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il partageait avec eux les regards et les hommages de tout un peuple. Aussi n’est-il pas étonnant que la sculpture cherchât , en embellissant les images des grands hommes, a les rappiochcr de celles des divinités, avec lesquelles elle pouvait leur trouver quelques rapports. Des statues et des bustes de personnages célèbres offrent des témoignages de ce système d’idéalisation des portraits, embellis par l’imagination des statuaires. Sous le rapport de la beauté des traits, ils
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présentent de grandes différences avec les tetes des memes personnes plus vulgairement vraies des monnaies ou des médailles. Cette vérité-ci était pour la multitude, la ressemblance embellie ou idéalisée était pour les esprits plus élevés et les yeux plus familiarisés avec les hautes conceptions de l’art.
Beaucoup de statues ne doivent leurs noms, leurs titres et souvent la plus grande partie de leur ensemble qu’aux sculpteurs qui les ont rétablies. Il en est tant qui ne nous sont parvenues que mutilées, privées de leur tête et des attributs qui les caractérisaient, que, faute de ces preuves à l’appui de la restauration, elle a du souvent être très-arbitraire. Aussi en est-il résulté bien des usurpations et de fausses dénominations. L’on a du fréquemment se tromper sur l’analogie que l’on a cru trouver entre telle ou telle statue connue et le fragment plus ou moins considérable que l’on voulait compléter; plus d’une fois, de simples mortels, dont les têtes-portraits n’existaient plus, auront reçu de nous les honneurs de l’apothéose, et, élevés au rang des dieux, ils ont accru notre Panthéon statuaire. Plus d’une de nos Vénus étaient sans doute de jolies femmes, dont les statues, retraçant leur image, servirent d’ornement à leurs bains et conservèrent au sein de leur famille le souvenir de leur beauté, qui probablement n’était pas exposée ainsi et sans voile aux regards du public. Elles ne s’attendaient peut-être pas à ce qu’un jour, arrachées de leur asile, le secret de leurs attraits serait ainsi trahi et viendrait embellir nos musées; car il est peu de Grecques ou de Romaines, si ce ne sont les émules des Phryné et des Lais, dont les charmes faisaient toute la richesse et toute la gloire, qui n’eussent pas trop de pudeur pour souffrir de se voir ollertes à tous les yeux dans un aussi simple appareil que les statues de plusieurs de leurs déesses. Mais ce n’est pas ici le lieu d entrer dans des détails sur ce sujet et d’apprécier les titres et les pi étendons des statues antiques; nous ne manquerons pas d’y
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revenir lorsque les occasions s’en présenteront. Nous tacherons de rendre à chacune ce qui lui est dû et de la mettre à sa place. On ne peut pas toujours y parvenir, faute de documens sur les lieux où les statues ont été trouvées : nous le tenterons, et quelquefois, grâce à ceux qui nous ont précédés et qui ont jetc des lumières sur bien des sujets obscurs contre lesquels, avant eux, d’autres avaient échoué, nous pourrons arriver à des résultats satisfaisans. Tout en conservant souvent les anciens noms donnés à tort à des statues, et sous lesquels depuis longtemps elles sont connues, nous nous permettrons de discuter leurs droits. On me saura peut-être quoique gré d’avoir ollèrt de plusieurs cotés quelques-unes des statues les plus remarquables, soin (jue l’on n’avait encore pris que bien rarement dans des ouvrages d’archéologie et pour quelques cas particuliers, et cependant une statue dessinée avec exactitude sous plusieurs aspects présente plus d’intérêt et se fait mieux connaître à ceux qui ne sont pas à portée de la voir.
