DES MONUMENS
On appelle antiques les pierres dont les carrières sont épuisées ou perdues , et que l’on ne trouve plus que dans les rnonumens des anciens. Parmi ce grand nombre de marbres et d’autres pierres, il y en a très-peu que l’on puisse rapporter d’une manière positive aux descriptions données par les auteurs anciens. La plupart ne se rencontrant que dans les rnonumens d’Italie, on est souvent oblige de leur laisser leurs noms italiens. Les marchands de marbres antiques ont beaucoup augmenté cette nomenclature, en vendant comme pierres de differentes espèces, des échantillons qui ne sont que des variétés qu’offre souvent le meme bloc de marbre. Parmi les pierres tendres et d’un médiocre usage en sculpture, après la pierre calcaire , telle que le travertin ou pierre de Tibur [Tivoli], la meme que celle des temples de Pæstum, on peut citer la lave , le peperine ou tuf volcanique. On les employait quelquefois pour des ouvrages peu soignés , et l’on a trouvé plusieurs statues , des têtes et des bas-reliefs faits de ces sortes de pierres.
Les édifices d’Italie les plus riches en marbres et en autres pierres antiques sont les églises et les palais de Rome. Ficoroni , qui écrivait vers le milieu du xvm.c siècle, avait compté à Rome plus de huit mille colonnes, soit de marbre, soit d’autres pierres antiques; et, depuis, le nombre en a fort augmenté. On connaît sous terre, dans des aqueducs, des égouts et des caves , le gisement d’un nombre de colonnes peut-être encore plus considérable que ce qui est hors de terre. Outre un grand nombre de colonnes superbes d’une seule pièce, venues des temples de la Grèce, qui ornent la cathédrale de Pise, une partie de ses murailles est faite de très -beaux marbres blancs, qui offrent beaucoup de basreliefs et d’inscriptions T mis en œuvre comme des pierres en tout sens dans la construction , et qui mériteraient une étude particulière. Plusieurs églises de Venise, et surtout Saint-Marc, sont d’une grande richesse en toute espèce de marbres qui y sont employés , soit comme paves , soit en colonnes ou sur les murailles; on y voit des colonnes de lapis iazuli et d’albâtre oriental transparent , d’une assez forte dimension. La cathédrale de Raven ne, celle de Florence, ainsi qnc les églises de Santa-Croce et de Saint- Laurent dans la même ville, abondent en pierres tres-bclles et de toute sorte. Le palais de Caserte , le musée royal de Naples et la Favorite brillent d’une étonnante variété de marbres antiques tirés des fouilles de Pompéi , d’HercuIanum et de Capri , qui en ont fourni à toute l’Europe. Notre musée royal du Louvre renferme aussi un nombre considérable de colonnes de marbres antiques les plus rares et les plus beaux , et (pii ne le
cèdent à ceux d’aucune autre collection. Louis XIV avait tire’ de Barce , dans |a Cvrenaïque, la plupart des beaux marbres antiques qui décorent Versailles et Trianon ( Dict . d’antiq. de l'Encyclopédie méthodique , article Barcé). Les côtes barbaresques en fourniraient une grande quantité qui ne couleraient que le transport, et qui n’attendent que des voyageurs qui veuillent bien les enlever ; les villes de la Grèce et même leurs rivages en regorgent : il ne s’agirait que de prendre la peine de les choisir parmi ces restes précieux de la magnificence de l’antiquité, et de ies embarquer.
M arbres. — Africain, pourpre, blanc et noir. — Africain fleuri , blanc, pourpre et jaune, chine'. — Bleu turquin antique, de gris d’ardoise , à grains fins et brillans. — Bleu antique à bandes blanches et bleu d’ardoise ondulées. — Le petit bleu antique est à grains très-fins et à bandes plus étroites. — Brocatclle dorée , taches jaunes , veinées de rouge et semées de coquilles blanches. — Cannelle , jaune , approchant de cette couleur. — De Carrare. Ses carrières furent exploitées du temps de Jules-César, et l’on y a trouvé des restes de bas-reliefs antiques ébauchés; aujourd’hui , comme autrefois , elles portent le nom de leurs propriétaires, et l’on cite celles de Grestola, de Fabricoti, de Mongoni , de Carpevola. Au reste, ce n’est pas à Carrare meme que sont les carrières , mais près du petit village de Turino, à un mille et demi de Carrare. Celles qui produisent les plus beaux marbres, et que l’on vient de voir, sont très-près l’une de l’autre. A partir de la carrière de Grestola, dans la direction du nord-est, on trouve encore celles de Zampone , Poggio, Siivestre, Mossa et Bettogli; tous ces marbres sont blanc statuaire. Celui de Bcttogli est d’un blanc absolu ou mat, quelquefois bleuâtre, presque dépourvu de cristallisation, grenu; c’est ce que vulgairement on appelle pouf. Ce marbre tendre est facile à travailler ; mais, comme il n’a pas de transparence, l’exécution n’en est ni fine ni agréable. Le blanc de Mossa est éclatant et a beaucoup de consistance; celui de Siivestre est d’un grain très-fin. Le Zampone est Iamelleux et cristallisé ; sa couleur tire un peu sur celle de la cire, mais moins que celle du Grestola. Ce sont les localités qui apportent ces différences dans les qualités des marbres de Carrare, et qui leur donnent un ton plus ou moins blanc : quelquefois il incline un peu vers le bleu. Une autre sorte, plus translucide , a une teinte légèrement dorée , très-agréable : tel est le marbre que l’on tire de quelques-unes des carrières citées plus haut , et surtout de celle de Grestola; malheureusement elle est presque épuisée, et l’on n’y trouve plus que des blocs de petite dimension, propres à faire des bustes. Canova aimait beaucoup ce marbre, quoiqu’il soit plus dur et plus difficile à travailler que d’autres espèces.
Le marbre blanc de Carrare est d’un grain fin , égal et serré, d’une grande égalité de couleur, ressemblant à de beau sucre; mais il s’v trouve parfois des cristaux qui repoussent le ciseau , des taches , des bandes grisâtres ou verdâtres ; on le nomme alors cipollinaccio. Celui qui est d’un grain plus gros, plus dur, ayant l’aspect du sel, est appelé saligno ; il est plus difficile a travailler, et il renferme souvent beaucoup d’humidite.
On appelle ccimpaniens les marbres qui résonnent sous l’outil, par la comparaison du son qu’ils rendent alors avec celui d’une cloche [ campana ]. Liant d’une pâte plus sèche et plus aigre , ils sont très-durs : comme on extrait souventees marbres au moyen delà mine, il n’est pas rare qu’ils soient étonnés dans l’intérieur de leur masse , et qu’il s’y trouve des fils. Le Carrare ne prend pas un aussi beau poli que le Paros. C’est de ce marbre que se font aujourd’hui la plupart des statues, quoiqu’il y ait en Italie et en France, ainsi que nous le verrons plus bas, des marbres blancs qui approchent de la beauté du Carrare et qui pourraient être employés à la sculpture. Il reste à ajouter aux carrières déjà citées celles du Polvaccio, qui sont presque épuisées, et celles de Sarravczza , qui jouissent encore d’une grande célébrité.
Il paraît, du moins c’est la tradition du pays, que l’on dut la découverte de cette dernière marbrière à Michel-Ange, qui, pour se soustraire aux prétentions des Carrarais, la trouva, après de longues recherches, dans des montagnes , à deux milles et demi de Sarravczza, village éloigné de huit à dix milles de Carrare. Depuis cette précieuse découverte, ce fut le marbre de prédilection de Michel-Ange. Le Sarravczza , lorsqu’il est trèsbeau et bien cristallisé , est sur la même ligne que le Carrare ; mais quelquefois une teinte peu agréable et des parties poreuses et trop tendres lui otent beaucoup de sa valeur. Les carrières d’où l’on extrait la qualité la plus estimée, sont situées dans la partie la plus élevée de la montagne; les neiges et les difficultés de l’exploitation ne permettent de s’y livrer que pendant sept ou huit mois de l’année.
On pourrait aussi ranger parmi les marbres de Carrare ceux de Luni, dont les anciens faisaient tant de cas; ce qui fit tort au Paros. La ville de Luni, peu éloignée de Sarzanna et de Lavenza, avait sur la Méditerranée un petit port, ou plutôt une plage, una marina, où l’on débarquait ces marbres, qui ne se trouvaient pas à Luni même, mais aux environs. II est même probable qu’ils étaient extraits de carrières de Carrare épuisées aujourd’hui. Les Romains , venant prendre ce marbre à la marina de Luni , lui auront donné ce nom , au lieu de celui de la carrière où il était exploité. Ce beau marbre statuaire est d’un blanc laiteux, d’un grain très-fin , d’une pâte plus compacte que celle du Carrare ordinaire ; il prend le plus beau poli.
