MOULAGE AU SABLE
Par cette opération , le moulage d’une statue , comme de tout autre objet, est sans doute moins long, moins dispendieux, et il réussit peutêtre aussi bien à lui donner toute sa perfection et la légèreté que l’on désiré. Cette légèreté, au reste, n’est qu’une économie, et, pour l’œil, elle ne fait rien à la beauté de la statue. De beaux bronzes antiques, dans la collection du musée de Naples, sont très-légers , et annoncent beaucoup <1 adresse dans la fonte; d’autres le sont moins et sont tout aussi beaux. La legercté cependant, lorsqu’elle est bien combinée dans les différentes parties et quelle 11e nuit pas à la solidité, est un avantage pour la mise en place dune statue colossale. Si le métal, bien allié, est liant, tenace,
élastique, une statue légère résistera à des chocs aussi bien et peut-être mieux que si le bronze, plus épais , était aussi plus aigre et plus cassant.
Le moulage au sable , tel qu’on le pratique ordinairement, ne se prête pas à fondre d’un seul jet des masses aussi grandes que celles que l’on obtient en moulant à cire perdue; mais, comme nous l’avons déjà dit, la fonte d’un seul jet , plus étonnante , plus savante au premier aperçu , ne présente peutêtre pas, en dernier résultat, des avantages plus réels que celle qui , plus modeste, n’opère, il est vrai , que sur des parties détachées, mais qu’on réunit au moyen de repères et d’assemblages bien entendus, pour recomposer l’ensemble de la statue, qui, une fois en place, ne laisse guère reconnaître si elle a été coulée d’une seule pièce ou par morceaux. Ce qui est important pour sa beauté et sa solidité, c’est que les joints ou les rentures , soit par assemblage, soit par la soudure, soient faits de manière à ne pas ressentir plus que les autres parties l’influence de l’atmosphère, et à ne pas accuser, en se relâchant, les endroits où les différentes pièces ont été réunies. Il est facile d’obvier à ce danger : l’on voit des statues antiques qui ont essuyé toutes les injures du temps, et dont on n’aperçoit les joints qu’avec peine. La fonte au sable offre peut-être un grand avantage : si une pièce considérable vient mal, en en coulant une nouvelle, il est plus aisé de réparer cet echec, que d’enlever et de remplacer, dans une statue fondue d’un seul jet, les parties qui n’ont pas réussi à la fonte, opération difficile , et qui n’est pas sans danger pour les portions saines de la statue. Les obstacles que l’on y rencontre sont même en raison de la légèreté de la fonte. Si elle est trop mince, faute d’avoir bien ménagé l’épaisseur de la cire, on éprouve de grandes difficultés à fixer par la soudure ou autrement les pièces que l’on substitue aux parties défectueuses, surtout lorsqu’elles sont grandes et nombreuses. Il est à craindre que des statues de forte dimension qui ont subi de pareilles réparations, ne s’en ressentent quelque jour. Les agrafes et les tirans dont on les munit alors dans l’intérieur pour en assurer la solidité, peuvent ne pas suffire, et l’air et l’humidité, agissent assez fortement à l’exterieur , principalement sur les endroits soudés, plus sujets que les autres a l’oxidation , pour les relâcher et faire paraître les raccords que l’on a voulu masquer.
Le moulage au sable est presque l’inverse du moulage à cire perdue. Nous avons vu que l’on garnissait de cire l’intérieur du moule de plâtre , pour faire sur la cire que l’on en tire le moule de potée; avec le sable on opère sur le modèle en plâtre, et le creux que l’on obtient remplace le moule de potée. De cette manière, le sable, appliqué sur la statue même, devrait produire une fonte plus pure et plus près de l’original que celle qui, dans la cire perdue, est le résultat d’un surmoulage et d’un réparage; ce qui est de peu d’importance pour une grande statue : mais, si la statue est petite, on conçoit que la cire tirée du premier moule, servant à en faire un second , doit reproduire une épreuve moins fine , plus empâtée que la première. Cependant on verra que le déplacement fréquent îles pièces dans le moulage au sable en grand, les exposant à s’égrener, rend peut-être cette méthode moins sure que celle de la cire perdue traitée avec soin.