Lorsque je l’ai pu, j’ai fait dessiner partout d’après les statues originales, souvent aussi d’après des plâtres. A leur défaut j’ai eu recours aux ouvrages gravés, et me suis servi de ceux (pii inspirent le plus de confiance et dont il est inutile de donner ici la nombreuse nomenclature. H n’est aucun des recueils de statues que je n’aie mis à contribution. Malheureusement dans ce grand nombre il en est beaucoup que l’on ne peut consulter avec toute sécurité, et l’on a souvent à regretter de n’être pas conduit par des guides plus fidèles. Mais enfin à limpossible nul n’est tenu, et j’ai fait pour le mieux. Le travail serait trop facile et trop agréable si l’on n’avait affaire qu’à des ouvrages faits avec talent et en conscience, tels que le Musée Pio- Clémentin de Visconti, le Musée Capitolin de Bottari, le Musée Britannique de Combe, les Spécimens des Dilettanti, de Londres; notre Musée par MM. Robilïard Péronville , Pierre et Henri Laurent; l’Augusteum de Dresde par M. Becker; les Bronzes d’Hercuïanum , la Galerie de Florence, par Vicar, aux frais de M. de Joubert, trésorier des états de Languedoc , et surtout l’excellent et magnifique Musée de Bouillon. Ce sont de ces ouvrages, de ces beaux monumens qui font honneur aux pays et aux hommes qui les ont produits , et l’on ne saurait trop désirer de les voir se multiplier en faveur des arts et de ceux qui les cultivent.
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Mais il s’en faut de beaucoup que les grands recueils que je viens de citer, et que tous ceux qui existent , bons ou médiocres, malgré toutes les richesses qu’ils présentent, aient suffi seuls à former la collection que je publie. Outre toutes les statues qu’ils contiennent, j’en offre quelques centaines qui étaient inédites, et que j’ai tirées des magasins du Vatican, du musée de Munich, des collections Borghèse, Albani, de toutes celles d’Angleterre et des autres pays, où l’on s’est fait un plaisir de me permettre de les faire dessiner, et j’en ai un véritable à en témoigner ici ma gratitude au nom des arts, de l’archéologie et au mien.
Pour que ma collection fût plus complète et plus utile aux recherches des artistes et des savans, j’ai joint aux statues une foule de figurines, en terre cuite ou en bronze, intéressantes par leur beauté, leur sujet ou leur costume. Ce sera comme un dédommagement, et même plus fort que ce que l’on perdra, pour les statues qu’il ne me sera pas possible de me procurer. D’ailleurs beaucoup de ces statuettes peuvent être considérées ou comme des copies, ou comme des maquettes, des projets de grandes figures, et c’est un titre à 1 intérêt. Telle et telle figurine en bronze de la Bibliothèque royale, du Musée britannique, des collections Blacas, Pourtalès, des terres cuites du cabinet Durand, sont certainement dues à des sculpteurs de mérite, et parlent autant en leur faveur que des statues de mesure ordinaire. Pensée, mouvement, expression, facilité et finesse de travail, lout y est ; elles sont grandes sous leurs petites dimensions. Que l’imagination les élève à la taille quelles auraient eue si on les avait exécutées, et elles prendront rang à côté des chefs-d’œuvre de la statuaire : on le voit par les dessins qui offrent de la même grandeur les colosses et les figurines.
Ainsi que je l’ai annoncé dans mon prospectus, le Musée de sculpture antique et moderne sera terminé par une iconographie. J’aurais pu my borner, d’après celle de l’illustre Visconti , aux images des Grecs et des Romains, et c’est un assez ample recueil pour les études archéologiques. Mais j’ai pensé qu’il serait bon d’y réunir une suite de tetes de divinités tirées des médailles antiques les plus belles ( t les mieux conservées. Cette série, très-riche en beaux types de figuics vaiiées, cl offrant des caractères authentiques, ne sera pas s.ms interet pour les études du savant et de l’artiste : ils pourront
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y comparer les styles divers que les differens pays grecs et romains ont donnés à leurs divinités, et l’on sait que les médailles, de même que les pierres gravées, au travail desquelles s’exercèrent, chez les anciens, les plus grands talens, oflrcnt des modèles aussi parfaits que les plus belles tètes de statues et de bustes antiques.
