VOICI I.ES PLUS CONSIDÉRABLES I
Pour les achats de tableaux anciens et figures antiques de tous les grands j St
maîtres 509,073 8 »
Pour les étoffes d’or et d’argent payées sur les fonds des bâtimens 1,075,673 2 6
Pour tes grands ouvrages d’argenterie, outre ceux paye's par te trésor de
ï’argenterie 3,245,759 4 8
Nota. Tous ces grands oui-rages d’argenterie ont été
portes à la monnaie pendant ta dernière guerre.
Pour te cabinet des médailles, cristaux, agates et autres rarete's, dont le
Roi a acheté’ les six dernières anne'es de ces ine'moires 556,069
Pour tes appointeraens des inspecteurs et préposés auxdits bâtimens et travaux de Versailles et dépendances, gratilications aux contrôleurs ou autres, il a été payé, pendant Iesdites vingt-sept années, environ. . . . 1,000,000
Total 6,386,574 15 2
Total précédent 81,151,414 9 2
Total 87,537,989 4 4
Dépenses du Louvre et des Tuileries 10,608,969 4 5
Total général 98,146,958 8 9
Les dépenses du Louvre, des Tuileries, de Versailles et de ses dépendances, pendant vingt-sept ans, de 1664 à 1690, sont de quatre-vingt-dix-huit millions cent quarante-six mille neuf cent cinquante-huit livres huit sous neuf' deniers.
De 1641 à 1690, le marc d’argent a varié de 26 livres 10 sous à 29 livres 6 sous 1 1 deniers; et l’on peut prendre pour moyenne proportionnelle 28 livres : la livre d’alors vaudrait aujour-
d’hui 1 franc 93 centimes.
Les 10,608,969 4 5 employés au Louvre et aux Tuileries vaudraient. 20,475,310 59 Les 87,537,989 4 4 de Versailles et de ses dépendances 169,148,319 18
Total. 98,146,958 8 9
Total. 189,623,629 77
Nous avons vu que ie total des dépenses , durant vingt-sept ans , pour les constructions entreprises par Louis XIV, montait à 1 53,282,827 liv. 1 0 sous 5 den. , qui feraient aujourd’hui 295,835,857 francs 11 centimes; desquels en déduisant le
dernier total de 189,623,029 fr. 77 cent, absorbés par le Louvre, les Tuileries et Versailles, il reste 106,212,227fr,24 cent, qui auraient été dépensés pour les autres ouvrages exécutés sous Louis XIV de 1 664 à 1690, et dont il a été question ci-dessus.
ET LES TUILERIES
plusieurs rapports , en n retarde l’achevement. Il en avait, pour ainsi dire, hâte la ruine par la difficulté' ou meme par l'impossibilité où il avait mis les architectes qui devaient lui succéder, de combiner ou de raccorder ce qu’il avait ajoute avec ce que l’on voulait et ce qu’on devait conserver de la partie élevée par Pierre Lescot.
Cependant l’état déplorable où se trouvait, vers le milieu du xvin.c siècle, l’antique demeure de nos rois, et dont j’oftrirai tout-à-l’heurc un aperçu, excitait depuis long-temps de grands regrets et des rumeurs parmi tous ceux qui attachaient quelque prix aux souvenirs, aux monumens et aux embellissemens de Paris. Les écrits du temps retentissent de justes plaintes contre ce scandaleux abandon : on faisait apparaître les ombres de Louis XIV" et de Colbert, qui, s’exprimant avec douleur, éclataient en reproches sur le mépris qu’on semblait avoir pour un monument de leur gloire; le Louvre lui-même, personnifié dans des écrits ingénieux et mordans , élevait sa voix plaintive ou menaçante à la vue de ces murs naguère si somptueux, empreints de la grandeur de Louis XIV, et que cachaient de tous côtés des constructions nouvelles, au-dessus desquelles élevant sa riche architecture, il semblait vouloir venger cette insulte et les écraser sous ses pompeux débris.
