‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 14 sur 286 · PARTIE TECHNIQUE DE LA SCULPTURE · texte numérisé non relu

PARTIE TECHNIQUE DE LA SCULPTURE

par conséquent, ce sculpteur, le plus ancien tic ceux dont la Grèce ait conserve le souvenir, au lieu de transmettre son nom à ces statues de bois, l’aurait du au contraire à cette espèce de travail.

Les anciens auteurs nomment un assez grand nombre de bois employés par la sculpture , qui , lorsqu’elle n’était pas déterminée par les idées religieuses que l’on attachait à telle espèce plutôt qu’à telle autre , dut préférer celles qui, selon les localités, offraient le plus de facilité au travail, et qui se conservaient le plus long-temps; car, en fait d’idoles ou de simulacres des dieux , on tenait encore plus à la durée qu’à la beauté. Les difficultés d’exécution que le bois opposait aux premières tentatives de la sculpture, permettent de croire qu’elle cherchait à les éviter plutôt qu’à les vaincre. Il était plus aisé de tirer d’un bloc de bois une figure droite , raide, ayant les bras le long du corps et les jambes réunies, comme on voit celles des caisses de momies , que de donner du mouvement aux différentes parties du corps. Il eut fallu des assemblages, des armatures cachées, difficiles à placer, tandis que dans une figure droite on n’avait, pour ainsi dire, qu’à suivre le lil du bois, ainsi qu’on le voit dans ces petites figurines en sycomore qu’on trouve en si grand nombre dans les tombeaux égyptiens. Il est aussi plus que probable qu’à ces époques reculées toutes les statues et toutes les représentations de la sculpture étaient drapées, et que, cherchant à imiter ce qu’elle avait habituellement sous les yeux, elle n’aurait pas voulu offrir aux adorations des hommes des divinités moins bien vêtues que leurs adorateurs. Les temples étaient de bois; les dieux en étaient aussi : mais, pour satisfaire les regards, pour ajouter à l’illusion , à laquelle sans doute on aimait à se prêter, pour suppléer à l’insuffisance de l’art et à sa pauvreté, on habillait les statues de riches étoffes, et l’on y joignait, comme attributs, des objets réels qui servaient à établir des distinctions entre des figures sans caractère, où l’art, peu exercé, ne savait encore faire reconnaître ni l’àge ni le sexe. Cérès devait être couronnée de fleurs et d’épis véritables, et fa guirlande de Bacchus était formée des lierres , des pampres et des raisins les plus beaux que produisait la contrée. La peau qui couvrait la poitrine de son simulacre , n’était que la dépouille du chevreau ou du faon qu’on lui avait sacrifié. Les statues alors n’étaient tout au plus que des espèces de mannequins informes , dont on changeait à volonté, et selon les idées de chaque lieu, le costume et les attributs. On le croit aisément, si l’on veut se rappeler que, six cents ans avant Jésus-Christ , la tragédie et la comédie , chez les Grecs, n’étaient encore que des farces grossières, compagnes des orgies, où

Thespis fut fe premier qui, barbouille de lie, Promena par les bourgs cette heureuse folie,

Et, d’acteurs mal ornes chargeant un tombereau, Amusa les passans d’un spectacle nouveau.

Ce furent ces mannequins vêtus qui probablement servirent de modèles aux draperies des premières statues en bois , que l’on ajusta en plis droits et

symétriques, de la manière la plus favorable a ce genre de travail. Cette meme disposition se retrouve dans de très-anciennes figures en bronze et en marbre, qui sont sans doute îles copies d’antiques idoles en bois. Un respect religieux avait voulu en perpétuer le souvenir en en conservant les tonnes primitives, quoiqu’on les reproduisit a des époques ou la sculpture, dans toute sa vigueur, eut pu faire beaucoup mieux, et avec des matières qui se prêtaient facilement à un travail moins sec et plus près de la nature. Ce respect de l’art dans sa perfection pour des types qui dataient de ses premiers essais, se représente, comme le fait remarquer M. Quatremère de Quincv, dans les têtes de Minerve des médailles d’Athènes ; elles ont toute la rudesse et l’incorrection de l’enfance du dessin, tandis que d’autres têtes et des revers du même temps sont traités avec goût et avec toutes les ressources de la gravure. C’était sans doute le type d’une statue révérée et très-ancienne de la déesse; et l’on peut croire que la divinité qui présidait aux beaux-arts , pardonnait sans peine à ses adorateurs de la représenter sous des traits dont la grossièreté témoignait en faveur de l’antiquité de son culte.