Tout en suivant Visconti dans sa double iconographie, j’ai cru pouvoir m’en écarter en quelques points : ne voulant offrir que des tctes que l’on puisse regarder comme des portraits, ou positifs ou de convention, j’en ai écarté celles qui, provenant de temps barbares ou de décadence, et n’ayant presque pas trace de figure humaine, n’ont jamais pu être des portraits, et ne nous apprennent rien sur les traits, la physionomie des personnages quelles sont censées représenter; elles n’ont, ce me semble, nul droit de faire partie d’une iconographie.
Lorsque l’on examinera avec attention les têtes de mon recueil iconographique, il sera facile de reconnaître que celles qui sont tirées des médailles ne sont pas des copies des planches de Visconti : je n’en ai emprunté que les noms, et, à moins qu’il ne m’ait été impossible, comme pour quelques bustes et des pierres gravées, de recourir aux originaux, j’ai fait copier toutes les têtes d’après les médailles de la Bibliothèque royale, sous les yeux de MM. les conservateurs, qui ont reconnu que les dessins faits par M. Garson sont de la plus grande exactitude, et la gravure en a mis autant à les reproduire. On verra aussi dans mes planches que , pour donner plus de prix à mon iconographie, j’ai fait dessiner de deux et de trois côtés les bustes-portraits du Musée royal, et que j’en ai agi de même pour les têtes de statues de personnages dont nous n’avons pas de bustes. II est souvent curieux de rapprocher des têtes de marbre ou de bronze les portraits que nous ont conservés les médailles.
Les précieuses découvertes et les immenses travaux auxquels s’est livré, en Egypte, notre Champollion , dont la perte si prématurée, au milieu de ses succès et de toutes ses espérances, se fait tous les jours plus vivement sentir, nous a enrichis d’une foule de dessins que lui ont fournis les monumens et qui sont un vrai trésor pour la science archéologique. Celle de l’iconographie peut trouver aussi à y faire une intéressante récolte, et peut-être, grâce aux noms qui accompagnent les figures que présentent en bas-relief, en statues ou
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en peinture, les monumens, on peut en connaître les personnages et leurs époques avec au moins autant de certitude que ïa plupart de ceux des Grecs et des Romains. Ce qui peut offrir quelque garantie pour l’authenticité de ces portraits de rois et de reines de l’Égypte, et doit leur mériter le droit de prendre place dans l’iconographie, c’est de voir que la tête du personnage, dont les hiéroglyphes retracent le nom, présente toujours les mêmes traits sur les divers monumens qu’il éleva ou qui lui furent consacrés, ce qui montre qu’on en conserva religieusement le premier type, et qu’il servit aux copies qui en furent faites. On retrouve même souvent une sorte de ressemblance entre le père ou la mère et le fils, ce qui parle en faveur de l’opinion que ce sont des portraits. II y a même des variétés de physionomies et de caractères nationaux et spécifiques de conformation de têtes et de profils entre les figures de différentes races, et l’on ne peut s’y méprendre en comparant les traits de Pharaons de race égyptienne avec ceux des conquérans éthiopiens, qui offrent un caractère particulier, et où l’on retrouve tout à fait le type de certaines races nègres. Et d’ailleurs quand il ne serait pas prouvé, d’une manière incontestable, que ces figures retracent les portraits parfaitement exacts des souverains dont ils portent les noms, ne sufïit-il pas qu’ils aient passé pour tels, pour être dignes de trouver place dans une iconographie? N’y fait-on pas et n’y a-t-on pas fait entrer de tout temps des tètes qui ont toujours été connues pour être de convention , telles que celles d’Homère, de Lycurgue, de Romulus, de Numa et de tant d’autres qui appartiennent à des époques où, en Grèce et à Rome, les arts, à peine dans l’enfance, eussent été hors détat de tracer un portrait avec quelque exactitude, et où depuis ils n ont pu être reproduits, d’après des traditions, que de la manière ïa plus incertaine. Nous n’avons, de ces anciens temps de la Grèce et de Rome, aucun ouvrage qui pût autoriser, d’après la manière dont il serait exécuté, à regarder ces têtes comme de véritables portraits. Mais les anciens, tout en en reconnaissant la fausseté, les ont admis comme pouvant offrir une idée de ce que la tradition avait transmis sui ces célèbres personnages. Il est donc permis et nous devons meme en agir ainsi pour ceux de l’Égypte, et l’on y est d’autant plus fondé, quà 1 époque de ses anciens Pharaons, il n’en était pas de ci t,e cont,èc comme de la Grèce au temps d’Homère et de Lycurgue.
