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LE LOUVRE
ET LES TUILERIES
Le Louvre, cc palais aujourd’hui l’admiration de l’Europe, et qui, s’il est jamais termine, offrira peut-être, considéré dans son ensemble et dans ses details, un des plus beaux édifices qui aient existé, n’a eu, comme la plupart des choses humaines, que de faibles commencemens , et l’on était loin de prévoir alors l’éclat dont il devait briller un jour; un voile couvre son origine, qui se perd dans la nuit des temps, et que quelques auteurs, mais sans fondement, font presque remonter jusqu’au berceau de la monarchie, dont il a, pour ainsi dire, suivi toutes les phases. Simple d’abord, et destiné probablement aux plaisirs de la chasse, sous des rois qui vivaient sans faste, il s’accrut et s’embellit à mesure que leurs forces, leui's richesses et leur luxe prirent plus de développement , et il reçut tout le sien lorsque la France se fut élevée à son plus haut point de splendeur. Depuis sa fondation, il est peu de rois qui ne s’en soient occupés, selon les moyens dont la prospérité de l’état leur permettait de disposer; et, quoique ce chateau n’ait pas servi de demeure à tous nos souverains, son histoire se lie à celle de la plupart des grands événemens de leurs règnes. Mais, avant de la taire connaître et d’en retracer les vicissitudes, il convient de donner une idée de l’état où se trouvaient, à différentes époques, les bords de la Seine et l’enceinte de cette partie de Paris. Les historiens anciens où l’on peut puiser quelques renseignemens , sont loin de nous satisfaire sur ce point ; et quant aux cartes et aux plans , il n’en existe pas de ces temps reculés. Le premier plan, connu sous le nom de plan de la tapisserie, est celui qui retrace Paris sous Charles V ; et Paris avait déjà reçu des agrandissemens considérables qui en avaient fait une ville importante. En examinant les plans de Paris dressés d’après les inductions tirées des historiens, et que l’on trouve réunis dans le Tableau historique et pittoresque de Paris par M. de Saint-Victor , on voit que son étendue
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sous les rois île la première et de la seconde races se bornait tout au plus à l’enceinte de la cite. Sous Louis VU ( de 1 1 3 1 à 1 180), les murs de Paris , du cote dont nous nous occupons, venaient aboutir perpendiculairement à la Seine, à peu près à l’endroit où depuis on a construit le Pont-Neuf. Philippe-Auguste (de 11 80 à 1 223 ) , qui par ses conquêtes avait ajoute plusieurs provinces à la France, pendant vingt ans de son long et brillant règne s’occupa de l’agrandissement de Paris, en recula l’enceinte, et cette ville devint alors environ six fois plus grande qu’elle ne l’était avant lui : mais les augmentations se portèrent moins vers le côte' où est à présent le Louvre, que dans les autres parties de la ville et sur l’autre rive de la Seine. Une portion des murailles, se dirigeant vers la rivière, était à peu près dans l’alignement de la rue de l’Oratoire; Charles V les porta vers remplacement de la rue Saint- Nicaise. Depuis ce sage monarque, sous Charles VII , Henri III , Louis XIII, l’enceinte de Paris s’est étendue jusqu’à renfermer tout le terrain qu’occupe aujourd’hui l’ensemble du Louvre et des Tuileries en y comprenant le jardin. II est inutile d’ailleurs de s’arrêter plus long-temps sur les agrandissemens successifs de Paris; il en sera question lorsqu’ils auront quelques rapports avec le Louvre (l ).
Dans les premiers temps de la monarchie, et même lorsque Paris, ne
( 1 ) Les personnes qui désireraient connaître l’histoire du Louvre dans tous ses de'tads, aimeront peut-être à trouver ici un aperçu chronologique des ouvrages qui en parient et que l’on cite ie pins fréquemment. Parmi les autorités dont s’appuient des écrivains assez anciens, ii y a des écrits qu’il eût été curieux de consulter, entre autres les Œuvres royaux, qui renfermaient un grand nombre de détails et l’état des dépenses faites depuis le roi Jean II , jusqu’à Charles IX, pour les bâtimens du Roi , nommés œuvres royaux. Probablement ces ouvrages, cités parCorrozet et Dubreul, Sauvai et d’autres, n’existent plus, et mes recherches dans toutes les grandes bibliothèques de Paris, pour les trouver, ont été sans succès. II paraît qu’ils ont péri lors de l’incendie de la Sainte-Chapelle en 1737, ou lorsque pendant nos troubles on a brûlé ou dispersé une grande quantité de papiers de la cour des comptes. Quant à ceux des manuscrits anciens de la bibliothèque du Roi , de la chambre des comptes , et des archives du royaume , qui peuvent contenir des renscigncmcns sur le Louvre , ils ont été scrupuleusement dépouillés , ainsi qu’une grande quantité de chartes , par
Sauvai et par les savans Bénédictins qui s’étaient chargés d’éclaircir tout ce qui avait rapporta l’histoire de Paris, et qui ont consigné dans leurs ouvrages les résultats de leurs pénibles recherches. On peut bien employer, d’une manière différente de la leur, les matériaux qu’ils ont rassemblés ; mais il est douteux qu’il soit possible d’en ajouter de nouveaux, et l’on ne trouve ordinairement qua glaner dans les champs que les Bénédictins ont moissonnés avec tant de soin.
Il n’est pas encore question du Louvre dans les premiers historiens de France , tels que Grégoire de Tours et son continuateur Fréde'gaire. Abbon , qui , dans un poème latin très-barbare, décrit, comme témoin oculaire , le sic'ge de Paris par les Normands en 889 , n’en parle pas.
Rigord et Guillaume-le-Breton , historiens de Philippe-Auguste, ne disent que quelques mots qui paraissent y avoir rapport. Ce qu’on trouve dans Christine de Pisan, quoique peu considérable, offre des détails intéressans de mœurs et d’usage qui méritent qu’on s’y arrête. Dans les ouvrages où il est question du Louvre, Corrozet, Pierre Boulons et Dubreul sont les plus anciens auteurs que l’on cite. L’ouvrage du
ET LES TUILERIES
pouvant plus être simplement considéré' comme une petite ville ou un gros bourg compose' de masures, comptait déjà de grands édifices et des palais
premier a été imprime' en 1561 , in-8.° II finit à fan 1559. II ne dit que très-peu de chose sur le Louvre dans sa description de Paris. On ne trouve rien de plus circonstancié' dans celles de Pierre Boutons et de Dubrcui, qui l’a augmente', et dont il y a une édition de 1008. Androuet du Cerceau est de la même époque. Le curieux ouvrage de ce grand architecte est enrichi d’un grand nombre de planches intéressantes , de plans , de vues du Louvre tel qu’il était alors , et de plusieurs autres châteaux royaux. Son texte est peu de chose. — Antiquités de In ville de Paris, &c. , infolio, 1640, par Claude Malingre, historien du Roi. On n’y trouve que quelques lignes sur le Louvre. — Les Antiquités et Recherches des villes , châteaux , &c. de France, par André Duchcsne, conseiller du Roi , &c. , revues par François Duchesnc, son fils, Paris, in-/2, 1668, ne disent sur le Louvre que ce qu’on trouve ailleurs. — Paris ancien et nouveau , par Lemaire, 3 vol. in-12, 1685. II n’y a rien de particulier sur le Louvre. — Le grand ouvrage , 3 vol. in-folio , de Sauvai . sur les antiquités de Paris , très-diffus, mal écrit, est celui qui offre le plus de détails sur le Louvre, et c’est là qu’en général on va les puiser, ainsi que tout ce qui a rapport aux antiquités de Paris. Cet auteur a consulté toutes les sources; et, quoique souvent il prête à la critique et qu’on lui reproche quelques inexactitudes, ses recherches sont d’une grande utilité. Il est très-abondant sur le Louvre. Son ouvrage a été imprime' en 1724 , après sa mort, avant qu’il ait pu y donner la dernière main : mais on voit, t. I.er, p. 24 et 61 , qu’il a été écrit en partie avant 1665 , et en partie après 1684 , puisqu’il cite la seconde édition du Vitruvc de Perrault, qui est de 1684; ce qui fait croire que cet ouvrage est au moins aussi ancien que la Nouvelle Description de Paris par Germain Brice, imprimée en 1725 : il est vrai que c’était la 8.e édition. Brice parle beaucoup moins que Sauvai du Louvre , et surtout de l’ancien. — Dom Félibien ,
dans son grand et bel ouvrage continué par D. Lohineau, 5 vol. in-folio , 1725 , n’ajoute rien à ce que Sauvai dit sur le Louvre; mais la partie historique y est mieux traitée et avec plus de critique , et ce savant écrivain se fait lire avec plus d’agrément que Sauvai. Les preuves qu’il a rassemblées avec soin sont ce qu’il y a de mieux dans cet ouvrage ; elles sont dues à Félibien ; et il paraît que les deux premiers volumes de l’histoire , rédigés en partie parLobincau , sont moins bons et moins exacts.
