LE 1.0 11 VUE
Détiens le chaste! ot perriercs ( I Et engins de maintes manières;
38G5. Vous poïssiés les mangonniaus
Venir par-dessus les ereniaus (2 );
Et as arehières (3) tout entour Sunt les arhalestes à tour,
Qu’arméure n’i puet tenir (4).
3870. Qui |>T'ès du mur vodroit venir,
Il porroit bien faire que nices (5).
Fors (G) des fosses a unes lires De bons murs fors à ereniaus bas,
Si que cheval no puent pas 3875. Jusqu’as fosse's venir d’ale'e,
Qu’il n’i eust avant melle'e (7).
II est aise de voir que la description du palais de la Jalousie cadre de tous points avec celle que Guillaume de Lorris eut pu faire du Louvre, tel que, suivant les historiens, il était sous Philippe-Auguste et sous S. Louis. On y retrouve ses fosses larges et profonds, ses fortes murailles en pierre de taille, plus larges par le bas que par le haut, ainsi qu’on les faisait alors aux châteaux forts. Les cent toises de cote qu’on donne au palais de la Jalousie se rapportent meme, comme nous le verrons , avec les dimensions de l’ensemble du Louvre; et d’ailleurs les poètes n’y regardent pas de si près, et leurs mesures sont en compte rond. Les tours aux quatre angles , les tournellcs, les quatre portaux, occupent les memes places qu’au Louvre; et il serait difficile de méconnaître la grosse tour de Philippe-Auguste , qui s’élève au milieu de la cour ou de la porprise, et dont le poète dit :
Nule plus bele ne pot estre
Qu’ele est, et grant, et lée , et haute.
La tor si fut toute reonde.
Il n’ot si riche en tout le monde ,
Ne par dedens miex ordene'e.
Ce qui lui convient de toutes manières, puisqu’on sait qu’elle servait nonseulement de forteresse, mais même de trésor et de demeure au Roi. Il se peut même que le détail de construction que nous laisse Guillaume de Lorris soit exact, et que, pour donner plus de force au mortier, on l’ait délayé avec du vinaigre et de la chaux vive. Le château de la Jalousie est aussi muni de toute sorte de machines de guerre, d’engins, de mangonneaux, tels que ceux qui garnissaient les créneaux, les arehières, les meurtrières du Louvre.
(1 ) H y en eut on il y avait des picrriers.
(2) Vous auriez pu voir les mangonneaux (machines de jet) par-dessus les créneaux.
(3) Et aux arehières, cspècesde meurtrières.
(4) Qu’armure n’v peut résister.
(5) Il pourrait bien ne faire que peu de chose , ou rien.
(G) Hors.
(7) Un rang de bons murs forts, avec de petits créneaux, de manière que la cavalerie ne pût pas venir d’emblée jusqu’au fossé , sans qu’il y eût eu auparavant une mêlée, un engagement.
ET LES TUILERIES
On voit aussi, clans cette curieuse description , (|u’cn avant des fosses il y avait un mur crénelé qui servait de première défense ou d’ouvrage avancé. Et dans le tableau de Saint-Germain des Près on voit un mur qui peut avoir rendu le meme service. Il est inutile d’avertir que les rosiers, quoiqu’il y eût alors des jardins dans le Louvre, ne doivent pas être compris dans la description du château, et qu’ils tiennent au sujet allégorique du poème. On y trouve aussi, dès le commencement, qu’on était alors dans l’usage d’orner les murailles de peintures. Les personnages allégoriques que le poète décrit dans son songe, sont peints en azur et en or sur les murs d’un beau jardin , hors de la ville, situation tout-à-fait analogue à celle du Louvre; et quand ces peintures n’y eussent pas existé, il est à croire qu’il y en avait ailleurs, et que ce n’est pas la simple production de l’imagination du poète. On voit quel était le genre de peinture d’alors, et qu’il a le plus grand rapport avec ce qu’on exécutait à cette époque en Italie. On croirait lire la description des mosaïques de Saint-Marc de Venise et d’autres anciennes églises, dont les fonds étaient en verre doré et les figures en bleu. Telles sont aussi des peintures de Cimabué et d’autres peintres d’Italie, ou delà même époque ou un peu plus anciens, et qui commençaient à se faire connaître dans le même temps que Guillaume de Lorris , dans son roman de la Roue , nous donnait une idée de l’architecture et de la peinture françaises, et en particulier du Louvre au milieu duxm.e siècle.
Les premiers successeurs de Philippe-Auguste s’occupèrent peu de ce château ; ils le conservèrent tel qu’ils l’avaient trouvé, et sa solidité pouvait braver les efforts du temps et l’incurie des hommes. Les rois venaient bien quelquefois au Louvre, soit pour recevoir l’hommage de leurs vassaux immédiats, soit dans differentes circonstances ; mais ils n’en firent pas leur demeure habituelle. S. Louis résidait au palais des Tournelles, à Vincennes, ou au palais de justice, qu’il augmenta : il y ajouta la Sainte-Chapelle, la salle de Saint-Louis , la grand’chambre. Après la condamnation des Templiers , Philippe-le-Bel logea au Temple et y fit apporter ses trésors.