Outre les marbres blanc statuaire, il y en a à Carrare de plusieurs couleurs; ils occupent ordinairement les parties supérieures de la carrière. Parmi ces marbres , on cite la bardiglia de Gioia, qui est d’un bleu assez foncé, veiné de blanc; le canal bianco est blanc clair, veiné; les veines se dessinent mieux sur le ravazzonc , dont le fond est aussi blanc; il l’est moins dans le santi-scritti , mais le jeu des veines y est plus agréable : ce marbre blanchit à l’air, sans rien perdre de sa ténacité. Le gioia a le fond blanc , tacheté en brocart varié.
Marbres. — Cervelas , fond rouge, blanc et vert, à veines blanches trèsfines et enlacées. — Cipollin , blanc sale , strié de larges bandes onduleuses , d un vert plus ou moins foncé, du à du talc; il s’altère lacilement a l’air : c’est, a ce qu’il paraît, le marbre de Caryste des anciens.
Le eipollin statuaire, de meme que le pentélique, a <les veines étroites, trèsle<’èrement teintees de verdâtre. Le Musee royal est très-riche en eipollin de la plus grande beauté. — Cipolazzo . strie de blanc et de violet. — Cotoncllo , blanc et rouge vif de minium. — Fleuri ( marbre), blanc et rouge, à taches tortueuses. — Marbre, grec ou grechctlo , d’un beau blanc , d’un grain très - serre , plus dur que les autres marbres blancs. Le coralititjue était peut-être de la même qualité ; celui que Ion nomme ainsi est d’un blanc mat tirant sur l’ivoire par sa couleur et son aspect. On trouve dans les ruisseaux des Pyrénées des morceaux de marbre blanc qui ont le plus grand rapport avec le coralilique , et qui peuvent faire croire qu’il existe dans ces montagnes des masses de ce beau marbre, et l’on sait d’ailleurs que le coralitique ne fournissait pas de gros blocs. — Marbre du mont Humctte, blanc grisâtre, strié, très-dur. — Gris antique [ bigio ], d’un beau gris de perle bleuâtre; il paraît qu’il y en avait à Lesbos. — Jaune antique, d’un beau jaune, d’une couleur égale, avec quelques légères veines violettes ; il y en a de clair : celui qu’on nomme de carnation tire sur le rose. Le jaune antique est un des marbres les plus rares; on croit qu’il venait de Macédoine ou de Numidie. Adrien en avait employé une grande quantité dans sa villa , d’où l’on en a beaucoup tiré qui formait les pavés et dont les murs étaient revêtus. Ce marbre offre plusieurs variétés. — Jaune brcchc, d’une couleur claire, tacheté de jaune foncé. — Jaune paille f pagliocco ] très-clair. — Jaune annelc , cercles jaunes et noirs. — Jaune et noir , à plus grandes taches. — Jaune, à filets blancs [ rezziato ]. — Jaune à veines rouges , semé de blanc , espèce de brocatelle. — Noir antique, du plus beau noir, sans mélange; c’était probablement le marbre de Lucullus. II ne fut que rarement et tard employé en statues. On pourrait croire, d’après Pline (l), qu’on en tirait du cap Ténare en Laconie, et d’Afrique ; il paraît qu’on en trouve encore à Bergame, à Carrare, à Prato en Toscane, et près de Spa. Les Italiens le nomment souven tparagone , quoique I e paragone , ou pierre de touche véritable, soit un basalte. Il existe plusieurs très-belles statues antiques de cette pierre ; entre autres , dans la galerie de Florence , la statue du Sommeil , d’une grande beauté. Le beau marbre noir pur de Moulis et de Montaillon , dans le departement de I’Ariége , a été, à ce que l’on croit, exploité par les Romains. — Palombino , d’un blanc défait, d’une pâte très-fine, sans transparence , ressemblant à du lait caillé ou à de l’ivoire; c’est peut-être le coralitique des anciens. — Paragone. Voyez noir antique, — Paros , d’un blanc laiteux, quelquefois grisâtre, opaque; son tissu est par grains plus ou moins gros , ce qui en établit deux ou trois variétés ; la cassure est très-brillante ; il prend un très-beau poli. Sa contexture le rend plus difficile et moins moelleux à travailler que le beau Carrare. Il paraît que le vrai Paros à grains cristallins est celui que les marbriers romains nomment marmo grcco a specchioni [marbre grec à grains brillans] : celui qu’ils appellent Paro est probablement le coralitique. Pline dit que plusieurs
( 1 ) Liv. xxxvi, ch. xxix , §. 43.
marbres 1 emportaient par leur blancheur sur le Parus :1e Lun i avait sur lui ect avantage; mais, comme il le partageait avec d’autres, il est dillieile, sinon impossible, de déterminer d’une manière positive , parmi les marbres très-blancs, ceux qui sont de Luni ou de carrières grecques qu’on ne connaît plus. Ce qui prouve combien il est hasardeux de déterminer d’une manière positive la qualité ou l’origine d’un marbre blanc statuaire antique , c’est le résultat des recherches et des essais de M. Visconti pour décider si le marbre de l’Apollon du Belvédère est grec ou de Carrare. Cette question était très-importante aux yeux de beaucoup d’antiquaires ; il ne s’agissait de rien moins que d’établir si ce chef-d’œuvre était un ouvrage grec fait avant les empereurs , ou si , étant de marbre de Carrare, il devait être range parmi les productions de leur règne. J’avouerai que je n’attache pas autant d’importance à cette question , et il me semble qu’il nous reste du temps des Antonins , et, entre autres, d’Adrien , des productions, telles que les Antinous , d’une beauté qui permettrait de penser qu’on ne ferait aucun tort à l’Apollon et aux sculpteurs grecs en le supposant de quelque maître de cette brillante époque. Mais nous reviendrons sur ce point lorsqu’il sera question de ce chef-d’œuvre dans la suite de cet ouvrage. Quoi qu’il en puisse être , d’après un premier examen fait sous les yeux de M. Visconti par les plus habiles marbriers de Rome , il fut décidé que le marbre de l’Apollon n’était pas de Carrare et n’en avait pas les caractères. Le procès-verbal , revêtu de signatures qui faisaient autorité dans cette matière, fut consigné chez un notaire pour servir à l’Apollon de preuve de son origine grecque. Depuis , M. Visconti est revenu de cette opinion , ou du moins elle lui a paru très-douteuse, d’après de nouvelles recherches de minéralogistes, et, entre autres, celles deDolomieu, qui ont constaté qu’il y avait dans les carrières abandonnées de Carrare des marbres absolument pareils à celui de l’Apollon (l). Cette question reste donc sans solution , et il est impossible de décider non-seulement de quelle carrière, mais encore de quel pays, provient le marbre de ce chef-d’œuvre. C’est ainsi que plusieurs villes de la Grèce se disputent l’honneur d’avoir donné le jour à Homère.
Pavonazzo , marbre blanc, à taches et à veines violettes , qui ont quelque rapport avec les yeux des plumes de paon; c’est peut-être le synnadique des anciens. — Pccorcllu , taches rouges et blanches mêlées de cercles blancs. — Pentéliquc j d’un blanc jaunâtre, à grains serrés, ayant souvent des stries verdâtres qui le font se déliter à l’air. Comme il est par couches qui se séparent facilement , on conçoit que fort anciennement on ait eu l’idée de l’employer comme des briques et des tuiles. Les marbriers de Rome appellent ce marbre marmo cipolla ; mais il ne faut pas le confondre avec le cipollino ou marbre de Caryste, ondulé de blanc gris, de verdâtre et de vert , et qui n’est pas un marbre statuaire.
La pietra-sanfa est d’un jaune blanchâtre et rosé, à très-petites veines
( * ) Voyez Mus. Pw-Clem. édition in-S.1' de Milan , tome I , p. 98 - 101.
UE LA SCULPTUKE.
blanches , grain très - compacte. — Porte-sainte , marbre brèche , ainsi nomme parce qu’il a servi si faire les montans de la porte du Jubile de Suint- Pierre si Rome; il est marque de taches blanches, bleues, rougeâtres et couleur de sang. Les anciens l’ont beaucoup employé dans l'architecture pour en incruster et revêtir les murailles, mais rarement dans la sculpture; cependant on a trouvé des herniés île la Comédie et de la Tragédie dont les draperies qui couvrent la gaîne étaient de cc marbre ( 1 ). — Le porte-sainte fleuri est blanc ou gris bleuâtre, à taches pourprées et chinées. — Le porte-sainte non fleuri est rouge clair et blanc. — Porto-Venere , ou portor antique, noir, veine de jaune; les couleurs doivent être très-nettes. Pi ès des anciennes carrières épuisées de Porto-Venere , ou Port-Vendre , on en a découvert de nouvelles, dont le marbre peut aller de pair avec le plus beau portor antique. — Purichiello et venturino , rouge et blanc.
