‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 83 sur 286 · CÔTÉ DU MIDI · texte numérisé non relu

CÔTÉ DU MIDI

Rez-de-chaussée. A l’angle de gauche, une fenêtre sur la cour et deux sur la Seine, ateliers de Francin , sculpteur du Roi. Tout le reste de cette aile, dans toute sa profondeur, formait les appartemens du duc de Nevcrs; son jardin faisait suite à celui de l’Infante. On avait construit contre la façade, sur la rivière, des terrasses et des escaliers de communication avec le jardin de Nevers. Dans le grand vestibule du pavillon du milieu, il n’existait de libre qu’un passage pour aller au jardin de l'Infante , le reste dépendait de l’appartement du duc de Nevers ; et les deux fenêtres qui , sur la cour, précèdent le pavillon du milieu, étaient celles de scs écuries. De ce pavillon jusqu’à l’extrémité de la façade en retraite du côté de la Seine, tout l’intervalle entre le mur de face de Perrault et celui de Le Vau , de P en M, pl. 11, était resté vide et à découvert ; quelques murs de refend annonçaient une distribution projetée. En partant de la gauche , ils répondaient entre

LE LOUVRE

rêparee, et rendue, pour ainsi dire , à son premier état, a les mûmes obligations a M. Dcvilliers du Terrage. Que ne puis-je annoncer de même que ces exemples ont etc suivis à Vienne en Dauphine, cette ville si riche en inonumcns et où ils sont en si mauvais état, et à Lillcbonne, entre Rouen et le Havre ( p. 75,77 ), et publier qu’on a déjà dégagé son théâtre antique des terres qui le recouvrent en partie! Ce monument mérite d’autant plus d’ètre exhumé de son tombeau, qu’il est très-curieux par sa construction, et que c’est le seul de ce genre dans cette partie de la France. Mais il est permis d’espérer que les vœux des personnes qui attachent quelque prix aux restes précieux de l’antique France, seront enfin remplis, et que les fouilles , qui n’ont pas encore pu avoir lieu , s’exécuteront quelque jour. 11 serait bien aussi à desirer que les villes pussent elles-mêmes faire des fouilles dans leur propre terrain , et qu’elles conservassent les antiquités qu’on y découvrirait : ce sont des débris, pour ainsi dire, sacrés; et ces monumens, archives vénérées du pays dont ils ont fait l’honneur et dont ils retracent les anciens souvenirs, devraient attirer les mêmes respects que les ossemens de nos pères. Si l’on en fait une spéculation,

la seconde et fa troisième fenêtre, fa quatrième et fa cinquième. II n’y avait de bâti intérieurement que l’espace entre fa sixième et fa dixième fenêtre. Cette partie sur fa rivière et toute cette aile sur fa cour composaient les appartemens du premier e'cuyer de fa Reine, et comprenaient tes petites salles du muse'e royal des antiques sur fa cour. On voit d’après le plan de Bfondel que fa cuisine occupait les deux premières fenêtres de gauche de notre salle du Héros combattant. Le tiers de celle du Tibre , M , du côté de fa Seine, étant entre les constructions de Perrault et celles de Le Vau , était encore à découvert. Cette salle, telle qu’elle était alors, et le corridor de Pan, V, faisaient partie des salles d’audience du ministre de la guerre; et, en continuant toul-àl’hcure nos excursions hors de cette partie du Louvre, nous verrons quelles s'étendaient plus loin.

Premier étage. Toute la partie de cette façade sur la Seine, entre les murs de Perrault et de Le Vau, était à découvert, excepté le pavillon d’angle et les deux fenêtres que nous avons indiqués plus haut; et, à partir du pavillon du milieu , il n’y avait qu’à la huitième fenêtre que l’on eut fait un logement.

Dans la cour, de l’angle de gauche jusqu’aux deux tiers du pavillon du milieu,

magasins des menus-plaisirs; les entresols servaient d’ateliers à une foule d’ouvriers de tout genre qui travaillaient aux décorations, aux costumes et aux autres détails des fêtes et des spectacles de la cour. Dans un tiers du pavillon du milieu et dans le reste de cette aile , où doit être placé le musée Charles X , on avait fait des logemens pour des personnes de la cour.

Nous avons parcouru tout le carré du Louvre : nous jetterons un coup d’œil sur les parties qui y ont été ajoutées en dehors.

