‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 35 sur 286 · DE LA SC LM. P TU HE · texte numérisé non relu

DE LA SC LM. P TU HE

très-adroit, surtout pour les petits objets , et qui, le premier, a très-bien réussi dans la fonte des médaillés en bronze , procédé préparatoire adopte aujourd’hui à la monnaie des médailles; M. Potier le jeune, qui a fondu en argent la jolie petite statue de Henri IV exécutée en marbre par M. Rosio, et ciselée avec beaucoup de soin et de talent par M. Soyer ; le troisième de ces fondeurs, M. Honoré, a coulé les bas-reliefs de la statue de Henri IV de M. Lemot.

En suivant ces procédés de moulage au sable , on ne fond les statues qu’en plusieurs morceaux qu’on réunit ensuite. Mais M. Launay, qui a fondu les deux tiers de la colonne de la place Vendôme (1 ), a employé des moyens qu’il croit plus prompts, plus économiques, et à l’aide desquels on peut exécuter, d’un seul jet, des morceaux de la plus grande dimension. Sa méthode, très-diftérente sur plusieurs points de celle des autres

fondeurs, mérité d’étre connue. C est

( 1 ) Au milieu de très-bonnes observations que l'on trouve dans te Dictionnaire lie technologie , à l’article Bronze, il paraît qu’il s’est glisse , au sujet de la colonne de ta place Vendôme, quelques inexactitudes qui peuvent tenir en partie à des fautes de typographie. II y est dit (p. 51 G ) que te poids totai du bronze qui ta compose est de 900,000 kilogrammes; ce qui n’est pas possible. M. Launay certifie qu’it n’y en a que 149,388 kilogrammes, ou 305,184 livres. Quand il n’aurait fondu que tes deux tiers de ta colonne, on serait encore loin de compte. L’ensemble du moulage est de 4,728 pieds carrés, et il a coûte' 150,027 francs 71 centimes. On dit aussi ( p. 522 ) que te ciseleur a retire' 70,000 kilogrammes de copeaux de bronze , qui lui ont e'te' abandonnes. Ce serait bien fort, si le poids total n’est que d’environ 150,000 kilogrammes; c’eût e'te' un bien grand be'ue'fice accordé au ciseleur, en outre du prix d’un franc par kilogramme qu’on lui donnait pour te ciselage. D’autres assurentque te marché fut fait par pied carré de basrelief. 11 paraît certain que M. Launay, à qui d ailleurs une commission a rendu toute justice sous le rapport de ta probité, n avait pas bien combiné son alliage ou les résultats de la fonte ; que , n’ayant pasconstaté les titres des canons de toute espèce qu’on lui livrait, et n’ayant pas réglé son mélange d’après les données positives de nos habiles chimistes, il avait, par des fontes successives , trop raffiné son bronze ,

d après un mémoire manuscrit qu i

où il n’y avait plus assez de métal blanc. Il en est résulté que, bien que le titre moyen de tout le bronze de la colonne soit au moins aussi bon que celui des canons qu’on lui avait livrés , cependant il s’en faut de beaucoup qu’il soit égal dans toutes les parties. Celles d’en bas sont à un titre au-dessus de ce qu’on voulait , et celles d’en haut sont beaucoup au-dessous, parce que , près d’épuiser son bronze, lorsque l’opération n’e'tait encore qu’aux deux tiers, le fondeur a forcé la proportion du métal blanc qu’il avait retiré des scories en raffinant trop son bronze, sans s’en apercevoir, et qu’en les employant il espérait compléter ce qui lui manquait. II doit en arriver que , le bronze n’étant pas partout au même titre, I’oxidation n’en scrapas égale, et qu’il y a des parties auxquelles le temps donnera une belle couleur, tandis que d’autres resteront ternes. La manière dont les plaques de bronze ont été scellées et cramponnées dans le noyau en pierre de la colonne , ne peut être que préjudiciable à ce grand monument, par la dilatation et le resserrement alternatifs qu’éprouve le bronze dans les chaleurs violentes de l’été et les grands froids de l’hiver, et qui, n’étant pas les mêmes dans la pierre , exposent le noyau et les bas-reliefs à se désunir et à se briser. Les guirlandes du socle avec leurs retours ont été fondues d’une seule pièce , ainsi que chacun des grands bas-reliefs. Les moules avaient vingt pieds de long sue neuf de large.

