‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 15 sur 286 · PARTIE TECHNIQUE DE LA SCULPTURE · texte numérisé non relu

PARTIE TECHNIQUE DE LA SCULPTURE

une inadvertance qui s’est glisse’e dans la traduction de Pausanias par M. Clavier : ce savant attribue la construction de cette grande machine au sculpteur ou à l’ouvrier Durius , tandis que l'épithète Sovpttoç , que Pausanias donne à ce cheval, signifie simplement qu’il était en bois.

Saule. — Le bois en est mou et d’un mauvais usage; on en fit cependant tics représentations humaines, sans doute tres-grossieres. Elles surprennent encore moins que celles que l’on fabriquait en osiek, quoique l’on citât un Esculape de Sparte et une Junon de Samos de ce genre, qui devaient netre que des ouvrages de vannerie ou des paniers tresses en figures informes. C’était avec les branches de ces deux arbres qu’on fabriquait les statues colossales nommées argees , qu’on jetait tous les ans dans le Tibre. Les immenses colosses dans lesquels, au rapport de Tacite, les Germains brûlaient leurs prisonniers en l’honneur de Tentâtes, étaient aussi en osier.

Tilleul. — Le bois de cet arbre est doux, facile à travailler, et l’un des plus propres à la sculpture.

Vigne. — On employa surtout la vigne sauvage et celle de Chypre. Selon quelques auteurs , la Diane d’Ëphèse était de ce bois. Quoiqu’il y ait des souches de vigne d’une assez grande dimension, on ne voit pas bien ce qui peut l’avoir fait choisir pour sculpter des statues ; il devait y avoir beaucoup d’assemblages : d’ailleurs ce bois est filandreux et se prête peu au travail.

On trouvera, dans le tableau chronologique des beaux-arts et dans le cours de cet ouvrage, l’indication des diverses statues de bois citées par les anciens.

Il est probable que le plâtre, cette substance d’une si grande utilité’ dans les arts, et surtout dans la sculpture, n’est pas cependant une des premières qu’elle ait employées. Il a fallu sans doute bien des essais sur differentes matières minérales, une grande expérience et des découvertes dues au hasard , avant de parvenir à savoir que , pour pouvoir se servir de cette pierre calcaire, il était indispensable de la cuire, et meme à un certain degré, de la broyer et de la mêler avec de l’eau dans une juste proportion , pour la rendre propre aux divers usages dont le plâtre est susceptible, soit pour former du ciment par son mélange avec d’autres matières, soit pour se prêter à rendre avec exactitude toutes les formes, comme moule et comme objet moulé. En admettant même qu’on eut découvert de bonne heure les propriétés du plâtre, il y avait encore bien des pas a faire avant de pouvoir en profiter. Cette substance ne se laisse pas, comme l’argile ou comme le bois, travailler dans sa masse ; elle n’a jamais pu servir à faire un ouvrage original. Elle ne peut prétendre qu’à reproduire, en s’y adaptant, les formes qui ont été exécutées avec d’autres matières. Ses productions sont donc toujours des copies, ou, si l’on veut, des fac-similc d’autres ouvrages : une statue en plâtre en suppose une autre dont elle n’est que la répétition. Par les détails que nous donnerons sur 1 emploi du plâtre , on verra qu’il a fallu sans doute bien des essais avant de parvenir a en faire des moules. Pour me conformer entièrement à l’ordre chronologique, peut-être aurais-je du, d’après ces considérations, ne pas traiter ce qui a rapport au plâtre avant d’avoir parlé des métaux et du marbre; mais il est tellement nécessaire dans les travaux préparatoires de la fonte des statues et dans ceux de la sculpture en marbre, que je me vois forcé île m’en occuper avant île passer à d’autres sujets, pour les traiter avec plus de clarté.

Ce serait inutilement qu’on chercherait à assigner l’époque à laquelle on a commencé a employer le plâtre pour reproduire et multiplier les statues;

mais certainement elle est très-ancienne. Selon Pline (1), Lysistrate, frère de Lysippe, s’en servit le premier pour mouler sur nature; mais on voit dans Pausanias (2) qu’une statue colossale de Jupiter, commencée en or et en ivoire par Théocosme, élève de Phidias, fort antérieur à Lysistrate, avait été terminée en plâtre et en terre cuite. Du moment où l’on connut la nature de cette substance, il fut aisé de juger que, par la fluidité qu’on lui donne et par la dureté qu’elle acquiert et que l’on peut encore augmenter, elle était éminemment propre à tout ce qui a rapport au moulage. Avant d’entrer dans quelques détails sur les procédés de ce travail, il est à propos de faire connaître les propriétés du plâtre et la manière de le mêler avec l’eau , autrement dit, de le gâcher ; car c’est le terme consacré par les mouleurs. Cette opération, qui paraît peu de chose, est d’autant plus importante, que le plâtre mal gâché ne peut plus servir. La consistance qu’il doit avoir en dépend. S’il y a trop d’eau, il est plus long à prendre et n’acquiert pas assez de solidité; s’il n’y en a pas assez , il se coagule trop vite et est moins facile à employer. Aussi, quand il doit être exposé à l’air, et que l’on desire lui donner une grande dureté, est-il bon de diminuer la proportion de l’eau. La manière la plus sure, dans l’usage habituel, est de verser le plâtre dans l’eau jusqu’à ce qu’il l’ait absorbée : on le gâchera alors facilement, et il ne se condensera ni trop vite ni trop lentement.