On a vu qu’une portion de la salle du Tibre était destinée aux audiences du ministre de la guerre ; celle du Candélabre , pi. 10, L, le vestibule d’entrée, C, les salles des Empereurs romains, E, des Saisons, F, celles qui leur correspondent sur la cour, et toute la cage du grand escalier, D, au rez-de-chaussée, appartenaient aussi à ce ministère. A l’exception d'un petit vestibule, A, tout le rez-dechaussée de ce pavillon servait de magasin de papiers à l'imprimerie royale; les autres pièces de l’ancien appartement de la Reine, de G en 1 , et la première fenêtre de la salle de la Diane, K, avaient été conservées à cause de leur beauté, et on les montrait au public. L’autre partie de la salle de la Diane était occupée par des statues antiques qui , depuis, furent placées il Versailles et a Marlv Dans la

ET LES TUILE Kl ES.

et si l’on n’exhume les antiquités que pour les lancer dans le commerce, elles seront bientôt dispersées, expatriées.

Mais revenons au Louvre. Louis XV ne se borna pas à le debarrasser des constructions qui lui étaient étrangères, et à le faire reparaître tel que l’avait laisse Perrault ; il voulut aussi que l’on continuât les parties qui avaient etc interrompues. On reprit donc les travaux des trois façades, que l’on éleva en suivant le système des trois ordres. Il parait meme qu’on ne fut pas arreté par le manque d’accord qui devait nécessairement avoir lieu dans les façades intérieures du midi et du nord lorsque les constructions du troisième ordre seraient venues se joindre à l’attique de Lescot, que 1 on avait conservé. Mais ces murs de face ne furent pas élevés jusqu’à cette hauteur. Gabriel , architecte distingué, dont le père et le grand-père avaient suivi la meme carrière , fut chargé de réparer et de terminer le Louvre. Ce ne pouvait être pour lui de grands titres à la gloire ; il n’avait qu’à suivre les plans conçus par Perrault. Mais depuis , se livrant à ses propres idées , il s’est acquis une réputation méritée par des monumens qui , malgré quelques imperfections, lui font grand honneur , l’Ecole militaire, le Garde-meuble de la couronne, et la place Louis XV; on lui doit

dernière fenêtre de cette salle, à droite, on avait ménage' un petit oratoire. La voûte de cette grande pièce e'tait masque'e par des entresols qui , ainsi que tout le reste , aa, g g , de cette aile , e'taient remplis de logemens de personnes attache'es à la maison du Roi.

Premier étage. Une des salles de l’acade'mie des sciences, ainsi qu’il a e'te' dit plus haut, avait autrefois fait partie de l’appartement d’Henri II et d’Henri IV.

Cette acade'mie avait encore trois autres pièces, dont deux dans les deux tiers de l’immense salle actuelle qui précède celle des séances royales; là se trouvait le dépôt des instrumens et des machines de cette illustre société. La salle en retour, où sont aujourd’hui des vases antiques, le grand salon rond, tout ce que comprend la première partie de la cage de l’escalier du M usée et le pavillon d’angle qui renfermait autrefois la salle de spectacle , avaient été donnés a l’académie de peinture et de sculpture, fondée en 1G50. A l'extrémité du pavillon , et le touchant, était la maison du directeur et du secrétaire perpétuel de cette académie , alors Carie Vanloo et Lépicié.

La partie de cet étage qui donne sur la cour du Musée, entre les pavillons, était habitée par des personnes de la maison du

Roi. Une portion de la galerie d’Apollon où étaient exposés de beaux tableaux et des plâtres, servait à l’étude des élèves de l’académie; ils y avaient même des ateliers. Le grand salon de l’exposition des tableaux et des sculptures , qui avait lieu tous les ans au 25 d'août, était où il est aujourd’hui : on y arrivait par la galerie d’Apollon et par un escalier qui se trouvait dans la pièce de droite, a, où est aujourd’hui le secrétariat du Musée royal.

La fenêtre du milieu de cette petite aile était la porte d’entrée. On passait du salon dans la grande galerie , dont je parlerai dans un autre endroit, ainsi que des plans des villes de guerre quelle renfermait; je parlerai aussi de l’imprimerie royale et de la monnaie des médailles , qui en occupaient le dessous.