Pour connaître à quel point ces sentimens douloureux étaient fondés, il suffira de remonter jusqu’en 1750 et de jeter nos regards sur l’aspect qu offrait le Louvre , ou plutôt la masse de ces constructions parasites amoncelées autour de ses murailles, et qui, telles que ces plantes qui li nissent par étouffer les arbres majestueux qui leur servent d’appui , seraient parvenues à dérober entièrement ce palais à la vue, et même à le détruire : car on ne se contentait pas d’adosser des maisons au Louvre ; on en perçait les murs, les colonnes; on arrachait les ornemens pour enfoncer des poutres ou pour sceller les pierres des nouveaux édifices ; et c’était aux propres dépens de ce palais que l’on assurait la solidité des édifices qui le déshonoraient. Il est inutile de parler de cette foule de maisons, d’églises, de petites rues, de masures, qui encombraient l’espace entre le Louvre et les Tuileries ; il en existe encore une partie, et nous les avons vues serrer de beaucoup plus près ces palais. C’était une ville qui les séparait l’un de l’autre, et du moins elle ne leur nuisait que pour le coup d’œil et pour les approches. On ne s’occupait guère alors de dégager la place entre le Louvre et les Tuil eries; car l’ancien hôtel de Longueville ou d’Alençon , bâti par Métezeau, fut en partie reconstruit en 1750, et devint la ferme des tabacs. En 1 7 55 on rebâtit l’ancien hôtel d’Elbcuf, nommé successivement hôtel de la Vieuville jusqu’en 1020, ensuite de Luynes , de Chevreuse , d Epernon ; une foule d’autres hôtels n’étaient séparés des deux palais que par des rues étroites, où la lumière ne circulait qu’à regret.
Mais rapprochons-nous du Louvre. Du côté des Tuileries , des maisons considérables s’élevaient contre une partie de la façade et laissaient à peine la place pour entrer dans la cour; des jardins venaient jusqu’au pied des murailles : vers la Seine, les jardins de l’Infante et ceux du due de Nevers, qui en faisaient la suite, servaient de cour aux écuries que l’on
avait établies clans les anciens appartenions de la Heine et dans ces salies préparées par Perrault, et cpii brillent aujourd’hui de tant de chefs-d’œuvre. Le garde-meuble et des écuries étaient adosses au Louvre dans toute la longueur de la colonnade, qui non-seulement servait de soutien à la charpente, mais encore où l’on avait fait des trous pour y pratiquer des scellemens. Les cntre-colonncmcns, en partie mures, offraient différentes distributions ; et, de tous cotes, des cheminées et des tuyaux de poêle vomissaient une fumée qui s’attachait aux ornemens et qui les dégradait. L’hôtel des Postes était aussi de ce côté; et l’on voit qu’il y avait long-temps que le Louvre était ainsi abandonne à la dévastation , car ce ne fut qu’en 1738 que cet hôtel reçut cette destination : en 1709 c’était celui du marquis d’Antin , surintendant des bàtimens; et l’on dirait que, sous les yeux de Louis XIV, le ministre charge de conserver et d’embellir ses palais avait accolé sa demeure au Louvre pour en surveiller de plus près la destruction : c’était comme le mineur qui s’attache au bastion pour le faire sauter.
Si l’on tournait du côté de la rue du Coq, l’hôtel de Créqui, celui du gouverneur du Louvre, des jardins, masquaient toute cette partie; quelques-uns des édifices touchaient même aux murs du palais , où l’on ne pénétrait que par une étroite entrée. On trouvait alors dans la cour deux grands bàtimens qui en occupaient une partie et qui servaient de magasins. D’un autre côté, les déblais, les immondices, s’étaient amoncelés à une telle hauteur, qu’un nouveau sol s’élevait sur l’ancien terrain du Louvre, et qu’il aurait servi à résoudre le problème des ruines de Rome, ou d’une ville qui a toujours été habitée , et dont les décombres, plus respectes que les monumens , ont accru le sol de plusieurs pieds.