Rouge antique. Pour être beau , il doit être d’un rouge foncé , sang de bœuf, uni, sans veines blanches ou noires; le grain en est très-fin, très-serré, et prend un beau poli. On aperçoit dans sa pâte des points blancs d’une extrême petitesse; lorsqu’ils sont plus gros et comme du sable, ils nuisent au rouge antique et le rendent plus difficile à travailler. Ce marbre, qui n’est pas très-dur, use les outils comme une pierre à aiguiser; les anciens s’en servaient aussi à cet usage , et l’on conserve de pareilles pierres à aiguiser parmi les antiquités d’HercuIanum et de Pompéi. On l’a beaucoup employé dans ces deux villes pour de petites corniches et des encadremens de panneaux dans les appartemens. II est très-rare en grands morceaux. Line belle coupe déterree dans une des maisons de Pompéi , où elle servait de conserve d’eau, et qui est aujourd’hui au musée de Najdes, a près de trois pieds de diamètre. Elle avait été restaurée par les anciens avec un marbre de toute autre couleur; ce qui prouverait la rareté, à cette époque, du rouge antique d’une dimension un peu forte. Dans les fouilles faites à Rome par M. le duc de Blacas , on a trouvé des blocs très-considérables de superbe rouge antique qui provenaient de l’entablement de quelque grand édifice. II paraît qu’on tirait ce beau marbre de l’Egypte; du moins c’est l’opinion commune, et l’on dit même qu’il en existe encore des carrières et des monumens dans la partie orientale de cette contrée, vers les bords de la mer Rouge : cependant JM. Visconti ( 2 ) fait observer qu’on ne possède aucun monument égyptien , du moins d’ancien style et qui ne soit pas d’imitation , en rouge antique , et il serait porté à croire, d’après l’immense quantité de ce marbre trouvée à la villa Adriana, que ce fut sous Adrien que l’on commença à le travailler en statues à Rome. Nous avons vu que les statues en porphyre avaient eu de la peine à réussir à Rome ; mais le rouge antique, étant d’une couleur uniforme, était plus propre à la sculpture et choquait moins la vue que la bigarrure du porphyre. — Rouge antique annelé , rouge tachete de blanc. — Rouge antique brèche , rouge foncé
( 1 ) Voy. Mus. Pio-Clem. t. VI , pl. 10 ( 2 ) Voy. Mus. Pio - Clem. i. I
et 11 . j). 254.
à t.iclies claires. — Scttc-basi , blanc veine de rouge et mêle de plusieurs autres couleurs. — Ce que les Italiens appellent marbre statuaire antique, ressemble au Paros; mais il est translucide et a quelque rapport avec le p benoîte des anciens. — Serpentelo , serpelielo et serparcllo , blanc, à petites raies rouges tortueuses. — Vert poireau antique, d’un vert fonce', nuance' de petites veines vert clair et noir ; il a un aspect soyeux et chatoyant : c’est peut-être le prasinum des anciens, ou le marbre d’Auguste, ou celui de Tibère.
Brèches. — Brèche d‘ Afrique , fond noir à taches violet fonce ou rouge vif et blanches, veinées de noir; très-belle et très-rare. Le piédestal d’un vase au haut de l’escalier du Musée royal, du côté de la place, est de cette superbe brèche. On en a aussi employé de très-belles dalles pour le pavé du Musée, sur-tout dans la salle de la Diane de Jean Goujon, de la galerie d’Àngoulême. — Brèche d’Alep, fond vert jaunâtre, à taches violettes , vertes , blanches , jaunes , mêlées de rouge , veinées de blanc terne; très-rare. — Brèche jaune antique ou brèche dorée, fond rouge, taches jaune clair et foncé, veinées de rouge et de blanc. — Fleur de pccher ou persecliino , très-belle brèche, à grandes taches blanches, rouges et roses; il y en a aussi à petites taches. — Grand antique , noir et blanc très-purs , à grandes taches , très-découpées et avec des lignes en zigzag ; extrêmement rare. On pourrait croire que l’on tirait ce beau marbre des Pyrénées , et que c’était le celtique des Romains. M. Capelle-Layerle, marbrier de Toulouse, très-habile et très-zélé, qui connaît à fond toutes les marbrières des Pyrénées, et à qui l’on doit plusieurs découvertes en ce genre, a trouvé, au village d’Hèches , près de Saint-Béat, une brèche qui ressemble parfaitement au grand et au petit antique. J’ai acheté chez lui une espèce d’autel ou de piédestal antique de très-mauvaise forme, fait de ce marbre; il avait été trouvé dans les Pyrénées et près des carrières qui offrent la même nature de marbre, de manière que l’on confondrait un échantillon antique et un moderne : si l’on donne de la suite à cette découverte, ce sera une belle acquisition pour la haute marbrerie. Le grand et le petit deuil d’Aubert dans le département de l’Ariége , dont les carrières paraissent avoir été exploitées par les Romains, ont beaucoup de rapport avec le grand et le petit antique : ce dernier a des taches moins grandes, et son noir tire sur le gris. Les piédestaux de la salle de la Melpomène, au Musée royal, sont de ces belles brèches. — Œil de paon , brèche rouge, blanche et jaune. — Œil de perdrix , noir et rouge , tacheté de blanc. — Brèche rose antique , fond rouge clair , à petites taches roses et noires , d’autres blanches; très-rare. — Seme-sanlo ou brèche vierge, à très-petits fragmens anguleux, rouges, chocolat , bruns, bleuâtres, blancs et jaunâtres; elle est extrêmement rare: on en trouve de petits morceaux à Pompéi. — Semc-santo de scttc-basi , brèche formée de fragmens de sept couleurs. — Uarlcchino ou tracagnma ressemble a ces brèches , mais les couleurs en sont plus sombres. — Vert antique; ce marbre est une vraie brèche, d’un beau vert foncé, avec des taches il un vert plus clair , d’un blanc pur et d’un beau noir : il faut que les
couleurs soient bien tranchées ; si le vert tire sur le gris , cette brèche est moins belle: quelquefois le bord des taches blanches est teinte’ de vert. Celte superbe brèche venait de la Laconie et de Thessaloniquc. Plusieurs colonnes du Muscc royal , d’assez fortes dimensions, dans les salles du cote de la Seine , sont de ce marbre et de la plus grande beauté : clics ont ctè tirées de Fontainebleau et d’Écouen. On a trouvé, il y a peu de temps, près de Lezardrieux en Bretagne , des blocs considérables d une belle broche qui a de grands rapports avec le vert antique. La polzevcra ou vert (le Suzc, sans être aussi belle, s’en rapproche assez. Le vert antique dont les couleurs sont tellement fondues qu’il ne ressemble plus à une brèche, est le moins
estimé. Verde pagliocco ou vert paille, à taches verdâtres et jaunes.
Vert sanguin antique, gris verdâtre à taches blanches, rouges et noires.
— Brèche violette. 11 y en a de plusieurs espèces : l.° à fond violet foncé et à grandes taches lilas et blanches : on voit une belle table de cette su-
perbe brèche dans la salle d’Apollon au Musee royal : 2.° mêmes couleurs à petites taches : 3.° à taches roses, très-rare; le fleur de pêcher est peutêtre une brèche violette. Ces marbres sont du plus riche effet pour l’architecture monumentale. J’ai vu déterrer, en 1823, à Vienne en Dauphiné, dans les décombres des murs de l’archevêché , des tronçons considérables de colonnes de très-forte dimension , qui étaient de la plus belle qualité de brèche violette antique , à grandes taches.
Brèches siliceuses. — Brèche universelle ou d'Egypte , mélange de cailloux , de porphyre et de granit de toutes les couleurs, surtout vert, jaune et rougeâtre ; cette belle brèche, très-dure, est d’une grande rareté. La statue du Prisonnier barbare, n.° 2G bis, du Musée royal, deux colonnes de la grande galerie des tableaux, et des vases au haut de l’escalier, sont faits de cette superbe brèche. On ne l’a employée dans les statues que pour les draperies ; sa bigarrure eut produit un mauvais effet dans les chairs.
— Pietra fruticulosa , poudingue à cailloux ronds , jaunes et rouges, semés de dendrites ou arborisations noires.
Lumachelles. — D’un brun gris , veiné de blanc transparent; une autre à veines roses. — Castracanc. , brun foncé , rose , et à petites coquilles circulaires d’un jaune vif; très-rare. — Lumachellc d’un beau jaune, à petites coquilles noires très-serrées. — Drap mortuaire , très-belle brèche d’un noir pur, semée irrégulièrement de coquilles blanches d’un pouce et plus de longueur ; très-rare.