Cette distribution , qui menaçait d’une destruction totale le Louvre, quelle défigurait, avait été faite en grande partie en 1747, et l’on peut juger des embarras de toute espèce qu’elle dut suscitera M. de Marigny , lorsqu’il entreprit de rendre le palais à son ancien éclat. Nous aurons occasion plus tard de porter encore nos regards sur l’état où ce palais de nos rois était retombé quarante ans après ce sage cl zélé surintendant des bâlimens du Roi.

LE LOU VUE

toute cette belle partie Je Paris. Le Louvre ne lui eut pas autant d’obligations : il parait que, quelque intérêt qu’y prît M. de Marigny, les travaux ne lurent pas pousses avec une grande activité; les façades ne furent elevees qu’en partie; on ne s’occupa point des intérieurs; et quant à l’extérieur, il n’y eut que très-peu de sculptures terminées. Gabriel lit avec goût et intelligence de nouvelles dispositions dans le beau vestibule d’entrée du côté de la rue du Coq, auquel avaient déjà travaillé Le Mercier et Perrault; mais il ne l’acheva pas, et ce fut Soufllot qui en compléta l’exécution et la décoration.

En voyant reprendre avec ardeur les constructions du Louvre , on avait pu se flatter de l’espoir de voir parvenir à leur fin au moins celles qui entourent la cour : mais il était de la destinée de ce palais d’être, de siècle en siècle, de règne en règne, pris, quitté, repris, sans être jamais achevé; on dirait que sa construction doit durer autant que la monarchie , et que chaque souverain attache du prix à y ajouter quelques pierres, sans oser y placer la dernière. Ne serait-on pas tenté de croire qu’il est soumis à quelque fatalité, lorsqu’on voit toute la puissance de Louis XIV, son goût pour la magnificence, et les cent vingt ans qu’embrassent son règne et celui de Louis XV, ne laisser à Louis XVI qu’un palais incomplet, que chaque règne rendait plus inhabitable, et que ce prince trouva dans un état à peu près pareil à celui d’où l’avait fait sortir Louis XV ? Et de petits rois d’Egypte élevaient, comme monumens, des montagnes de pierre , revêtues de marbre, ornées intérieurement de tout le luxe de la sculpture et de la peinture, et ils ne s’y ménageaient pour l’éternité que l’espace d’un cercueil!

Quoi qu’il en soit des causes qui se sont toujours opposées à l’achèvement du Louvre, il n’était pas réservé à Louis XVI de le terminer. Il avait cependant l’intention de s’occuper de ce palais; mais d’autres soins plus graves le détournèrent de ce projet, et de tant d’autres qu’il formait pour le bien et la gloire de la France et pour l’embellissement de Paris, et que

la longue carrière qu’il pouvait espérer lui aurait permis d’exécuter , si

Mais jetons tm crêpe funèbre sur ces terribles événemens qui ont si cruellement anéanti ses nobles et généreux desseins. Ceux qu’il avait formés pour le Louvre n’eurent pas d’autre résultat que le déblaiement de la cour. Ce ne fut pas une petite opération : le terrain s’y était, par les décombres entassés, élevé à une telle hauteur, que, dans quelques parties, il atteignait presque au premier étage, et que les salles du rez-de-chaussée étaient, pour ainsi dire, enterrées. Outre ces travaux préparatoires, on ouvrit une entrée du côté de la Seine, où, depuis les anciens temps , il n’y en avait jamais eu. M. Brébion fut l’architecte du vestibule qu’on y voit aujourd’hui , et qu’il laissa à d’autres le soin de terminer.

Tel était le Louvre, du moins à l’extérieur , lorsque tant de malheurs vinrent déranger tant de projets. J’exposerai les vicissitudes qu’à dillerentes époques ont éprouvées les diverses parties de ce palais, lorsque la description des salles qui s’y trouvent m’en fournira le sujet. On ne s’occupait plus du Louvre; il ne pouvait plus avoir la même destination qu’aux jours prospères de nos rois , et le gouvernement républicain le

ET LES TUILERIES

voua à l’étude clos beaux-arts. Mais, s’il est sorti des ateliers qu’on y forma de grands talens qui font honneur à la France, ce ne fut pas sans exposer le Louvre à de nouveaux dangers et à de déplorables dégradations.