II est très-essentiel de connaître la nature du plâtre dont on se sert. La pierre la plus tendre dans la carrière fournit ordinairement le meilleur; on la nomme roussette: n’occupant pas les parties supérieures, elle forme souvent des lits entre des bancs de pierres plus dures. Le plâtre destiné au moulage doit être bien calciné, très-blanc. Celui que l’on prépare dans les carrières est souvent, ou brûlé , ou à peine cuit et presque cru. II paraît que, pour l’obtenir dans toute sa perfection , on doit le cuire dans un four de boulanger, chauffé comme pour le pain. Après avoir retiré le feu , on dispose par couches de quatre à cinq pouces d’épaisseur la pierre à plâtre brisée, bien sèche, extraite de la carrière depuis quelques mois. Au bout de douze heures, elle est cuite au degré convenable, et fournit du plâtre qui a toutes les qualités requises pour le moulage. Afin de lui donner la finesse nécessaire, après l’avoir bien battu et pilé, on le passe au tamis plus ou moins serré, quelquefois même au tamis de soie, lorsqu’il doit servir à mouler des objets très-délicats , tels que des médailles , des pierres gravées , et de petits modèles de monumens d’architecture.

Le plâtre , avant d’être employé, absorbe facilement l’humidité de l’air, et en s’éventant il perd de sa force : aussi est-il nécessaire de le conserver dans un endroit sec et renfermé. Tel plâtre d’ailleurs prend plus vite : tel autre se fait plus attendre; ce qui arrive à celui qui est cuit et broyé depuis peu, mais alors il devient plus dur. Divers moyens remédient à ces inconveniens : du sel , de l’eau chaude dans laquelle on a délayé un peu de plâtre, le font se coaguler plus vîte ; on le retarde avec de la colle ou de l’urine. Mais ce qu’il y a de plus sur , c’est de le gâcher à propos , et d’avoir

( I ) Liv. xxxiv, di. xr. iv.

( 2 ) Alt. xi.. Voyez la note de M. Siebelis.

soin, en le remuant lentement et egalement avec une spatule, qu’il ne s’y forme point de grumeaux , qui produiraient des souillures , et empêcheraient la pâte d’être d’une consistance bien égalé. Le plâtre étant gâche, il s’agit de procéder au moulage, dont il y a plusieurs espèces : V estampage, le moulage à creux perdu , et celui qu’on appelle à bon creux.

Avant de parler de l’estampage, il est bon d’expliquer un terme qui revient souvent lorsqu’il est question d’un moulage quelconque; c est celui de dépouille. Un objet sculpte eu relie! ou en creux est de dépouillé lorsqu il n’y a pas de parties rentrantes en dessous ( ce que les Italiens appellent sottosquadri ) , qui empêcheraient le plâtre dont on le couvre de s’en détacher. Dans les draperies, des plis creusés ou fouillés en cloche, ou dont le fond est plus large que l’ouverture , ne sont pas de dépouille ; il en est de même de toutes les saillies dont la largeur supérieure surplomberait celle de leur base et la dépasserait. On conçoit aisément d’après cela que dans une statue les draperies sont moins île dépouille que le nu. Prenons pour exemple une sphère et une pyramide tronquée placées sur un plan. Si on les enveloppe de plâtre en commençant par le liant, il est aisé de voir que la sphère sera de dépouille jusqu’à son diamètre; que plus bas elle ne le sera plus , et qu’elle ne pourrait sortir du moule qui la renfermerait jusqu’à ce nouveau point. La pyramide tronquée, placée sur sa base, sera de dépouille ; rien ne retiendra le plâtre. Si on la pose, au contraire, sur la partie tronquée et qu’on la moule, elle ne sera plus de dépouille. Deux de.cfs pyramides placées dans ce sens à peu de distance l’une de l’autre, et couvertes de plâtre ainsi que leur intervalle, donnent une idée juste des plis fouillés en cloche et de toute autre partie rentrante dont l’ouverture est plus étroite que le fond. II est clair que pour les dégager du moule il faudrait le briser, ou qu’on serait obligé de le faire en plusieurs pièces; ce que nécessite d’ailleurs le gonflement du plâtre. C’est le manque de dépouille qui rend difficiles à mouler les beaux camées, dans lesquels ordinairement, pour leur donner plus d’effet, on détache du fond les contours, en les creusant légèrement en dessous. Avant d’en tirer l’empreinte, on est obligé, pour les rendre de dépouille, de mastiquer les dessous; les contours sont aloi's perpendiculaires au fond : mais ils perdent de leur grâce, de leur vivacité, et deviennent lourds; le jeu de la lumière n’y est plus le même. Pour remédier à ces inconvéniens , il faut avoir recours à l’outil , et refouiller dans l’empreinte les parties empâtées, afin de leur redonner la netteté du camée original :mais, quelque adresse qu’on y mette, on risque de les altérer.

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