— Le Voyageur fidèle , par Léger , in-12 , 1715 , n’est qu’une mauvaise petite rapsodie , où il n’y a presque rien sur le Louvre. — Les Curiosités de Paris , Versailles, &c. par M. L. R. ( que l’on croit le libraire Saugrain ) , Paris, 1716 , petit ouvrage qui n’offre rien de particulier sur le Louvre.
— L’Ombre du grand Colbert , le Louvre et la ville de Paris , &c. , par M. Lafond de Saint-Gennes, 1752. Cet ouvrage , fort intéressant, est rempli d’idées très-saines sur la peinture et la sculpture ; ce fut un des écrits qui réveillèrent à cette époque l’attention sur le Louvre et contribuèrent à en faire reprendre les travaux. — Le Génie du Louvre, inséré dans le même volume, mérite aussi d’être lu. — Dans un petit volume qui réunit plusieurs écrits de Bachaumont sur la peinture, la sculpture et l’architecture, imprimé en 1752, on trouve deux mémoires sur le Louvre, dont les travaux allaient être repris; et, comme dans tous les ouvrages qui parurent alors , ce sont des conseils sur ce qu’il fallait faire; peu de choses qu’on ne trouve ailleurs. — Architecture française de Jacques-François Blondel, Paris, 1756, in-folio, 5 vol. Dans le tome IV il est question très-au long du Louvre. Ce qui tient à l’ancienne histoire de ce palais est tiré de Sauvai, de Félibien, et surtout de Piganiol de la Force ; et il n’y a rien de nouveau. Mais le nouveau Louvre , tel qu’il était en 1754 et 1755 , est traité fort en détail et éclairci par seize grandes et belles planches qui donnent non-seule-
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dans son enceinte, la Seine, au-dessus de la cite, était bordee de bois considérables sur ses deux rives , qui , depuis le bois de Boulogne d’aujourd’hui
ment tous les details de ce palais et des Tuileries avec beaucoup de soin, mais on y trouve même les dessins et la discussion de projets proposes pour le Louvre et qui n’ont pas etc exécutes , tels que ceux du Ilernin , de Levau , de Marot. Ccst un des ouvrages les plus importansa consulter. — Mémoires de Charles Perrault ( frère de l'architecte), imprimés en I7û9. Il était mort en 1703. Cet académicien s’occupe beaucoup moins du Louvre que desdiscussions de son frère avec le cavalier Bernin et de la part qu’il y prit. — Piganiol de la Force, dont ^Description de Paris a paru en 17G5, et qui critique tous les auteurs qui l’ont précédé , n’ajoute cependant presque rien à ce que disent sur le Louvre Corrozct, Dubreul et Sauvai. — Tout cé que dit sur le Louvre Saint-Foix dans ses Essais sur Paris , 17G7, se borne à quelques traits piquans , satiriques et spirituels; mais il n’y a rien à y apprendre. — Mémoires sur les objets les plus importons de l’architecture , par Patte, Paris, 17G9. Cet ouvrage, enrichi de planches, olfre des détails très-curieux sur la construction du nouveau Louvre , et des discussions qui en font apprécier les beautés et les défauts. On trouve à peu près les mêmes renseignemens dans le tome VI in- 8.° du Traité d'architecture civile de .1. François Blondel, qui avait été continué par Patte. — Les Recherches critiques , historiques et topographiques sur la ville de Paris , publiées par Jaillot en 1772, en vingt parties ou quartiers , sont utiles à consulter. II relève souvent des inexactitudes de Sauvai. Cependant il y renvoie pour ce qui a rapport au Louvre, sur lequel on ne trouve presque rien dans le quatrième quartier de Jaillot. — On chercherait inutilement quelque chose de nouveau dans le Dictionnaire de Paris de 1 1 urtaut et Mazières, imprimé en 1779. Cet ouvrage , sans critique, omet beaucoup de particularités intéressantes rapportées par les écrivains plus anciens. — Dulaure, Nouvelle Description de Paris , 1 78, à. On y trouve par-ci
par-là des choses qui ne sont pas dans les autres écrivains; mais en tout il n’y a pas beaucoup à en tirer. — Guide des amateurs et desvoyageurs it. Paris, par Thierry ,
1 787. Ce petit livre renferme de bonnes notions à recueillir sur le Louvre , et surtout sur le nouveau. — Dans son bel ouvrage
sur le Louvre , très-grand in-folio , orné de planches , publié en 1803 , M. Baltard entre dans beaucoup de détails intéressons , soit sur la construction du palais à ses différentes époques , soit sur les événeinens qui y ont eu lieu. II est indispensable de le consulter lorsqu’on veut connaître ce qui a rapport au Louvre. — La Description de Paris et de ses environs , parM. Legrand et M. Landon, dont la première édition a été publiée de 180G à 1811 , et la seconde en 1818, offre beaucoup de détails sur le Louvre , surtout dans son état actuel ; elle est excellente à consulter , et la première édition a beaucoup servi à ceux qui , depuis , ont écrit sur ce sujet. M. Legrand, habile architecte, a fait beaucoup de recherches sur les antiquités de Paris, et a compulsé à la bibliothèque du Roi les manuscrits où il est question du Louvre. Les nombreux ouvrages de M. Landon sur le Musée royal et sur les arts , écrits en peintre et en littérateur , sont trop connus pour en parler ici. — L’histoire de ce palais , tant pour ce qui concerne les événemens que pour ce qui regarde la partie de l’art, est aussi très-bien traitée dans le Tableau pittoresque et historique de Paris , par M. de Saint-Victor, dont la première édition , ornée de planches assez exactes , mais d’une exécution médiocre, à l’aqua-tinta , a paru, in-4.°, en 1809, et la seconde, in-8.°, en 1824.
Cet ouvrage est rempli de recherches curieuses , puisées aux bonnes sources , et présentées avec clarté et critique dans un style élégant et varié et tel qu’il convient au sujet. — Cn article fait sur le Louvre, par M. Fontaine, de l’académie royale des beaux-arts et architecte des bâtimens de la couronne , inséré dans le
ET LES TUILERIES
jusque près du Pont-neuf actuel étaient couvertes d’une épaisse foret qui s’avancait assez loin dans les terres. Remplie d’une quantité de bêtes fauves,
Moniteur du 17 mai 1809 , est d’un grand intérêt; c'est un résume lumineux et concis des travaux entrepris pour le Louvre et de ceux qui restent à faire, appuyé de discussions sur les différons projets qui ont été présentés lors de la restauration de ce palais. Personne ne pouvait donner sur cc sujet des idées plus positives (pic M. Fontaine et M. Percier, qui , depuis nombre d’années, s’occupent du Louvre , et qui en ont conçu et dirigé les travaux. — M. Boutard a aussi écrit des articles intéressans sur le Louvre , dans le Journal de l'Empire ou des Débats (10 prairial, l.cr et 30 messidor an 13; 13 mars 1800; 21 et 27 février , 13 août , 7 et 21 décembre 1807 ; 29 mai 1808; 30 janvier, 12 ct20mars, et 8 mai 1809). — M. Dulaure,dans son Histoire physique , civile et morale de Paris , dont d a paru deux éditions , l’une en 1820 , l’autre en 1823 , a parlé du Louvre aux différentes époques. Ce sujet est traité avec le même esprit qui règne dans tous ses ouvrages , où l’on trouve , du reste , de bonnes recherches sur la topographie de Paris, et de jolies planches dessinées par M. Civeton. Les intéressantes Annales de l’industrie, par MM. de Moléon et Lenormand , contiennent aussi sur le Louvre, dans le tome I.er , une notice bien faite et accompagnée de plans et de planches au trait d’une exécution soignée.