124 PARTI E T ECHNIQU E

m’a confie, que je vais en parler. Une clés particularités de la manière d operer de M. Launay, c’est, d’abord, qu’au lieu de placer scs jets au dehors de la statue, il les met dans l'intérieur du noyau, à la surface duquel viennent aboutir leurs orifices, qui déversent le métal dans le vide laisse" entre le noyau et le creux du moule; tandis que, dans les autres méthodes , les jets et les évents sont renfermés dans l’épaisseur du moule et enveloppent la statue. Cette disposition des jets de M. Launay peut offrir plus d’un avantage. Il y en a encore un très-grand à ne pas se servir d’armatures de fer pour l’intérieur de la statue, et à les fondre en bronze, comme il le pratique, d’une seule pièce avec elle. Voici un précis de ses procédés.

Je n’ajouterai presque rien à ce que j’ai dit du moulage au sable; car c’est celui-là que M. Launay emploie : il ne diffère des autres fondeurs, qu’en ce que ceux-ci n’opèrent que sur les parties détachées d’une statue colossale, et que lui en moule tout l’ensemble et lait le noyau d’une seule pièce. En construisant son moule, ce fondeur place sur la plate-forme un tuyau de cuivre rouge de six pouces de diamètre et d’une ligne d’épaisseur, qui se compose de trois morceaux entrant l’un dans l’autre, et qu’on ne dispose successivement que lorsque dans le travail on est arrivé à la hauteur de chacun des bouts, dont le dernier sortira au-dessus du dos du cheval par un grand trou carré ménagé dans le moule , et aux quatre coins duquel seront placés les évents. Ce trou sert au coulage et à retirer par morceaux le noyau. On place encore des évents sur la tète, sur la croupe et dans d’autres parties saillantes. Us sont faits avec des tuyaux qui n’ont que huit lignes de diamètre. Les orifices de ces conduits, qu’on place dans les sommités du moule, en affleurent la surface intérieure, et on les bouche, ainsi que ceux des jets qui sont à fleur de la superficie du noyau, avec des bouchons de liège, pour les préserver du sable qui pourrait y entrer. Supposons que le moule soit terminé d’après la marche que j’ai indiquée, et qu’on le reconstruise sur la plate-forme pour faire le noyau. Cette plateforme est établie sur un massif de pierres de taille épaisses de quinze pouces, qui recouvre le fourneau de cuisson, dans la voûte duquel on encastre un bout de tuyau à tubulure pour recevoir l’extrémité inférieure de celui dont il a été question, et qui servira au recuit du moule et du noyau, ainsi qu’à la coulée du bronze. Comme les jambes doivent être pleines ou massives en métal, leur moule restera creux: mais, pour leur donner plus de solidité, on y place de fortes armatures en bronze, qui pénètrent a travers la plate-forme et sont scellées dans le massil en pierres île taille. Ces armatures, garnies de hérissons , monteront jusque dans 1 intérieur du cheval. Au gros tuyau de six pouces de diamètre en sont ajustés par le bas cinq de deux pouces qui se rendent aux pieds et à la queue, et qui, divises en cinq ramifications plus petites, deviendront des jets qui y porteront le bronze en remontant, et comme des siphons , ainsi qu’on le pratique dans la fonte des pièces de canon coulées creuses. Ce n est qu aux jarrets que commence le noyau ; et pour empêcher qu’il ne tombe du sable dans le creux du moule des jambes, on le bouche soigneusement avec des étoupes

qui plus tard seront enleve'es. Lorsqu’on est parvenu, en faisant le noyau, à la hauteur de l’intérieur du ventre, il s’agit d’y pratiquer une armature: on met dans le sable une barre de bronze dont les deux extrémités touchent les parois du moule ; on en fait autant à differentes hauteurs , et l’on voit qu’en se joignant au métal de la statue, ces armatures feront corps avec elle et lui donneront une grande solidité. Le gros tuyau est perce dans son pourtour de trente-un trous , auxquels sont adaptes autant de tuyaux de cuivre rouge d’un pouce de diamètre, qui se divisent en plusieurs ramifications; et tous ces conduits, qui , en partant du gros jet , remontent , en formeront autant de petits qui distribueront de tous cotes le métal.

