‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 132 sur 286 · YDDITION A L’ARTICLE SUR LA FONTE · texte numérisé non relu

YDDITION A L’ARTICLE SUR LA FONTE

(Pages 55 etsuiv. ).

Depuis l’époque où j’offris, clans cet ouvrage, quelques notions sur l’art et les procèdes de la fonte en bronze, l’usage de ses productions s’étant plus répandu, soit en grand pour les statues, soit eu petit pour les exigences et les caprices du luxe, des essais souvent répétés ont du amener plus d’un perfectionnement dans les pratiques du moulage et de la fonte : et au fait c’est ce qui a eu lieu. Plusieurs de nos bons fondeurs ont fait faire des progrès très-marques à leur art. L’on fond avec plus de facilite qu’il y a quelques années, et avec moins d’attirail pour les travaux préparatoires et pour l’exécution ; on est aussi plus sur de la réussite : les accidens se présentent plus rarement et la fonte est meilleure*, offrant au sortir du moule un aspect bien plus satisfaisant, elle oblige à beaucoup moins de réparage. Il paraît que les jets et les évens des grandes pièces, disposés avec plus d’intelligence, concourent mieux au remplissage égal du moule par le métal en fusion, et que, plus sûr de la chaleur des fourneaux et plus maître d’en diriger la température, on en calcule d’une manière moins incertaine les effets sur le moule et sur la fonte. Quelques-uns de nos fondeurs, entre autres MM. Richard et M. Honoré, sont parvenus à couler très-mince, et d’une grande légèreté, des morceaux d’une dimension ordinaire et de petits objets, et à les faire sortir du moule assez nets pour n’avoir plus besoin que de très-peu de réparage ou de retouches. Cet avantage est certainement très grand; mais cependant, jusqu’à un certain point, il ne faut pas en abuser. Car coulez aussi bien que possible une grande statue en bronze, aussi bien que l’antique, aussi bien que Benvenuto Cellini, les Florentins, vous ne sauriez, de même que ces habiles artistes, en raison du grain, ou si l’on veut de la rudesse de l’épiderme du bronze, vous dispenser de le réparer, si vous tenez à ce qu’il offre un aspect aussi flatteur à l’œil que le marbre ou même que le plâtre qui vous aura servi à reproduire en métal votre statue. Benvenuto mettait la plus grande importance à ce réparage; il le croyait indispensable; celui de son Persée lui coûta sept à huit ans; il est est à croire qu’il le remania en entier à l’outil, et qu’il y avait une bien grande différence entre son bronze et le modèle qu’il dit cependant avoir travaillé avec le plus grand soin. II ne fondait que par parties séparées qu’il rassemblait ensuite, comme le pratiquaient les anciens, ce que l’on voit aux statues d’Herculanum et de Pompéi. Benvenuto préférait cette méthode, plus facile et plus sure, à celle de la fonte d’un seul jet, plus imposante, mais sur laquelle on peut moins compter. Mais ce réparage , si recommandé par Cellini, ollre un travail difficile, délicat et même spécial, qui, demandant tout le talent et l’adresse d’un statuaire, réclame la connaissance et la pratique des outils propres au bronze; et, pour devenir enfin tout ce qu’il peut être, d exigerait la main et encore plus le sentiment de l’auteur

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(lu modèle, qui ne devrait pas l'abandonner, surtout pour les parties uues, à la routine et aux caprices du simple ciseleur. Il s’eu trouve certainement de très-adroits et de lort intelligens; mais malheureusement ils n’ont, presque jamais, assez d’étude de la partie essentielle de la statuaire, du dessin du nu, du modelé, et de la purete des formes, pour pouvoir remplacer le talent d’un bon statuaire. Mais aussi, pour produire des statues qui fussent belles, non-seulement sous le rapport de l’art, mais encore comme bronzes, il faudrait que le statuaire se familiarisât avec le métal, et qu’après avoir livre son ouvrage au fondeur, il sut réparer son bronze sorti du moule, et v donner la dernière main. N y mettant que ce qu’il huit, il ne fatiguera pas, n’altérera pas ses formes par un travail trop minutieux, et donnant à chaque partie le soin et le Uni qu’elle réclame, il répandra sur tout l’ensemble un accord, un charme qui le feront valoir et seront en harmonie avec la nature du bronze, differente de celle du marbre, et qui, pour produire le même elfet, exige un tout autre mode d’exécution. Espérons donc que plusieurs de nos jeunes statuaires, se livrant au travail du bronze, ajouteront à leurs talens celui de savoir terminer eux-mêmes leurs statues, et il est hors de doute qu’elles n’y gagnassent beaucoup sous tous les rapports.