Si des ouvrages où il est question du Louvre on passe à ceux où il a été retracé par le dessin, on voit que les plans, les élévations , les vues dessinées ou gravées, dont on a formé au cabinet des estampes de la bibliothèque royale un recueil qui fait partie de 1 immense suite delà topographie de Paris, ne remontent pas assez haut pour servir de témoins irréfragables de l’ancien état du Louvre. De tous les plans, le plus ancien et le plus important pour la topographie de Paris est sans contredit celui qui était en tapisserie; ce qui lui avait fait donner le nom sous lequel il est connu il avait été commencé avant
l’an 1538;caron y voyaitla tour de Billy, qui fut détruite cette même année par l’explosion d’un magasin à poudre, et il paraît d’après les armes du cardinal de Bourbon que l’on y avait placées, qu’il ne fut terminé qu’en lùôO ou même 155G, époques où cc prince fut lieutenant général du royaume. On ne saurait dire comment était exécutée cette tapisserie ; les auteurs n’en indiquent pas même la grandeur, et encore moins la manière dont elle était faite. Il est probable cependant quelle était assez considérable, puisque les officiers de la ville l’exposaient au public à certaines fêtes de l’année , et qu’en 1786 ce morceau précieux, qui était en mauvais état et dont on ne faisait plus grand cas , servit de tapis de pied dans un bal que la ville donna a la Reine pour la naissance du Dauphin. D’après ce qu’on lit dans une des trois inscriptions françaises à la louange de Paris, et d’après une petite échelle qui y est placée , et qui, dans l’original , avait 3 pouces, il paraît que cette tapisserie devait avoir environ 16 pieds 4 pouces, sur 12 pieds 9 pouces. Cette tapisserie fut encore exposée en 1788 à la porte de l’hôtel de ville , et depuis, toute délabrée , elle s’est perdue pendant les premiers troubles de la révolution. Heureusement M. de Gaiffnières en avait fait faire avec un grand soin une copie réduite et exacte; ce dessin curieux a passé en 1711 à la bibliothèque royale , avec l’immense collection de manuscritset de dessins decet amateur éclairé et zélé des sciences et des beaux-arts. C’est cette copie que M. le marquis de Mauperché a fait graver par M.lle Caroline Naudet et M. Sanpier , et qu’il a publiée en 1 817. Quoiqu’il taxe souvent d’inexactitude les auteurs des divers plans de Paris, la gravure dont il est éditeur n’en est pas tout-à-fait exempte, et dans certaines parties , entre autres du côté du Louvre, elle n’est pas parfaitement conforme au dessin original : on peut cependant la consulter avec fruit. Ce plan offre Paris tel
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elle offrait à nos rois toutes les ressources et les plaisirs de lâchasse. La population de Paris et des environs, en s’accroissant, recula les limites des forets;
qu'il était sous Charles V; car, depuis cette époque jusqu’en 1538 , l’enceinte n’en avait pas été changée. Ou y voit des restes de celle de Philippe-Auguste. Paris était presque circulaire, surtout dans la partie du nord entourée de murailles par Charles V , qui y fit faire des fossés larges et profonds qui n’existaient pas sous Philippe-Auguste, Quatre fortes tours élevées sur le bord de la Seine, aux endroits où les murs venaient s’y joindre, défendaient Paris du côté de la rivière. Sous Philippe-Auguste, l’une de ces tours , vers l’est, était celle de Barbeau, qui occupait l’emplacement du quai Saint-Paul actuel , près de la caserne de l’ancien couvent de X Ave-Maria. La tour placée de l’autre côté de la Seine, vis-à-vis celle de Barbeau , s'appelait la Tournelle. L’accroissement que reçut l’enceinte de Paris sous Charles V, força de faire deux nouvelles tours : celle de Billy, sur la rive droite, répondait, sur le nouveau quai Moriaud, presque à la pointe orientale de file Louviers;et, comme on n’avait pas augmenté l’enceinte de Paris dans sa partie méridionale, la tour de la Tournelle continua à lui servir de défense sur la Seine. II en fut de môme en descendant la rivière : la tour de Nesle , qui s’élevait sur ses bords à l’endroit où est aujourd’hui le pavillon oriental du palais des Beaux-arts , fut, sous Charles V , comme sous Philippe-Auguste, un des points de défense ; celle qui lui était opposée s’appelait la tour du Louvre sur la rivière. Une forte chaîne en fer, tendue d’un bord à l’autre et soutenue par des bateaux, servait à intercepter la navigation. Lorsque Charles V agrandit l’enceinte dans la partie septentrionale de Paris, il y eut une nouvelle tour à l’extrémité du mur qui, venant de la porte Saint-Honoré, perpendiculairement sur la Seine , passait a peu près dans la direction de la rue Saint-Nieaise, et aboutissait vers le milieu de la grande galerie actuelle du Louvre. La tour placée à cette extrémité se nommait la tour du /lois, peut-
être parce qu’elle était la plus près des bois qui, de ce côté, s’avancaient encore sur les bords de la rivière. Il est bon de faire remarquer que dans plusieurs plans môme assez anciens , entre autres ceux du commissaire de la Mare , on confond les deux tours, et qu’on place celle du Bois vis-à-vis la tour de Nesle , tandis que le plan de la tapisserie met la tour du Bois à l’extrémité du mur de Charles V, sur le bord de la rivière. Si je suis entré dans quelques détails sur la position de ces grosses tours, c’est que quelques-unes d’entre elles servent à fixer les limites du Louvre et à en établir le plan. Je ne dirai rien des petites tours qui , au nombre de trente-six, selon le plan delà tapisserie, flanquaient les murs de Paris sous Philippe-Auguste, et dont on retrouve des restes en plusieurs endroits. Quoique le Louvre ne soit indiqué que d’une manière grossière dans le plan de la tapisserie, cependant, en s’aidant des passages de quelques écrivains et d’autres plans, car ce château fut long-temps sans changer entièrement d’aspect, on peut y retrouver des indications utiles. M. de Mauperché a publié, avec ce plan , un mémoire qui fait partie des deux premières livraisons d’un ouvrage qu’il a commencé à faire paraître sous le titre de Paris ancien et moderne et que sa mort a interrompu.
On y trouve des recherches curieuses sur l’ancienne topographie de Paris; mais il est fâcheux quelles soient écrites dans un style barbare, souvent inconvenant par l’âcreté et le manque de politesse des critiques, et enfin peu propre à réconcilier avec l’aridité d’un pareil travail.