Nos rois aussi aimaient à répandre leurs faveurs sur les arts , et à accorder des distinctions et la plus honorable retraite aux hommes de mérite qui les cultivaient. Ce palais avait été le berceau et le sanctuaire de toutes les academies. Henri IV avait pour les artistes une affection toute particulière : il voulait s’en entourer, les avoir près de lui ; il leur avait assigne des logemens dans une des parties du Louvre. Louis XIV, Louis XV, avaient suivi son exemple; Louis XVI les imita. Dans nulle autre capitale le souverain ne partageait ainsi sa demeure avec les artistes. Mais alors, au moins, il y régnait le calme qui convient à l’étude et à une habitation royale. Au commencement de la révolution ce fut bien différent : le Louvre fut envahi; c’était une ville prise d’assaut , livrée au pillage, et que chacun se partageait à son gré. Une jeunesse effrénée, que rien ne pouvait retenir, remplissait de nombreux ateliers , qu’elle abandonnait pour se livrer à toute l’impétuosité de ses jeux, ou de ses attaques contre des écoles rivales. Chacun s’établissait dans le lieu qui était à sa convenance. On bâtissait des maisons entières dans des salles qui n’étaient pas terminées : on ne respectait pas plus celles qui l’étaient ; elles recevaient de nouvelles distributions : on criblait de trous les plus belles parties de l’architecture. Les corridors , les salles , encombrés d’immondices , ne présentaient plus de tous côtés que des murs dégoutans de saleté, et d’où l’on aurait du être chassé par l’air infect qui s’en exhalait. Enfin ce nouveau temple des arts , dans les parties dont ils s’étaient emparés, n’offrait plus que l’image du plus repoussant désordre; et le Louvre, qui renfermait alors tant de talens divers, paraissait condamné à être détruit par des mains qui auraient pu l’embellir et l’achever dans toutes ses parties.

Ces désordres étaient trop violens pour qu’on ne vît pas qu’il était temps d’y mettre un terme. Le gouvernement jeta ses vues sur le Louvre ; on y laissa les compagnies savantes qui y étaient établies depuis long-temps, heureusement pour ce palais , dont elles avaient conservé les salles destinées à leurs séances. Les victoires et les conquêtes venaient d’enrichir Paris des chefs-d’œuvre de peinture et de sculpture de la Grèce et de Rome antique et moderne, et des autres villes de la belle et malheureuse Italie. Enlevées autrefois à la Grèce , les admirables productions de l’antiquité se voyaient arrachées à leur seconde patrie, et lancées de nouveau dans des terres étrangères, comme si leur destinée eut été de parcourir le monde, et d’y répandre l’amour des arts et le goût pur et simple des grands maîtres auxquels on les devait. Jamais conquête n’excita plus de joie; et cette immense et riche dépouille de Rome, qu’elle laissait dans le désespoir, fut accueillie à Paris avec le transport que pouvaient inspirer de si brillans trophées.

On assigna à cette collection les salles du Louvre qui forment aujourd’hui en partie le musée des antiques; et l’on chargea M. Raimond, architecte, de les disposer pour recevoir ces chefs-d’œuvre. C’était une grande opération ; il

LE LOUVRE

ne s’agissuit pas seulement de décorer des salles toutes faites , la plupart étaient entièrement à laire : il fallait en ordonner autrement les distributions; en reprendre quelques-unes, pour ainsi dire, dans leurs fondations; soutenir en l’air des murs énormes , afin d’y pratiquer les ouvertures necessaires à la circulation. Ce travail présentait de grandes difficultés et exigeait beaucoup cl’Iiabilcte ; c’était l’ouvrage de plusieurs années. M. Raimond le commença , et déblaya quelques parties du Louvre des baraques qui l’obstruaient encore. Les salles qui, à partir de l’entrée actuelle du Musée, composaient autrefois les appartemens d’Anne d’Autriche, et celles de l’extrémité en retour sur la Seine , furent restaurées et mises en état de contenir une grande quantité de statues et de monumens antiques. Ce fut là l’origine du Musée royal tel qu’il est aujourd’hui ; on réunit aux trésors apportés nouvellement d’Italie les chefs-d’œuvre que François I.er et Henri IV en avaient tirés autrefois, et qui, pendant long-temps, dispersés et meme négligés dans des habitations royales et dans des salles du Louvre , étaient loin d’attirer les regards comme ils le méritaient. M. Raimond ne vécut pas assez pour achever ce qu’il avait entrepris et conduit avec talent. Après lui, les travaux du Louvre, confiés à MM. Percier et Fontaine, ne pouvaient pas être remis en des mains plus habiles et plus sûres. Familiarisés avec les chefs-d’œuvre de l’architecture antique et moderne, ces deux chefs de notre école, qui doit à leurs leçons la plupart des architectes distingués d’aujourd’hui , réunissaient tous les talens que l’on pouvait desirer, non-seulement pour continuer les travaux du Louvre, mais même pour y faire les plus heureux changemens et l’embellir par leurs riches compositions.