Albâtre oriental. — L’étymologie du mot albâtre, telle qu’on la trouve dans un scholiaste de l’ Anthologie grecque ( 1 ) cité par M. Visconti ( 2 ) , est très-curieuse; elle vient des vases à parfums qu’on nomma d’abord alabastra ,
( 1 ) Liv. i , ch. lxx , e'p. 2 , edit. de Lu- (2 ) Mus. Pio-Clem. t. I , p. 59. Voyez bin ; Jacobs, Anth. t. IV, p. 24 ; Animadv. aussi YEtymol. magn. au mot Axd.Cci’rçpv. t. III , part.I.re, p. 92.
parce qu’ils n’avaient pas d’anses ( a privatif, et labé , anse) ; et comme on y employait souvent cette espèce de pierre, on lui donna ce nom , quoiqu’on fit des alnbastra d’or et de plusieurs autres matières précieuses. Je ne puis m’empècher de citer à cette occasion une petite pharmacie , ou plutôt une boîte à parfums, qui fait partie de la collection d’antiquités égyptiennes très-curieuses rapportée d’Kgyptc a Paris en 182j par M. Passalacqua. Elle renferme six vases de cinq à six pouces de hauteur, de formes plus ou moins ovoïdes , et toutes différentes l’une de l’autre. Ces vases sont du plus bel albâtre oriental , rubané de diverses couleurs. Ils n’ont la plupart pour anses que de très-légères saillies. Les bouchons, car on ne peut pas donner d’autres noms à ce qui remplace le couvercle, sont enveloppés de feuilles ou de bananier ou de palmier , et parfaitement conservés. Plusieurs de ces vases contiennent encore du baume ou du parfum en très-bon état. Une jolie cuiller en bois , de la grandeur d’une petite noisette , et dont le manche , en bois jaune et en ebène , à coulisse de la plus grande délicatesse, pouvait s’allonger, servait à puiser le baume, qu’on mesurait dans un petit vase d’environ neuf à dix lignes de haut, sur à peu près la meme largeur. On faisait sans doute les mélangés dans une autre cuiller de bois très-plate, ornée d’un manche très-finement sculpté, qui offre la figure d’une divinité égyptienne. La boite, en sparterie très-fine, a un couvercle, que ferme un bouton d’ébène, incrusté d’ivoire de la manière la plus régulière et la plus adroite. Renfermée dans une autre grande boîte en bois peint, elle porte, ainsi que les vases, des inscriptions hiéroglyphiques, qui apprennent que cette collection de parfums appartenait à la femme d’un piètre de Memphis, ville dans les tombeaux de laquelle a été trouvé ce précieux monument, qui nous montre parfaitement, et avec tous les détails qu’on peut desirer , ce qu’étaient les alnbastra dont parlent les auteurs anciens, et que nous connaissons à présent dans toute leur intégrité. — Albâtre blanc transparent, rayé de bandes laiteuses et ondulées ; blanc laiteux sans transparence : on retrouve ces albâtres dans les vases égyptiens dont il vient d’étre question. — Brun veiné, ondule, demi-transparent, nomme en Italie pictra perruchina, ou alabastro tartarucato , ou couleur d’écaillc. — Albâtre fleuri, blanc et brun rouge, rubané, festonné. — Albâtre cotognino , ou jaune couleur de coing cuit.
Basaltes. — Très-noir, à petites taches noires brillantes. — Noir avec de grands cristaux blancs, en forme de grenats; il ressemble à une lave du mont Albano. — Noir à bandes granitiques rouges. — Gris noir mêlé de petits cristaux de grenats et de petites taches noires. — Gris noirâtre, à petites écailles et à veines blanches. — Noir fleuri, marbré de blanc, onde irrégulièrement. — Gris noir à petits points blancs , nommé occidental, parce qu’il est plus tendre que les basaltes appelés orientaux. — Vert, d’un grain très-serré. — Basalte pouilleux , vert, à petits cristaux blancs ; très-rare.
Granits orientaux. — Rose, à petites taches roses , blanches et noires ; il paraît que c’est la sycnitc des anciens, ou peut-être leur pyrrhopcecile ,
et leur marbre thébaïque. — Rouge , à taches rouges ou roses , blanches ou noires, plus ou moins grandes; c’est le granit de la colonne de Pompée. — Gris, à taches noires, blanches, transparentes , d’autres laiteuses et opaques. — Gris, à petites taches noires. — A taches noires et à rayons blancs. — Noir et blanc, fond blanc transparent, avec peu de taches blanches opaques ; c’est peut-être le psaronion des anciens. — A taches noires longues et en rayons. — Vert, fond blanc transparent colore de vert , grandes taches noires oblongues. — Granit elle ou granit à petits grains. 11 paraît que beaucoup de ces granits, qui passent pour orientaux, étaient tirés de I’île d’Elbe, dont les carrières ont été exploitées trèsanciennement; on croit que les colonnes du portique du Panthéon sont en partie de ce granit. Cette pierre, difficile à travailler, demande des outils très-acérés et les mêmes procédés que pour le porphyre.
Porphyres. — Cette superbe roche venait des carrières situées en Egypte sur les bords de la mer Rouge; il est probable qu’il y en avait aussi dans l’Arabie asiatique, et l’on en a trouvé une immense quantité dans les ruines de Palmyre. Winckelmann ( 1 ) pense que les ouvrages de porphyre que Vitrasius Pollion envoya d’Egypte à Claude, étaient de l’époque des Ptolémées ; mais M. Visconti (2) réfute cette opinion, et démontre que ce n’eut pas été , ainsi que le dit Pline , une nouveauté pour les Romains habitués à l’Egypte et qui la connaissaient parfaitement; il est donc plus probable que ces ouvrages étaient des essais que fît faire Vitrasius Pollion , et qui n’eurent pas grand succès à Rome. Cependant on y aimait les pierres de couleurs variées, puisqu’on cherchait même à les imiter en peignant à l’encaustique les draperies des statues en marbre blanc. Mais dans ces ouvrages on ne faisait que les draperies en marbre de couleur; les extrémités étaient de marbre blanc ou de bronze , et il est probable que ce qui déplut , ce fut que Vitrasius eut aussi fait faire les têtes en porphyre. Ce ne fut que beaucoup plus tard, et lors de la décadence du goût, que l’on en sculpta de cette matière. U paraît que sous Antonin Pie le porphyre acquit de la vogue ; mais il était encore rare, comme le prouve un passage de Capitolin dans la vie de cet empereur, cité par M. Visconti. On conçoit qu’il dut plaire par sa beauté, et qu’il convenait au luxe des palais : aussi le consacra-t-on aux statues des dieux , des empereurs , ou de liants personnages qui avaient le droit de porter la robe de pourpre , dont le porphyre rappelait la couleur. C’est sous Constantin qu’on travailla le plus le porphyre, et l’on doit, avec Winckelmann et M. Visconti, regarder comme modernes les têtes des premiers empereurs romains en porphyre , tels que le Caligula de Dresde, le Vespasien et les empereurs du palais Borghèse.
Le porphyre est d’une extrême dureté : après les gemmes et les matières siliceuses , telles que les jaspes , les agates , les onyx , &c. , c’est la plus dure des pierres. Le travail en est très-difficile et très-long ; ce n’est qu’à force
( t ) Hist. (le l'art. , I. x , r. x î , § 21,22. ( 2 ) Mus. Pio-Clem. t. VI , p. 22!).
de temps, de sable et d’émcri, qu’on parvient à lui donner un beau poli; il faut des pointes et des outils très-forts et très-acérés pour le dégrossir, et l’on en consomme une grande quantité. On ne peut pas établir d’une manière très-positive le rapport entre la dureté du porphyre et celle des marbres; elle varie suivant les qualités. Cependant, en général , si l’on prenait pour objets de comparaison deux colonnes, l’une de marbre et l’autre de porphyre de meme diamètre, on trouverait que la scie descend, dans une journée d’ouvrier, de cinq , six et sept pouces dans le marbre, et seulement de cinq à six lignes dans le porphyre : ainsi l’on peut regarder le porphyre comme dix ou douze fois plus dur que le marbre. Les scies dont on se sert pour le porphyre n’ont pas de dents : on emploie du sable de différentes grosseurs; l’émeri grossier serait même préférable. 11 paraît que cette substance, qui n’est qu’un détritus de saphir, la pierre la plus dure après le diamant, était préférée au sable dans le xv.c siècle, où l’on a beaucoup travaillé le porphyre; et, suivant Vasari (l ) , les scies étaient alors en cuivre : ce qui se conçoit aisément; car ce n’est pas la scie qui coupe les pierres dures , mais c’est le sable ou l’émeri qui s’incruste dans la lame : il y entre plus facilement lorsqu’elle est plus tendre; elle devient alors une espèce de lime. Les agates , les jaspes et les pierres les plus dures dont se font les belles mosaïques de Florence , se scient avec des fils d’archal de fer très-doux et de l’émeri ; et si l’on n’avait que quelques morceaux de petite dimension à débiter , on irait encore plus vite avec la poussière de diamant, qui serait d’un prix beaucoup trop élevé pour de grandes pièces.