Le; sable qui sert au moulage est très-fin et un peu gras; l’argile qu’il contient donne à ses grains une légère adhérence. Lorsqu’il est trop gras , il prend trop de retrait et ne reçoit pas bien l’évaporation du métal. Il est naturellement jaunâtre ; il devient noir par le charbon que l’on y mêle pour les opérations de la fonte. On fait usage de deux espèces de sable de qualités différentes. Celui de Fontenay-aux-Roses , qu’on tire de trous ou de bures de 80 à 100 pieds de profondeur, s’emploie pour le moulage proprement dit, ou pour les parties du creux qui doivent reproduire les formes du modèle et qui y seront immédiatement appliquées. Ce sable a besoin d’une préparation, qui consiste à le faire sécher sur îles plaques de fonte qu’on chauffe jusqu’au point de les faire rougir. La chaleur dégage les gaz et les sels qu’il pourrait contenir, et qui nuiraient, par leur détonation lors du coulage du métal, à la pureté des grandes pièces. Après avoir chauffé fortement le sable , on le broie ; on le frotte sur une planche avec des rouleaux ; on y mêle environ un quart ou un tiers de vieux sable, ou du charbon passé à l’eau , pile , séché et tamisé très-fin : c’est ce charbon que l’on appelle poussier ; il donne au sable de la légèreté, sans lui dter le liant. La seconde espèce de sable , qu’on emploie pour les pièces qui ne touchent pas le modèle, comme le gros plâtre pour la chape dans le moulage à cire perdue , est plus gros que celui de Fontenay; il a plus de corps et est plus argileux. Il se trouve à Mont-rouge et à Chatenay, dans des carrières à la surface delà terre. Après l’avoir fait sécher au four et l’avoir étendu par couches de quelques pouces d’épaisseur, on l’humecte de manière que l’humidité les pénètre. Lorsqu’il est sec, on brise cette masse, et on la réduit en poussière. Ce sable battu est alors susceptible d’une dureté égale à celle de la pierre, et il s’unit bien au sabl e frotté; il est, au reste , très-propre aux grandes pièces, et celui de Fontenay aux ouvrages délicats.
Pour mouler au sable , il faut que l’armature du modèle en plâtre soit combinée de manière à pouvoir le démonter aisément, et qu’on ait la facilité de détacher les parties de la statue qui ont une grande saillie et qui ne sont pas de dépouille. On doit aussi calculer les coupes du moule et des pièces de rapport que l’on fera en sable, de sorte qu’on puisse, en les démontant, faire sortir sain et sans rupture de son empreinte le modèle en plâtre. 11 est très-important que les coupes soient dans les endroits les moins apparens et les plus commodes pour les assemblages, afin que les joints ne paraissent pas lorsqu’on réunira les pièces. I! est bon aussi tle faire observer, ce que j’ai omis en parlant du moulage à cire perdue, qu’il y a une précaution nécessaire dans la fonte des grandes pièces. Le bronze, en se refroidissant, prend du retrait : il est de deux lignes par pied dans la ligne perpendiculaire ; d’une ligne et demie , dans le sens horizontal, pour les grandes pièces, et seulement d’une ligne lorsqu’elles sont moins lortes. On doit avoir égard à ce retrait dans le modèle en plâtre, et ajouter à la dimension déterminée un peu plus en hauteur qu’en largeur.
Dans le moulage au sable , de même que dans le moulage a cire perdue , on commence par le bas de la statue, et le moule, établi sur une forte plateforme , s élève aussi carrément et par assises; mais on ne le lait pas dans
la fosse , et on ne I ’y descend pièce à pièce que lorsqu’il est termine. C’est au moyen de grands caissons ou de châssis de fonte, dont les uns, selon les coupes du modèle, sont en carre long, d’autres plus courts ou en forme de coin , que l’on moule les masses de sable qui feront en même temps office de moule et de chape. L’intérieur de ces châssis, dont les cotes sont à jour, est. garni d’une armature en fer forge, munie de hérissons; c’est ainsi que l’on nomme des mains de 1er ou ch* petits crampons qui servent à retenir le sable, et qui, ajustes à vis sur l’armature, peuvent en être détaches.