Lorsque l’on a terminé le noyau et replacé le moule , on procède au séchage de cette masse, et l’operation est en grand la meme que celle qui a déjà été décrite; on s’aperçoit qu’elle est finie lorsqu’il ne sort plus de vapeurs par les évents. Mais il me semble que dans cette méthode , ainsi que dans l’autre , il doit y avoir , par l’elfet de la cuisson et du dégagement de l’humidité , un peu de retrait dans le noyau et dans le moule : cependant le sable n’en prend que dans le sens de la hauteur; ce qui empêche de connaître d’une manière exacte l’épaisseur qu’aura le métal dans certaines parties.

On a déjà vu que le gros tuyau employé pour la cuisson devait aussi servir à la fonte. II n’y a pas à craindre qu’il se fonde dans cette opération , non plus que les petits tuyaux qui y sont entés. D’abord le cuivre rouge dont ils sont faits est beaucoup moins fusible que le bronze , et demande une plus haute température ; et d’ailleurs le passage rapide du métal liquide ne peut porter ces tuyaux qu’à une haute chaleur, qui ne parvient pas à un degré capable de les liquéfier, et de les entraîner dans le torrent du bronze en fusion. Lorsque le moule est enterré en partie , et que l’on en est au point de pouvoir s’occuper de la fonte , il s’agit de disposer le gros tuyau pour cette opération , et d’en supprimer la partie inferieure qui a servi à la cuisson et qui est comprise entre la plate-forme et les cinq petits tuyaux qui doivent porter le métal dans les pieds et dans la queue. On a vu que la seconde partie de ce tuyau s’ajustait dans une tubulure; elle est de figure conique tronquée, et la base est en haut. On bouche cette tubulure au moyen d’un tampon de fonte qu’on fait glisser avec soin dans le tuyau avec une corde qu’on a affaiblie près de l’anneau du tampon, de manière à pouvoir la casser aisément. Après avoir assujetti ce tampon avec un refouloir, on introduit dans ce gros tuyau des gargousses de sable qu’on foule avec force et qu’on fait monter jusqu’à la hauteur des cinq petits tuyaux. Alors le gros jet n’a plus de communication avec le fourneau de cuisson , et se trouve disposé pour la coulée du métal ; elle peut avoir lieu comme à l’ordinaire. Cependant M. Launay établit l’un près de l’autre deux fourneaux à réverbère, dont chacun peut contenir vingt-cinq milliers de métal. De chaque bouche sort un canal qui le conduit dans une forte chaudière de fonte de fer qui en contient seize milliers, et qui est établie au-dessus du gros jet, auquel correspond un orifice percé dans le fond de la chaudière, et fermé par une quenouillctte

l*A K TI E TECHNIQUE

(jti’on lève à volonté à l’aide d’un levier dispose comme les bras d’une balança1. Par ce moyen , le fondeur peut, selon le besoin, retarder ou hâter l’introduction du métal en fusion.

Tels sont en abrège les procèdes du moulage et de la fonte au sable proposes et employés par M. Launay; et l’on voit que sur plusieurs points ils diffèrent essentiellement de ceux qui sont ordinairement en usage. Avec cette méthode , on évite l’inconvénient très-grand de scier à la surface de la statue cette foule de ramifications en bronze qui , dans le moulage à cire perdue , résultent de la disposition des jets et des évents autour de la statue. C’est un travail de moins et une chance de plus en faveur de la pureté des détails. La manière dont se fait l’armature est plus simple et présente moins de difficultés et de frais, et le bronze, d’ailleurs, est moins susceptible d’oxidation que le fer. Je croirais aussi volontiers que dans cette méthode le métal en fusion a moins de chemin à parcourir que dans l’autre; qu’il coule mieux dans les tuyaux de cuivre que dans ceux en potée ou en sable, sujets à s’abreuver de bronze ou à s’égrener : il doit arriver dans le vide du moule avec une liquidité plus convenable pour le remplir, et l’on est moins exposé à des souillures et à des gerçures.