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Les auteurs nous apprennent qu’alors les arts n’étaient rien ou que très-peu de chose en Grèce. Par les monumens égyptiens, nous voyons, au contraire, encore mieux que par l’histoire qui leur est bien postérieure, que ces anciens Pharaons, les Aménophis, les Thouthmosis, les Rhamsès, et surtout le grand Rhamsès III, le conquérant Sésostris, avaient couvert les murailles de leurs temples et de leurs palais de riches bas-reliefs, et s’étaient vu élever des statues de toutes les matières, qui montrent qu’à ces époques si reculées la sculpture et la peinture étaient assez avancées en Egypte pour pouvoir tracer des portraits. Toutes ces considérations, basées sur ce que pouvait alors l’art en Egypte, nous autorisent donc à adopter ceux que Champoïlion a tirés des monumens, et qui, devant un jour paraître dans le grand ouvrage de notre commission, ont déjà été publiés par M. Roscllini. J’ai donc cru faire plaisir aux savans en les donnant dans mon iconographie. Ils ont été copiés, d’après les planches de M. Roscllini, avec toute l’exactitude et toute la finesse que l’on peut désirer, par M. Garson, qui a beaucoup travaillé pour la Bibliothèque royale et pour les planches de M. Mionnet. Les gravures sont de M. Bigant, et elles sont rendues avec une fidélité et une pureté de trait qui ne laissent rien à désirer.
Toutes ces additions ont porté les tètes de mon iconographie à un nombre très-considérable, et il n’y aura pas de tètes grecques et romaines connues comme portraits par des médailles , des marbres ou d’autres monumens authentiques , dont elles n’offriront une ou plusieurs images. On aimera, je pense, à y trouver, presque de la grandeur des pierres originales, tous les grands camées-portraits de la Bibliothèque royale de Paris et du cabinet impérial deVienne, tels que l’agate de la Sainte-Chapelle, l’apothéose de Claude, etc. A l’aide des numéros qui accompagneront les noms fies personnages dans le tableau chronologique, il sera facile de retrouver les tètes sur les planches, lors même que l’on aurait été forcé par certaines exigences de dispositions de dessin et de travail, de séparer divers types du même personnage. Quelques signes à la suite des notices dans le texte feront connaître, au premier coup d’œil, et les époques dont il nous reste le plus de ces têtes, et, si ces portraits sont des statues, fies bustes, des médailles ou tics pierres gravées.
En faisant ainsi connaître tous les personnages dont les images nous
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ont cté transmises par les productions des arts, on pourra les rapprocher des artistes de leur temps dont les auteurs anciens nous ont conservé les souvenirs et les époques; et nous les suivions avec regret dans l’énumération fies ouvrage que le temps nous a lavis, toutes ces belles productions perdues ne nous apparaîtront, il est vrai, que comme de brillans rêves, et ils ne servent qu’à nous faire entrevoir et les richesses immenses de l’antiquité, et nos pertes en ce genre. Mais cependant l’imagination peut s’y complaire et s’essayer à recréer une partie de ces trésors des arts, et à rendre aux siècles où ils ont fleuri tout leur éclat. Mais ils en sont en partie dépouillés par l’ignorance où nous sommes des époques d’un grand nombre d’artistes. 11 est à croire, au reste, pour l’honneur de Pline et de Pausanias, qu’ils n’en savaient pas plus que nous à cet égard, puisque si souvent, en passant en revue les statues et les tableaux dont ils font l’éloge, ils gardent le silence sur les artistes qui les ont mérités, ou bien ils ne nous disent rien sur le temps où ils ont vécu. On ne peut guère espérer de faire mieux que ces écrivains et de soulever le voile qu’ils n’ont pas même cherché à entrouvrir. Cependant plus d’une fois d’heureux rapprochemens tentés par la sagacité de la critique ont fait découvrir ou des choses que n’avaient pas entrevues les anciens, ou des erreurs où ifs étaient tombés. Quelquefois, peut-être, avec l’aide des savans qui ont traité ces sujets, pourrons-nous rendre à leurs époques des artistes ou des ouvrages sur lesquels les auteurs, faute d’indications claires, nous ont laissés dans l’indécision, et quelquefois aussi serons-nous assez heureux pour donner un nom à des ouvrages anonymes, ou dont on ne nous a pas indiqué l’auteur.
