‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 3 sur 286 · AV A N T - P II O P O S · texte numérisé non relu

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une foule de difficultés ont retardé l’entière publication. Il était à propos aussi de me justifier dans le cas où il me serait impossible de publier toutes les statues antiques de l’Europe ainsi que j’en avais le projet; si je ne puis parvenir à les compléter, et il est à craindre qu’il ne puisse guère en ctre autrement, on saura que ce n’est pas à moi qu’il faut s’en prendre, et que je n’ai rien négligé de ce qui dépendait de moi pour que mon Musée fût tout à fait européen.

Cette idée de musée qui offrirait toutes les statues de l’Europe n’est pas si effrayante qu’on pourrait le supposer. Le mot toutes , on le pense bien, ne peut pas avoir ici une acception tout à fait mathématique, mais on letcnd jusqu’à des statues qui ne méritent même que quelques regards; car il en est un grand nombre qui, mutilées ou mauvaises, sans intérêt par leur sujet, répétées à satiété, n’ont quelque prix que pour leur propriétaire et pour le jardin ou le lieu quelles sont censées décorer, et du reste, elles ne valent pas la peine qu’on s’y arrête. Combien n’y en a-t-il pas en Italie de ce genre, et auxquelles on ne fait guère plus d’attention qu’à des troncs d’arbre ou à des bornes, quelles remplacent. Lorsqu’on les connaît , il suffit de les indiquer , et peut-être même est-ce assez inutile. II en est une foule d’exemplaires, qui se ressemblent tellement qu’ils paraissent faits au même moule ou d’après le même modèle, à quelques plis ou à la conservation près. Donner le dessin d’une de ces statues d’un ordre très-inférieur et du même type, c’est les faire connaître toutes. On pourrait donc* sans aucun scrupule, élaguer cette foule de statues pareilles, qui ne comptent que pour le nombre, de l’idée d’un musée antique européen; une seule, dans cette grande assemblée, les représenterait toutes, et l’on n’aurait qu’à indiquer les endroits où se trouvent ses répétitions. Mais le nombre des statues antiques qui composent les musées publics, les grandes collections particulières ou qui , dans quelques villes, décorent les places, n'est pas, à beaucoup près, aussi considérable que se le figurent bien des personnes qui n’ont pas étudié ce sujet d’une manière spéciale. Les statues exposées en plein air ne sont qu’en petit nombre, et, à l’exception de quelques-unes de grand mérite qu’on cite à Florence, à Rome, et qu’on regrette de voir ainsi livrées à tous les vents, on n’y trouve que de très-médiocres productions. Si elles en étaient dignes, elles obtiendraient les honneurs des musées ou des col-

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lections , qui ne se trouvent jamais assez riches pour abandonner ce qu’ils pourraient montrer avec avantage. Ce sont donc les musées et les collections particulières qui renferment la grande masse des statues, auprès desquelles ne figurent que pour très-peu de chose celles des places et d’autres lieux à découvert. II en était tout autrement chez les anciens, où l’on ne connaissait pas les musées du genre des nôtres, et où les places publiques, les promenades, les xystes, les stades, les théâtres, les bois sacrés, étaient aussi peuplés de statues et même plus que les temples, les palais et les autres édifices.

On se tromperait, au reste, étrangement, ainsi que l’ont fait plusieurs savans et des voyageurs qui n’ont pas mis à leurs recherches toute la critique que l’on était en droit d’attendre de leurs talens, si l’on croyait que le nombre des statues qui sont à Rome, et de celles que contiennent les musées et les collections particulières de l’Europe, est aussi immense qu’on se l’est quelquefois figuré. Tant s’en faut, et ce n’est même que peu de chose auprès de ce que devait en posséder en bronze et en marbre le monde ancien grec et romain, d’après ce que rapportent les auteurs.

Il est très-facile de fournir des preuves à l’appui de cette proposition. Dans le recensement que l’AIdroandi, dans son édition de 1556, fait des statues de Rome, il ne s’y en trouve qu’un très-petit nombre. Mais, en peu d’années, il s’accrut prodigieusement; car, en 1562, son recueil en offre cinq cent trente et une, sans y comprendre une assez grande quantité de figures sans têtes et de torses qui depuis, sans doute, sont devenus des statues en leur rapportant des têtes et en les complétant. Mais le tout ne monterait pas, a beaucoup près, à sept cents. II est bien probable que c’était tout ce que Rome possédait de statues exhumées par les fouilles. Et cependant depuis longtemps elles avaient pris une grande faveur et beaucoup d’extension sous des papes, tels que Jules II et Léon X, secondées par les riches familles princières de Rome, et animées par Michel-Ange, Raphaël et leurs écoles, qui brillaient depuis plus de soixante ans. On voit que l’AIdroandi se donna des soins particuliers pour connaître toutes les statues qui existaient à Rome. Car, indiquant les endroits ou elles se trouvaient, il passe en revue non-seulement les palais et les maisons tant soit peu remarquables, mais il pénétré même dans les moindres habitations, si elles renferment une