Charles V fut, depuis Philippe-Auguste, le premier roi qui mit ses soins à embellir le Louvre, à l’agrandir et à en rendre l’habitation plus commode; ayant considérablement augmenté l’enceinte de Paris , il renferma ce palais dans ses murs. Mais, avant d’entrer dans quelques détails sur ce que devint le Louvre sous ce sage roi, l’un des princes les plus éclîti rés et les meilleurs qui aient régné sur la France, il convient de jeter un coup d’œil sur 1 état où se trouvaient l’architecture et la sculpture à son époque, et même dans les deux siècles cpii précédèrent son règne; et il ne sera pas hors de propos de lier ees considérations à celles que peuvent fournir sous le rapport des arts l’Italie et les autres contrées. Si , dans ces parallèles ou dans ces rapprochemens , l’I talie a souvent l’avantage, ce n’est pas une preuve positive que le génie de ses habitans fût plus fécond et plus propre aux arts que celui des Français : mais dans ees belles contrées bien des causes favorisèrent leur développement; et une des principales dut être la division du pays en un grand nombre de petits états , qui, rivalisant de luxe et de zèle pour l’embellissement de leurs capitales, offraient aux artistes de nombreuses
LE Lül'VHE
ressources pour exercer leurs lalcus et auraient <lù les empêcher tle déchoir. Les monumens antiques s’élevaient aussi de tous cotés , comme pour servir do modèles et s’opposer à la décadence des arts ou les relever de leur chute. On est même étonné, à la vue de ces chefs-d’œuvre, que le génie de l’Italie ait pu tomber dans un si long et si profond assoupissement, et qu’il ne se soit pas réveillé plus tôt. Il faut, sans doute, que les plus grands exemples, les plus sublimes modèles, soient sans effet sur les arts, lorsqu’une maladie funeste les frappe, pour ainsi dire, d’une sorte tle torpeur, et les précipite vers leur décadence : car nous aussi , dans le midi de la France, nous possédons en grand nombre des monumens antiques qui prouvent que jadis nos architectes et nos sculpteurs pouvaient aller de pair avec ceux de Rome, de l’Italie, et peut-être de la Grèce. Eh bien , de même qu’en Italie , les arts, perdant tout souvenir de leur ancienne gloire, ont langui et sont tombés sans force au pied de ces superbes monumens ; à leur réveil , frappés de stupeur, ayant tout oublié, ils les regardaient sans (es admirer, sans les imiter, et ils n’ont pas marché d’un pas plus assuré que dans les autres parties de la France, privées qu’elles étaient des restes de l’antiquité, vers le but que doivent se proposer les arts et que semblaient leur montrer les ouvrages des anciens.
Du xi. e au xui. c siècle, le goût de l’architecture se développa en France et dans le reste de l’Europe. S’établissant sur les débris des monumens du Bas-Empire, on mêla de nouvelles idées à l’architecture des Grecs et des Romains, dont on ne comprenait plus les principes et que l’on altéra. Tous les ordres furent confondus , ou plutôt il n’y en eut plus , et l’on en alliait les élémens divers, sans aucun système réfléchi et suivant le caprice, à ce qu’on se rappelait des monumens asiatiques ou arabes , que les croisades avaient fait connaître en Orient, et aux productions de l’architecture lombarde. De cette réunion de tant de parties étonnées de se trouver ensemble, naquit cette architecture que l’on est convenu d’appeler gothique ( 1 ) , quoique les Goths n’aient été pour rien dans les combinaisons qui l’ont produite. Et en effet, on la retrouve dans tous les pays, même dans ceux oii ils n’ont pas porté leurs conquêtes, sans qu’on puisse indiquer celui où on la mit pour la première fois en usage. Il est même à croire que ce ne fut que progressivement qu’elle se forma, ou plutôt qu’elle déforma l’architecture antique des beaux temps, dont elle s’éloignait en suivant le goût dégénéré qui poussait avec rapidité tous les arts vers leur ruine pendant les siècles de décadence de l’empire romain. Il était du destin de ce colosse de tout entraîner avec lui dans sa chute, et de couvrir le monde de ses vastes débris, d’où devaient un jour, par un nouveau triomphe de la civilisation sur la barbarie, renaître avec éclat les lois , les sciences et les arts. Mais l’époque où nous nous sommes transportés, n’en était pas encore à ce point. Par des idées, ou nouvelles, ou qui n’étaient que le résultat informe d’un art qui
(1) Voyez Milizia , dans le tome I.cr de tionnnirc d'architecture do \' Encqclopéses Memonc degli arc/iitctti , et l'cxcef- die méthodique , par M Quatremère do lent article sur fo gothiipio dans le Die- Qiiincy.
LES TUILERIES
marchait sans principes certains, on dénaturait les emprunts faits sans réflexion ou sans motif à l’architecture gréco-romaine; et ce ne fut que de caprice en caprice et par suite de dégradations des anciens modèles, (pille genre gothique parvint au point où il fut porte. Plus on remonte vers ses premiers essais, plus on reconnaît qu’ils ont précédé les invasions des Goths , qui même ne l’ont pas pratique* dans les monumens qu’on peut leur attribuer pendant leur séjour en Espagne et en Italie, du v.c au vm. c siècle. Celle architecture n’a pas été formée de toutes pièces ; et les monumens qu’elle remplaçait, auraient eu bien des reprises sur elle, et pouvaient lui reprocher de défigurer ce qu’elle s’appropriait : aussi ses plus anciens ouvrages ne sont-ils dus, en grande partie, qu’à l’oubli des règles de l’architecture antique, et à l’impuissance de reproduire la régir larite et la sagesse de ses belles conceptions.