La sculpture en bois, long-temps en honneur, ne fut même pas abandonnée, lorsque, plus habile et plus entreprenant, l’artiste osa s’exercer sur les métaux et sur le marbre. Dans les premiers temps où on les mit en oeuvre, on ne se hasarda pas tout-à-coup à en faire des statues entières; on se contenta de donner une tête, des pieds et des mains en bronze ou en marbre à des statues dont le corps était de bois et souvent drapé d’étoffes réelles, suivant l’antique usage. Il y a lieu d’admettre , avec l’auteur du Jupiter Olympien , ainsi que nous le verrons plus bas, que ce genre de statues donna l’idée de la statuaire de plusieurs couleurs, en marbre ou en métaux , où l’on employa , en les perfectionnant , une partie des procédés de la sculpture en bois , et où cette substance jouait encore un grand rôle. Moins en usage aujourd’hui qu’autrefois , cette manière de sculpter ne s’emploie presque plus que pour les ornemens, et encore la remplace-t-on par des moyens plus faciles , aussi solides et plus économiques.

Comme on n’exécute une statue en bois que d’après un modèle, on prend, pour le reproduire avec exactitude , les mêmes moyens préparatoires que dans la sculpture en toute autre matière : nous nous occuperons de ces Pr ocedes a l’article où il sera question du marbre. Quant aux manières d assembler les différentes parties, elles dépendent de la dimension de 1 ouvrage, de la nature du bois , ainsi que les outils, qui, ne différant pas de ceux dont on se sert en général pour travailler le bois, ne peuvent guère etre rangés parmi les inslrumens du sculpteur.

ROIS aui , d’après les auteurs anciens, ont servi

Bits. — On fit des statues avec ce Lois, qui , par la finesse et la dureté' de son tissu, est bon à travailler; et d’ailleurs il n’est pas dit qu’on en sculptât de grandes figures, ou bien elles auraient etc de plusieurs morceaux assembles. Il est aussi à remarquer, quoiqu’il ne s’agisse pas ici positivement de la sculpture, que , dans plusieurs endroits de Pline le naturaliste, il est question de représentations d’bommes et d’animaux, de chasses, de flottes, que l’on faisait en taillant et en émondant les branches du buis, de l’il et du cyprès, ou bien l’on en formait des bordures dans les parterres. Ce genre de travail se nommait opus topiarium. D’après des peintures antiques du musée de Portici, qui expliquent très-bien les descriptions du Laurcntum , campagne de Pline le jeune, on voit que ces buis, tailles et disposés en plusieurs compartimens, servaient d’ornement aux jardins romains , comme aux nôtres autrefois. Les tablettes de buis, enduites de cire, étaient employées pour le dessin , du temps d’Apellc ; et chez les Romains et en Orient on les appliqua au même usage, ainsi qu’à l’écriture.

CÈDRE. — Il était regardé comme incorruptible, et Pline ( 1 ) fait remarquer que les bois qui ont une odeur forte sont les plus durables : aussi tirait-on du cèdre une résine ou une huile dont on enduisait les bois et les objets qu’on voulait conserver; les poètes, et, entre autres, Horace, nous ont laissé des témoignages de cet usage. Ce bois servait souvent cYatne ou de noyau aux statues d’or et d’ivoire. Selon quelques auteurs, la Diane d’Ephèse était de cèdre. Dans les plus anciens livres de la Bible , il est souvent question d’ouvrages faits avec ce bois. Pline (2) dit que dans le temple d’Apollon à Utique il y avait des portes de cèdre qui dataient de quinze cent soixante-dix-huit ans.

Chene. — Ce bois, par sa force et sa solidité, méritait de servir à la sculpture , et il est souvent cité.

Citrus. — Cet arbre, qu’on a pris long-temps pour le citronnier, était, à ce qu’il parait, du genre du cyprès ou du genévrier : les plus beaux se trouvaient en Afrique, dans la Cyrénaïque , et surtout sur les monts Atlas et Ancorarius dans la Mauritanie et près du temple de Jupiter Ammon ; le tronc y parvenait à une énorme dimension en diamètre, et les racines, ainsi que les loupes, en étaient très-recherchées. On en faisait les tables les plus précieuses et d’une grande largeur. M. Mongez lut, il y a quelques années, a l’Institut, un mémoire intéressant sur ce bois et sur ces tables. D’après ce que dit Pline ( 3), il paraît que le citrus était très-noueux, ronce,

(1) Liv, xvi , ch. lxxix. (2) Ibid. (3) Liv. xiii , ch. xxix et xxx'.

très-varié de couleurs vives, et qu’il ne devait pas être très- propre à la sculpture ( I ).

CvpkÈs. — Cet arbre, très-beau dans le Levant et qui y parvient à de trèslortes dimensions, a le bois léger, facile a travailler; par ces propriétés , et par sa durée, à laquelle on ne peut guère assigner de terme, il offrait à la sculpture toutes les qualités qu’elle peut désirer : aussi en faisait-elle un grand cas. Pline (2) cite une statue de Jupiter faite de ce bois et qui avait été consacrée au Capitole l’an GUI de Rome [97 avant Jésus-Christ]. Du temps de cet auteur, elle n’était pas d’une ancienneté qui méritât d’être remarquée; car le temple d’Ephèse avait des portes en cyprès qui existaient depuis quatre cents ans.