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ou doux statues, quelques tôles ou quelques torses et même de modestes fragmens. C’est un inventaire complet de ce (pii avait été ramené à la superficie de Rome. Mais certainement son sein en recelait encore une bien plus grande quantité. Des fouilles bien entendues, qui se succédaient presque tous les ans à Rome et aux environs, furent souvent très-productives; mais aussi bien des années plus infructueuses ne rendirent au jour que des bustes, des bas-reliefs ou des fragmens. Toutes ces fouilles ont eu, pour en conserver le souvenir, des témoins oculaires qui en ont enregistré avec soin les produits. C’étaient des antiquaires de mérite, tels que Flaminio Vacca, Ficoroni, Pietro Santé Bartoli , Winckelmann et Carlo Fca. Celui-ci a recueilli tous ces documens jusqu’en 1795, et il en a continué la série. Il assure même (J) que ce qu’il indique est tout ce qui a été découvert en statues depuis l’ouvrage de Flaminio Vacca, 1594, jusqu’en 1795. Ce nombre n’est pas très-considérable, et il ne faut pas oublier qu’une assez grande quantité de statues tpi’ avait produites le sol romain ne restèrent pas à Rome; quelle était devenue comme le trésor où l’Europe éclairée se fournissait de statues et de monumens, et qu’il en sortit de Rome, aux XVIe et XVIIe siècles, temps de l’ardeur des fouilles, une grande quantité qui, brillantes colonies, allèrent former des réunions considérables dans diverses contrées de l’Europe. Ainsi Rome fut loin de conserver toutes les statues quelle avait recouvrées. On ne peut donc être que très-surpris de voir à quel nombre prodigieux les portent, en 1755, l’abbé Barthélemy (2), et en 1770, le savant Oberlin (3), qui font monter, celui-ci à soixante mille et l’auteur d’Anacharsis à soixante et dix mille les statues existant de leur temps à Rome et aux environs; sans que l’on sache pourquoi Oberlin retranche dix mille statues d’un trait de plume des soixante et dix mille dont les antiquaires romains avaient, au rapport de l’abbé Barthélemy, si libéralement doté la ville éternelle. Mais on pourrait assurer, sans craindre de se tromper, qu’il n’y en eut jamais une telle quantité, même aux époques les plus florissantes de Rome, et encore moins aux temps modernes, après toutes les des-

(1) Miscellanea , etc., p. 15.

(2) Mém. de V Acad, des inscrip. , etc., t. XXVIII, p. 579.

(3) Orb. antiq. monum., etc., p. 127, e'd. de 1790.

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tructions dont le hasard, le temps et la barbarie les avaient rendues les victimes, et sur lesquelles l'avant-propos de mon troisième volume offrira quelques détails. L’on a de la peine a comprendre que ces calculs, exagérés à un tel point, aient été suivis sans plus d’examen par des antiquaires de grand mérite, tels que M. Jacobs (l), M. C. O. Miiilcr (2), M. Raoul-Rochette (3), qui n’ont pas fait la moindre difficulté d’admettre les soixante mille statues d’Oberlin. Il y en a même qui ont enchéri sur ce nombre, et qui l’ont porté à plus de quatre-vingt mille (4), par la raison que depuis Oberlin les fouilles avaient dû produire une immense quantité de statues. II est aisé cependant d’acquérir la preuve quelle n’est pas, à bien des milliers près, aussi considérable qu’on voudrait bien le croire et le persuader. Cette preuve , je l’ai acquise , et de la manière la plus formelle, et par le recensement de tous les musées et des collections particulières, et par les dessins que j’ai fait faire partout, à Rome, même dans les magasins du Vatican et dans les villa des environs. II est inutile pour le moment d’entrer ici dans des détails qui se trouveront dans d’autres parties de mon ouvrage , et qui montreront qu’il n’y a peut-être pas, à beaucoup près, à Rome, deux mille cinq cents statues, en admettant même dans ce nombre de très-médiocres figures qui ne mériteraient pas d’être comptées. J’irai même plus loin d’après les recherches que mon recueil a nécessitées dans les diverses villes de l’Europe : je crois donc pouvoir assurer, d’une manière positive, qu’en comptant Rome, si l’on repoussait les statues qui n’ont (jue deux pieds et au-dessous jusqu’à quinze ou dix-huit pouces, ON AURAIT DE LA PEINE À TROUVER DANS TOUTE LEUROPE QUATRE MILLE STATUES ANTIQUES EN MARBRE, et IL N’Y EN A PAS, À BEAU- COUP PRÈS, cent EN bronze, de grandeur naturelle ou peu au-dessous. Ces nombres diminueraient encore et notablement si l’on en excluait celles où l’on ne retrouverait d’antique que le torse et peutetre encore moins. Ainsi l’on peut croire, en toute confiance, que les soixante et dix mille et même les soixante mille statues données à