Les constructions gothiques, dans lesquelles, malgré un emploi mal entendu, on retrouve tout ce qu’elles doivent à la Grèce, à l’Italie et à d’autres contrées, durent plaire cependant par leur piquante variété, par leurs écarts même, et par une hardiesse qui séduit, quoique souvent elle soit bien plus apparente que réelle; mais on aime à se laisser tromper par des prestiges , et l’on craint de voir détruire une agréable illusion, en découvrant les moyens employés par l’adroit magicien pour nous éblouir. L’architecture gothique était aussi peut-être plus en harmonie que celle des Grecs avec nos climats , avec la manière de vivre de nos pères, avec leurs costumes , et surtout avec les cérémonies de notre religion. Par le genre de ses distributions, elle se prêtait mieux à de vastes édifices destinés à la réunion d’un grand nombre de fidèles. Ce durent être de grands titres de succès , et le gothique devint, pour ainsi dire , l’architecture sacrée des chrétiens , tandis que celle des Grecs, délaissée aussi bien que leurs dieux, étalait en vain ses prodiges au milieu de leurs temples abandonnés, de leurs autels renversés et de leurs statues mutilées. Ce n’est pas cependant, ainsi que le proclament ses chauds partisans, que les masses élevées de l’architecture gothique , ses ogives élancées, ses formes pyramidales, transportent l’ame vers le ciel , et la disposent à la piété et au recueillement. Il me semble que la majestueuse régularité d’une ordonnance grecque , où tout est en harmonie, devrait être aussi favorable au calme de l’ame, qu’une architecture où la multiplicité des parties , l’immense variété des ornemens , doivent attirer l’attention et exciter la distraction : où y eut-il plus de piété, de recueillement, que dans les profondeurs mystérieuses des catacombes et dans les grottes de la Thébaïde , si pauvres d’ornemens, si riches en souvenirs? Il est vrai que la lumière douteuse qui ne répand qu’un faible jour sous les détours des longues voûtes gothiques, invite à une douce rêverie et se prête aux sentimens religieux; mais l’architecture grecque, combinée avec art et mise en rapport avec les convenances de notre culte, produirait le même effet: il régnait aussi dans les temples antiques une lumière faible et habilement ménagée; et si elle ajoute à la majesté des lieux saints et à l’impression qu’ils doivent faire éprouver, rien n’empêcherait de l’y combiner de même.
Long-temps avant que les arts eussent repris une nouvelle vie en Italie,
LE LOUVRE
ou que les artistes grecs byzantins y eussent porte les restes de ce feu sacre qui dévorait autrefois les Grecs, et qui , jetant encore une faible lueur dans leur antique et malheureuse patrie, allait s’éteindre au milieu des dévastations des barbares et des chrétiens, dont Nicctas et Cédrénus offrent des descriptions si terribles; à des époques aussi anciennes que celles de la plupart des églises du moyen âge en Italie, la France pouvait en citer plusieurs qui ne leur cèdent sous aucun rapport, et qui prouvent que, dans ces temps de barbarie, le sommeil des arts n’ètait pas plus léthargique dans le royaume de Clovis et de Charlemagne que parmi les descendans de Romulus et d’Auguste.
Si l’on parcourt la France, de tous côtés s’y présentent, bien avant le xv.c siècle et la renaissance des arts en Italie, des monumens de l’architecture gothique dont la beauté ne le cède pas à ceux que, dans le meme genre , on élevait aux memes époques de l’autre côté des Alpes. Quoique nos artistes, ou ceux qui passaient alors pour tels , ne fussent pas, comme ceux des heureuses contrées du midi, entourés de monumens faits par leur beauté pour conserver ou pour réveiller en eux le sentiment des arts, ils surent de leur propre fonds, aidés de leur seul génie, produire en architecture et en sculpture des ouvrages qui peuvent soutenir la comparaison avec ceux que l’Italie vit naître dans le meme temps; car la meme ignorance des formes, le meme manque de goût, exerçaient alors un égal empire en France et dans la patrie future de Michel-Ange et de Raphaël. II n’y avait, guère de différence , soit pour la conception , soit pour l’exécution , entre les degrés de médiocrité auxquels on parvenait dans l’un et dans l’autre pays; et si l’on mêlait des sculptures de nos églises les plus anciennes avec celles de l’Italie des mêmes époques, il serait bien difficile de les distinguer, ou de trouver à ces dernières un caractère qui leur donnât une supériorité reconnue sur leurs rivales. Si même la statue de S. Louis conservée autrefois aux Quinze-vingts et aujourd’hui à Saint-Denis est due à un sculpteur français, ce qui est probable, elle ferait regretter que son nom ne nous eut pas été transmis, et elle prouverait qu’alors, sans avoir été instruit par les artistes grecs de Constantinople, et n’ayant pour guide que la nature, on l’imitait en France avec naïveté et vérité, et que ce sculpteur français était peut-être destiné par la nature à marcher l’égal de Nicolas de Pise et des sculpteurs de cette école qui florissaient vers ce temps.