D’autres anciens plans de Paris , tels que celui de l’édition française delà Cosmographie Av Munster, 1555, p.89, horriblement gravé, et le plan de celle de Belleforest vers le môme temps , publié en 1575, p. 174 du tome I.cr ; celui du l.cr volume des Cités de /'univers de Brouin et de Ilogenberg, Amsterdam, 1572, copié et publié par Sanson , Amsterdam, 1572-
ET LES TUILEHIKS.
les bois firent place à des champs cultives, à des couverts qui défrichèrent les terres, et autour desquels les maisons de leurs vassaux eurent bientôt
1574, offrent aussi quelques details qui peuvent aider à retrouver l'ancienne forme du Louvre , dont une partie existait encore à ces époques. Un des plans les plus curieux, quoique moins ancien que celui de la tapisserie et que la carte de Bclleforest, était autrefois à l’abbaye Saint-Victor: il y en a une copie ou une répétition dans la bibliothèque de l’Arsenal. En 175G il fut grave' et publie' par d’HcuIlaud : niais, par la manière dont il en a rendu les details, qu’il a voulu perfectionner, il leur a ôté leur caractère if ancienneté ; et il y a des parties de Paris, entre autres les bords de la Seine, qui n’avaient pas la régularité qu’il leur a donnée. On peut aussi remarquer que , quant au Louvre et à ses environs , le plan est inexact, et qu’il n’indique ni les fossés, ni les jardins, qui existèrent encore long-temps après l’époque à laquelle il fut fait. Au reste, comme le fait observer M. deMauperché , ce plan de Saint-Victor n’est, sur une plus grande échelle, qu’une copie de celui de Bclleforest. Le plan publié par Quesnel, en neuf feuilles, en 1G09, dressé sous Charles IX et dédié à Henri IV , est sur une grande échelle, et il offreles édifices en vue cavalière : ils sont assez grands pour que l’on puisse y reconnaître une partie des principaux détails. C’est peut-être le plan le plus intéressant sous le rapport du Louvre, dont la moitié existait encore telle quelle était sous Charles V : aussi ai-je fait graver, au milieu de la planche 8 E , la vue de ce château que nous a transmise Quesnel. Les petits édifices qui l’entourent sont tirés de manuscrits desxiv.c et xv.c siècles, et particulièrement des heures de Jeanne de France, fille de Louis XI. Dans la plupart de ces miniatures, dont un grand nombre est fait avec beaucoup de soin , on voit, du fond des pay sages, derrière les châteaux ou forteresses , s’élever une montagne couronnée d’édifices et qui a un grand rapport avec Montmartre : sur le devant de ces petits tableaux , il y a presque toujours une rivière. Il
est assez naturel de croire qu’en plaçant des châteaux dans leurs compositions historiques tirées de la Bible , les peintres d’alors copiaient ou imitaient, en quelques parties , les édifices qu’ils avaient sous les yeux ; de même qu’ils introduisaient dans leurs peintures les meubles et les costumes des époques où ils vivaient. Dans presque tous ces châteaux, on voit dominer une grosse tourcomme au Louvre, qui, par son importance et sa position , méritait bien d’attirer les regards de ces peintres. Et (Faille n rs , quand ils auraient représenté d’autres forts, tels que la Bastille et différentes tours ou portes de Paris, ces miniatures serviraient de meme à donner une idée de l’architecture de leurs époques , et je les offre comme les autorités sur lesquelles je me suis appuyé pour restituer d’une manière probable la disposition et l’aspect du Louvre du temps de Charles V. J’ai eu aussi recours, pour les renseignemens que peut fournir la peinture sur l’ancien état de ce château , à un tableau très-curieux , qui était autrefois dans l’abbaye Saint-Germain des Prés, et qui , sauvé par M. Lenoir, directeur du musée des Petits-Augustins , est à présent à Saint-Denis. Il représente une descente de croix : les têtes, peintes avec soin , sont assez bien dessinées et d’une expression vraie; les draperies, fort riches de couleurs , sont traitées avec une grande recherche dans les détails d’ornement, mais avec la sécheresse qu’on leur donnait alors. On croit que ce tableau est du commencement du xv. L siècle ; je le croirais de la fin du xiv.e Sur un petit vase que tient une des saintes femmes , est un nom, qu’on devait croire être celui du peintre : mais, en l’examinant et le copiant avec soin, j’ai vu qu’il y avait Lv. CiPtO. AF.,et c’estsans doute un trait d’érudition de l’artiste , qui non-seulement avait mal écrit le nom de Scipion, mais qui y ajoute un prénom que n’a porté aucun des deux Africains Peut-être a-t-il cru indiquer par-là l’année de la mort de Jésus-Christ ; mais il n’y avait pas alors de Scipion consul. Cette
LE LOU VUE
forme des bourgs : c’est ainsi que s’élevèrent ceux de Sainte-Croix et Saint- Vincent ou de Saint-Germain des Près, du temps de Cliildebert (l’an 5 i :î selon les uns, 550 selon les autres ), de Saint-Germain l’Auxerrois, de Saint-Marcel, et plusieurs autres. Le couvent de Saint-Germain des Près avait des possessions qui lui avaient etc données par Cliildebert et qui s’étendaient jusqu’à Issy; et sur la rive droite , une partie des bois appar-
erreur paraît très-simple, lorsqu’on voit Guillaumcde Lorris , dans le neuvième vers deson romande la Ilose , donner aCipiON le litre de roi. Dans le fond du tableau , on voit le Louvre; la vue en a etc prise du petit Pré aux Clercs , derrière Saint- Germain des Près, dont on a dessiné tes tours et l’église; l’architecture est rendue avec soin. Jcdonnc, planche 8 A , de toute cette partie de ce curieux tableau , une copie faite par M Civeton , jeune dessinateur de mérite , qui m’a été très-utile pour mes plans et mes vues du Louvre.
•Sa réduction a été faite au compas de proportion , de la manière la plus scrupuleuse, et je puis répondre de sa fidélité. Ce Louvre a déjà été publié par Dom Bouillant dans son Histoire de Saint-Germain des Prés, par M. de Saint-Victor, et plus exactement encore par M. Baltard; mais dans toutes ces copies on a omis bien des détails qui sont cependant intéressans, et qui peuvent servir à mieux faire connaître cet ancien monument. Les maisons qu’on voit sur la droite près du Louvre , peuvent aider à fixer l’époque à laquelle a été dessinée cette vue. On verra que sous Philippe- Auguste ce château était hors de Paris et très-près de ses murs , et que ce fut Charles V qui le renferma dans la ville. Les murailles, transportées alors beaucoup plus loin , laissèrent libre la rue d’Osteriche, ou d’Autraichc , d’Autruche , d’Autriche ( voy . pi. 8 B), dont les bâtimens les longeaient entièrement, et sur l'étymologie du nom de laquelle on n’a rien de certain ; mais il est positif quelle était à l'extrémité de l’enceinte de Philippe - Auguste ( pl. 8 A ), et qu’il en est question dans Guillot, vers 1280, et dans des actes qui lui sont antérieurs. Le commencement de celle rue , qui de la grande rue ou rue Saint-Honoréallait jusqu'à la rivière , existe encore dans la rue de l’Oratoire. L’hôtel
du Petit-Bourbon, bâti au xm.e siècle, était dans cette rue, vis-à-vis une entrée du Louvre , et il a subsisté jusque vers lf>G5, que Louis AIV le fit abattre pour élever la colonnade du Louvre. Du temps de Philippe- Auguste , on n’aurait pas pu, du petit Pré aux Cfercs , voir , comme dans le tableau , le Petit-Bourbon et la rue d’Osteriche, qu’aurait masqués en partie la muraille qui, le long de la Seine, vers Paris, faisait un retour dont on voit des traces dans le plan de la tapisserie. Ainsi le Louvre, tel qu’il est représenté , est bien celui de ce roi, mais non tel , du moins pour les alentours , qu’il existait sous son règne et lorsque cette vue a été dessinée. Charles V avait déjà , en 1367, par les soins d’Hugues Aubriot, intendant des finances et prévôt des marchands , reculé les murs de Paris ; mais on ne s’était pas encore occupé de faire des changemens considérables au Louvre de Philippe- Auguste.
II paraît donc très - probable que l’on peut mettre la date du tableau de Saint- Germain des Prés entre 1370 et 1380, année de la mort de Charles V ; car il est à présumer que , s’il eût été fait plus tard, on aurait représenté le Louvre tel qu’il l’avait laissé. II est aussi à remarquer que les fossés dont ce château était entouré, ne sont pas indiqués dans cette vue. Dans l’aile gauche il a trois étages, quoique sous Philippe-Auguste il n’y en eût que deux. Voyez aussi la page 279 , sur le plan de du Cerceau. Bien que les vues du Louvre, ou de quelques-unes de ses parties , gravées par Israël Silvestre , ne remontent qu’à Louis XIII , il y a des docurnens précieux à en tirer sur l’ancienne disposition de ce palais ; mais ce n’est qu’en petit nombre. J’ai cru devoir donner ces détails topographiques, qui nous seront utiles pour fixer les limites du Louvre et de son enceinte sous Charles V .