(t) Vermischte Schriften, etc., t. 111, p. 472.

(2) Hanilbuch der Archœologie , p. 299.

(3) Cours d’archéologie , etc., p. 13; 1728.

(4) Dans un cours public d’archéologie; Paris, 5 août 1834.

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Rome par l’abbé Barthélemy et Oberïin, ou par les antiquaires qu’ils ont consultés, peuvent se ranger parmi les hyperboles les plus extraordinaires qui soient jamais sorties de la tête exaltée d’un voyageur. L’on voit donc que si j’avais trouvé partout les facilités que j’avais droit d’espérer, je pouvais aisément parvenir à faire entrer dans mon recueil toutes les statues de l’Europe, et que c’eût été, comme on pouvait et l’on devait s’y attendre, un véritable musée européen.

Mes planches présentent, au reste, une telle quantité de statues fie tous les degrés de beauté, depuis les chefs-d’œuvre jusqu’à des figures très-ordinaires, qu’on ne s’apercevra guère qu’il en manque quelquesunes parmi ces dernières. Elles ne seront regrettées que par ceux qui leur ont défendu de paraître. On peut, en effet, être certain que les statues dont je n’ai pu parvenir à me procurer les dessins , et que je ne tenais à avoir que pour être complet, ne sont pour la plupart que des figures de peu d’importance. Très-bien dans de petites collections , ou n’y nuisant pas , elles ne seraient que peu remarquées dans un grand musée, et probablement je ne les aurais pas admises si je m’étais borné à publier un choix , même considérable , de belles statues. D’ailleurs pour qu’on sache jusqu’à quel point l’on doit porter ses regrets , je ne manquerai pas d’offrir une liste des statues dont il ne m’a pas été possible d’obtenir les dessins. L’on verra qu’au fait, en nombre et en qualité, ce n’est que peu de chose auprès de celles que reproduira ma collection.

II serait fort agréable pour les antiquaires et pour les amateurs, qu’en se présentant, chacune de ces nombreuses statues pût nous apparaître telle que jadis elle était, au sortir du marbre ou du bronze, et que, nous apportant tous ses titres, elle se fit reconnaître à ses traits, à son caractère et d’après ses attributs. Abrégeant nos recherches et les rendant plus sûres, elles nous apprendraient une foule de choses qu’on est avide de savoir, qu’on vous demande sur leur patrie, leur nom et leur auteur, et auxquelles, pour l’ordinaire, on est fort embarrassé de répondre. Il n’en est malheureusement pas ainsi; le temps, jaloux de nos plaisirs, ne nous a laissé souvent à interroger que les débris des productions de l’art qu’il a flétries et mutilées, et qui, pour la plupart, ne nous disant que bien peu, nous laissent tout à deviner sur ce qu’cHes étaient lors de leur intégrité et de leurs succès. Il est bien peu de statues qui ne portent les tristes

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avant-propos.