Ce n’est pas cependant que je veuille égaler aucune des statues de cette époque que nous offrent Saint-Denis et d’autres églises, aux productions de Nicolas de Pise, qui non-seulement sont surprenantes pour le temps qui les a vues naître, et le paraissent encore plus quand elles sont comparées à celles qui les précèdent, mais qui même sont bien au-dessus de tout ce que l’on fit depuis pendant long-temps. Nicolas de Pise, comme le fait trèsbi en remarquer M. le comte Cicognara ( 1 ) , était un de ces génies extraordinaires que la nature ne produit que de loin à loin , et qui , franchissant les distances et devançant leur siècle, se placent à un intervalle immense
(1 ) Storia dalla scu/turn , t. III , p. 177 cl suiv
ET LES TUILERIES
et de ceux qui les ont précédés, et de ceux qui leur succèdent en se traînant sur leurs pas, sans avoir la force sullisantc pour profiter de leurs préceptes et de leurs exemples, et suivre les modèles qu’ils leur ont laisses. Mais ce ne fut pas à son seul génie que Nicolas de Pise dut tous ses succès; la vue des monumens de l’antiquité, épars en Italie, lui révéla les secrets des beaux-arts , (pie des esprits moins pénétrons et moins sensibles n’avaient pas même soupçonnés jusqu’alors. lise lit, pour ainsi dire, l’élève des anciens Grecs ou des Romains leurs disciples, en s’inspirant de leurs ouvrages et en cherchant à les imiter : aussi en retrouve-t-on, en partie, les principes et le sentiment dans les productions de ce grand homme que l’on conserve avec une vénération méritée à Bologne, à Pise, à Sienne, à Florence. Ce fut aux leçons qu’il puisa dans la source la plus pure, dans les restes de la sculpture antique, que l’on dut ce Jugement dernier qu’il sculpta à Sienne, composition hérissée de difficultés et remplie de beautés, d’inspirations de l’antique, et qu’il exécuta bien avant que le Dante, qui ne naquit que sur la fin de la vie de Nicolas, eut épouvanté le monde par sa terrible description de l’enfer, et plus de trois cents ans avant que Michel-Ange et notre Jean Cousin aient eu la hardiesse de reproduire ce sujet dans leurs admirables tableaux. A l’époque où brillait Nicolas de Pise, il n’y avait certes en France , sous le règne de S. Louis, aucun sculpteur qu’on put lui comparer; il est hors de pair : mais aussi ceux qui lui succédèrent, son fils Jean, et leurs élèves Jean de Cosmate, Arnolfo di Colle, Orcagna, Balduccio, jusqu’à ce que parussent André de Pise, Philippe Calendario et Pierre Paul et Jacobello de Venise, sont bien loin de valoir Nicolas de Pise. Malgré leurs efforts pour sortir du genre sec et sans principes du gothique, ils y retombent souvent; et leurs productions , si l’on peut s’en rapporter aux gravures de l’ouvrage du comte Cicognara ( 1 ) , ne sont pas au-dessus de ce qu’on faisait en France sous le règne de S. Louis et jusque vers le milieu du xtv.° siècle ; et l’on doit encore ajouter en faveur de nos artistes , que , n’ayant pas sous les yeux les ouvrages de l’antiquité, qui auraient pu leur donner le désir de les
( 1 ) Voyez t. III, pi. 18 et suiv.
Ce n’est pas sans raison que j’exprime des doutes sur la fidélité des gravures de ce grand ouvrage ; tout porte à fa faire suspecter. Pour en juger ainsi , if n’est pas même nécessaire d’avoir vu en Italie les sculptures dont if contient les dessins : le peu d’exactitude avec laquelle on a rendu celles qui sont à Paris sous nos yeux , suffirait pour affaiblir et détruire même la confiance re'clame'e par le savant auteur pour celles que nous ne connaîtrions pas. De pareilles gravures, partie très-essentielle d’un ouvrage fort important du reste, malgré sa partialité pour l’Italie, lui font d’autant plus de tort, que, destinées à servir d’appui aux jugemens, quelquefois plus que
sévères , de M. le comte Cicognara , elles semblent non-seulement ne pas prouver ce qu’il avance, mais bien plutôt le contredire. Comment ajouter foi à de tels témoignages, lorsque ceux même qui sont en faveur des artistes italiens , sont loin de justifier les éloges qu’on leur prodigue ? Que sera-ce des autres, si dans ses dessins Michel-Ange est sans caractère , sans vigueur, et Canova sans grâce; Canova, à la gloire duquel M. le comte Cicognara, emporté par l’amitié, a élevé ce monument littéraire, sur les marches duquel il immole, pour ainsi dire, tous les sculpteurs modernes? On ne peut pas croire qu’il ait donné plus de soin à faire saisir avec plus d’exactitude par ses dessinateurs le
imiter et leur auraient appris à mieux voir la nature, ils avaient plus de difficultés a vaincre et il leur fallait peut-être plus de talent qu’aux artistes d’Italie pour parvenir au même degré de médiocrité. On pourrait citer plusieurs statues de la famille de S. Louis que l’on voit à Saint-Denis et qui donnent une idée favorable de la sculpture de cette époque. Les petites figures qui ornent les tombeaux de deux des enfans du saint roi, sont bien posées , et prouvent que l’on consultait avec soin et avec simplicité la nature, et qu’en l’imitant on marchait, libre de préjugés, dans la route qu’avaient suivie les premiers sculpteurs grecs , et qui peut-être aurait mené les nôtres aux mêmes résultats, si, se trouvant en France dans les mêmes circonstances, ils eussent été placés sous d’aussi heureuses influences que ceux de la Grèce. C’est à Saint- Denis que l’on peut le mieux apprécier l’état de la sculpture et de l’architecture sous S. Louis et sous plusieurs de ses successeurs immédiats. Outre les statues de Jeanne de Bourgogne, de Blanche d’Evreux, femmes de Philippe de Valois, et celle de Charles V , on en indiquerait facilement quelques autres qui se font remarquer par les qualités dont j’ai déjà fait l’éloge, et qui sont si précieuses en sculpture et la base de toute bonne méthode.
