‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 17 sur 286 · MOULES À CREUX PERDU · texte numérisé non relu

MOULES À CREUX PERDU

On appelle ainsi les moules en plâtre qui, de même que dans l’estampage en terre, ne peuvent servir qu’une fois à reproduire l’objet, et que l’on est obligé de détruire pour pouvoir l’en tirer. On voit que ces moules doivent être d’une seule pièce, ou tout au plus de deux. Cette manière de mouler s’emploie en différentes circonstances, soit sur l’argile encore fraîche ou la cire, soit sur la nature vivante. Après avoir enveloppé l’argile ou la cire d’une couche épaisse de plâtre qu’on laisse prendre et durcir, on détruit peu à peu par le feu, si c’est de la cire, ou avec des instrumens, si c’est de l’argile, l’objet recouvert par le moule, dans lequel, par une ouverture que l’on y a ménagée, et qui a servi à dégager la cire ou l’argile, on coule du plâtre liquide pour obtenir une copie ou fac-similé du modèle détruit. L’opération devient alors l’inverse de la première; car, pour retirer ce que l’on a moulé, il s’agit d’enlever ou de briser avec un ciseau l’enveloppe en petits morceaux, en avant soin de ne pas endommager ce qu’elle contient.

Si l’on moule sur la nature vivante quelque portion entière et de rondebosse, comme un pied, une main, une jambe, on y procède de manière à avoir un moule en deux morceaux, ou deux coques, qui se réunissent exactement. Pour y parvenir, on commence par frotter légèrement d’huile la partie que l’on veut mouler, afin que le plâtre n’y adhère pas : mais il ne faut que très-peu d’huile; s’il y en avait trop, elle produirait des souillures. On pose ensuite au pinceau, avec du plâtre bien gâché, ni trop clair, ni trop épais, une première impression légère, qui pénètre partout. Comme le moule doit être en deux morceaux, on place sur cette première couche un fil un peu fort, qu’on a soin de disposer de façon à pouvoir, en le retirant, couper la seconde couche épaisse de plâtre dont on le couvrira. On laisse prendre le plâtre; mais il faut qu’il soit encore mou lorsqu’on le coupera en enlevant le fd. Par ce moyen , on empêche les deux pièces du moule de se rejoindre et de tenir l’une à l’autre par leurs tranches; ou, si elles ont un peu d’adhérence, lorsque le plâtre est durci, on les sépare avec un effort léger. Le point le plus important est de placer le fil de sorte que la partie que Ion moule soit de dépouille. Celles qui sont rondes, comme les jambes et les bras, n’offrent aucune difficulté; en appliquant le fil sur les cotés, ou sur le devant et le derrière de la jambe, le faisant passer sous le pied et le fixant avec un peu de plâtre dans ses deux extrémités, qui reviennent sur le genou, on séparé aisément le moule en deux morceaux. Mais il y a un peu moins de facilité à mouler les piods , et surtout les mains ; telle position demande que le fd , disposé avec grand soin, suive le

long tles doigts les sinuosités et les intervalles qu’ils laissent entre eux et qu’il ménagé le moyen de les dégager sans briser les petites cloisons qu’ils forment dans le moule.

Dans certaines parties du corps, telles que le torse, cette ope'ration devient plus difficile, à cause des mouvemens que la respiration occasionne dans le plâtre à mesure qu’on l’emploie, et pour réussir il faut de l’adresse et de la promptitude. Quant aux autres parties, elles ne demandent que de l’habitude de la part du mouleur et de la patience dans la personne qui se laisse mouler; il est surtout necessaire quelle reste tranquille tant que le plâtre est encore mou, et quelle ne s’effraie pas de la chaleur qu’il acquiert et qui va toujours en croissant , mais qui cependant ne parvient jamais à un degré qui puisse faire craindre le moindre accident, ou même qui devienne insupportable. Les moules que l’on prend ainsi sur nature, sont à creux perdu, et l’on est oblige de les casser peu à peu avec un ciseau, après y avoir coule et laisse durcir le plâtre qui doit reproduire ce que l’on a moule.