M. Launay parait, au reste, si certain de ses opérations, qu’il se chargerait de fondre d’un seul jet la statue colossale de l’éléphant , haute de cinquante-quatre pieds avec la tour qu’il porte, et du poids de cinq à six cents milliers, en ménageant en bronze, dans l’intérieur de la jambe droite, l’escalier tournant qui doit y être pratiqué. Il se proposerait même de placer sur son piédestal , en six heures et avec six hommes , cette énorme masse , par le moyen de procédés hydrauliques qu’il n’a pas consignés dans le mémoire manuscrit qu’il m’a communiqué, mais qui, d’après l’explication qu’il m’en a donnée, s’ils ne sont pas d’une exécution trèsfacile , sont cependant loin d’être impossibles, ou même impraticables. Il est fâcheux que le succès des expériences en petit ne soit pas toujours un sur garant de leur réussite lorsqu’on en fait l’application à des masses colossales.

M. Lecour , fondeur et ciseleur de Paris, a trouvé pour le moulage des statues de bronze un procédé entièrement nouveau, et pour lequel, au mois de mars 1817, il obtint un brevet d’invention de cinq ans, publié, après son expiration, sous le n.° 718 , dans le recueil des brevets de ce genre. Ce procédé consiste à remplacer la cire par un métal plus solide, mais moins fusible, et qui cependant se fond à une chaleur de soixante et quelques degrés du thermomètre de Réaumur. Ce métal est probablement celui qu’a inventé M. d’Arcet , et qui se compose de 8 parties de bismuth, de 5 de plomb, et de 3 d’étain; on sait qu’il se fond à soixantequatorze degrés, six de moins que la température de l’eau bouillante, et que c’est ce singulier alliage dont on se sert pour clicher les médailles ou tout autre objet en relief ou en creux.

La composition métallique de M. Lecour ou de M. d’Arcet réunit, à ce M" ü parait, plusieurs avantages importuns. Un des principaux serait une grande économie de temps : on sait que l’application de la cire en exige

beaucoup; tandis qu’en employant ce métal il ne s’agi), sans doute, que de faire un noyau dans le creux du moule, ainsi que le pratiquait Ccllini , et, au lieu de la cire dont il se servait, d’y couler du métal fusible. Le noyau en étant revêtu, on a un nouveau modèle, sur lequel on peut, plus aisément que sur la cire , faire son moule en potée, ou même en terre à mouler. Le métal se prête à toutes les opérations du réparage , et court moins que la cire le risque d’être endommagé. Il offre assez de résistance, si l’on veut mouler au sable, pour que de tous cotés on puisse, sans crainte d’altérer le modèle, fouler et battre le sable, faire le noyau et le moule , et leur donner toute la consistance requise. On n’est pas obligé au déplacement des pièces, lequel cause ordinairement des joints où s’introduit le bronze, qui alors abreuve le sable; ce qui nuit à la pureté de la fonte. Le métal de M. Lecour n’expose pas à ce danger ; comme il a besoin pour fondre d’une chaleur de plus de soixante degrés, on peut, en chauffant le moule jusqu’à ce point, sans risquer de faire couler le métal, se'cher très-vîte, ou la potée , ou toute autre matière terreuse dont on aurait fait le moule. Lorsqu’il est parfaitement sec, ce qui, à l’aide de la chaleur, ne demande que peu de temps, si on la pousse ensuite seulement jusqu’à 80 degrés, le métal fusible fond, et, par son poids, se dégageant entièrement du moule, il laisse absolument vide l’intervalle nécessaire autour du noyau. L’on n’a pas à craindre, comme avec la cire, que l’enveloppe de potée ait été altérée; en se séchant elle aura acquis assez de dureté pour que le poids du métal en fusion n’en ait pas entraîné quelques parties. Cette méthode abrège aussi beaucoup , selon M. Lecour , l’opération de la coulée du bronze, en ce que, le moule étant parfaitement sec lorsqu’on en a fait sortir le métal fusible, on peut presque aussitôt, après lui avoir donné encore un coup de feu, y couler le bronze. II est cependant à croire que , comme le moule se trouve alors dans l’état où il est après la cuisson dans le moulage ordinaire, on doit avoir, lorsqu’il s’agit de fortes pièces, les mêmes précautions à prendre pour l’enterrage, et pour opposer de la résistance à la chaleur et à la violence du bronze. II semble donc que le procédé de M. Lecour, qui n’est pas encore généralement adopté, mérite de l’être, ou du moins qu’il présente, sous le rapport de la célérité, de la facilité et de la sûreté, des avantages que n’offre peut-être pas le moulage en cire ou au sable.