RT LES TUILERIES
tenait à ce monastère, Les plumes et les collines de la rive gauche de la Seine s'embellirent de maisons de campagne et de vignes. Il paraît que les forets se maintinrent plus long-temps sur la rive droite, quoique Saint- Germain l’Auxcrrois y eut etc’ liàti à une époque très-reculée, et, à co que l’on croit, par Chilpéric I.cr, entre 5G2 et 584. D’après quelques passages d’anciens auteurs ( t ) on ferait remonter la fondation du Louvre à Childebert I.cr (de 51 I à 538 ), et ii paraîtrait, selon d’autres, que vers le temps de Dagobert I.or ((128 à 038 ) il existait dans ces forêts, près de la rivière, à l’endroit où est aujourd’hui le Louvre, ou du moins une de ses parties, une petite maison très-modeste, qui servait au Roi de rendez-vous de chasse, et d’où il revenait le soir, en bateau, coucher dans son palais à Paris. Suivant l’auteur de V Histoire de l'université de Paris, cite’ par du Plessis à l’année 788, Charlemagne établit dans le Louvre Alcuin et les autres savans qu’il avait attirés d’Italie à Paris; ce qui fut, dit-on, le commencement des écoles et de l’université. Mais, tout en accordant qu’elles furent établies dans le palais du Roi, on ne convient pas que ce lut dans le Louvre. D’autres auteurs croient que ces écoles furent fondées dans le palais des Thermes, qui, à cette époque et longtemps après, de même que le Louvre, était hors de l’enceinte de Paris, et qui n’y fut compris que lors de l’extension que lui donna Louis VII. Du Boulay, pour placer les écoles dans le Louvre, se fonde sur le nom qui était resté à la place de l’Ecole et au port de l’École près de Saint-Germain l’Auxerrois; mais elle eut pu alors être aussi bien dans ce couvent que dans le Louvre, ou bien le château a pu prendre la place du palais de l’Ecole. Il paraît, au reste, que cette ecole n’était pas fixée à Paris, mais qu’elle suivait Charlemagne, qui avait plusieurs palais dans ses vastes états.
Lorsque , dans leurs courses sur les rives de la Seine , les Normands , après avoir ravagé le pays , eurent assiégé Paris , dont ils désolèrent les environs , il est probable que l’on songea à tirer parti de la situation avantageuse de cette maison des bois. On la fortifia pour la mettre en état de résister aux Normands, de les inquiéter dans leur navigation sur la Seine, et d’arrêter leurs excursions. Nos rois voulaient être aux avant-postes de Paris, et pouvoir s’opposer les premiers aux ennemis qui l’auraient attaqué. Mais il est à croire que ce château n’opposa qu’une faible résistance aux Normands ,
(l)On voit dans les Nouvelles Annales de du Plessis, à l’an G33 , que , suivant une charte de Dagobert I.tT , datée du 7 des calendes de juin , cinquième année de son règne, ou 2G mai G33 , le Louvre existait alors comme maison de chasse; mais cette charte n’est pas regarde'e comme authentique , quoiqu’elle soit cite'e par du Boulay dans son Histoire de l’université de Paris, et rapporte'e dans des lettres de Charles le Chauve. Du Plessis dit que la raison sur laquelle Sauvai se fonde pour rejeter la fondation du Louvre par (’hil-
debert I.ei', n’est pas très-bonne, en alléguant qu’il n’est pas question du Louvre dans Grégoire de Tours et Frédégairc , historiens de Childebert; et il pense que ces auteurs n’ont pas parlé de tous les édifices fondés par ce prince. Mais il me semble que le Louvre , considéré même comme une simple maison de campagne, par sa position et la nouveauté de sa construction , aurait mérité d’attirer l'attention de Grégoire de Tours et de Frédégairc , et que s’ils n’en parlent pas, c’est que trèsprobablement il n’existait pas alors.
LE LO U VUE
et qu’il fut en grande partie détruit dans les sièges qu’ils firent soutenir à Paris. Il n’en est cependant pas question dans le poème d’Abbon ; et si le Louvre eut etc en même temps une maison de plaisance des rois, un château fort, et l’asile des savans et des écoles, n’est-il pas vraisemblable qu’il eut, sous plus d’un rapport, attiré les regards d’Abbon, et qu’il eut fourni matière à scs descriptions, soit qu’il eut été détruit par les Normands, soit qu’on l’eut conservé à prix d’argent ? Sc trouvant sur leur chemin lorsqu’ils attaquaient Paris, et, par sa position , devant les gêner, cette habitation royale eut été exposée à être assaillie avant plusieurs autres lieux, tels que Saint-Germain l’Auxerrois et quelques autres édifices situés de même hors de Paris sur cette rive de la Seine , et dont parle Abbon. Son silence autorise à penser que si le Louvre existait alors, ce n’était pas sous ce nom, et que ce n’était que bien peu de chose ( 1 ).
( 1 ) Je ne puis m empecher de rappeler ici ou de consigner une decouverte dont peut-être peu de personnes ii Paris ont eu connaissance. Lorsqu’on 180(5 M. Dillon, ingénieur en chef des ponts et chaussées, faisait faire les fouilles pour fonder les cufe'es du pont des Invalides, qu’il était chargé de construire , on trouva, à environ huit pieds en terre , une grande barque ou espèce de pirogue creusée dans un seul tronc d’arbre , de même que les lintres ou les myoparones dont se servaient les Germains, au rapport de Tacite, et dont fes Normands faisaient grand usage dans leurs courses. Le bois de cette pirogue, dont on retrouvait les détails , devenu presque aussi noir que l’ébène , se brisait facilement ; mais dans quelques parties il était assez bien conservé et assez dur pour qu’on ait pu en faire de petits modèles de ce canot , que l’on crut pouvoir faire remonter à l’époque des invasions des Normands. S’il eût été possible de conserver en entier cette embarcation, que l’air faisait tomber en morceaux, c’eût été un monument curieux des premiers temps de notre histoire.
Les Normands, appelés Danois par les anciennes chroniques, commencèrent en 800 à infester les côtes nord-ouest de la France ; chassés en 820 de l’embouchure de la Seine , ils y pénétrèrent en 841. Ils viennent en 845 à Paris, qui est presque entièrement abandonné, et pillent Saint- Germain des Prés. La dyssenteric se met dans leurs troupes. Charles le Chauve , à
force d’argent , engage leur chef Ragcnaire ou Reigner il se retirer. En 851 , 52, 55 , 5(5 , ils ravagent les bords de la Seine; reviennent en 857 à Paris, et en dévastent les environs. Saint-Germain des Prés , Saint-Denis , se rachètent du pillage, ou plutôt de l’incendie, par des sommes considérables. En 858, ils font de nouvelles excursions sur la Seine , jusque près de Paris , et lèvent des contributions sur les églises. En 801 , ils dévastent Saint-Germain des Prés et les faubourgs de Paris de ce côté de la Seine. En 8*0 , Charles le Chauve fait construire un pont du côté de Saint-Germain l’Auxerrois , pour s’opposer aux approches des Normands ; il était fortifié de grosses tours ( voyez Bonainy , Mémoires de l'academie des inscriptions , t. XVII , pag. 245 et suivantes ). En 87G , ayant pour un de leurs chefs Roilon , depuis duc de Normandie , les Normands entrent dans la Seine avec plus de cent navires. En 880, Louis III confie à Gozlin , abbé de Saint-Germain des Prés , et depuis (en 883) évêque de Paris, la garde de cette ville et du royaume contre les Normands.il fortifie la ville en 885 : Eudes, fils de Robert le Fort, et depuis roi de France, était alors comte de Paris. Cette année-là, les Normands vinrent assiéger Paris en règle pour la première fois : dans leurs autres excursions ils sciaient bornés à l’insulter et à en désoler les environs. Comme les plus grands évenrmens de ce siège et des suivons eurent lien principalement dans le voisinage de
ET LES TUILERIES
Il paraît que pendant long-temps on ne s’occupa plus du fort eleve sur le bord de la Seine. Les auteurs n’en parlent pas. Cependant Duchesne, sans citer ses autorités, prétend que Louis le Gros (de I 108 à 1137) lit entourer le Louvre d’une forte muraille. Cette position devint moins importante, lorsque les Normands, par leur etablissement en France, eurent rendu la tranquillité aux pays qu’ils avaient ravages pendant quatre-vingtdouze ans avant d’y avoir trouve une nouvelle patrie. On put rendre le fort à son ancienne destination , et chasser sans inquiétude le loup et la bête fauve dans les forets qui l’environnaient. C’est de cette chasse aux loups et de la grande quantité de ces animaux que, selon quelques auteurs, est venu le nom de Louvre, dérivé de celui de Lupnra , qu’on donna à cette maison des bois ; d’autres trouvent son étymologie dans un mot saxon , leower, qui, dit-on, signifiait tour on forteresse. On la fait venir aussi par
remplacement du Louvre actuel, je vais en donner un extrait tire du fatras, souvent inintelligible , d’Abbon , qui en fut témoin oculaire , comme il le dit, liv. i.'1', v. 593-595, et des Nouvelles Annales de Paris, &c., par Dom Toussaint du Plessis, qui a publié une édition du poème d’Abbon, auquel les notes qu’il y a ajoutées ne donnent pas beaucoup plus de clarté. Mais on peut consulter avec confiance la bonne traduction qu’en a faite M. Dcvaines en 1825, et qui se trouve dans l’excellent recueil des anciens historiens de France par M. Guizot.