empreintes des outrages du temps ou de fa stupide ou cupide barbarie de l’homme. On ne pourrait en citer qu’un bien petit nombre qui aient conservé leur tête, leurs mains et surtout leur nez parties les plus fragiles, elles étaient les plus exposées; aussi est-ce déjà un grand mérite pour une statue de nous être parvenue dans son intégrité. Si Ion offrait dans un musée les statues telles qu’on les trouve ordinairement , il est peu de personnes pour qui fût soutenable la vue de ces débris. Ce serait un vaste hôpital après une sanglante bataille; et encore dans un hôpital ces mutilations, ces blessures sont des trophées de la valeur, et mêlent de la gloire à ce douloureux spectacle : on n’y est arrivé qu’en disputant la victoire. Mais une suite de statues privées d’une partie du corps, de leurs membres, les unes sans têtes, les autres sans jambes, n’excite que de stériles regrets pour elles et pour nous, et de l’indignation contre ceux qui les ont mutilées et ont détruit en partie nos plaisirs. On est donc obligé, en général, lorsqu’il y a possibilité, de restaurer les statues pour les offrir aux amateurs dans un état présentable ou qui ne les repousse pas. Mais il est important pour l’étude de l’artiste et du savant, et pour l’interprétation des sujets, que l’on ne confonde pas les parties restituées avec celles qui se sont conservées. Aussi n’ai-je pas négligé, lorsque j’en ai eu la facilité, de les indiquer sur mes planches et dans mes explications. II est à regretter que ce ne soit pas toujours praticable : peu d’ouvrages gravés donnent les restaurations ; bien des collections n’aiment pas à les voir signaler, et ne vous les fournissent pas, sans doute pour laisser croire au loin à l’intégrité de statues qui souvent n’ont presque que le nom d’antique, et qui, vues de près , trahissent bien vite tout ce quelles doivent au secours du ciseau moderne. L’amour-propre des propriétaires ne jouit que jusqu au moment des fatales découvertes, et il vaudrait mieux, dans l’intérêt de la science et de l’art, qu’on agît sans charlatanisme, et que de loin comme de près on sût à quoi s’en tenir. Il me semble que 1 on y gagnerait ; car certainement un dessin qui n’indique aucune restauration doit rendre suspecte une statue antique, et si elle n’est pas parfaitement connue pour son entière conservation , ce qui est t lès-rare, on peut soupçonner quelle a subi tant de restitutions qu’on est embarrassé de les désigner.

Beaucoup de statues sont des répétitions l’une de l’autre avec peu

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de variétés ou de changemcns. Un sujet ou la manière de le rendre avait obtenu du succès, il avait fait la réputation d’un statuaire; ceux qui auraient pu se présenter comme scs rivaux, mettant, à ce qu’il paraît, de côté tout amour-propre, et s’unissant au public pour ajouter à la renommée de l’ouvrage qu’il aimait, se plaisaient, en quelque sorte, à le multiplier en en répandant des copies plus ou moins exactes, selon le talent de chacun. Si l’on y apportait quelques modifications, elles n’étaient pas assez marquantes pour faire disparaître le premier type original qui avait servi de modèle. On trouvait, pour ainsi dire, parmi tous ces enfans, un certain air de famille qui permettait de remonter à celui qui en était comme le chef, et auquel ils le devaient. Quelques caractères créés par le génie des grands maîtres, des Phidias, des Alcamène, des Polyctètc, des Scopas, des Praxitèle, étaient devenus presque sacrés ; c’étaient des divinités descendues pour eux de l’Olympe , et qui s’étaient en leur faveur changées en marbre et en bronze. On n’en approchait qu’avec vénération. Si on les copiait, ce n’était qu’avec un religieux respect. L’on n’avait pas la prétention d’aller au delà de ce qui , par l’assentiment général , était devenu l’expression de la beauté et de la divinité. Ce devait bien être une cause de monotonie dans les productions de l’art; mais aussi conservait-on des types auxquels on reconnaissait une grande supériorité sur leurs émules. En voyant, en admirant certains chefs-d’œuvre antiques , et ce qui nous reste est peu de chose auprès de ce que nous avons à regretter, peut-être serait-on tenté de renoncer à l’idée de la perfectibilité du talent et de l’esprit humain, et à l’espoir de surpasser jamais ces grands maîtres, qu’il ne nous est accordé de juger que de si loin, et peut-être encore, la plupart du temps, que d’après des copies plus ou moins fidèles, plus ou moins mutilées, de leurs chefs-d’œuvre. De quels torrens de lumière ne serions-nous pas éblouis, si tout à coup nous apparaissaient Phidias entouré de son école; Praxitèle, de la sienne, environnés des sublimes productions de leur génie. Peut-être penserait-on comme alors, avec raison, que le génie, l’imagination de l’homme, avaient un terme qu’ils ne pouvaient dépasser; qu’il n’était accordé qu’à quelques êtres privilégiés et chéris des dieux de l’atteindre, et qu’il y avait présomption à vouloir s’élever plus haut vers des régions célestes interdites à nos efforts. On se contentait du type de beauté auquel était par-