Puisque , d’après les données que nous offrent les auteurs anciens, et en m appuyant sur les recherches de M. Quatremère de Quincy, j’ai essayé d établir par des calculs positifs ce que pouvait employer d’or une statue telle que celles dont nous parlent les anciens, je crois devoir aussi présenter un travail de ce genre au sujet des statues de bronze : mais je pense qu il subira de parler des colossales, pour montrer qu’elles ne peuvent être d’un prix assez considérable pour empêcher le Gouvernement ou les grandes villes de France de les multiplier et d’élever de ces beaux inonumens a la gloire de nos rois ou à la mémoire de nos hommes célèbres.

Il n’y a pas de sculpteur, quelque habile et quelque renommé qu’il soit, qui ne fit le modèle en terre et ensuite en plâtre d’une statue équestre de

dix-huit de haut pour soixante mille francs 60,000f

Le moulage à cire perdue de cette statue , et tout ce qui a rapport a la fonte, en y comprenant cette operation, coûte de

soixante-dix à quatre-vingt mille francs 80,000.

Si la statue se fondait au sable, ce serait moins cher, et le meilleur fondeur s’en chargerait pour 120 ou 130,000 francs, en comptant le bronze, le reparage, le ciselage et la mise en place.

Pour le reparage et le ciselage d’une statue fondue à cire perdue, le statuaire n’a jamais donne' plus de quinze mille francs au ciseleur 15,000.

Quant au bronze, le meilleur au dixième ne revient, prêt à être mis dans le fourneau, que de 22 à 25 sous la livre , et il n’est pas douteux qu’en employant de vieux canons , que le Gouvernement peut livrera meilleur marche que le commerce, et qu’on mettrait au titre, on n’ait le bronze à un prix encore plus bas. Une statue équestre de dix-huit pieds de haut ne pèse tout au plus que 25 milliers, et c’est beaucoup: ainsi , à 25 sous la livre, ce serait trente-un mille deux cent cinquante francs 31,250.

Pour le réparage de la cire, les honoraires du statuaire qui surveille la fonte et le ciselage, car il n’y travaille pas , j’ajoute. . . . 12,000.