Léon-Baptiste Alberti est un des premiers qui, du temps des Médicis , aient fait des recherches sur le travail du porphyre. Si l’on en croit Vasari, on trempait dans du sang de bouc les lourds marteaux en pointe de diamant et les masses dont on se servait pour dégrossir le porphyre. Le même auteur prétend aussi qu’en 1555 le duc Corne de Médicis trouva le secret de donner une trempe de la plus grande dureté aux outils avec le suc de certaines herbes, et qu’il communiqua ce procédé au sculpteur Tadda, qui l’employa de la manière la plus avantageuse dans les divers travaux du palais Pitti à Florence. Ce qui parait certain , c’est qu’en trèspeu de temps Tadda exécuta en porphyre un assez grand nombre de bustes et d’autres ouvrages très-soignés, d’un travail fort recherché et d’une grande difficulté; Michel-Ange en fut surpris.
Lorsque le porphyre a subi l’action du feu, il perd de sa qualité, se travaille mal et ne prend plus un poli aussi vif et aussi beau que dans son état naturel. Après avoir ébauché , dégrossi le porphyre, au moyen de la pointe et de la masse, et en avoir rendu la surface unie, mais grenue et terne, on commence à le polir avec du sable plus ou moins gros et humecte d’eau ; et ce n’est qu’à force de bras , de patience et de temps, qu’on obtient ce premier poli mat. On continue de la même manière avec du sable pins fin et de l’émeri de différens degrés de finesse, dont on charge des
( I ) Tom I, p. 210 Kl suiv.
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niasses de plomb qui le retiennent ; on les fait agir en allant et venant toujours dans le même sens. Lorsqu’on est arrive' à un poli doux au toucher , on finit par donner le lustre avec l’émeri le plus lin, de la potée d’étain , du tripoli ; et ce n’est qu’au bout de quelques mois , lorsque le morceau de porphyre est considérable, tel qu’une des colonnes de la salle des Caryatides du Musée royal, qu’on parvient à le faire briller de tout son éclat.
Quand on connaît la difficulté que présente le travail de cette belle pierre, on est étonné de la grandeur de quelques-uns des ouvrages de ce genre que nous a transmis l’antiquité, et dont la plupart ont dû demander plusieurs années de travail à plusieurs ouvriers. Parmi les plus beaux morceaux antiques en porphyre , on peut citer l’immense coupe ronde du Vatican , de près de 14 pieds de diamètre; celle du musée de Naples, qui a 9 pieds 8 pouces 9 lignes sur 4 pieds 8 pouces de hauteur, et dont les anses en serpens, ornées de feuillages et de mascarons, sont prises dans la masse; le mausolée de S.te Hélène, mère de Constantin, et celui de Constance, sa fille, chargés de figures et d’ornemens de haut relief, presque de ronde bosse. La restauration de ce premier monument a employé pendant près de dix ans huit sculpteurs, et chaque jour on avait à réparer plusieurs paniers d’outils. La statue d’Apollon assis du musée de Naples, la belle Adorante, la Rome du Musée royal du Louvre, ainsi que les deux colonnes de la salle des Caryatides, d’où saillent de ronde bosse les bustes des deux Philippe , sont des ouvrages très-remarquables , qui ont certainement exigé quelques années de travail. Outre la dureté, le porphyre présente encore une autre difficulté à l’outil , celle d’éclater facilement lorsqu’on taille des parties très-minces, telles que les plis de l’Adorante du Musée royal; ils sont aussi fins, aussi souples, que s’ils étaient en marbre ou en terre; il y en a même qui, fouillés en cloche, sont retravaillés dans le fond, et il est surprenant qu’on ait pu ainsi creuser des parties rentrées, où l’outil ne pouvait atteindre qu’avec peine et avait à vaincre la dureté d’une pierre qui oppose tant de résistance.
Ne se pourrait-il pas que les anciens sculpteurs eussent employé des procédés que nous ignorons , ou auxquels nous n’avons pas songé, à cause de la rareté des occasions de faire des statues de porphyre '! Lorsque nous voulons evider une colonne ou un vase, et en extraire un noyau, cette opération s’exécute assez facilement et sans perte de matière , au moyen de sable et d’émeri, et d’un cylindre creux ou tuyau de poêle, plus ou moins grand , en fer , que l’on fait tourner sur lui-même avec une manivelle ou une roue. Si l’on a une anse de vase à prendre et à détacher dans la masse du porphyre, on se sert de la drille et du trépan, avec lesquels on ménage des trous l’un près de l’autre, et l’on enlève ensuite à l’outil les petites cloisons qu’ils laissent entre eux. Il me semble que, d’après ces données, on a pu trouver quelque machine qui, imprimant au trépan un mouvement rapide et continu, donnât au sable ou à l’émeri une grande force pour mordre sur le porphyre. Il serait possible de combiner une machine très-simple, dans le principe de celle de M. Gatteaux, et faite cl e manière qu elle lut mobile et qu’on put l’approcher de toutes les parties d’une statue de
porphyre. En lui donnant lin point d’appui , cette machine, munie de trépans, de bouteroiles , de fraises, de petites rondelles ou roulettes, agirait comme le touretdu graveur en pierres fines , et, au moyen de l’émeri, creuserait le porphyre, comme avec la poudre de diamant il creuse les pierres iines. Il serait meme facile d’y adapter des instrumens destines à polir et à lustrer, qui, pénétrant dans tous les renfonccmens, pourraient, par la vitesse de leur rotation , multiplier l’action des diverses substances dont on se sert pour polir le porphyre et les autres pierres dures avec la main et les moyens ordinaires.
Porphyre , à fond rouge seine’ de taches noires et blanches , petites et oblongues ; c’est peut-être le leptopsèphc des anciens. — De la Thcbaïde , fond rouge à taches jaunes — D ’Alabanda en Carie : rouge brun fonce’ couleur de foie ; taches verdâtres , oblongues. — A fond brun noirâtre, taches verdâtres. — Vert, fond verdâtre mêle’ de blanc et de noir. — Fond vert fonce, taches oblongues, vert clair. — Vert fonce, taches blanches. — Fond vert fonce à taches noires. — Fond vert clair à petites taches blanches détachées , mêlées de noir. — Fond vert clair jaunâtre à taches noires. — Porphyre vert , proprement dit, à fond vert foncé, noirâtre, quelquefois assez clair, à taches blanches, oblongues, irrégulières. Les anciens nommaient ophites une partie de ces porphyres à fond vert ou noir. — Noir, fond noir à taches blanches. — Noir, scrpentino nero antico , fond noir, grandes taches noires oblongues. — Vert très-foncé, de la nature du jaspe, taches blanches oblongues plus grandes que celles du porphyre noir, et plus petites que celles du serpentin noir.
— Fond vert foncé de la nature du jaspe, à taches blanches rondes ou longues. — Fond vert très-foncé , à grandes taches blanches irrégulières.
— Vert fleuri, vert foncé, à petites taches blanches irrégulières, entrelacées en manière de vers. — Porphyre brèche. Ce porphyre très-rare en réunit presque toutes les espèces , éparses dans un fond rouge brun. La belle cuve de la salle de la Pallas, au Musée royal, est de ce superbe porphyre.— Serpentin ou ophite , fond vert, à petites taches jaunes ou jaunâtres en carré long et en croix; il y en a dont le fond est brun noir et les taches blanches. On trouve dans les ruines des monumens antiques des vases et des pavés de différentes espèces de serpentins, mais pas de statues. Ces pierres ne se prêtent pas aussi bien que le porphyre au travail ; la pâte en est moins homogène , et elles s’enlèvent plus facilement en éclats sous l’outil. Les serpentins sont très-durs et se travaillent avec les mêmes moyens que le porphyre. Le pavé du Musée royal , surtout celui des nouvelles salles, offre un grand nombre des différentes espèces de porphyre et de serpentin.