Mais en général, lorsque l’on parle de ciseler, on croirait qu’il ne s’agit que de tailler, d’enlever du métal , ainsi que le pratiquent sur le bois le menuisier ou le tourneur; mais tant s’en faut; et l’on pourrait, en réparant un ouvrage en bronze, n’en couper que très-peu de métal. Le bon ciseleur doit le modeler et , pour ainsi dire, le pétrir. C’est l’action du marteau et du ciselet d’un taillant plus ou moins vif, plus ou moins émoussé, l’un et l’autre adroitement conduits , qui resserre ou étend , foule et écrouit le bronze, et lui donne la forme, ainsi que la font sortir de l’argile, avec une toute autre facilité, le pouce et l’ébauchoir du plasticien. Le tra vaif du ciseleur habile se rapproche donc plus qu’on ne pense de celui qui s’exerce sur la terre. Les substances sont bien différentes, de mente que les manières de les traiter; mais il y a bien quelque rapport dans les résultats. Souple et liante, l’argile se prête avec douceur à la main qui la modèle pour ainsi dire en se jouant. Le bronze, au contraire, résiste, est revêche; mais sa dureté s’allie avec beaucoup de ténacité et de ductilité; et bien que ce ne soit que la force ou la fermeté qui puisse le façonner à son gre, la ciselure, habilement entendue et exécutée, n’est, dans bien des parties, qu’une espèce de modelage, et son travail est tout à fait différent de celui du marbre, cassant, fragile, sans liant ni ductilité, et avec lequel le sculpteur ne peut pas jouer comme le ciseleur adroit avec son bronze. Tout coup porte dans la sculpture, et les fautes sont irréparables; tandis que le bronze de la statuaire, plus maniable, présente toujours des ressources aux erreurs et au repentir. Il serait donc important, et même indispensable pour le statuaire qui veut mériter ce titre, et qui tient à ce que son ouvrage soit tout ce qu’il peut être, qu’il fut en état de le réparer lui-même et de lui donner la dernière façon. 11 faudrait qu’il devînt lui-même son ciseleur : il imiterait en cela les statuaires de l’antiquité, les Myrou, les Phidias, les Poiyclète, et, dans les temps modernes, Benvenuto Cellini. Ces grands ar-

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listes étaient en même temps les modeleurs, les fondeurs et les ciseleurs de leurs belles compositions, et ils ne devaient qu’à eux ce que la critique avait à y donner de louanges ou de blâme, et c’était avec des chefsd’œuvre entièrement créés par leurs talons divers qu’ils s’élancaient vers l’immortalité. Si nos jeunes statuaires, marchant vers le même but, prenaient la même route ils y arriveraient de même. Le sculpteur en marbre ne peut pas ne pas être modeleur en argile, de même le statuaire en bronze devrait être, de toute nécessité, modeleur et ciseleur, et il faudrait, de plus, qu’il fut au fait de tout ce qui a rapport à la fonte; et peut-être serait-il à désirer qu’un jour le statuaire ne put arriver à l’académie qu’après avoir fait ses preuves dans les diverses branches de son art, qu’il doit savoir pratiquer toutes pour le posséder complet. Traitées par ses propres mains, ses productions, qu’il ne devra qu’à lui et à la réunion de ses talens, se trouveront très-bien de cet heureux concours, surtout pour la partie la plus importante, le nu, et elles acquerront de la chaleur d’exécution et de la vie.