Total I98,250f

La réunion de tontes ces sommes , que j’ai même forcées, donne un total de 198,250 francs; je l’augmenterais encore de 10 à 12,000 francs pour les cas imprévus, pour le voyage et la mise en place, lorsque la statue doit être transportée dans quelque ville de France éloignée de Paris. Elle peut d’ailleurs être divisée en ses différentes parties, ainsi qu’elle a été fondue. Tout l’ensemble ne posera jamais plus de 250 à 300 quintaux , et il n’y a pas d’entrepreneur de roulage qui ne se charge , pour beaucoup moins de 50 francs le quintal, de la transporter dans quelque endroit de la France que ce soit. On sait d’ailleurs , ou du moins il est bon de savoir, que dans les grandes entreprises, surtout lorsqu’il s’agit d’ouvrages qui, par leur masse considérable, ne demandent pas une grande recherche de ciselure, les fondeurs et les ciseleurs, en établissant le prix de la livre de bronze, y comprennent celui de toutes les opérations que subit le métal , jusqu’à ce qu’il soit terminé et près de sortir de l’atelier. C’est ainsi qu’on calcule l’exécution d’une statue colossale en bronze : car enfin , quelque beau ([lie soit le modèle fait par le statuaire , une fois qu’il l’a réparé et qu’il est hors de ses mains , le reste n’est plus, du moins quant à présent , qu’une affaire de métier, à laquelle l’auteur de la statue ne contribue plus que par ses conseils. II est donc juste que le Gouvernement , ou la ville qui a fait l’acquisition du modèle, ne paie plus que le bronze et les opérations confiées an fondeur et au ciseleur. En comptant le bénéfice qu’ils doivent en tirer, la livre de bronze terminée ne s’estime dans ces grands ouvrages tout au plus que quatre francs : ainsi, pour une statue équestre pesant 25,000 livres, ce ne serait

que 100,000 francs pour son execution en bronze; et l’on voit qu’en y ajoutant le prix du modèle, quelques faux frais et lu mise en place à Paris, ce calcul ne diffère qu’en moins de celui que j’avais établi , et prouve qu’à Paris une belle statue équestre de dix-huit pieds de haut, en bronze, faite avec tout le soin que l’on est en droit d’exiger, ne doit aller au plus que de 180 à 190,000 francs; et rendue dans les provinces, qu’à environ 200 ou 205,000 francs. Mes calculs sont plutôt trop forts que trop faibles, et j’ose croire, ayant vu la chose de près, que les statuaires charges de faire une statue à ce prix y trouveraient encore leur compte, ainsi que le Gouvernement. Au reste, ce qui prouve ce que j’avance, c’est que la ville de Montpellier vient de conclure avec M. de Bay et M. Carbon neau un traite' par lequel la statue équestre de Louis XIV, de 10 pieds de haut, coûtera, rendue et placée à Montpellier, 200,000 francs ( 1 ).

Après avoir fait connaître ce qui a rapport au bronze , et avant de passer au marbre , il convient de dire un mot des autres métaux et des diverses substances dont nous ne nous sommes pas encore occupés , et dont on sait que les anciens ont fait usage dans la sculpture , ou du moins pour imiter, d’une manière plus ou moins rapprochée de la nature, les formes humaines. Homère cite V étain parmi les métaux du bouclier d’Achille; cependant, à moins qu’il ne soit allié au cuivre ou à d’autres métaux, ce métal mou , sans résistance , n’est guère propre à un bouclier. Quoique les anciens eussent des noms particuliers pour l’étain et le plomb, hvoaoç , Kjcujmnç^ç , cxjanus , stannum , pour le premier de ces métaux, et (mwGSoç , plumbum , pour le second, cependant il paraît, d’après Pline, que, n’en connaissant pas bien la nature , ils les confondaient souvent , et qu’ils les

(1) En admettant que ie prix moyen du bronze de îa colonne de fa place Vendôme eût été de 1.25 franc la livre ou 2.55.3G fe kilogramme, ce qui aurait etc' très-cher, puisque l’on y a employé des canons, comme il y est entré 149,388 kilogrammes ou 305,1 84 [ivres de bronze, il y en aurait pour 373,470 francs. Le moulage a coûté 150,027.71 francs, et il faut remarquer qu’il a nécessité un grand nombre de moules; ce qui a multiplié les opérations. Il est vrai que dans ce moulage on doit compter non seulement celui des bas-reliefs , mais encore celui des agrafes et des crampons de scellement , et, comme il est très-simple, il n’exige presque pas de maind’œuvre. Il est nécessaire aussi de noter que, le marché pour le réparage et pour le ciselage ayant été fait d’après le poids du bronze , et à un franc le kilogramme , bien des parties très-pesantes, telles que les