On pardonne à ces époques de s’être plu à colorer les statues et les ornemens d’architecture, lorsqu’on pense que les anciens Grecs, nos maîtres, avaient du goût pour ce genre de représentation , et qu’il s’était conservé dans le Bas-Empire, qui l’a légué à l’Orient. On crut sans doute , de même que chez les anciens, que l’éclat de l’or, des pierres précieuses, des couleurs, en ajoutant à la pompe des tombes royales, attirerait plus les hommages que des monumens de pierre d’un ton uniforme. On conçoit aisément que l’on ait eu alors l’idée que la sculpture et l’architecture pouvaient user des mêmes droits que la peinture, et admettre les couleurs dans leurs reliefs. Aussi voit-on des statues du temps de S. Louis peintes avec beaucoup de recherche dans toutes leurs parties. Très-richement vêtues, les unes ont des robes d’or qui imitent des tissus chargés d’ornemens très-délicats en relief qui ne sont pas sculptés, mais moulés au moyen d’un mastic; les autres sont
caractère des productions étrangères à fltatie ; et l’on ne doit pas s’attendre à voir mieux traites «pic ces deux princes de la sculpture, les sculpteurs que la France a produits à differentes époques. Aussi Jean Goujon , Sarrazin , Germain Pilon , et tant d’autres qui ont fait honneur à notre e'cole et qui en eussent fait à celles de l’Italie , n’ont-ils pas à se Iouerde la manière dont ils ont e'té rendus dans les gravures deM.lecomteCicognara. lien est de même des anciens sculpteurs d’Italie : le peu de fidélité' dans le dessin qui aura nui aux uns, peut en avoir favorisé d’autres; et il est plus que probable que si , pour les juger et les comparer avec nos sculpteurs des mêmes époques, on s’en rapportait à ces
gravures, on courrait grand risque de se tromper. Au reste , pour être en état de prononcer avec une entière connaissance de cause sur le mérite relatifdes sculpteurs d’Italie et de France des premiers temps , il faudrait pouvoir rapprocher et comparer des plâtres moulés sur leurs productions; car, malheureusement, les ouvrages où elles ont été gravées , pour fa plupart entrepris parties hommes qui ne joignaient pas à leur érudition autant de connaissances positives dans les arts du dessin , n’ont été ni dirigés ni exécutés de manière à retracer exactement le caractère de ces sculptures, et ils sont plus propres à induire en erreur sur le jugement qu’on devrait en porter, qu’a sert ir de guides fidèles
habillées d'étoffes bleues, releve'es par des ornemens en or que l’on retrouve autour du cou, au bas des robes et sur les chaussures brode'es avec élégance; il v en a aussi dans les larges bandes qui bordent les manteaux , et qui , de même que les doublures, sont d’une couleur differente de celle du manteau, qui tantôt est en or, tantôt en bleu. Des verres de couleur , enchâsses dans ces bordures, figuraient les pierres précieuses dont étaient enrichis les véritables vêtemens, qui variaient de magnificence, suivant l’importance des personnages, et qui souvent, n’étant pas des costumes du temps, sembleraient retracer ceux de dignitaires du Bas-Empire en Orient. Les peintures des manuscrits nous en offrent des représentations entières et conformes à ce que l’on ne découvre qu’avec quelque peine dans plusieurs des statues mutilées de Saint-Denis.
Cependant ce n’était que la pierre dont on relevait ainsi le peu de valeur matérielle , et , jugeant sans doute que le marbre brillait assez de sa propre beauté, on le laissait dans toute sa pureté. On voit par plusieurs tombeaux de Saint-Denis et par de très-beaux fragmens de décorations architecturales que l’on v conserve, que, sous S. Louis , les têtes , quoiqu’un peu sèches de touche, sont traitées avec soin et ne manquent pas de vérité. Si les draperies, surtout dans les figures de femmes, ne suivent que modérément les contours, ce n’est peut-être pas faute de talent pour les faire mieux sentir, mais c’était dans le costume du temps; et il se peut, d’ailleurs, qu’on n’ait pas trouvé convenable délaisser voir dans les figures sépulcrales des formes propres à réveiller des idées trop mondaines. Du reste, ces draperies, de même que celles des statues de l’église de Chartres, ont plus de moelleux que l’on n’en trouve ordinairement au gothique. Faites sans système et copiées avec justesse, elles ont souvent plus de souplesse que celles de temps bien postérieurs, et ne le cèdent pas à ce qu’on faisait alors en Italie; les jets des plis, naturels et bien suivis dans certaines parties, ont beaucoup de grâce dans leur ajustement. Le marbre a été manié avec adresse et avec art; et ces plis, bien refouillés, indiquent une main qui était maîtresse de sa matière, et qui , sachant mettre de la finesse dans l’exécution, n’en craignait pas les difficultés.
Dans l’architecture , les ornemens les plus fins , les découpures les plus légères, sont taillés avec une délicatesse qu’il serait presque impossible de surpasser et même très-difficile d’atteindre. Les colonnettes, les moulures multipliées, qui s’élèvent à une très grande hauteur ou qui enveloppent les courbes des ogives, ou des trèfles qui en décorent avec légèreté la partie supérieure et qui distinguent l’architecture de cette époque, sont arrondies, profilées et refouillées avec une pureté qui donne à tous ces détails beaucoup de grâce et de vivacité. En parlant des arts du temps de S. Louis, j’aurais pu citer la Sainte-Chapelle, l’un des plus beaux ouvrages de Pierre de Montereau; mais j’ai préféré prendre pour exemple Saint-Denis, qui offre réunies et distinctes des constructions bien conservées de différentes époques , et ou I on voit, à côté des ogives élancées de S. Louis, les arcades à plein cintre ou les ogives écrasées de Charlemagne, dont les formes lourdes et qui tiennent de celles de l'architecture abâtardie du Bas-Empire, contrastent
LE LOUVRE
avec l’élégance recherchée de l’architecture de S. Louis. On sait aussi que c’est a ce monarque que les rois ses prédécesseurs durent en grande partie les tombeaux et les statues qui consacrèrent leur mémoire, et que le saint roi les fit presque tous refaire : aussi ces royales catacombes, si riches en souvenirs, ne le sont pas moins sous le rapport des arts; et c’est là, mieux que partout ailleurs, qu’au milieu de cette assemblée de rois nous apprenons, pour ainsi dire, d’eux-mémes , à quel point chacun d’eux fit fleurir les arts dans leur belle France, et les droits que sur ce point ils se sont acquis à notre reconnaissance.