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venu l’art , de cette beauté calme, plus variée dans ses formes que dans son expression, qui était le but des artistes grecs, et qu’on peut appeler idéale, puisque, n’appartenant complètement et dans toutes ses parties à personne, die avait perdu le caractère de l’individualité, et que l’artiste n’en trouvait le modèle parfait que dans son imagination. Aussi reprochait-on à quelques statuaires de grand talent d’offrir les déesses sous les traits de leurs amies, dont la beauté admirable et digne de tous les hommages des hommes, et même de l’Olympe, ne justifiait pas leurs amans de les avoir élevées au rang des divinités. La beauté que la statuaire devait faire adorer ne se voyait nulle part et était l’apanage des dieux. On s’en était donc créé un type d’un caractère particulier, dégagé de toute idée d’individualité, et cependant il n’était pas hors de la nature; c’était elle dans sa naïveté , dans toute sa perfection, vue avec âme, avec un sentiment exquis, tel que celui d’un amant qui découvre dans l’objet de son affection des beautés qu’un œil froid et insensible n’y saurait apercevoir : c’était la réunion harmonieuse et combinée , avec un goût vif et épuré, de ce que, dans ses divers caractères, selon les sexes et l’âge, la nature pouvait présenter de plus beau et de plus élevé. Et ce choix, ramené à l’unité et à l’accord par les hautes conceptions du génie, était la poésie de la sculpture. Les médailles de rois et de personnages grecs nous montrent, dans leurs nombreuses séries, que le type de beauté suivi par les statuaires grecs, et tel que nous font transmis quelques-unes de leur productions, n’était pas un caractère que présentât communément, quelque belle quelle fût, la population de la Grèce. II n’y a nul motif de penser que ces souverains et ces hommes célèbres ne fussent pas de la même nature et aussi beaux, en général, que le reste de la population grecque, et il est bien à présumer que s’il nous était parvenu une iconographie des diverses classes de ce peuple, elle nous offrirait dans son ensemble les mêmes caractères de figures et les mêmes variétés que la suite des portraits conservés par les médailles et les marbres. Eh bien ! dans toute cette quantité considérable d’images, il en est très-peu, s il en est, ou Ion retrouve les types des têtes de divinités. On y voit tres-fréquemment des nez bombés, aquilins, relevés; des fronts, des formes de tête qu’on chercherait vainement parmi celles des dieux ou des héros, qui semblent être d’une toute autre nature, plus harmo-

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nieuse dans toutes ses proportions et plus pure. Il faut <|ue les artistes aient fait non-seulement un choix parmi ce qui journellement s’ofFrait à leurs yeux de plus beau, mais qu’ils l’aient encore, pour ainsi dire, perfectionné et rectifie. Cette dernière expression serait certainement exacte, car on voit que, dans le type de beauté de haut style adopté pour des divinités, l’on a rapproché le plus possible une partie du profil, le nez et le front, de la ligne droite, légèrement infléchie, et qui produit les contours les plus simples et les plus calmes, tels qu’ils convenaient à des êtres au-dessus de la nature humaine, et dont aucune passion ne devait altérer la beauté, que l’imagination ne pouvait représenter qu’en exagérant celle que le ciel avait accordée à l’homme, et qui n’était, pour le génie poétique de l’artiste, qu’un reflet de la beauté divine.

Les médailles ou les monnaies nous offrent donc les princes tels ou à peu près tels qu’ils étaient; c’étaient des portraits qui avaient cours, répandus partout, et que chacun devait reconnaître. L’exactitude de la ressemblance pouvait être de quelque importance. Le graveur était tenu de la reproduire; c’étaient des objets de commerce plutôt encore que des objets d’art. II n’en était pas ainsi de ces mêmes têtes reproduites par la gravure sur pierre fine et la statuaire en marbre et en bronze. On voit qu’en général la glyptique flattait la ressemblance, la caressait, pour ainsi dire, et l’embellissait, et quelle tenait encore plus à la beauté qu’à la parfaite exactitude des traits et à la vérité. Il en était de même de la statuaire, de celle qui, née dans les temples, n’était presque consacrée qu’aux dieux ou aux héros. Elle tendait toujours à relever la nature humaine, à l’embellir et, en y mettant un peu d’idéal, à l’ennoblir, et à rapprocher les portraits quelle avait à reproduire des types que lui offrait son imagination. N’entrant pas dans les détails minutieux de la nature quelle avait sous les yeux, elle n’en saisissait que le grand ensemble et le caractère principal, pour ainsi dire la partie essentielle, l’esprit; c’était ce quelle jugeait digne de passer à la postérité et de plus propre à donner une juste idée des personnages immortalisés par son ciseau. Elle les traitait comme l’histoire, à grands traits et sans descendre aux détails de mémoires secrets. L’honneur d’une statue, grande récompense de la reconnaissance publique, était chez les anciens une sorte d’apothéose : il associait aux dieux celui qui l’avait méritée, dans tous les lieux où

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