crampons , qui ne demandent point de ciselage , ont été payées sur le même pied que les bas-reliefs. Enfin, en réunissant les trois sommes, 373,470 pour le métal, 150,027 pour le moulage, 149,388 pour le réparage et le ciselage , on a un total de 072,885 francs que la colonne de la place Vendôme a dû coûter, pour le bronze et toutes les opérations qui y ont rapport. Eu divisant cette somme par 305,184 livres, poids du bronze , on trouve que la livre de métal fondu , réparé et ciselé , est revenue a 2.23 francs , et le kilogramme à 4.55.50. Il y a peut-être proportionnellement plus de travail de. moulage dans une statue équestre, et plus derisquespour la réussite de la fonte ; mais aussi les travaux du réparage et du ciselage , si la statue est bien fondue, doivent être moins considérables.

On peutobjectcr que les bénéfices d’une entreprise telle que celle de la colonne ,

regardaient comme le meme métal avec des degrés différons de pureté et de blancheur. Ils nommaient ci/ anus l’étain, et cyanus noir le plomb. On ne trouve pourtant pas dans Homère l’épithète de noir donnée au cassitcros , ni celle de blanc au molybdos; mais c’est le cyanus qui est pris génériquement et qu’il désigne par ces deux épithètes, selon que ce mot exprime l’étain ou le plomb. Telle est du moins l’opinion de Millin dans sa Minéralogie homérique, et Hejne paraît d’accord avec lui dans son commentaire sur la cuirasse d’Agamemnon décrite par Homère (l); car il ne semble pas probable que le cyanus ait été le lapis lazuii, comme l’ont pensé plusieurs écrivains , et cette pierre n’eut pas convenu à un bouclier. Quant à l’étain et au plomb, si, dans les ornemens des armes, ils ont été réunis à l’or ou à l’argent , ce n’a pu être que par le travail au marteau, au moyen des procédés de la toreutique, et l’on n’a du emplovcr que des assemblages à froid à l’aide de clous et de crampons, la soudure étant impraticable pour unir des métaux difficiles à fondre , tels que l’or et l’argent , à l’étain et au plomb, qui n’ont pas besoin d’une chaleur élevée. Tout ce que dit Pline sur ces deux métaux montre qu’il les confondait et qu’il n’en avait qu’une connaissance imparfaite; il va même jusqu’à avancer que le plomb est de la même pesanteur que l’or , tandis que la pesanteur spécifique de l’or est à celle du plomb à peu près comme 19 est à 11. On ne sera pas étonné de voir en plomb une statue de Mammurius , du temps de Numaj les Romains d’alors avaient peu la pratique des arts , et une figure de ce métal était plus facile à couler et à réparer tant bien que mal , que si elle eut été d’un autre métal plus difficile à fondre et plus dur à travailler.

où l'on accordait au fondeur un dixième pour les de’chets , résultaient d’une masse de mctal et de travaux beaucoup plus forte queles dépenses pour une statue équestre, et qu’on a pu les établira un prix plus bas; mais aussi y a-t-il une grande différence entre 2.23 francs qu’est revenue la livre de bronze terminé de la colonne , et 4 fr. que l’on peut accorder, en dehors du prix du modèle , pour la livre d’une statue équestre , y compris la façon. On l’a meme, dans les évaluations ci-dessus , portée à un taux plus élevé , pour concilier avec les intérêts du Gouvernement ou des villes qui erigent des statues de ce genre , ceux des artistes chargés de les exécuter.