Le 1 ,CT novembre 885, trente a quarante mille Normands , suivis de leurs femmes , et montés sur sept cents grands bateaux et un nombre considérable de petits, qui couvraient la Seine à plus de deux lieues au-dessous de Paris , viennent , sous la conduite de Sigefroi , un de leurs rois , demander qu’on leur laisse le passage libre pour remonter le fleuve. Gozlin et le comte Eudes ou Odon le leur refusent. On assiège Paris. 27 novembre, premier assaut contre la tour de bois du pont de Charles le Chauve, qui traversait la Seine depuis Saint-Germain l’Auxerrois jusque vis-à-vis la rue Pavée ; il était en deux parties , fortifié de deux tours aux extrémités et probablement d’une autre au milieu, vers la pointe de la cité. La tour est défendue avec intrépidité par Gozlin , qui fut blessé et par Eudes , son frère Robert , et Ebble , neveu de Gozlin ; les Normands sont repoussés. Le 28, ils livrent un second assaut
plus terrible que le premier; leurs femmes lesanimentau combat, et leur reprochent de ne pouvoir s’emparer d’un four , nom que par mépris elles donnaient à la tour . ils sont chassés vers leurs bateaux et s’éloignent. Pendant le reste de l’année , Sigefroi se fortifie dans Saint- Germain l’Auxerrois, et y établit son camp ; ce qui sauva cette église. Ravages et massacres dans les environs de Paris. Le 28 juin 88G , les Normands reprennent le siège.
Troisième assaut; les Parisiens brûlent les machines des assiégeans. Le 29, le pont et la tour sont attaqués avec fureur , et les assailtans repoussés avec perte. Le 30 , ils renouvellent leur attaque , et essaient vainement de combler les fossés avec des fascines , de la terre , les cadavres des animaux qu’ils tuent et des prisonniers qu’ils égorgent. Le 31 , quatrième assaut; l’ennemi veut mettre le feu au pont; il est chassé. l.er février, Sigefroi se retire; une partie de ses troupes va ravager la France orientale. 6 février , le pont est à moitié renversé par une crue de la Seine. Sixième assaut; on met le feu à la tour; douze chevaliers pris , égorgés. Les Normands repoussés vont dévaster les pays entre la Seine et la Loire; Ebble , neveu de Gozlin , met le feu à leur camp de Saint-Germain l’Auxerrois. Dans le mois de mars, Paris est secouru par Henri duc de Saxe. Pourparler entre Sigefroi et Eudes , que les Normands veulent assassiner : il leur échappe. Le duc de Saxe se retire ; les Normands établissent alors leur camp a
LE LOU VUE
‘MH
corruption du vieux mot rouvre, roborelum , forêt de chênes, et l’on s’appnh de r 'exemple de quelques endroits nommes U ouvre ou Louvre, et qui étaient situes au milieu des forêts. L’étymologie qui tire ce nom de l’ouvre, ou l’œuvre, le bâtiment, ainsi nommé par excellence, me paraît la moins admissible ; car il est positif que ce château était appelé Lupara , prononcé probablement loupara , qui a pu se changer facilement en /ouvre à une époque où il est fort douteux que le mot ouvre fut employé. Et d’ailleurs aurait-on donné le nom somptueux de l’ouvre ou /'œuvre par excellence à une maison de chasse, lorsque les rois avaient déjà un palais à Paris, et que les Thermes de Julien , très-vaste édifice, y existaient encore, du moins en grande partie ( 1)? Le nom de Louvre est certainement plus ancien que Philippe-Auguste, sous lequel, en faveur des grands changemens qu’il lit au Louvre, qu’il agrandit, on eut pu l’appeler l’ouvre au l'œuvre; mais c’eut été en détournant ce nom de son ancienne acception, et en lui donnant un autre sens qu’à son homonyme.
Saint-Germain des Pre's. Septième assaut, sans succès. Siffcfroi abandonne le siojre; tes autres chefs le poussent avec vigueur. 16 avril, mort de Gozlin ; Paris est réduit à l'extrémité'. Eudes part pour solliciter les secours de l’empereur Charles le Gros; Ebble soutient le siéjre. Retour du comte Eudes et du duc de Saxe avec des troupes. Le duc est tué; les Saxons repartent: le chef normand, Scnric , les poursuit, et se noie avec ses troupes. Huitième assaut : les Normands sont sur le point de prendre la ville ; (die implore le secours de ses saints patrons ; les Parisiens repoussent les assaillons. Au mois d’octobre , l’empereur Charles le Gros arrive avec des troupes; en novembre, il traite, malgré ses forces, avec les Normands : on leur promet 700 livres d’argent, qui feraient aujourd’hui 56,700 francs; la livre était alors de 12 onces. Us se retirent en Bourgogne, en traînant par terre leurs bateaux. En 887, ils reviennent pour recevoir la rançon de Paris, et veulent, en s’en retournant, piller les bords de la Seine; leur chef est tué par l’abbé Ebble; iis sc désistent de leur excursion : on les reçoit ii Paris pour retourner en Bourgogne; ils enlèvent vingt Parisiens , les tuent, et vont piller la Brie et la Champagne ; les Parisiens massacrent cinq cents de ceux qui étaient restés. En 888 , les Normands cherchèrent encore à surprendre Paris; ils sont battus par Eudes , Adhémar, Scladémar, et
Anschéric , évêque de Paris. En 889, ils reviennent encore h Paris, dont Eudes leur refuse le passage ; ils l’assiègent : Eudes leur fait des prisonniers, et ils s’éloignent. En 890 , troisième siège de Paris , que les Normands attaquent sans succès : ils se retirent en Bretagne, en transportant par terre leurs bateaux jusqu’au-dessous de la ville ; on les laisse se rembarquer. Il paraît que ce siège fut le dernier; car celui de 910, rapporté par Félibien , et qu’il dit avoir été fait par Rollon , n’est pas prouvé. En 912, Charles le Simple lui abandonne une partie de laNeustrie, qui devient la Normandie ; et si Rollon assiégea Paris, ce dut être en 885 et 886 , et alors il ne commandait pas en chef. Les Normands, établis dans leur nouvelle patrie, cessèrent de désoler les rives de la Seine , et ne revinrent plus il Paris , dont , au reste , ils n’avaient jamais pu s’emparer.