Souvent le bronze, lorsqu’il est trop poli et comme lustré, ce qui tient au travail routinier du ciseleur de pratique, prend des luisans dont la vivacité scintillante fatigue les yeux, nuit à la pureté des formes et détruit le calme et l’harmonie de l’ensemble; souvent aussi, lorsqu’on laisse à ce métal son grain, il produit l’effet opposé : il est rude, terne, et la lumière n’y joue plus avec le même piquant. On parvient, avec quelque adresse, à s’éloigner également de ces deux inconvéniens et à obtenir un bronze qui ne sera ni trop luisant, ni trop terne. Pour parvenir à ce satisfaisant résultat, on peut retravailler légèrement ses chairs au moyen d’une espèce de mat rude, fin, irrégulier, qu’on n’aperçoit que de très-près, qui ne fait, pour ainsi dire, que caresser l’épiderme et y donner du moelleux, et c’est ainsi que le grand Canova assouplissait les chairs de ses statues en marbre, en y promenant légèrement et irrégulièrement la râpe. Le Vendangeur improvisant, de M. Duret, au Salon de 1839, a été terminé de cette manière par lui et par son fondeur-ciseleur M. Quesnel. Vu à la distance convenable, cette jolie figure offre une chair plus souple, plus vivante, et j’allais dire plus élastique que si l’on en eut poli le bronze, ou si l’on en avait conservé le grain que donnent, à la fonte, l’action du feu et le contact du sable. Le bronze a été, en quelque sorte, resserré, recroui, et l’aspect du métal a pris quelque chose de plus ferme, et cependant sans dureté; et l’on ne peut que louer M. Duret d’avoir, dans sa statue en bronze, réuni l’adresse du ciseleur au talent du statuaire.

Nous avons beaucoup insisté, au commencement de ce volume, sur l’importance d’un bel aiiiage pour les statues en bronze, auquel les anciens statuaires, ainsi que le témoigne Pline, attachaient un grand prix. C’était à l’union ou à la bonne combinaison des dilférens métaux que le bronze devait les belles nuances que le temps lui faisait prendre, et qui ajoutaient beaucoup a son aspect et à sa valeur. C’étaient aussi ces qualités diverses, d’où dépendaient la beauté (T l’avenir de l’airain, qui lui avaient lait donner dilférens noms, selon la couleur qu’il offrait d’abord, et celles que l’on es-

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pérait des influences du soleil et de l’air. Ce métal leur devait, suivant la combinaison «le son alliage, ces belles teintes qu’admiraient les anciens et dont nous ne pouvons guère que soupçonner les effets; car il ne nous est arrive qu’un si petit nombre des statues de bronze qu’ils possédaient en si prodigieuse quantité, que nous ne saurions nous flatter qu’il nous soit parvenu aucun de ces chefs-d’œuvre, où la beauté' de la matière e'galait, pour ainsi dire, la perfection du travail. Ce n’est d’ailleurs pas seulement le temps qui a exerce' son action sur les bronzes qui nous sont parvenus; ils ne sont plus tels qu’ils eussent etc, si conserves et soignes dans les temples ou les édifices, ils n’eussent eu à lutter que contre les agens destructeurs, tels que l’air, l’humidite' et la chaleur. Enfouis en terre, sous des décombres imprégnées de salpêtre et de divers acides, ou dans des terreins volcaniques chargés de soufre, ils ont été attaqués par des décompositions, des altérations de plus d’un genre Oxydes à divers degrés, et par des «agens chimiques qui déployaient contre eux leur puissance délétère de manières différentes, c’était comme des supplices variés qu’ils subissaient et qui tous s’efforcaient de les détruire. Si des bronzes antiques ont reçu du temps et de la terre des teintes agréables et qui nous plaisent, ce ne sont probablement pas celles qu’ils auraient acquises si, conservés dans l’état pour lequel iis avaient cte faits, ils n’avaient pas partagé la ruine des lieux qu’ils embellissaient. C’est donc, dis- je, quelques unes de ces belles nuances que nous trouvons encore, bien qu’altérées, à certains bronzes antiques que nous cherchons à imiter. Y reussissons-nous? La réponse ne serait pas, je crois, affirmative. Nous ne nous contentons pas, comme les anciens, de frotter les statues de bronze de marc d’olives et de laisser au temps le soin de les faire briller des couleurs que lui seul peut leur imprimer. Pressés de jouir que nous sommes , nous hâtons ses effets à l’aide d’acides ou de mordans, ou plutôt nous masquons le bronze par une patine ou une couverte qui, n’étant pas produite de lui-même, n’est qu’une parodie de celle qu’il aurait due à l’action du temps ou des agens de l’atmosphère, qui, avant de ronger ce métal et de le détruire, le font, selon sa qualité et la beauté de son alliage, briller, pendant des siècles, des nuances les plus suaves. Mais il semblerait qu’à présent on est tenté de ne plus s’occuper de la beauté des alliages, et que, pourvu que le bronze coule bien et remplisse le moule, il est toujours assez bon. Aussi voyons-nous des bronzes aux teintes sales, et qui n’ont guère meilleur air, si même ils font aussi bien, que des plâtres colorés. Aux beaux temps des Médicis , à ces temps qui, comme aux époques de Périclès, d’Auguste, des Antonins, de François Irr, après avoir vu briller tous les arts, disparaissent en laissant de longues lacunes dans la série des siècles; au xvic siècle, donc, les statuaires de Florence avaient trouvé pour le bronze une sorte de vernis ou de patine d’un beau ton pourpré foncé, qui peut-être se rapprochait de la teinte que les anciens aimaient beaucoup à voir à l’airain, et qui, tirant sur la couleur du foie de bœuf, avait fait nommer hcpatizon , tirant sur le foie, le métal auquel son alliage faisait prendre cette nuance. Cette couleur florentine a du charme; amie de l’œil, elle est d’un ton doux, solide, riche, et ses reflets n’ont pas de dureté.