Lorsqu on moule sur la nature morte, les chairs n’ayant plus le ressort que leur donnait la vie, il arrive souvent que les formes sont altérées par le plati e , dont la chaleur les boursoufle et dont le poids les affaisse, de sorte que les traits deviennent souvent méconnaissables : aussi est-il à propos de ne pas mettre une couche trop épaisse. D’ailleurs, au moment de la mort, les veux se ferment, le nez et la bouche se dépriment dans leurs contours, la figui e peid son caractère et sa physionomie, que l’on cherche ordinairement en vain a reproduire dans la tête à laquelle le plâtre moulé seit de modèle. Il est ainsi très-rare, si l’on n’est aidé par quelque portrait, que ce piocéde puisse laire obtenir une ressemblance exacte et conserver les traits de la personne qu’on regrette; on y retrouve presque toujours la froideur et l’empreinte de la mort.

M. Jacquet, tres-habile mouleur du Musée royal du Louvre, a trouvé, pour mouler sur la nature vivante ou morte, une manière qui lui a trèsbien réussi, et au moyen de laquelle les parties charnues et flexibles du coips sont moins exposées à se déformer. Après avoir mis au pinceau la première impression légère de plâtre, il la recouvre de morceaux d’une mousseline fine et claire , qui s’y appliquent facilement, et il a soin de les disposer de façon a laisser libres les endroits où il compte placer son fil; il le pose, et, avant de donner la seconde couche épaisse de plâtre, il attend que la première ait pris assez de consistance pour résister à ce poids. La mousseline conserve une humidité qui favorise l’adhésion du nouveau plâtre : lorsqu’il est pris, on coupe les deux parties du moule en enlevant le fil par les deux bouts ; et quand le plâtre est arrivé à la dureté convenable, lorsqu’on le détache de la partie moulée, la première impression suit, et, par la solidité quelle avait acquise, elle a préservé les chairs, qui nont pas été refoulées par le poids du moule, et qui se reproduisent avec toute la pureté et le moelleux de leurs formes.

Par le moyen de moules a creux perdu, on prend avec la plus étonnante exactitude 1 empreinte de petits animaux, tels que les lézards, les grenouilles ,

les oiseaux , et même celle des fleurs. Après avoir mêle au plâtre une certaine quantité d’argile ou de terre de pipe, on en enveloppe l’objet à mouler, et l’on ménage dans le moule un petit canal ou masselotte, et un conduit pour le dégagement de l’air : lorsque le moule est bien sec, on le fait cuire; l’animal, réduit en cendres, sort par la masselotte, qui sert ensuite à y couler du métal. En cassant ce moule , on en retire l’objet parfaitement moulé dans toutes ses parties les plus délicates.

Je croirais volontiers que Bernard Palissy a moulé ainsi sur nature la plus grande partie des petits animaux, des poissons, des coquilles et des fruits dont il a orné en haut relief ses belles faïences, et qui, pour la plupart, sont d’une vérité et d’une finesse d’exécution qu’on n’obtiendrait qu’avec la plus grande peine, si on les modelait d’après nature. En les disposant sur le fond d’un plat ou d’un vase uni , on pouvait facilement les mouler et en faire un creux , dans lequel , après avoir brûlé ou brisé ces objets , on repoussait la terre qui devait former le vase ouïe plat, et l’on détruisait ensuite le moule. Ce qui me ferait penser que Bernard Palissy procédait ainsi, c’est qu’on ne trouve pas deux de ses faïences qui se ressemblent parfaitement ; ce qui indiquerait des moules à creux perdu pris sur des objets naturels. L’habile potier en variait sans cesse la disposition ; de sorte que les plats ou les vases d’un service, tous différens dans leurs détails, conservaient entre eux une certaine harmonie dans leur ensemble. On aurait pu cependant aussi, après avoir fait de cette manière un plat, en tirer un moule en plusieurs pièces, pour en reproduire d’autres pareils au premier; mais il y a tant de parties délicates détachées et qui ne sont pas de dépouille , que c’eut été un travail très-long et très-difficile.

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