( 1 ) Ce palais servait ordinairement de demeure aux rois de la première race. 11 paraît que Clovis I.lT habitait l’abbaye Sainte-Geneviève, et que plusieurs de ses successeurs oui demeuré au prieuré de Saint-Martin des Champs, ou dans un palais qui était près du clos Saint-Lazare. Pendant long-temps, selon Duchesne, il était d’usage que le Roi et la Reine s’y arrêtassent trois jours avant de faire leur entrée solennelle à Paris; et, après leur mort, on v exposait pendant trois jours leurs corps avant de les transporter ii Saint-Denis
ET LES TUILERIES
Philippe-Auguste, jaloux de sou autorité, et qui tenait avec raison à la faire respecter, trouvant sure et commode la position du Louvre hors et à la portée de Paris, songea à en faire un poste important. En agrandissant considérablement l’enceinte de la capitale , il ne renferma pas son château dans les murs qu’il lit passer près du Louvre; tandis que, sous Louis le Jeune, il en était séparé par tout le quartier de Saint-Germain l’Auxerrois. Philippe voulut «mi meme temps tenir en respect les habitans de Paris et les ennemis qui eussent pu l’attaquer par dehors. Il songeait plus à faire du Louvre un château fort qu’un palais d’habitation , quoiqu’il paraisse qu’il v demeurait quelquefois. Ce monarque augmenta les moyens de défense du Louvre. Il y lit construire , en t204 , une énorme tour ronde de 96 pieds de hauteur, et dont les murs, épais de 13 pieds par le bas, en avaient 12 dans le haut. Voyez planche 8 B - A. Les hâtimens qui environnaient cette tour, furent loin de gagner à sa construction : ils devinrent tristes et sombres. Mais la tour servit aux projets de Philippe- Auguste. Défendue par un fossé large et profond, B; n’ayant d’entrée que par un pont-levis, C; percée de petites fenêtres garnies de barreaux de fer , elle était inaccessible , et propre à conserver avec sûreté les chartes et le trésor du Roi : c’était une prison d’où ne pouvaient guère espérer de s’échapper les grands vassaux qui avaient voulu se soustraire à l’autorité «lu Roi et qu’il y faisait renfermer. Aussi cette grosse tour du Louvre inspirait-elle un grand efiroi ; et d’ailleurs elle jouissait d’un beau privilège : c était d’elle que relevaient les princes, les pairs, et tous ceux qui tenaient des fiefs de la couronne; ils y venaient rendre hommage et prêter serment de fidélité , avec la crainte d’v finir leurs jours s’ils y avaient manque. Parmi les illustres prisonniers qui y furent renfermés, on cite, comme le premier, Ferrand, comte de Flandre, qui s’était révolté contre Philippe-Auguste, et qui, pris à Bouvines (1214), fut amené avec un grand éclat à Paris ; ce qui fit donner à cette tour le nom de tour Ferrand. Je ne nommerai pas tous les princes du sang , les grands personnages qui firent , sous les différens règnes , un plus ou moins long séjour dans la tour du Louvre ; on en trouve le détail dans Sauvai et dans plusieurs auteurs. II suffit de savoir que le dernier prisonnier fut Jean II duc d’Alençon , qui y fut renfermé en 1474. Il paraît que , depuis cette époque , la grosse tour du I -.ouvre ne servit plus de prison d’état.
Cette tour porta plusieurs noms : tour du Foi, tour du Louvre , forteresse de Paris. Celui de grosse tour ou de tour neuve , qu'elle reçut d'abord , et que Ion trouve dans Rigord, Guillaume le Breton, et dans Nicolas de B rav , historien de Louis VIII, prouve qu’à l’époque de sa construction il y en avait plusieurs dans le château ; ce qui devait être, les tours étant alors une des principales parties des fortifications. On les regardait même, jusqu aux xiv.' et xv.c siècles, comme un privilège des maisons royales. Les rois en étaient très-jaloux , et n’aimaient pas à en voir aux demeures des princes, même de leur famille ; ils les leur interdisaient, comme si ceut été empiéter sur leurs droits. Mais on finit par en mettre partout, et même sans nécessité et comme hors-d’œuvre ; elles devinrent autant un
LE LOUVRE
ornement qu’une clelen.se des châteaux des princes et des seigneurs. Elles servaient tres-souvent d’ailleurs à reparer les oublis des architectes : lorsqu’il manquait à un édifice quelque partie à laquelle ils n’avaient pas pense, ils accolaient une tour ou une tournelle en trompe au bâtiment, et y faisaient le cabinet, l’escalier ou toute autre pièce à laquelle ils n’avaient pas songe, lis s’occupaient peu de la symétrie; et ces tours, qui quelquefois sont d’un effet agréable et qui annoncent de la hardiesse et du talent de construction , n’étaient originairement que des hors-d’œuvre et des expédions pour cacher des fautes, et souvent on se tirait d’un mauvais pas par une témérité. Le donjon était la principale tour ou celle qui faisait la demeure particulière du Roi et des princes , et les autres lui servaient de défense. La grosse tour du Louvre en était le donjon. Je reviendrai bientôt sur les détails qui y ont rapport; je me bornerai pour le moment à dire qu’il paraît que, sous Philippe-Auguste, on y avait disposé des appartenions que le Roi pouvait occuper. Je ne puis m 'empêcher d’ajouter ici que ce qu’on rapporte des appartenions de ce prince, ou du moins de sa suite , ne donne pas une haute idée de leur somptuosité. Il rendit un édit par lequel tout le fouarre, ou la paille , qui servait dans ses chambres du Louvre, devait, lorsqu’il le quittait, appartenir à l’université. On l’employait à couvrir le plancher des ecoles, où les écoliers étaient assis à terre. Les écoles étaient assez pauvres alors; les élèves l’étaient encore plus, et recevaient, en général, l’instruction gratis. Ce J uerre ou ce fouarre , qu’on leur donnait, était pour eux une économie, et c’était autant de moins à acheter dans la rue du Fouarre, nom qui lui vint ou du fouarre qu’on y vendait, ou plutôt de celui dont on jonchait les écoles qui s’y établirent en grand nombre sous le règne de Philippe- Auguste.
Au reste, à cette époque, le Louvre n’était qu’une masse lourde et informe, privée de tout ornement d’architecture, et qui n’offrait que l’appareil de la force, et nullement l’aspect de la magnificence d’une demeure royale. Nous verrons que ce ne fut que long-temps après Philippe-Auguste que cette forteresse devint un véritable palais. Quoique sous ce prince ce château fut encore très-resserré dans ses limites, on voit cependant qu’il l’était encore plus sous ses prédécesseurs , et qu’une partie de son terrain relevait même d’autres seigneurs que le Roi; car ce ne fut qu’à la fin de son règne, en 1222, que Philippe-Auguste racheta pour trente sous de rente, qui feraient aujourd’hui quarante à cinquante francs, de l’église de Paris et du prieuré de Saint-Denis de la Chartre, les droits qu’ils avaient sur les terres attachées au Louvre.
Sous Philippe- Auguste et sous ses successeurs immédiats, selon Sauvai, les bâtimens qui entouraient la cour du Louvre, n’avaient en général que lieux étages, c’est-à-dire, le rez-de-chaussée et le premier; plus tard on en ajouta deux autres. Si les documens fournis par les auteurs sont exacts, on pourrait croire que le troisième étage que l’on voit dans l’aile gauche du Louvre représenté dans le tableau de Saint-Germain des Prés, y fut ajoute par S. Louis , qui lit quelques constructions dans ce château. On peut se faire une idée de la façade ou de l’entrée principale de cet antique Louvre d’après le tableau que j’ai déjà cité [ roi/, planche 8 A ). On croit reconnaître
K T LES TUILE NIES
une horloge dans un cartel carre au-dessus de la porte : la peinture éraillée pourrait exciter quelque doute , si l’on 11e voyait pas une autre horloge trèsbien conservée dans le même tableau sur une des tours de Saint-Germain des Prés. Il paraît que la première grande horloge publique que l’on ait eue à Paris, ne date que de 1370; ce fut celle du Palais, laite par un Allemand nommé Henri de Vie. Ainsi celle du Louvre ne pouvait pas y être sous Philippe- Auguste ; mais il est naturel de croire qu’elle y fut placée par Charles V, avant qu’il eut fait réparer ce château en entier.