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Il est bien à croire qu’elle n’était pas tout à fait ainsi dans le principe, et que le temps l’a fondue, et, pour ainsi dire, recuite, et qu’il lui a donne de l’harmonie, telle que celle qu’il ajoute à la bonne peinture ou qu’il répand en tons dores et chauds sur les marbres des monumens des contrées favorisées par un beau ciel et un ardent soleil. Nous cherchons actuellement à reproduire cette couleur du bronze llorentin; mais ne se presse-t-on pas trop de lui faire prendre un ton qu’elle ne saurait peut-être acquérir que par l’effet du temps. Jusqu’à présent, l’on n’est pas parvenu à une imitation satisfaisante. Quelques procédés qu’on n’ct pas encore découverts, peutêtre des fumigations de diverses matières, procureront de plus heureux résultats, et l’on trouvera le moyen d’éteindre les brillans trop crus et d’adoucir la couleur acre de ces vernis ou de ces fausses patines qui ne vaudront jamais celle dont le temps seul sait revêtir le bronze comme pour en tempérer à l’œil l’éclat et la dureté. Je ne dirai rien ici de cette couleur terreuse, rouge, terne, chocolat d’Espagne, dont on barbouille actuellement les bronzes qui infestent les magasins. Uni à l’or, cet enduit produit le plus désagréable effet : on n’y reconnaît plus le bronze; son aspect métallique est masqué sous cette lourde enveloppe : c’est absolument comme si l’on chargeait d’ornemens en or du fer rouillé. Flattons-nous de l’espoir que le bon goût fera justice de ces productions bizarres et hétéroclites, et qu’on les traitera comme les caprices et les jouets de la mode. Mais il eut été fort à désirer que le bon goût ne se fut pas fait tant attendre, et qu’il se fût oppose de toute la force de sa critique éclairée à ce que, dans la décoration si longtemps différée, et si discutée, du plus vaste des monumens publics, on se laissât aller à imiter sur de la fonte de fer ce détestable bronze chocolat, devenu plus ridicule encore par son alliance avec l’or prodigué sur une place publique et comme enchâssé dans des balustrades de pierre. Passe encore si elles étaient en marbre. Il n’en eût peut-être pas coûté un quart de plus pour couler en bronze tout ce qui est en fonte de fer, métal nullement propre aux monumens, et qui, malgré toutes les précautions, finit, et en peu d’années, par s’oxyder et se détruire. Et d’ailleurs partout nos bronzes ont, à l’étranger, une grande réputation, et ils la méritent par leur supériorité sur ceux de tous les autres pays. Maintenons-Ia ; laissons à d’autres contrées l’avantage de produire en fonte de fer de petits objets d’art; exécutés avec le soin le plus minutieux, ils peuvent être très-agreables; mais il n’en est pas de même des grandes statues : du moins jusqu’à présent n’en avons-nous pas vu qui méritent d’être mises en parallèle avec les productions de la statuaire eu bronze; elles sont toujours d’un travail et d’un aspect très-grossiers et très-rudes. Et d’ailleurs on ne peut pas leur conserver la couleur naturelle de la fonte de fer, qui serait très-désagréable et fort triste, soit qu’elle restât telle qu’on la retire du inouïe, soit qu’en la frottant et l’adoucissant on lui donnât un éclat que lui enlèverait bientôt l’oxydation du 1er, si prompte el si inégale. On est donc oblige de charger de couleur à l’huile, de bitume, ou d’enrichir de quelques légères feuilles d’or, ccs statues, ces grands candélabres de Ionie; ou en masque le mieux qu’on peut le métal; il peut être tout, excepté lui-même , et l’on ne lui per-

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