent égalé notre courage; mais la victoire, si longtemps fidèle, fatiguée de nous suivre, ramena au Vatican et au Capitole les dieux et les héros, qui depuis quelques années en étaient exilés, et qui n y sont peut-etre pas plus utiles aux arts que dans la nouvelle patrie qu on leur avait fait adopter. On ne saurait oublier ni passer sous silence que, lors des désastres du Musée, ce fut à la chaleureuse

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intervention de Louis XVIIJ que la France «lui de pouvoir conserver plusieurs chefs-d’œuvre qui, sans lui, eussent suivi les autres, et que ce monarque sut persuader au cardinal Albani de lui céder, de sa superbe collection, quelques belles statues et un nombre de basreliefs très-précieux. Ce fui aussi ce prince qui, cherchant à consoler le Musée d’une partie de scs pertes, qu’on n’avait pas à lui reprocher, fit l’acquisition de ce que renfermait de plus beau ou de plus rare la collection du comte de Choiseuï-Goufficr. C’est encore à lui que l’on doit cette admirable Vénus de Milo, ce chef-d’œuvre sans égal que nous envieront toujours tous les musées de l’Europe, et qui rappellera à jamais la noble générosité de M. le marquis de Rivière, qui en avait fait hommage à Louis XVIII.

AP rès les statues antiques du Musée viendront toutes les figures modernes de la galerie d’Angoulême, de quelques salles du Louvre et celles du jardin des Tuileries. Cette suite, assez nombreuse, est entièrement distincte des antiques ; cependant le numérotage des planches est continu depuis le commencement de l’ouvrage jusqua la fin; car rien de plus incommode pour les recherches et pour les citations que des séries de numéros qui reprennent à chaque salle, ainsi que les offrent plusieurs musées et plusieurs ouvrages. Notre série moderne de la galerie d’Angoulême est intéressante et offre de belles productions de nos artistes depuis Louis XII jusqu’à nos jours. L’on y trouve des noms qui de tout temps eussent très-bien figuré parmi ceux que la sculpture cite avec le plus d’honneur.

Quelque nombreuses que soient les statues du Musée, ce n’est que peu de chose auprès de celles que présentent les planches qui les suivent, et qui contiendront, du moins je l’espère, toutes les statues antiques de tous les musées publics et de la plupart des collections particulières dont j’ai pu me procurer les dessins. Et ce n’est pas toujours, on peut le croire, une petite affaire de parvenir à les obtenir; trop souvent ces difficultés seraient propres à détourner de pareilles entreprises. Que de négociations ! que de lenteurs avant que l’on daigne vous accorder de mettre le crayon à la main d’un dessinateur! il n’en coûterait pas plus de peine pour attacher le mineur à un bastion que l’on voudrait faire sauter, que pour établir un artiste devant les figures que vous désirez faire copier. Réunies par des gouvernemens ou par des amateurs, ces collections paraissent netre faites

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