Quittons le dernier séjour de nos rois et parcourons d’autres parties de la France. Plus d’un antique manoir, des édifices remarquables, des églises, ont disparu de ce royaume, dont, pendant plusieurs siècles , ils avaient fait l’ornement; il en subsiste cependant encore assez pour prouver que l’art de bâtir y fut toujours en honneur , et que meme ses églises gothiques sont aussi belles d’ensemble et de détails que celles des autres contrées, et surtout que les églises d’Italie construites dans le meme système. Moins brillantes de marbre ou de matériaux précieux, les nôtres ne leur cèdent, ni pour la hardiesse des conceptions, ni pour la recherche et la délicatesse du travail. Quelqu’élégantes et riches que soient les cathédrales de Sienne , d’Ürvieto , de Bologne, l’architecture gothique française peut leur opposer avec confiance et avec un noble orgueil celles de Rouen, de Chartres, de Beauvais, d’Auch, de Reims, d’Amiens, de Notre-Dame à Paris et de Saint-Denis, sans compter une foule d’autres églises qui mériteraient d’etre citées , ne fut-ce que pour montrer combien d’architectes et de sculpteurs dut produire la France à des époques reculées. Si j’ai passé sous silence la cathédrale de Strasbourg, commencée en 1277 par Erwin de Steinbach , mort en 1335, c’est que , depuis long-temps à cette époque l’Alsace ne faisant plus partie de la France , l’Allemagne pouvait réclamer Erwin comme un de ses architectes. Mais aussi peut-on contester aux Italiens l’honneur d’avoir élevé la cathédrale de Milan, l’une de leurs plus belles églises gothiques. Il faut meme que leurs architectes n’aient pas eu de grands succès en ce genre, ou que du moins on n’ait pas eu assez de confiance en leurs talens , puisque parmi plus de trente architectes, la plupart italiens, qui concoururent, à différentes époques, pour la cathédrale de Milan, on choisit, en 1388, Nicolas Bonaventure, de Paris , et qu’on finit, en 1391 , par charger de cette immense et magnifique entreprise un Allemand, Henri de Gamodia,que Milizia (l) croit meme en avoir donné le premier projet en 1387. M. Cicognara(2) rapporte aussi qu’en 1399 on fit venir de Paris plusieurs architectes, entre autres, Jean Campomosia, Normand, et Jean Mignot, et qu’on employa quelques architectes de Strasbourg.
Mais revenons aux églises de France et d’Italie. Vers 1020, Fulbert, e'véque de Chartres , qui paraît avoir été aussi architecte, reconstruisait sa cathédrale; il est vrai qu’elle ne fut terminée que beaucoup plus tard , au xiv.c siècle. Cette église , très-remarquable par la hardiesse et la variété de son architec-
( 1 ) Tom. II , pag. 137.
(2 ) Sloria < fc/ta scullura, t. Il , p. 191
F. T LES TU IL EH 1RS
turc, l'est encore par le nombre considérable de statues anciennes dont elle estorne'e, etqui ne sont pas au-dessous de ce que produisaitalors la sculpture dans les autres contrées. A peu près à la meme époque, on refaisait à Venise , sur un nouveau plan, l’ancienne basilique de Saint-Marc: mais il paraît, maigre’ les dénégations de M. Cicognara, que ce ne furent pas des architectes vénitiens ni italiens que l’on chargea de cette grande entreprise -, et M. EmericDavid prouve, par le témoignage d’une foule d’auteurs italiens et meme vénitiens , que l’on fit venir des architectes grecs ou de Constantinople. Ce n’est pas que les arts eussent jamais été entièrement abandonnes en Italie, et qu’ils fussent restés llorissans en Grèce; de toutes parts ils étaient déchus du haut point où ils s’étaient élevés: mais, ainsi que le remarque M. d’Agincourt, invoqué par M. Cicognara et cité par M. Emeric David, si nous comparons l’école italienne à l’école grecque dans le xi.° et le xii. e siècle, « nous verrons qu’elle fut constamment moins heureuse. » Et dans un autre endroit, « Pour être juste » , dit-il, « il faut convenir qu’aux » époques où l’art fut totalement anéanti partout ailleurs , et lorsqu’il n’en- » fauta plus que des productions monstrueuses, à compter du iv.c et du » v.c siècle, il ne cessa pas de conserver dans la Grèce un vague souvenir » des principes qui avaient fait sa gloire si long-temps , et qu’il y a montre » constamment dans le dessin quelques restes des belles formes, dans l’or- » donnance une louable conformité avec les règles suivies par les anciens. » Ce que M. d’Agincourt dit de la sculpture et de la peinture , on peut le dire aussi de l’architecture. Saint-Marc en fournit la preuve : quoiqu’on y trouve la manière de construire des Grecs mêlée à celle des Orientaux , il y a cependant plus de sagesse dans la composition et dans le style que dans les églises élevées dans d’autres pays à la même époque et par d’autres architectes que des Grecs. On les retrouve encore dans la cathédrale de Pise , construite en partie de débris de temples grecs en 1063. Quoi qu’ait pu alléguer M. Cicognara contre M. Emeric David, il n’a peut-être pas encore prouvé d’une manière irréfragable que Buscheto , l’architecte de cette belle église, ne fut pas Grec de Constantinople, et ses raisonnemens ne détruisent pas les faits positifs cités par les auteurs italiens et même pisans, qu’a rapportés, à l’appui de son opinion , M. Emeric David, dont les Recherches sur l’art statuaire ont souvent été très-utiles à M. le comte Cicognara, qui y a puisé quelques idées mères et fondamentales , que , du reste , il a développées avec talent, et dont il a fait un brillant emploi.