Auprès du recueil des statues antiques, celui des statues modernes sera peu considérable, bien que cependant celles du Louvre et des Tuileries soient assez nombreuses : ce sont celles auxquelles se borneia le Musée de sculpture, et on les y trouvera toutes, tant celles de la galerie d Angouleme et de diverses salles du Louvre, que les figures qui décorent les jardins des Tuileries. Une partie de ces statues sont de nos meilleurs maîtres, et, en les comparant avec les antiques, on veria comment, selon les différentes époques et les principes qui ont dirige notre école de sculpture, elle s’est éloignée ou rapprochée de et ux des anciens. Parmi ces productions du ciseau français, on en trouvera plus dune qu ils n eussent pas désavouées, et qui, si elles ne
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peuvent pas soutenir la comparaison avec leurs ouvrages du premier ordre, ne seraient pas déplacées auprès de ceux d’un mérite moins transcendant, qui forment la majeure partie des musées, et qui, sans être des chefs-d’œuvre, y sont vus avec plaisir. Je me dispense d’offrir ici la liste des statuaires qui , avec des mérites divers, ont illustré notre école, et dont nous aurons souvent l’occasion d’apprécier les talens dans la suite de cet ouvrage.
Donnant la collection des statues modernes de la galerie d’Angoulême et des Tuileries, je ne pouvais me dispenser d’y joindre la suite nombreuse des bustes qui s’y trouvent et qui ont été consacrés à la mémoire de nos rois et de nos hommes célèbres. Plusieurs sont fort beaux, et, comme ils remontent jusqu’à Louis XII, on peut y suivre la variété de style et d’exécution d’un bon nombre de nos sculpteurs. Cette iconographie, si elle n’est pas très-considérable, n’en présentera pas moins de l’intérêt et par les personnages dont elle nous offre les images, et par les sculpteurs au talent desquels on les doit.
Ayant annoncé dans mon prospectus que cet ouvrage, se présentant modestement et à un prix plus que modéré, n’a pu être gravé qu’au trait pour être à la portée de plus de monde, et surtout des artistes, il est inutile de le répéter ici. Mais il ne le sera pas d’ajouter quelques mots en faveur de cette manière de reproduire les statues et toutes les œuvres de la sculpture antique et de l’architecture, lorsque ces traits sont exécutés d’une main sûre, ferme et pure par des graveurs de talent et qui savent dessiner, tels que MM. Lenormand père et fds, Lebas, Reveil et quelques autres en très-petit nombre. Car on serait tout à fait dans l’erreur si l’on croyait que la gravure des statues antiques à l’eau forte et au simple trait est une chose facile. Bien loin de là, elle présente de grandes difficultés, et il faut que ce soit ainsi , puisque si peu de graveurs y réussissent ; et je l’ai appris par ma triste expérience, ayant été obligé de supprimer une foule de statues estropiées par des graveurs qui n’ont jamais pu bien dessiner un trait, et qui depuis ont fait de bonnes planches terminées. H est vrai aussi que j’ai été réduit à la même extrémité pour des centaines de dessins de dessinateurs et de peintres habiles, auxquels on doit des tableaux de mérite, et qui n’ont jamais eu assez d’aisance de main pour réduire au trait des statues ou des bas-reliefs de petite proportion, et qui n’étaient, pour ainsi dire, qu’un jeu pour le crayon facile,
spirituel et précis de feu Calmé et de M. b rem y. Il ne s agit pas seulement d’un travail de patience comme pour la gravure a I effet et terminée, il faut de la facilité et de l’adresse de main, une grande sûreté. II faut que le trait soit net, correct, sans dureté; qui! soit bien au premier coup; car il n’y a presque pas a y revenir; et moins on le reprend au burin, plus pur et plus frais il brille. II est donc indispensable au bon graveur au trait de savoir non-seulement dessiner, mais de dessiner sans hésitation, sans tâtonnement et de manière à conduire sur le cuivre verni et sur le cuivre à nud glissant et revêche, sa pointe avec autant de liberté et d’assurance que le crayon sur