En 1803 les travaux furent repris avec activité. On fit de nouvelles dispositions dans la galerie du Louvre; on ménagea des jours bien entendus , pris de haut, dans les dernières travées du côté des Tuileries, et l’on y plaça une partie des tableaux des écoles d’Italie. Dans les deux années suivantes, MM. Percier et Fontaine s’occupèrent de la façade de cette galerie du côté de la rivière; ils ragréèrent les parties qui en avaient besoin , et terminèrent celles qui n’étaient que commencées. On fut obligé, du côté de la cour des Tuileries, de reprendre des fenêtres en entier, et d’y rétablir la régularité.

Les travaux de 1806 furent plus importans , sous le rapport des arts, et d’une exécution beaucoup plus difficile. Les salles du musée de sculpture, commencées par M. Raimond, et dont on verra bientôt la description, furent continuées , malgré tous les obstacles qu’en présentait la construction , et l’on y déploya dans la décoration une grande richesse, alliée à un goût pur et simple, en harmonie avec les chefs-d’œuvre de l’antiquité que ces salles devaient renfermer. Les anciens projets du Louvre n’offraient rien pour leur distribution et leurs ornemens; elles n’étaient que vaguement projetées et sans destination dans le plan de Perrault. C’est entièrement à MM. Percier et Fontaine que l’on doit cette suite de pièces, dont la beauté peut soutenir avec avantage la comparaison avec ce qu’il y a de plus magnifique en Europe. Ce fut aussi en 1806 que le gouvernement

ET LES TUILERIES

acheta et fit démolir une partie des maisons qui remplissaient l’espace entre le Louvre et les Tuileries. L’hôtel de Brionne, qui touchait presque ce dernier palais, avait déjà disparu. On prolongea la terrasse des Feuillans jusqu’à la place Louis XV. L’inégalité du terrain vers cette extrémité , les maisons, les cours qui l’encombraient, obligèrent à de grands travaux.

En nous reportant vers le Louvre, nous verrons que les difficultés s’y multipliaient à mesure que les constructions faisaient des progrès. Il ne s’agissait pas seulement de l’intérieur du palais; il fallait en terminer les façades, et coordonner celles qu’avait élevées Perrault, avec la partie que l’on devait à Pierre Lescot. Alors se renouvelèrent les anciennes discussions qui avaient eu déjà lieu à ce sujet , et qui n’avaient encore pu produire aucune solution satisfaisante. Les obstacles étaient toujours les mêmes , et pour les vaincre on aurait été de part et d’autre obligé à trop de sacrifices , auxquels il était bien difficile, si ce n’est impossible , de consentir. Conserverait-on l’ancien Louvre de Lescot , qui , par ses proportions et la richesse de scs détails, avait droit à bien des égards, et y raccorderait-on les trois autres façades? Mais alors il fallait en supprimer ce qui était déjà construit du dernier ordre; et bien plus, on aurait été forcé de détruire la colonnade, qui, beaucoup plus élevée que la façade de Lescot, n’eut plus été en proportion avec celle qu’on y aurait adossée. D’un autre côté, si l’on voulait suivre le plan de Perrault, et y subordonner ce qui restait à faire au Louvre , on en était réduit à enlever l’attique de Lescot, les belles sculptures qui le décorent, les caryatides de Jacques Sarrazin , pour les remplacer par le troisième ordre de Perrault. Qu’aurait-on dit si l’on eut pris un tel parti, si outrageant pour la mémoire d’un de nos plus grands architectes , et pour celle de François I.cr et d’Henri II , dont les noms et les souvenirs , empreints sur chaque pierre de ce beau monument, rappellent des époques où les arts jetèrent en France un si brillant éclat? De tous côtés la question se présentait hérissée de difficultés, dont MM. Percier et Fontaine, ni aucun autre architecte, ne se fussent hasardés de prendre sur eux la responsabilité ; et si l’on se trouve dans un grand embarras lorsque, pour terminer un monument, on est contraint de faire un ensemble des parties qui se refusent à une réunion harmonieuse, on n’en éprouve pas un moins grand pour se décider à sacrifier l’une de ces parties à l’autre , lorsque , malgré leurs défauts , elles oflrent des beautés qui , les contre- balançant, ont mérité l’admiration de plusieurs générations.