Tandis que Sugcr, en 1140, faisait à Saint-Denis une nouvelle eglise de celle qu’avait élevée avec tant de pompe le roi Dagobert , on construisait la cathédrale de Sienne, édifice de la plus grande élégance , qui fut fini en 1160; mais, ayant été refaite en grande partie en 1322, elle doit avoir éprouvé de grands changemens et être très-différente de ce qu’elle était au xn.e siècle. En 1220 , Robert de Luzarches ( mort en 1289 ) donna la plus grande preuve de sestalens par la construction de la cathédrale d’Amiens (l), sans contredit l’une des plus belles productions de l’architecture
(1 ) Elle fut continuée par Thomas Cormont, et finie par son fils en 1269
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gothique tant par son plan , sa grandeur, que par la richesse de ses orncinens et de ses sculptures, et qui peut certainement, de toutes manières, être opposée a Saint-Antoine de Padouc, commence en 1271 ( 1 ) par le célèbre Nicolas de Pise. Ce ne lut qu’en 1290 que fut construite l’église d’Orvieto par Lorenzo Maitani; et, quoiqu’il y ait des parties très - remarquables , il s’en faut bien, si l’on s’en rapporte à Milizia, que l’on puisse la comparer pour la grandeur et la beauté, de même que l’église de Sienne, à la cathédrale d’Amiens, que cet auteur , sévère dans scs jugemens, met au premier rang parmi les églises gothiques. Sous S. Louis, Jean de Chelles (2) , Pierre de Montereau (3) et Eudes de Montreuil (4), élevèrent plusieurs belles églises, surtout à Paris, et ils ajoutèrent plusieurs parties à Notre- Dame, qui ne lut terminée qu’en 1351, par Jean Ravy. Les architectes français de cette époque et les églises qu’on leur devait, curent sans doute une grande renommée, puisque, vers la lin du xiil.c siècle, Etienne de Bonneville et dix autres architectes de Paris furent appelés à Upsal pour y bâtir l’église de la Trinité sur le modèle de Notre-Dame, qui méritait bien d’être imitée; car certainement c’est un des gothiques les plus beaux et des mieux entendus, et sa sculpture offre, dans les ornemens et même dans les figures, des détails traités avec une grande délicatesse et avec assez de vérité : aussi Milizia en fait-il un grand éloge , ainsi que de la disposition de son plan. On doit encore ajouter à la gloire des architectes français, que ce furent eux seuls qui construisirent ces superbes monumens, et que plus d’une fois dans les autres pays, et même en Italie, on eut recours à des talens étrangers pour élever les plus belles églises, dont plusieurs sont moins anciennes que celles de France.
On peut donc croire avec raison qu’aux époques qui suivirent la chute de l’empire dans l’Occident, et lorsque les arts étaient encore enveloppes de ténèbres, un jour plus pur ne brillait pas sur l’Italie , et que, malgré les exemples que lui offraient en foule les monumens antiques qui de toutes parts embellissaient son sol, malgré la pureté de son ciel, malgré la douceur de son climat, elle était loin d’être restée la terre classique des beaux-arts, et que, sur ce point, elle ne l’emportait guère sur la France. De même que ce ne fut pas chez elle que naquirent les arts qui l’illustrèrent autrefois , mais qu’ils y furent transplantés de la Grèce et de l’Orient , de même, dans les temps qui précédèrent et préparèrent leur renaissance en Italie, au
( 1 ) Cette église n’a été finie qu’en 1307, et la coupole en 1424.
(2) Jean de Chelles fit le portique qui sert d’entrée à Notre-Dame du côté de l'archevêché.
(3) Pierre de Montereau fut l’architecte de la première chapelle de Vinccnncs, et il refit en partie l’ancienne église de Saint- Germain des Prés; c’est à lui aussi que l’on doit la Sainte-Chapelle de Paris. Il est mort
(4) Eudes de Montreuil , qui suivit S. Louis en Orient, fortifia la ville et le port de Jalfa. Dans le nombre des églises qu’il fit ;t Paris, on citait celles de Sainte- Catherine duVal des Ecoliers , de I Hôtel- Dieu , de Sainte-Croix de la Brctonnerie, des Blancs-Manteaux, des Mathurins, des Chartreux , des Cordeliers : celte dernière église, construite en 1262 , fut hrùlee en 1580, et rebâtie de 1582 a 1606. Eudes de Montreuil est mort en 1289.
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xv.c siècle, ce furent encore tics circonstances heureuses pour elle , désastreuses pour la Grèce , qui y firent retluer les artistes grecs chasses de leur patrie , et qui reconnurent l’asile que leur donnait l’Italie en v important leurs connaissances, leurs arts, et les dernières étincelles de cette tlammc céleste qui
Leur donna chez les Grecs cette hauteur divine
Où jamais n’atteignit la faiblesse latine.