La France est un des pays les plus abondans en marbres; il est peu de ses departemens qui n’en produisent (l), et quelques-uns même en pos-
( I / oyez, pour les marbres de France, de Thury dans les Aon. des mines, t. VIII, le rapport sur I eiat actuel des carrières du année IS23. En résumant les tableaux royaume, inséré par M . le vicomte Héricart joints à ce curieux mémoire, on voit qu’il
sèilent de plusieurs especes, qui 11e sont pas tous aussi riches en couleurs que les marbres d’Espagne, d’Italie ou de Sicile , mais dont souvent cependant ils peuvent soutenir la comparaison pour la beauté et la boute; je 11e leur ferai pas le tort de les mettre en parallèle avec ceux de la Helgique, qui leur sont très-inferieurs sur tous les points , et qu’on dédaignerait si l’exploitation de nos marbrières, prenant plus d’activité, permettait de mettre les marbres à des prix plus modérés. C’est dans le midi , surtout dans le Languedoc et les Pvrenees , que se trouvent les qualités les plus recherchées de différens marbres, et nous verrons qu’il y en a auxquels, dans le commerce, 011 donne des noms qui feraient croire qu’ils viennent d’Italie, tandis que ce sont des productions de la France. Les carrières des Pyrénées et du Languedoc sont exploitées de temps immémorial; et tout
est peu tic de'partemens où il n’y ait pas de marbres, mais qu’il y en a dont les carrières ne sont pas exploite'es. C’est surtout vers l’intérieur que le manque de marbre est plus sensible. Les de'partemens où il est rare sont : la Marne, un seul ; la Moselle, la Somme, le Morbihan , l’Eure , l’Orne , Eure-et-Loir , le Loiret, Loir-et- Cher, Indre-et-Loire; l’Indre, un seul marbre commun ; le Cher , peu; la Charente et la Charente-Infe'rieure , la Creuse , la Gironde, le Cantal; la Haute-Vienne, un seul; Lot-et-Garonne, grossier et peu commun; les Landes.
Quelques de'partemens vers le nord sont riches en marbres de différentes qualités; mais leurs couleurs n’ont, en général , ni la vivacité ni l’intensité de celles que l’on trouve aux marbres en allant vers l’est et se dirigeant au midi. En les rangeant d’après leur position géographique , je trouve que dans le nord , et jusque vers le milieu de la France , le ton général des marbres est gris , bleuâtre , nuancé de couleurs peu prononcées, tandis que, dans les parties méridionales et vers les Alpes , ce sont des rouges , des jaunes, des verts tranchés de blanc pur et qui offrent des accidens très-variés. Les tableaux de M. Ht ùirart de Thury offrent trois cent trente-trois espèces, soit marbres, lumachelles , brèches, brocatelles , ou poudingues tendres.
Les de'partemens les plus riches sont les Côtes-du-Nord et le Finistère, cipollin vert et blanc; près de Plestin , vert de mer; aux environs de Paitnpol , vert de
Corse; près de Brest , marbre noir, gris , rouge. Les carrières de ces départemens ont le grand avantage d’être pour la plupart près des bords de la mer ; ce qui donnerait toute sorte de facilités pour les transports , surtout des masses considérables. Le Pas-de-Calais , marbre de Boulogne , gris moiré, varié : la colonne des Bourbons , à Boulogne, est de ce marbre. Ce département a plus de vingt variétés de marbres. Le Nord , les Ardennes, le Jura, la Côte-d’Or; mais leurs marbres le cèdent cependant en beauté à ceux de l’Isère , de l’Hérault , de la Loire , du Lot, des Hautes- Alpes , du Var , des Bouches-du-Rhône, de l’Aude , de la Haute-Garonne, de l’Ariége et des départemens des Pyrénées.
Je ne ferai qu’indiquer sommairement, d’après les tableaux de M. Héricart de Thury, les départemens où l’on trouve des granits, des porphyres, des serpentines et des albâtres, qui sont en grande partie de très- belles qualités et très - propres aux monumens; je 11’ai pour but , dans cette courte analyse , que de donner sur les richesses de la France en ce genre un aperçu qu’011 trouve développé par ordre alphabétique des départemens dans le rapport de M. de Thury. Je suivrai autant que possible la marche géographique, qui me paraît se prêter à des dc'veloppemens intéressans et offrir plusieurs avantages.
Granits. Départemens de la Manche , de l’Orne , du Haut-Rhin , des Côtes-du-Nord et du Finistère. A Saint-Brieuc, à Belle-île en-terre, on trouve, en masses énormes, des granits gris et bleus, de la plus belle
autorise meme a croire qu’elles furent pour la plupart connues des Romains, e( qu ils en tiraient une grande quantité de marbres. En comparant ceux qui ornent les monumens antiques de cette partie de la France avec les marbres que l’on extrait encore de ces carrières , on voit qu’ils sont de la même espèce. On a même trouve dans plusieurs excavations des montagnes de Rapp et de Marignac des bas-reliefs, des autels, des inscriptions antiques, qui n’etaient qu’ébauches , et dont les analogues , terminés et du même
qualité'; roche de Connecticut ou granit blanc , avec tourmaline et grenat, llaute- Saone , Loire, très-beaux; Rhône, carrières exploitées par les Romains , ou sur les bords du Rhône , ou dans les montagnes de l’ArbresIe. C’est probablement de ces carrières qu’ont e'té tire'es les belles colonnes de l’église d’Ainai à Lyon : originairement il n’y en avait que deux ; en les sciant, on en fit quatre, ou plutôt quatre tronçons , et même pendant long-temps il e'tait difficile de sc douter quelles fussent en granit : on les avait peintes en blanc ! Loire-Inférieure, très-beaux granits; Vende'e , Deux-Sèvres, Puy-de-Dôme, Corrèze , Dordogne , Hautes-Alpes , Drôme , Isère. J’ai vu, en 1823, à Lyon, des monceaux de dalles antiques en granit, en porphyre, en serpentin, en ophite,qui provenaient des fouilles faites à Vienne et aux environs, et dont le préfet du Rhône, M. le comte de Brosses, aussi zélé qu’éclairé pour tout ce qui a rapport aux arts , avait l’intention de faire faire un très-beau pavé. Loz ère; Haute - Garonne , beau granit de Piquairal et d’Ooz; Hérault, Var ; Pyrénées-Orientales, granit d’IHe , du Cauigou , exploitation romaine; Hautes-Pyrénées, granit de la vallée d’AHon. Je citerai après les granits une roche qui n’en est pas un, mais qui en a l’aspect; très-tenace sans être très-dure , elle a le fond vert foncé, parsemé de noir, de blanc et de paillettes métalliques brillantes : cette superbe roche , trouvée près de Lézardrieux en Bretagne par M. le comtedelaFruglaye, a reçu le nom de fruglinc. On en a fait, dans les ateliers du Musée royal , le socle de la statue d’Henri IV, ciselée en argent par M. Soyer avec une grande perfection, d’après le charmant marbre de M. Bosio , premier sculpteur du Roi.
Porphyres. Côtes-du-Nord , Finistère , très-riches en porphyres jaune, vert et blanc; en syénite noire, ponctuée de blanc; vert ; rouge brun, comme celui de Suède; près de Brest, joli porphyre. Département des Vosges , très-beau porphyre. Il serait bien à desirer que les scieries de porphyre et de granit établies autrefois à la Remouline , près de Ramonchamp , fussent remises en activité; ce serait trèsavantageux pour l’architecture monumentale et civile, qui trouverait alors, à meilleur compte, un emploi facile de ces belles pierres , qui soutiennent la comparaison avec les porphyres verts et rouges antiques. Haut -Rhin, Loire, Loire - Inférieure , Puy-de-Dôme, Corrèze ; Hautes- Alpes , très-beaux, on y trouve aussi des syénites; Lozère , Var. Les urnes et les vases de la galerie de Versailles sont de porphyre rouge, violet et lilas, de Fréjus , de l’Este'vèle et du Puget.
Serpentines. Côtes-du-Nord; Loire, la serpentine de Saint-Just égale le plus beau vert de mer; Lot, très-belle, vert olive jaspé de noir et de rouge; Aveyron; Var, serpentine de la Molle ; ii la chartreuse de la Verne, vert de mer, grise, verte, rouge, noire.
Albâtres. Départemens de la Meurthe, Bas-Rhin , Seinc-ct-Oise , Seine-et-Marne , Saone-et-Loire , Ain , Basses-Pyrénées.
Parmi ces albâtres , il y en a de très-beaux et variés de couleurs; mais ils sont gypseux. Dans les Hautes-Alpes et dans les Pyrénées-Orientales on en trouve de calcaire et qui a les qualités de l’albâtre qu’on nomme oriental à cause de sa dureté et de sa beauté.
Aux richesses qu’offrent en marbres les départemens de la France , il faut ajouter celles de la Corse , qui possède de très-beau
marbre, font partie du muse'c de Toulouse ( I ). Il n’est d’ailleurs pas probable que les Romains, qui ouvrirent tant de routes dans le midi et à travers les Pyrenees, dont certaines parties offrent des montagnes presque entièrement de marbre , n’aient pas découvert des carrières qui se présentaient à eux, sans qu’ils eussent, pour ainsi dire, la peine de les chercher (2). Les rois de France ont aussi donne' leurs soins aux marbres du midi de leur beau royaume; et François I.er, Henri II, Henri IV et Louis XIV en ont lait faire des exploitations considérables.