Ebene. — Ce bois , dur , d’un très-beau noir, presque incorruptible, était fort estimé à une époque très-reculée; on le tirait de l’Afrique et des Indes. Dipœne et Scyllis, d’Egine, sculpteurs du sixième siècle avant Jésus-Christ, en firent plusieurs statues. Comme on attachait quelque idée religieuse à sa couleur pour certains sujets , il est probable que ce fut pour le remplacer qu’on se servit du marbre noir, qui a beaucoup de rapport avec l’ébène travaillé et poli.

Erable. — Avant le règne de Numa, on avait taillé à coups de serpe dans le tronc d’un érable la grossière statue de Vertumne (3). Le sycomore, dont sont faites en général les caisses de momies égyptiennes et les petites figurines qu’on y trouve, et le figuier, faciles à travailler et d’un blanc agréable, furent aussi adoptés pour les figures de quelques divinités, de même que le hetre et I’if. Le dernier de ces arbres, qui vit un grand nombre de siècles et devient d’une grosseur prodigieuse, a le bois d’un grain fin, serré, susceptible d’un beau poli, et il se prête bien au travail; cependant ses veines rouge foncé sur un fond plus clair ne devaient pas produire un bon effet lorsqu’on l’employait à sculpter des statues. Quant au hêtre, il est question, dans une épigramme d’Erycius (4), d’une statue colossale d’Hercule faite de ce bois , et à laquelle on avait donné une massue d’olivier sauvage.

Liège. — L’écorce de ce bois fut une des premières substances dont on se servit pour de petites figures , et ce ne put être qu’à une époque où l’on était peu difficile sur le fini du travail.

Lierre. — Il est question , dans Homère , dans Athénée et dans d’autres auteurs, de vases faits avec ce bois ; il paraîtrait même ( 5 ) que c’étaient les plus anciens vases en bois, et que, pour en conserver le souvenir, on donnait le

( 1) Outre Pline, Lueain et Pétrone, (3) Properce, iiv. iv, e'Icg. n , v. 59.

voyez aussi l’articie Citrus du Diction- (4) Brunck , Anal. t. Il, pag. 29G ,

n aire des sciences naturelles. ep. iv.

(2) Liv. xvi, ch. lxxix. (5) Voy. Etijmol. magn. v. YLtacrvCtcv.

nom «le kutovGiov , qui proprement signifie fait tic lierre, à des vases de tout autre bois. On cite plusieurs sculpteurs qui se distinguèrent par la délicatesse des ornemens dont ils enrichirent des vases en bois de lierre.

Lotus. — On ne connaît pas positivement la nature de cet arbre, dont les anciens parlent si souvent et sur les fruits duquel Homère raconte tant de merveilles; quelques botanistes le croient de la famille des jujubiers. Mais il ne faut pas le confondre avec le lotus nymphœa , plante aquatique, dont la fleur symbolique est si frequente dans les peintures et les sculptures égyptiennes. On sait que le bois du lotus servit à la sculpture; et il paraît, d’après Pline ( l ), qu’il était d’une couleur foncée. On employait aussi le myrte, quoique la tige n’en soit jamais très-forte. L’olivier, dont le bois est fin , compacte , et dont le tronc a quelquefois un diamètre assez considérable, offrait à la sculpture assez de ressources pour qu’elle ait pu en tirer un parti avantageux ; il paraît que dans cet arbre les racines étaient ce qu’on recherchait le plus. On sculptait aussi l’olivier sauvage.

Palmier. — Le bois de ce bel arbre remplaça le liège, et cependant, en raison de ses fibres et du peu de consistance de l’intérieur de sa tige , il ne devait pas être favorable à la sculpture.

D’après les récits des auteurs anciens, on sait que la sculpture employa le bois de pecher et celui de deux espèces de peuplier, qui n’ont pas de grandes qualités ; cependant le dernier, comme tous les bois tendres, a celle de moins se tourmenter et d’être moins sensible à la variation de température de l’air que les bois durs. Pline (2) parle du persica, arbre d’Egypte qui ressemblait au poirier; d’après sa description, ce n’est pas le même que le malus persica, notre pêcher. Ce bois servait à faire des statues; et Pline dit qu’il était noir, et que sur ce point et pour la solidité il ne différait pas du lotus.

Le pin et ic poirier sauvage ont de fa consistance, et le bois du dernier de ces arbres se prête bien au travail; il y avait à Samos une Junon qui en était faite (3).

Platane. — La sculpture en employait aussi le bois, dont le grain est blanc, fin et serre. Cet arbre était si estimé à cause de l’ombrage qu’il offre , qu’au rapport de Pline (4) on l’arrosait quelquefois avec du vin. Quoiqu’il prétende que les racines du platane s’en trouvaient très-bien , il est probable que e était moins pour le faire croître que comme un hommage et une libation , en reconnaissance de l’appui qu’il prêtait souvent à la vigne , à laquelle on le mariait.

Sapin. — Le bois de cet arbre avait, dit-on , servi à fabriquer la charpente du cheval de Troie. Je ne puis m’empêcher de faire remarquer ici

( 1 ) Liv. xin, ch. xvn.

(2) Ibid.

(3 ) Paus. Iiv. u , i h. xvn.

(4) Liv. xii , ch. iv.

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