Le système de construction du temps de Philippe-Auguste avait en binerai pour caractère une grande solidité, et il serait presque inutile de dire que les murs du Louvre avaient huit ou neuf pieds d’épaisseur , si cette remarque ne nous o lirait pas un moyen de rattacher à l’antique et simple château de ce grand roi le pompeux palais de François I.cr, d’Henri IV et de Louis XIV. O11 peut facilement prouver qu’il existe encore de l’ancien palais des murs que, d’âge en âge, leur force a fait respecter. Me réservant de discuter ce point lorsque je décrirai le Louvre «le Charles V, je me contenterai de dire ici que, d’après ce que rapporte M. Legrand dans son ouvrage sur Paris, et ce que m’ont confirmé MM. Percier , Fontaine et Bernier, lors de la restauration du Louvre, dont iis furent chargés ainsi que M. Raimond , on trouva sur les murs de la salle des Caryatides, du côté des Tuileries, des restes d’ornemens gothiques qui paraissaient appartenir au temps de Philippe-Auguste; l’épaisseur de cette muraille , dont on peut juger d’après les plans, pl. 9, 11, et des substructions énormes de murs circulaires, concourent, avec des preuves historiques auxquelles j’aurai recours plus tard, à démontrer qu’elles ont du faire partie des bâtimens de Philippe-Auguste. Dans les fouilles qui ont eu lieu, à différentes époques, près des rues Froidmanteau , de Beauvais et du Louvre, on a rencontré de fortes constructions qui semblent avoir appartenu à cet ancien château et aux fossés dont il était entouré, et dont on retrouve des indices dans la différence «le niveau entre les terrains près de ces rues, qui n’existaient pas du temps de Philippe-Auguste, et le sol actuel du Louvre.
On ne peut s’empêcher de reconnaître cet ancien Louvre dans le roman de la Rose, l’une des productions les plus anciennes et les plus remarquables des premiers efforts de la poésie française ; cette description se trouve même dans la première partie de ce singulier poème. Personne n’ignore qu’il est de Guillaume de Lorris, mort en 12G5 , et que la seconde partie, qui commence au vers 40G8 , 11’y lut ajoutée que quarante ans après par Jehan de Meung, dit Clopincl ( 1 ) ; mais, comme peu de personnes ont assez de patience pour
( I ) / oyez la belle édition «lu roman «le la Rose, 4 vol. in-8.°, par M. Me'on , cpii, pour fui rendre toute l’exactitude «ju’on fui avait ôtée dans les éditions antérieures , entre autres dans celle de Lcnglet du Fresnoy , a collationné quarante-trois anciens manuscrits de la bibliothèque royale. On y trouve aussi , sur l’ancien
idiome français, une très-bonne «lissertation que M. RaynouartI , de l'académie française, avait insérée dans le Journal des Savons (octobre 1816). Tout lemonde connaît les services que le savant auteur «les Templiers a rendus, par ses constantes et lumineuses recherches, à la langue rurnane et aux poésies de nos troubadours-
le j. o n v h i;
lire ce long et fatigant poème, peut-être sera-t-on bien aise d'en trouver iei un échantillon qui donnera une idée de la langue et de la poésie de cette epoque. ht si l’on voit le Louvre de Philippe-Auguste dans une descente de croix peinte sous Charles V, on ne sera pas étonné que, sous S. Louis, Guillaume de Lorris ait fait de ce château fort le palais de la Jalousie. Je donnerai la description en entier; quelques notes suffiront pour les mots les moins faciles à entendre. Ce chapitre, de même que les cent qui composent ce roman allégorique, commence par une courte exposition du sujet.
Comment, par envieux atour ,
Jalousie fist une tour
Faire au milieu du pourpris ( I )
Pour enfermer et tenir pris Bel-acueil (2) le très-doutx enfant,
Pour ce qu’avoit baisé l'amant.
Vient ensuite la description.
3807. Dès or est drois (3) que ge vous die La contenance Jalousie (4),
Qui est en male (5) souspeçon;
3810. Ou pais ne remest maçon
Ne pionnier qu’ele ne niant (G ).
Si fait faire au commancement Entor (7) les rosiers uns fossés Qui cousteront deniers assez,
38 1 5. Si sunt moult lez et moult parfont ( 8 )
Li maçons sus les fosse's font Ung mur de quarriaux (9) tailléis,
Qui ne siet pas sus crole'is ( 10) ,
Ains (11) est fonde' sus roche dure :
3820. Li fondement tout a mesure,
Jusqu’au pie' du fossé descent Et vait amont en estrecent ( 12 ) ;
S’en est l’ucvre plus fors asse's.
Li mur si est si compassés ,
3825. Qu’il est de droite quarréure (13).
Chascuns des pans cent toises dure,
Si est autant Ions comme lés (14).
( 1) Maison de plaisance ou enceinte.
(2) L’un des personnages du roman , de même que Faux-semblant , Male-bouche [ la médisance ], Liesse, Oyseuse, toutes les vertus et tous les vices personnifies.
(3) A présent il est juste.
(4) La conduite de la Jalousie.
(5) Mauvais.
(G) Au pays ne demeure maçon ni pionnier qu'elle ne fasse venir.
(7) Autour des.
(8) Car ils sont très-larges et très-pro fonds.
( 9 ) Pierres de taille.
(10) Qui ne pose pas sur des terres éboulées.
(Il ) Mais.
( 12 ) Et va en se rétrécissant parle haut.
(13) Aussi l’oeuvre, la bâtisse, en estelle beaucoup plus forte. Le mur est lait de manière qu’il forme un carré parfait
(14) Aussi long que large.
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Les tornellcs sunt les ii les ( I ),
Qui richement sunt hataillies (2)
3830. Et sunt de pierres bien faillies.
As quatre coingne's (3) en ot ( 4 ) quatre Qui seroient fors ( 5 ) à abatre ;
Et si a (G) quatre portaus Dont li mur sunt espès et liaus.
3835. Une en i a ou front devant
Bien defifensable par couvant (7 ) ,
Et deux de coste et u n g derrière Qui ne doutent eop de perricre (8).
Si a bonnes portes coulans (9)
3840. Pour faire ceus defors doulans (10) ,
Et por eus (11) prendre et retenir,
S'il osoient avant venir.
Eus ou milieu de la porprise (12)
Font une tor par grant mestrise 3845. Cil qui du fere furent mestre ( 13) ;
Nuie plus bele ne pot (14) estre Qu’ele est, et grant , et lée, et haute.
Li murs ne doit pas faire faute Por engin qu’on saiehe getier (15);
3850. Car l’en ( IG) destrempa le mortier De fort vin-aigre et de chaus vive.
La pierre est de roche naïve (17)
De quoi l’en fist le fondement.
Si iert dure comme aiment (18).
3855. La tor si fut toute réonde.
II n’ot ( 19 ) si riche en tout le inonde ,
Ne par dedens miex (20) ordenée.
Ele iert dehors avironée
D’un baille qui vet tout entor ( 21 ) ,
38G0. Si qu’entre le baille et la tor Sunt li rosiers espès planté,
Où il ot roses à planté ( 22 ).
(1) Les tourelles sont de distance en distance.
(2) Fortifiées.
(3) Aux quatre coins.
( 4) Il y en eut.
(5) Difficiles.
( G) Et il y en a.
(7) II y en a un a la façade d’entrée aisé à défendre par une garnison
(8) Qui ne redoutent pas les coups de pierrier.
(9) Des herses.
(10) Pour rendre tristes ceux de dehors (les assaiilans ).
(11) Et pour les.
(12) Droit au milieu de l’enceinte.
(13) Ceux qui furent les maîtres du travail, de l’art, font une tour avec une grande habileté.
(14) Ne peut.
(15) Le mur ne doit pas être entamé, quel que soit l’engin , la machine avec laquelle on l’attaque.
(IG) L’on.
(17) Naturelle , vive.
(18) Aussi était-elle dure comme aimant.
(19) Il n’y en eut.
(20) Mieux.
(21) D’une barrière qui va tout autour.
(22) En abondance.