On est autorisé à s’exprimer ainsi sur l’Italie ancienne , lorsqu’on voit le peu d’artistes célèbres qu’elle a produits, tandis que toutes les écoles de la Grèce lui étaient ouvertes, et qu’elle s’était enrichie de ses chefs-d’œuvre et peuplée de ses artistes. Les arts ne trouvèrent pas dans ce sol étranger cette sève vigoureuse qui, dans leur première patrie, leur avait fait produire de si beaux fruits; ils eurent beaucoup de peine à s’y naturaliser. Exercés presque exclusivement par des Grecs , ils restèrent pendant long-temps grecs. Les fiers vainqueurs du monde , dédaignant ces arts qui avaient embelli leurs victoires, préféraient à la gloire et au plaisir de les exercer, la vanité de les asservir et de les payer. Il faut qu’il y ait eu bien peu d’artistes italiens, puisque Pline, dans sa nombreuse nomenclature, n’en nomme que quelques-uns, dont aucun ne peut être mis en comparaison avec les talens les plus ordinaires delà Grèce. Ainsi, dans les anciens temps, les arts, entièrement grecs en Italie , y déclinèrent plutôt qu’ils n’y profitèrent ; et , malgré la douce influence de son heureux climat, ils n’y échauffèrent pas le génie au point de faire égaler les modèles grecs que les Romains avaient enlevés par ostentation et comme trophées de la victoire , plutôt qu’animés à ces brillantes conquêtes par l’enthousiasme que leur inspiraient ces chefs-d’œuvre. Dans le moyen âge, ce fut encore plus au voisinage et aux souvenirs de la Grèce qu’aux inspirations des Italiens que les arts durent de se réveiller de leur long assoupissement. La Grèce, malgré sa faiblesse, mit à l’Italie le ciseau elle pinceau à la main , et, quoique marchant elle-même d’un pas maf assuré, elle lui servit de premier guide pour sortir de la barbarie , et lui apprit à mieux voir, à mieux sentir. Si les Italiens ont depuis laisse loin derrière eux leurs maîtres, peut-être auraient-ils encore mieux atteint le but dans la carrière des arts, s’ils n’eussent fait que perfectionner les principes qu’ils avaient reçus d’eux, et si, voyant la nature avec des yeux plus grecs, ils l’eussent toujours imitée avec leur première simplicité.
La plupart des églises sur lesquelles nous venons de jeter un coup-d’œil, étaient construites ou très-avancées , lorsque Charles V monta sur le trône, en 1364. Son règne fut très-favorable à l’architecture et à la sculpture. Ce sage roi en avait le goût; il aimait la magnificence et protégea les arts, qui ajoutent à sa valeur et lui donnent une véritable beauté. Ainsi que ses prédécesseurs, il éleva de belles églises, entre autres celle des Célestins a Paris, à laquelle il prodigua ses soins, et qu’il se plut à décorer avec luxe. Servant, pendant plusieurs siècles, de sépulture aune foule de personnages distingués, elle était devenue très-remarquable par la quantité de ses tombes et de ses mausolées; les rnonumens et les inscriptions de cette vaste église étaient, pour ainsi dire, un musée funèbre et les archives des plus
anciennes lamilles de Paris : depuis long- temps elle n’existe plus. Mais Charles Y ne se borna pas a construire des églises ; il agrandit et embellit plusieurs demeures royales, qui, par leur petitesse et le peu de commodité' quelles ollraient, ne convenaient plus, depuis les progrès de l’architecture, a l’habitation des rois de France. De nouveaux châteaux s’élevèrent, entre autres Creil, la Bastille, qui fut un château fort en même temps qu’une maison de plaisance , long-temps avant de devenir prison d’état. Charles V augmenta beaucoup Vincennes, dont il termina quelques parties, telles que le donjon, à partir du troisième étage. C’était un des châteaux qui , par la pureté de l’air et par la beauté de ses bois, plaisaient le plus à Charles V et à plusieurs de ses successeurs : aussi pendant longtemps en ont-ils fait leur séjour de prédilection; et Vincennes excitait l’admiration non-seulement des Français, mais même des princes étrangers. D après ce que rapportent les auteurs , sans nous donner cependant aucun détail , il parait que le château de Beauté, que Charles V fit bâtir dans le bois de Vincennes , était la plus agréable de toutes les maisons royales. Il n’en reste plus aucune trace; mais on sait que ce château avait été donné par Charles VII à la belle Agnès Sorel, qui, de toutes manières, mérita d’être nommée Dame de Beauté, et qui y mourut en 1450. Parmi les édifices construits par Charles V, il y a lieu de croire que l’hôtel Saint-Paul tenait le rang le plus distingué, et qu’il fut le plus considérable, peut-être même le plus magnifique. On peut en juger par ce que rapporte Sauvai de la grandeur immense et de la richesse de ses appartemens , de ses jardins et de tout ce qui en dépendait. C’était là qu’avaient lieu les grandes réceptions et les fêtes d’apparat; ce qui l’avait fait appeler l’hôtel solennel des grands cbattemens. Cet hôtel, qui en contenait plusieurs autres, occupait un vaste espace depuis la rue Saint-Antoine jusqu’au quai des Ce'Iestins. Détruit en 1516, il n’existe plus rien de son ancienne magnificence , et l’on n’en retrouve des traces que dans les noms de plusieurs rues de ce quartier , qui rappellent les édifices, les jardins , les vei'gers, la ménagerie de l’hôtel Saint-Paul. Les autres châteaux bâtis par Charles V ont éprouvé le même sort; il ne subsiste plus que quelques parties de Vincennes et du Louvre, et la solidité de ces monumens pi'ouve que si les travaux exécutés par ce monarque n’avaient pas été attaqués par la main des hommes , ils auraient bravé les effoi'ts xlu temps.
Pour pouvoir établir le plan du Louvre tel qu’on peut présumer qu’il existait sous Charles V, il est nécessaire de commencer par en donner les mesures principales consei'vées par Sauvai , qui les avait recueillies dans les Œuvres royaux , où il avait trouvé assez de détails pour pouvoir se flatter de parvenix-, par leur secours et avec ce qui restait du Louvre à son époque, à le restituer et à en dresser le plan. II n’a pas tenu ce qu’il avait promis , ou du moins ce plan n’existe pas dans son ouvrage : mais , en réunissant les matériaux qu’il a laissés épai’s, et en les confi’ontant avec les inductions que l’on peut tirer de ce qui subsiste encore, on rassemblera des données suffisantes pour reconstruire l’antique demeure de nos rois, ou xlu moins pour en donner une idée qui ait l’apparence de la vérité.