DE QUARANTE-DEUX DES PLUS BELLES STATUES ANTIQUES
j\ ous ne sommes plus au temps où des artistes nés avec de grands talens, mais trompes par de faux systèmes et ne voulant rien devoir aux maîtres qui les avaient précédés, égaraient leurs élèves en les éloignant de l’étude des modèles que nous a laissés l’antiquité ; il est trop reconnu aujourd’hui que c’est cette étude et celle de la nature qui peuvent seules diriger dans la bonne route, pour qu’on soit obligé de la recommander et d’insister sur ce point. On sait que l’antique ou du moins les chefs-d’œuvre que nous devons au ciseau des Grecs, ne sont que la nature choisie et présentée dans toute sa beauté et avec toute la noblesse de ses formes : simple et grande, elle y paraît dépouillée de cette minutie de détails qui, sans rien ajouter à sa perfection , ne ferait que nuire à l’ensemble de ses masses ou à l’harmonie de ses parties; et si l’étude de la nature fait mieux apprécier les beautés et la sagesse de l’antique, l’antique à son tour apprend à mieux sentir toute la finesse et le charme de la nature , et à limiter dans sa variété, en respectant de justes limites que le goût prescrit et dont il montre la nécessité. Tels sont aujourd’hui les principes de nos maîtres; et ils reprendraient sans doute un élève qui , ne consultant que l’antique, négligerait l’étude du modèle vivant, ou celui qui, ne voulant s’en rapporter qu’à la nature , dédaignerait de recourir aux chefsd’œuvre de la Grèce , et s’exposerait à ne jamais s’élever jusqu’à cette beauté à laquelle aspire la sculpture, et que la nature n’offre malheureusement pas dans toute sa perfection.
Quoiqu’il ne suffise pas de connaître les proportions du corps humain pour faire de bonnes statues, et qu’il y en ait de très-belles où on ne les ait pas observées aussi bien qu’on le désirerait, tandis que de fort mauvaises figures sont peut-être à l’abri de reproche sur ce point, cependant il est essentiel d être familiarisé avec ces proportions. Mais il est rare de trouver, soit en hommes , soit en femmes , des modèles assez parfaits pour qu’on puisse se borner à les copier, et qu’il n’y ait pas des parties auxquelles on