D’après cet exposé de l’état déplorable où se trouvait le Louvre, on voit que ce n’était pas sans raison que l’on plaidait si fortement sa cause , et que l’on craignait, le mal empirant chaque jour, que l’insouciance qu’on mettait à l’arrêter n’amenât bientôt la destruction de ce beau monument. Ceux qu’élève l’architecture demandent tant de soin , il faut une telle surveillance pour s’opposer à l’action lente, mais énergique, du temps et de l'atmosphère, qui unissent sans cesse leurs efforts, que, si, au lieu d’y résister, on se joint, pour ainsi dire, à ces agens destructeurs, et que chaque jour on renouvelle ses attaques, il est impossible que les édifices qui paraissaient devoir braver les siècles, ne succombent pas. Malgré les dégradations qui avaient désolé le Louvre, on doit s’estimer heureux que les habitations qu’on y avait établies ne lui aient pas été plus funestes , et que ce palais, comme autrefois le Colisée et le palais des Césars , ne soit pas devenu de vastes et commodes carrières, et qu’on n’en ait pas arraché les pierres pour élever sur ses ruines d’insultans édifices. Mais ces désordres allaient cesser, ou du moins être suspendus : il parut enfin pour le Louvre un sauveur fait pour donner quelque espoir et quelque consolation aux mânes indignés des rois, de Lescot, de Colbert et de Perrault; ce fut M. de Marigny, nommé en 1754 surintendant des bàtimens. Zélé pour le bien, aimant les arts avec un goût éclairé, protecteur ardent du mérite, il se fit, comme Colbert, un devoir de le rechercher et de l’employer. Il mit aussi
ET LES TUILERIES
son honneur à poursuivre les grands plans de ce ministre pour les cmbcllisscmens de Paris. On lui doit beaucoup , et la reconnaissance se plaît à associer son nom à ceux des hommes d’etat trop peu nombreux auxquels les arts ont eu de véritables obligations.
Charge de la direction des bâtimens de la couronne, M. de Marigny tourna d’abord ses regards vers le Louvre, et un des premiers soins de son administration lut de songer à le reparer ou à le mettre en état d être continue. En 1755 il obtint du Roi l’ordre de rétablir ce palais et de reprendre les travaux. Depuis long-temps on n’y avait vu, avec chagrin , que des ouvriers employés à en avancer la ruine, et l’on sut très-bon gre au surintendant qui voulait arrêter ces desordres. Il lui fallait une sorte de courage : des personnes puissantes occupaient les hôtels qui encombraient et qui cernaient le Louvre, et ce n’êtait qu’une volonté ferme qui pouvait faire parvenir M. de Marigny à les forcer de renoncer à de riches demeures, qu’elles croyaient avoir le droit déposséder tranquillement, et où l’on n’aurait jamais du les laisser s’établir. Le premier service que le surintendant rendit au Louvre, fut de le débarrasser de toutes ces constructions qui en obstruaient l’intérieur et les alentours ; et ce fut alors que l’on put mieux juger des dégâts qu’elles y avaient causés ( 1 ).
Je ne puis m’empêcher, à cette occasion , de citer le service du même genre que M. Devilliers du Terrage, préfet de Nîmes, et M. de Laugier de Chartrouse, maire d’Arles, ont rendu aux belles arènes antiques de ces deux villes. On leur doit d’avoir, avec le peu de moyens mis à leur disposition , déblayé ces deux vastes et superbes monumens des maisons ou des masux-es qui les remplissaient et les défiguraient. Les habitans de ces villes , les voyageurs, et les amateurs de l’antiquité , leur paiei-ont sans doute, pour ces interessans travaux , un juste tribut d’éloge et de reconnaissance. J’ajouterai
(1) Pour ne pas interrompre le fil dure'cit parties détails qui ne sont , pour la plupart des lecteurs , que d’un interet secondaire , mais qu’il est bon de conserver, je donnerai ici un aperçu de la manière dont en 1755 étaient occupés le Louvre et ses alentours.
Ces docuniens sont tirés du texte et surtout des planches de J. F. Blondel , t. IV, p. 28 etsuiv.; mais dans ma marche je suis un ordre différent du sien : en indiquant, dans les distributions , la gauche ou la droite , il sera censé que ces désignations ont rapport au spectateur qui regarde l’aile dont il sera question. Mes planches 10,
11,12, pourront servir de guides fidèles dans une grande partie du Louvre.