le papier; et ici le danger de faux traits est peu de chose, tandis qu’il n’en est pas de même pour la gravure, où l’on ne peut pas toujours recouvrir de vernis liquide, et retoucher, sans les rendre lourdes, les parties défectueuses. Et si l’on veut effacer et repousser par derrière la planche, revernir, redessiner, faire remordre à l’eau forte, et raccorder les tons, on court encore bien plus de chances de tomber de Charybde en Scvlla. Aussi, avec, quelque habitude, aperçoit-on aisément ces retouches et ces reprises de traits. A son allure vive, la marche aisée, spirituelle de la pointe la fait aisément distinguer du travail brillant mais plus pénible du burin qui est venu à son aide. Le trait donc, au premier coup d’œil, semble peu de chose, mais, dessiné avec toute l’intelligence qu’il exige, il rend peut-être, aux yeux d’un artiste, une statue avec plus d’exactitude et de netteté qu’une gravure terminée et à l’effet. Souvent, en y faisant jouer la lumière et les ombres, on nuit à la pureté et au style des formes, et l’on fait perdre à la figure son caractère, que lui conserve un trait bien senti et calculé avec art. Certainement si, dans une proportion commode pour l'usage, et dont 1 ambition resterait fort au-dessous de celle de ces assommans in-folio; si, à un prix moins élevé, on pouvait réunir toutes les statues et toutes les sculptures antiques de l’Europe, gravées à l’effet et sous plusieurs laces par un Bouillon ou par quelques dessinateurs auxquels il aurait lègue son talent, ce serait excellent, préférable à tout, et je n’aurais jamais pensé a mon ouvrage. Mais quand reverrons-nous un dessinateur aussi habile, et qui consacre son talent et toute sa vie à un pareil ouvrage/ Cela peut se rencontrer; mais peut-être attendra-t-on bien longtemps!
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et à cette aisance de la main, car Bouillon, pour un certain nombre de scs planches, a employé des artistes de beaucoup de talent, et qui y ont fait même de bonnes choses; mais il est bien facile de distinguer leur travail de ce que l'on pourrait appeler le savant badinage de Bouillon , qu’il était très-intéressant de voir se jouer sur sa planche avec sa pointe qui allait, venait çà et là comme sans y penser, sans suite, et sans qu’il eût l’air, pour ainsi dire, de s’en occuper et de la diriger. Mais quand on ne peut pas obtenir à l’eau forte des gravures à l’effet, terminées avec cet esprit, de simples traits bien sentis, lorsqu’ils ne dépassent pas une certaine dimension, sont préférables à des gravures ombrées médiocres; ils s’expriment avec plus de clarté et de fidélité. C’est tout ce que l’on peut demander et espérer, et ce trait suffit pour donner une idée nette d’une statue et la faire reconnaître aisément parmi celles qui peuvent lui ressembler. En effet, quelque bien que soit, même sur une grande échelle, la gravure terminée ou non d’une statue; on ne saurait se flatter quelle puisse seule, sur tous les points, servir, sous le rapport du dessin, à approfondir tout ce qui regarde cette figure, et quelle dispense de consulter, lorsqu’on le peut, le monument dont elle n’est que la traduction. C’est toujours à l’original qu’il faut avoir recours si l’on veut juger avec une entière connaissance de cause. Les gravures ne sont que des indications plus ou moins fidèles, et peut-être méritent-elles plus de confiance en raison de leur simplicité. Les traits se recommandent à ce titre; offrant la pureté et la liberté du dessin , s’ils n’ont pas le relief de la gravure ombrée, souvent aussi, plus nets clans leurs contours, ils dédommagent par plus de précision, et c’est le point important pour la sculpture. Ainsi les avantages et les inconvéniens se balancent; moins ambitieux, ils sont tout aussi utiles et méritent autant de confiance; modestes, ils se présentent à un prix qui ne peut effrayer personne, et se mettent mieux à la portée de tout le monde; et vous offrant la plus vaste galerie, cicérone fidèles et désintéressés, ils vous la font parcourir à peu de frais.