Si la plupart des départemens de France sont riches en marbres de couleur, ce n’est que dans ceux de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrenées qu’on trouve, du moins en grande quantité, du marbre blanc statuaire. 11 y en a de plusieurs qualités , dont la meilleure est sans doute audessus de la seconde de Carrare. II se peut d’ailleurs que des fouilles plus profondes donnent des résultats encore plus beaux. II serait très-important pour la France de pouvoir , par de grandes exploitations des marbres statuaires tirés de son sein , se soustraire au tribut qu’elle paie tous les ans à Carrare. Elle y trouverait encore un grand avantage sous le rapport de la sculpture et de l’industrie. C’est dans les ateliers de Carrare, qui emploient un grand nombre de sculpteurs, que se font presque
marbre blanc statuaire , dont il y a plusieurs carrières à Ortifario, Erbalunga , à Poggio di Nazza , et des marbres de differentes couleurs. Les granits orbiculaires de Sainte -Lucie près d’Ajaccio, blanc, gris, bleu, sont de la plus grande beauté , ainsi que les gris , rose , vert , rouge , jaunâtre , qu’on trouve à Votrundo , Cortini , Bavella , Eviza , C'alvi , Orto. Les Romains ont exploité les carrières de l’île de Lavezza , et l’on y voit une colonne qu’ils n’ont fait qu’ébaucher. II y a aussi en Corse de magnifiques porphyres, desophites et des serpentines. Ainsi laFrance n’a besoin d’avoir recours à aucune autre contrée pour élever et décorer ses monumens, et elle pourrait, au contraire, fournir de superbes matériaux âtous les autres pays.
( 1 ) Voyez les Monumens religieux des Volces Tcctosages , par M. Alexandre Dumége , avantageusement connu par plusieurs mémoires sur les antiquités du département de la Haute-Garonne : on lui en doit un grand nombre qu’il a découvertes dans les Pyrénées, ainsi qu’à M. Capellc- Layerïe, très-habile marbrier dcToulouse, passionné pour son état ; il a trouvé et exploité, à Saint-Béat et dans d’autres endroits, plusieurs marbres blanc statuaire ,
et personne ne connaît mieux que lui les ressources que, sous ce point de vue, peuvent offrir les Pyrénées.
Parmi les marbrières que M. Layerle a découvertes ou qu’il a tirées de l’oubli , M. le baron de Puymaurin cite celle d’Argut-dessus , marbre rouge et blanc ; du blanc statuaire, à Juzet- Dizant , canton d’Aspet, quartier de la Moulctte; brèche de Pène-Saint-Martin ; marbre de Sterp , ressemblant à la griotte; de Signac , de Sauvetcrre; marbre noir de Montmajou; gris veiné de blanc de Campardito , et de différentes couleurs, à la Barthe de Rivière, à Lacunan ; une brèche «à Barbazan ; le nankin de Mau jious , très-joli et trèsbon. La maison Prévost et Pugens , de Toulouse, a rendu aussi et rend tous les jours de grands services aux marbrières du midi de la France, par les établissemens considérables qu’elle a formés pour étendre l’exploitation et diminuer les prix de main-d’œuvre.
(2) On a calculé que les Romains avaient extrait de la belle carrière de Pène-Saint- Martin , près deSaint-Béat , 175,289 pieds 8 pouces cubes d’une superbe brèche fond blanc , h taches jaunes , blanches et rougeâtres.
toutes les copies de statues antiques. On y exécute en outre pour le Levant tout ce qui peut servir à la décoration des maisons ou des tombeaux. Oui empêcherait d’établir dans les carrières du midi des marbreries et des ateliers de sculpteurs à l’instar de ceux de Carrare ? Ayant des marbres blancs, et surtout des marbres de couleur plus varies que ceux de Carrare, qui est souvent obligée de s’en fournir en France, on pourrait aisément sur ce point satisfaire à toutes les demandes du Levant. La proximité de la mer favoriserait encore ces etablissemens. Les sculpteurs ne leur manqueraient pas; nous en avons plus qu’il n’en faut pour les faire prospérer. Si l’on y formait une école pratique de sculpture , les jeunes gens , y acquérant l’habitude de travailler le marbre , deviendraient d’habiles praticiens; et si l’on n’enlevait pas à Carrare cette branche d’industrie et toute la fourniture du Levant, du moins pourrait-on partager avec elle ces avantages. On peut y ajouter celui qu’on trouverait à livrera meilleur compte aux sculpteurs de Paris, soit pour les travaux du Gouvernement, soit pour ceux des particuliers, des blocs de marbre, ou des statues ébauchées et même mises aux points. Peut-être, la sculpture en marbre s’exécutant alors à bien moins de frais, le goût s’en répandrait- il en France. Les monumens, les palais, et même les maisons, y gagneraient; les beaux marbres y deviendraient moins rares : ce serait un luxe solide, tel que celui des palais et des églises élevés en Italie dans les xv.c et xvi,e siècles. Ces établissemens, ou , pour la simple marbrerie, on pourrait avoir recours aux moyens hydrauliques, ne seraient pas dispendieux; et l’on sait que c’est à peu de frais que l’on construit et que l’on meuble de tout ce qui peut lui être necessaire l’atelier d’un sculpteur. On avait en le projet de former à Saint- Bertrand, sur la Garonne, des ateliers ou une école de ce genre; mais ce plan n’a pas été réalisé, et l’on n’y exécute jusqu’à présent que la simple marbrerie, quelques ornemens, des vases et des cheminées.
Il est bien à desirer aussi qu’on profite mieux des richesses que la Bretagne, les Vosges et d’autres départemens possèdent en brèches variées, en granits, en porphyres de plusieurs espèces, en serpentine qui approche du vert de mer, et en autres pierres de ce genre. Il serait facile d’en tirer des blocs énormes, des obélisques, des colonnes de plus de soixante pieds de longueur , et en matières très-belles et très-saines , qui résisteraient à tous les efforts du temps. Les monumens, les églises, qui embellissent Paris et les grandes villes, ne seraient pas condamnes à n’être que de pierres d’un ton froid et terne , que l’inclémence de l’atmosphère et l’humidité détruisent ou altèrent si promptement; tandis que le moindre palais, la plus petite église d’Italie, sont brillans de marbre et de granit, et qu’a Saint-Pétersbourg, où les transports ne sont pas plus faciles qu’en France, on construit des temples et des palais en marbre, ornés de colonnes colossales en granit dont le fut est d’une seule pièce.
Il parait que le marbre blanc statuaire, du moins celui que l’on connaît ou que I on exploite en France , ne remonte pas au-delà du département de la Loire, tres-riche aussi en marbres de couleur et en belles roches. Le marbre statuaire que l’on trouve à Saint-Just en Chevalet, à cinq lieues sud-ouest
tic Roanne, est d’un très - beau blanc, à grain très lin, et, selon M. Hcricart de Thury, il est très - propre à l'architecture monumentale et à la sculpture. Le departement de l’Isère, qui, d’un cote, touche à celui de la Loire, et, de l’autre, se rapproche des Alpes, est une des contrées les plus abondantes en très-beaux marbres do couleurs variées , en granits magnifiques et en variolites; il partage avec la Loire l’avantage de posséder de beau marbre statuaire. Celui de Flumay, dans la vallée de Vaujany, est d’un blanc tic neige et d’une qualité qui ne le cède pas au plus beau Carrare; malheureusement la difficulté des chemins en apporte beaucoup a l’exploitation de la carrière. On cite aussi comme très-beau pour la sculpture le blanc statuaire du désert de Val-J ou fifrey. A mesure qu’on avance vers le midi, le marbre blanc statuaire se présente en plus grande quantité ; les montagnes de Grasse en renferment de très-beau, d’un grain fin qui le rend propre à tous les ouvrages de la sculpture. Il paraît qu’on n’en connaît pas dans les départemens des Bouches-du-Rhône , du Gard , de l’Hérault, de l’Aude, qui bordent la Méditerranée ; mais, en arrivant dans les départemens qui longent les Pyrénées , on retrouve le marbre statuaire en abondance, jusqu’à l’extrémité occidentale de leur chaîne.