Je n’entrerai pas dans tous les détails du moulage au sable par parties séparées, tel qu’il est habituellement en usage ; sur plusieurs points , il a beaucoup de rapport avec le moulage au plâtre. Après avoir saupoudre de poussier la portion du modèle que l’on veut mouler, on la couvre de sable frotté, que l’on comprime fortement avec la main , et qu’on frappe même avec le manche d’un maillet, jusqu’à ce qu’on juge qu’elle a bien pris l’empreinte. Lorsque cette couche , assez épaisse , est au point de dureté convenable, on la pare en place et à facettes sur toutes ses faces extérieures; on la couvre de nouveau avec du poussier, et, à l’aide de deux aiguilles qu’on y enfonce obliquement, on retire cette pièce de dessus le modèle , pour s’assurer que l’empreinte en est bonne : si elle est exacte , on recommence l’opération du poussier et l’on replace cette pièce. A coté de celle-ci, on en fait une autre; et ainsi de suite, par les mêmes moyens. Il s’agit alors de placer un châssis pour les y disposer. Pour cette opération , l’on se sert du sable battu dont nous avons parlé : on en remplit le châssis par couches , que l’on bat , afin que le sable prenne du corps et qu’il se joigne aux pièces moulées sans y adhérer; ce à quoi s’oppose d’ailleurs le poussier dont on les a saupoudrées. On continue ainsi de mouler toute la première assise du modèle et de remplir les châssis, que l’on met exactement à leurs places. La seconde assise se pose sur la première, et ainsi de suite. Cette opération terminée, et la statue étant moulée, pour démonter le moule on commence par le dernier châssis : on l’enlève, on le numérote, et, par le moyen de repères, on s’assure de la place qu’il occupait; il est placé sur des tréteaux avec des cales, le creux en dessus. On retire , l’une après l’autre, pour les remettre dans le sable du châssis qui leur sert de chape, toutes les pièces moulées. Celles qui tiennent au modèle se détachent à l’aide des aiguilles à relever. Si quelque morceau se brise , on le recolle avec de l’empois et des épingles de fer. Lorsque la partie arrachée est considérable et en mauvais état , on la remoule. Les petites pièces de rapport qui remplissaient les parties refouillées du modèle, sont fixées à leurs places dans le sable du châssis, au moyen d’empois et d’aiguilles de petit fd de fer. A l’aide d’un pinceau doux, on enduit l’intérieur du moule avec du poussier fin de charbon broyé à l’eau , tamisé, et dont trois parties sont mèlees a trois quarts de partie d’os calcinés et à un quart de blanc de Meudon : le tout est délayé, à consistance de bouillie claire, dans de l’eau de crottin préparée a cet effet. Cet enduit a pour but d’empêcher le sable de s abreuver de bronze. Dans les petits moulages , on le remplace par le poncif
poussière très-fine de terre à four cuite, dont on saupoudre les pièces du moule et qui prend l’empreinte avec une grande pureté. A mesure qu’on fait le moule , on ménage dans son épaisseur les jets , les évents et leurs ramifications: leurs orifices aboutissent à la surface du creux, et les grandes branches se portent et s’élèvent au-dessus de la partie supérieure. Du reste , on dispose ces jets et ces évents selon ce que requiert la forme des pièces.
Lorsque ce moule est prêt, on l’établit, pièce par pièce et par assises, dans la fosse destinée à le recevoir, et dans le fond de laquelle est le fourneau de cuisson. Il s’agit alors de former dans l’intérieur de ce moule le noyau, comme dans le moulage à cire perdue. On remonte le moule par assises, et on le remplit de sable, qu’on repousse fortement pour lui en faire prendre l’empreinte, mais cependant de manière à ne pas en altérer le creux. Le sable battu sert pour la masse du noyau, et l’on se contente de le revêtir à l’extérieur d’une couche de deux pouces d’épaisseur en sable frotté. En le construisant, on dispose dans sa masse, pour lui donner du soutien, une armature garnie de hérissons qui retiennent le sable, dont on a soin de ne pas trop fouler la couche supérieure. Le moule est ensuite démonté pour dévêtir le noyau. A mesure qu’on enlève les pièces à coups de maillet, et le plus également possible , on refoule cette première couche. Ce refoulage fait prendre du retrait au noyau ; et la mesure île cette diminution sera celle du vide qu’il doit y avoir entre le noyau et le creux du moule, et déterminera l’épaisseur du métal. Pour s’assurer si elle est telle que le demandent les différentes parties de la statue, on applique, de trois pouces en trois pouces, sur le noyau, des pincées de sable frotté, et l’on replace le châssis garni des pièces du moule de la partie qu’on vérifie. Le moule déprime les pincées de sable, et, en le retirant, on juge de l’épaisseur qu’aura le bronze par la saillie que font sur la superficie du noyau ces pincées de sable refoulées par le creux. Si le vide ménagé pour le métal est trop petit, on l’augmente en enlevant du sable. S’il est trop lort, on le diminue en en ajoutant. Chaque fois qu’on rapproche le moule du noyau , on le saupoudre de poussier ; mais on gratte les endroits que l’on veut moucheter ou couvrir de ces petites pincées de sable qu’on appelle mouches : on peut aussi diminuer le noyau en raclant le sable avec un outil. En procédant ainsi par assises , on termine tout le noyau. Lorsqu il est au point que l’on desire, on enlève les mouches et on le renferme dans le moule ; en replaçant les châssis les uns près des autres , on a soin de coller entre leurs joints des bandes de papier joseph très-lin , qu on iaisse déborder jusque sur le noyau, et qui, servant à retenir le sable qui pourrait tomber dans le travail , l’empêchent de s’introduire dans le vide du moule. Tout étant à ce point , après avoir pris tous les moyens pour donner a cette masse la solidité convenable, on l’enterre et on la fait sécher a un leu doux ; le moule et le noyau acquièrent alors la dureté necessaire , et Ion procède à la fonte, qui n’offre rien de particulier.
La statue de Louis XIV de M. Bosio , à la place des Victoires , a été moulée au sable, dans les ateliers de M. Carbonneau. C’est aussi de cette méthode que SI 1 servent avec, grand succès trois habiles fondeurs de Caris : M Richard ,