Quant a la valeur du bronze, il est aisé de la déterminer d après les prix qu’ont eus depuis plusieurs années le cuivre rouge, le zinc , 1 étain d Angleterre et le plomb d Espagne. En combinant d’après 9 prix

du commerce les 5 alliages indiqués pages G6 et 67, et qui sont reconnus pour les meilleurs , on trouve que depuis quelques années le bronze n’a pas pu valoir plus de 125.40 francs les 100 livres, ou 256.19 les 1 00 kilogrammes. L’alliage qui a pu monter à ce prix, est celui des frères Relier, où le cuivre est dans une proportion plus forte que dans les autres bronzes; létaux le plus bas a étéde 80.1 8.77 francs les 100 livres, ou 163.81.50 francs les 100 kilogrammes , pour la combinaison du bronze où il entre te moins de cuivre et le plus de zinc , alliage dont M. d’Arcet fait l’éloge , et dont j’ai donné les proportions page 67 , note, col. 2. Le prix moyen de ces 5 alliages , calculé d’après 9 différens prix des quatre métaux qui les composent , est de 1 03.39.23 les 1 00 livres, ou 2 1 1 .22.03 les 100 kilogrammes.

( 1 ) //.xi.

On cite plusieurs statues fondues en fer. D’après un passage de Pausanias (1 ), on aurait lieu de penser qu’il attribue l’invention de la fonte du fer à Théodore de Samos, que l’on peut placer dans le septième siècle avant Jésus-Christ : mais il est à croire que ce voyageur n’entend parler (pic de l’art d’employer ce métal à couler des statues; car, certainement, bien avant Théodore de Samos on savait fondre le fer. L’histoire grecque (2 ) , en faisant honneur de cette découverte aux Dactyles ideens Celmis et Dainnanæus, la fait remonter à une époque très-reculée, et la place sous le règne de Pandion à Athènes, 1432 ans avant Jésus-Christ. D’après la Bible, cette invention se perd dans la nuit des temps. Il est à croire qu’au lieu de fondre les statues en fer , on les faisait plus souvent au marteau, manière plus commode que la première, qui est d’autant plus difficile, que, la statue une fois coulée en fer, on ne peut plus la réparer, et que la fonte noire résiste absolument au ciseau et à tous les outils. Il y a cependant une fonte blanche et douce qui se coupe aisément; mais les anciens la connaissaient-ils ? On serait tenté de croire le contraire; car PausaniaS ( 3 ) , en parlant d’une statue en fer consacrée à Delphes , et qui représentait Hercule tuant l’hydre , ajoute que c’est un travail trèsdifficile, qui donne beaucoup de peine, et que cette statue de Tisagoras était très-curieuse. II paraît que les Thébains avaient un goût particulier pour les figures de ce métal ; ils en firent une d’Epaminondas et une d’Athamas qui vient de tuer ses enfans. Pline dit que le corps était de bronze , et que, pour imiter la pâleur que donnait à ce coupable père le repentir de son forfait, on avait, pour la tète, mêlé du fer au cuivre dans la fonte ; ce qui ne semble guère possible ( 4 ) , ou il n’en serait résulté qu’un alliage détestable , aigre et très-dur. Lorsqu’il se trouve des particules de fer dans le bronze fondu , on est obligé de les cerner et de les enlever pour pouvoir le travailler. On voit dans les auteurs anciens plusieurs statues de fer , entre autres la Jocaste de Silanion , qui en avait fait le visage en bronze allié d’argent ( 5). Je ne sais jusqu’à quel point on peut ajouter foi à l’existence d’une statue de Vénus en aimant qui attirait un Mars fait en fer ; cet effet dépendait de la grandeur et de la légèreté des figures, et je ne garantis pas le fait, quoiqu’il soit rapporté par Pline (6) , par Cassiodore ( 1 ) , et par Claudien ( 8 ) , dont le morceau sur l’aimant est trèscurieux.

Je pourrais encore, parmi les matières employées en sculpture, citer la dent d’hippopotame, les os, entre autres ceux de chameau, dont on se servit au lieu d’ivoire pour faire de petites figures ; et si j’ajoutais que le Palladium passait pour avoir été fait avec les os de Pélops , et qu’on trouve dans les auteurs des statues ou des mannequins faits avec de l’encens , de la

(1) Lacon. xvm. (5) Voyez p. G6.

(2) Voyez Marbres d’Arundel, ep. xi. (G) Liv. xxxiv , ch. xlii.

(3) Phoc. xvi ii. (7) Var. i, 45.

(4) Voyez p. G5. (8) Idyll. v, 48.

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