Les Pyrénées-Orientales offrent le blanc de Saint-Sauveur, de la grotte du Loup, des bains d’el Buyx, du Mas de Carol dans la vallée de Reynès, de Py dans celle de Sahorre , de Valmanya, de la grotte d’els Gitanos dans la vallée d’Agly, près Estagel, tous marbres saccaroïdes et salins d’un beau blanc et de première qualité pour la statuaire. Aussi les Romains avaient-ils exploité ces carrières , et les Sarrasins en tirèrent-ils un grand parti. Dans l’Ariége, le blanc statuaire delà montagne de Coz convient à la statuaire et à l’ornement. Dans les Hautes-Pyrénées, outre le statuaire de Sost, dont nous parlerons tout-à-I’heure , on en exploite de très-beau à Bareges, et surtout à Médon , qui en est à peu de distance. Parmi une foule de beaux marbres , les Basses-Pyrénées possèdent les statuaires de Loubie-sous-Biron , de Sarrance, et le marbre vierge de Baïonne, qui réunissent à un haut degré toutes les qualités que recherche la sculpture. On voit par cet exposé succinct à quel point la France est pourvue de marbre blanc statuaire , et toutes les ressources qu’elle peut en tirer ; mais , les carrières de la Haute-Garonne et celles des Hautes-Alpes étant peut-etre celles qui présentent le plus d’avantages sous le rapport de l’abondance et de la facilité d’exploitation , je crois que l’on me saura gré si j’en offre quelques détails plus circonstanciés.
Les carrières de France les plus riches en marbre blanc statuaire sont près de Saint-Béat et de Sost ( 1 ). Celles de Sost s’exploitent à deux lieues de ce village, près de la source de la rivière sur laquelle il est situé, dans
( 1 ) Je {fois une partie clés renseignenienscjue je consigne ici sur les carrières de Sost, de Saint-Béat, et même de Carrare, à l’obligeance de M. de Caiffeux, secrétaire gênerai des musées royaux , qui fes a recueillis avec soin dans une tournée
qu'il a faite en 1825 dans fes Pyrénées et •à Carrare.
Mon article sur fes marbres de France était sur fe point d’être imprimé lorsque M. Ic vicomte Héricart de Tlniry , M. fe baron de Puymaurin et M. de Rosny ont
la vallee cl*; Barousse, riche en beaux marbres de toule espèce dont abonde le departement des Hautes-Pyrénées. Ces marbrières tiennent, du cote du nord, à la montagne des Malcts , et sont ouvertes à l’ouest, au midi et à l’est. Dans la première de ces expositions, le marbre, d’un grain fin et serre, lamellaire, est d’un blanc tirant sur le jaune; il tient du pentélique. Au midi, il est plus dur, souvent d’une teinte un peu grise, d’autres fois jaunâtre; et cette dernière teinte est plus prononcée dans la carrière de l’est. On peut tirer de celles de Sost des blocs énormes et très-sains. En général , cependant, ces marbres sont très-durs, difficiles à travailler , et éclatent si l’on ne prend les plus grandes précautions; ce qui ajoute beaucoup au prix de la main d’œuvre : mais, ainsi que je l’ai déjà fait observer, peut-être ne s’est-on pas encore assez enfoncé dans la masse de la montagne; et d’ailleurs cette dureté , que souvent les ouvriers exagèrent , est une qualité pour le marbre, qui n’en est que plus solide et qui résiste mieux à l’influence de l’air. D’après le rapport de M. le baron de Puymaurin , lorsque la carrière de Sost, du coté du nord, fut ouverte par les ordres du marquis d’Antin sous Louis XIV, les commercans de marbre d’Italie firent leur possible pour entraver cette entreprise, qui était contre leurs intérêts : par leur conseil, on exploita la carrière au moyen de la poudre ; ce qui, ayant, par la commotion, fendu en tout sens les bancs de marbre à une grande profondeur, força d’abandonner cette marbrière et d’en ouvrir une autre ailleurs. Une pareille faute n’est pas à craindre aujourd’hui, et ce ne seraient pas les personnes intéressées à détruire nos carrières que l’on consulterait poulies mettre en valeur, ou pour apprécier les qualités de nos marbres.
Saint-Béat, petite ville de la Haute-Garonne, à dix lieues de Sost, est situé sur les deux rives de la Garonne , et bâti en partie dans le roc à travers lequel ce fleuve s’est frayé un passage. Il paraît que les Romains avaient construit dans cet étroit défilé une forteresse connue sous le nom de Passus lupi [ Pas du loup]. Le marbre s’exploite à peu de distance de Saint- Béat, à Rapp , sur la rive gauche de la Garonne. II est à croire qu’on en fit un grand usage dans les monumens antiques de cette contrée. Le musée de Toulouse possède des bas-reliefs et beaucoup d’inscriptions romaines dans lesquels il est facile de reconnaître le marbre que l’on tire de Rapp. Ces carrières furent probablement abandonnées pendant long-temps. Dans les temps modernes, on en reprit l’exploitation, ainsi que de celles de Sost, sous le règne de Louis XIV ; et elles fournirent une partie des marbres employés à Versailles et à Trianon. Cependant, par les mêmes motifs d’intérêt qui avaient fait calomnier le marbre de Sost, on décria celui de Rapp, on
traité , par rapport aux douanes, ce sujet intéressant, dans la séance de la chambre des députés du mardi 11 avril 182G (voy. le Moniteur, pag. 609 à 512 ) ; fai tiré de leurs discours , surtout de celui de M. de Puymaurin sur les marbres du midi, ce qui pouvait compléter ce que j’avais écrit. On voit avec plaisir, par ce qu’expose
M. Ile ricart de Thury, que l’exploitation des marbres de France prend beaucoup d’extension depuis quelques années , et qu'il y a maintenant treize mille lames de scie en activité dans les départemens du nord , tandis qu’il n’y en avait que quatre cents en 1822 ; et qu’on a ouvert plus de cent nouvelles carrières.
le déclara trop tendre, la carrière fut délaissée. FI paraît que l’on en reprit l’exploitation et qu’on la continua jusque vers la fin du règne de Louis XV, et, depuis, Saint-Beat fut néglige pendant île longues années, et il n’y en a que quelques-unes que M. Capelle-Layerle a de nouveau attiré l’attention sur ces carrières. Le marbre qu’on en extrait , et dont on peut se procurer des blocs très-considérables , présente plusieurs qualités. Dans la partie de la montagne près de la ville, il est couvert d’une croûte noire qui diminue d’épaisseur et de couleur à mesure que l’on avance vers l’ouest : cette teinte, à un quart de lieue de la ville , finit par disparaître , et l’on trouve un marbre d’un beau blanc; il est bien cristallisé, et ressemble assez , par ses grains Iamelleux et par sa cassure, à certaines qualités de Paros. Quoique le marbre de Saint-Béat soit assez dur, il a du liant et se prête mieux au travail que celui de Sost. On y rencontre cependant quelquefois des fils ; ce qui tient sans doute à ce qu’on n’a encore attaqué que les couches supérieures, et que dans la nouvelle exploitation l’on n’a pas encore pénétré assez avant dans la carrière. Quoique le beau marbre blanc des Pyrénées ait , par sa contexture , quelque rapport avec le Paros à gros grains , cependant il est plus gris et ne prend pas un aussi beau poli. Il n’a pas ce ton doux et velouté qui, dans le Paros et certaines qualités du Carrare, approche de la carnation, et il tire un peu sur le marbre gris du mont Hymette, surtout la seconde qualité de Saint-Béat, d’un blanc grisâtre, et qui n’est pas à beaucoup près aussi belle que la première; elle est aussi plus difficile à travailler, quoique la cristallisation en soit assez belle et rappelle assez celle du Paros. C’est de ce marbre, et non de celui de Sost, qu’a été faite la jolie statue d’Henri IV enfant par M. Bosio. II était convenable d’employer du marbre de France pour sculpter la figure d’un roi qui mettait tant de prix à l’exploitation et à la prospérité des carrières de France, qu’il ne voulait pas qu’ou eut recours à d’autres contrées pour les marbres dont on ornait les Tuileries, Fontainebleau et Saint-Germain-en- Laie. On a de ce bon roi une lettre curieuse qu’il écrivit, à ce sujet, au connétable de Bonne de Lesdiguières ; elle est rapportée par M. Héricart de Thury , et l’on sera peut-être bien aise de la retrouver ici :
Mon Compère,
Celui qui vous rendra fa pre'sente est un marbrier que j’ai fait venir expresse'ment de Paris pour visiter fes fieux où if y aura de beaux marbres , et faciles à transporter à Paris , pour mes maisons des Tuileries , Saint-Germain-en-Laie et Fontainebleau , en mes provinces de Languedoc, Provence et Dauphine'; et pour ce qu’if pourra avoir besoin de votre assistance, tant pour visiter fes marbres qui sont en votre gouvernement, que les faire transporter, comme je fui ai commande', je vous prie de fe favoriser en ce qu’if aura besoin de vous. Vous savez comme c’est une chose que j’affectionne, qui me fait croire que vous l’affectionnerez aussi, et qu’il y va de mon contentement.
Sur ce , Dieu vous ait, mon compère , en sa garde.