Après avoir exposé ce qui regarde les planches de mon ouvrage, je passerai au texte qui les explique et sur lequel je ne m’étendrai pas autant. Il m’a paru qu’avant d’entrer en matière sur la sculpture des anciens il était assez convenable, en faveur des personnes peu familiarisées avec les procédés des ateliers, de les leur faire connaître. Je
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les y conduis, et, passant en revue les diverses substances plus ou moins propres à la sculpture, et <|ui y ont été employées, et les instrumens dont on y fait usage, nous y verrons modeler en argile une statue, (jui sera reproduite en plâtre, en marbre, en bronze ou en bois. Ce sont des opérations très-simples et sur lesquelles on peut facilement, en quelques heures, acquérir des connaissances suffisantes, et cependant une foule de personnes, même parmi celles à qui les arts ne sont pas étrangers , qui comprennent meme assez bien la partie manuelle de la peinture, n’ont pas la moindre idée de celle de la statuaire et de ses diverses branches, de sa marche, de scs outils et de ses moyens d’exécution , et ne se figurent nullement comment est produite une statue en marbre ou en bronze. Peu importe, il est vrai, à ceux qui la voient, pourvu qu'elle leur plaise; ce sont cependant des choses bonnes à savoir, ne fut-ce que pour n être pas par trop étranger aux pratiques de l’art, si par hasard l’on entre dans un atelier. En y introduisant mes lecteurs, j’ai cherché à leur développer avec clarté ces procédés divers et variés du modeleur, du mouleur, du sculpteur et du fondeur, en offrant, pour ainsi dire, l’histoire de toutes les matières employées par les anciens et par les modernes dans la sculpture et la statuaire. Remontant à l’origine et à l’emploi des instrumens, nous suivons 1 artiste dans toutes ses intéressantes et graduelles opérations, depuis le moment où, nouveau Prométhée, il tire une figure de la terre, la façonne, la crée, l’anime, jusqu’à celui où le marbre, le bronze, l’or et l’ivoire, devenus une divinité, un grand homme, commandent et reçoivent les hommages de tout un peuple d’admirateurs.
J’ai cru devoir entrer dans des détails assez circonstanciés sur la sculpture polychrome, ou en matières diverses de couleurs et de nature, et surtout sur la statuaire chri/selephantine , ou en or et en ivoire, que notre goût moderne semble aujourd’hui réprouver, malgré la haute estime dont elle jouissait chez les anciens. Car l’on sait que ces brillantes substances, alliées aux émaux et aux pierres précieuses, produisirent, sous la main de Phidias, d’Alcamène et de leur école, ces chefs-d’œuvre colossaux dont la beauté sublime excita si longtemps a Olynipic, à Athènes et dans tant d’autres villes célèbres, 1 admiration de 1 antiquité, et nous a valu le bel ouvrage de M. Quatremere de Quincy sur le Jupiter Olympien de Phidias. Toute cette partie technique de mon travail n’en était peut-être pas la plus facile ,
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