Ce n’était qu’une réunion d’architectes et d’artistes du premier mérite qui, par une discussion approfondie, pouvait éclaircir des points aussi importans , et faire prendre un parti dont on n’eut pas un jour à se repentir. Ce fut aussi ce qui arriva. On vit, avec raison, que le Louvre, par la nature des plans successifs et variés auxquels il avait été en proie, était condamné à ne jamais présenter un ensemble régulier, et qu’il devait subsister comme un magnifique exemple et un monument de l’incohérence des idées qui l’avaient dirigé, et des variétés que le goût avait imprimées au caractère de I’ architecture aux époques où cet art fut le plus en honneur en France.

LF. 1,0 U VUE

Et au fait, le Louvre ollrc ù-la-fois les brillantes qualités et les vices de 1 architecture française pendant plusieurs siècles ; on peut dire avec justice (pie ses beautés égalent celles des palais les plus remarquables de l’Europe, et que ses défauts sont peut-être moins nombreux et moins appareils que ceux de bien des édifices célèbres dont se vantent plusieurs contrées. Enfin, après de nombreuses discussions et un examen approfondi sous tous les rapports, il fut résolu qu’en reprenant les travaux on conserverait des constructions de Lescot et de Perrault tout ce qu’on pourrait en respecter, et que l’on continuerait dans trois des façades de la cour le troisième ordre de Perrault, qu’on raccorderait le mieux possible avec la façade de Lescot et de Le Mercier. On eut à regretter d’être obligé de démolir l’attique de l’aile qui, dans la cour , regarde le nord; c’était l’ouvrage de Lescot et de Goujon : mais on ne pouvait pas le combiner avec le nouveau projet d’achèvement du Louvre ; et les riches sculptures qu’on en enleva furent placées dans d’autres parties du palais. Ces travaux considérables demandaient plusieurs années : des parties entières étaient à faire; d’autres ne présentaient que la masse des pierres, et il s’agissait de les enrichir de sculptures. Tout fut exécuté avec le plus grand soin ; et si l’on ne s’arrête qu’aux détails de l’architecture et de la sculpture , on ne peut rien voir de plus achevé. Ce travail, au reste, était ingrat et peu agréable pour nos architectes, et, quel que fut le talent qu’ils y déployaient , ils ne pouvaient pas remédier aux vices constitutifs et irréparables du Louvre. En conservant ce qu’on ne pouvait changer sans tout abattre , ils n’avaient aucun moyen de parvenir à raccorder l’extrémité des ailes, d’après le système de Perrault, avec les frontons circulaires de Lescot, qui viennent s’y rejoindre. S’il se trouve des incohérences dans ces raccords, elles étaient inévitables; ce n’est pas à nos architectes que peut en être adressé le reproche , mais à Perrault, qui , moins sage que Le Mercier, altéra les plans de Lescot , et mit ses successeurs dans la dure nécessité de ne développer toutes les ressources de leur art que pour produire un palais incomplet.

Al n és avoir envisagé le Louvre sous les rapports de son histoire , de son ensemble et de son architecture sous les diflérens règnes de nos rois , nous le considérerons dans son état actuel, en nous occupant des sculptures dont il est orné. La description des façades et des salles de ce palais fera passer sous nos yeux une foule de bas-reliefs et de figures de ronde bosse qui le décorent dans toutes ses parties, et dont un grand nombre n’est pas remarqué, soit à cause de l’élévation où ils sont placés, soit parce que l’on fréquente peu les endroits où ils se trouvent; il y en a même qui ne sont connus que de peu de personnes, et cependant ils méritent d’attirer l’attention. J’ai donc cru rendre service et faire plaisir aux artistes et aux amateurs , en leur offrant cette suite considérable de sculptures de haut et de bas relief qui enrichissent le Louvre , et dont une bonne partie n’a jamais été gravée ( 1 ).

(1) Les petits frontons de la cour du rvatides et quelques autres sculptures orne- Louvre , les anciens œils-de-bœuf , les ca- mentales, publies sur une forte échelle

11 n’existe plus au Louvre de sculptures ni de details d’architecture de ses anciens temps; et, tous les ornemens et les basses /ailles des Jean de Saint - Romain , des de Launay, et des autres sculpteurs des règnes de Charles V et île Charles VI, ayant disparu, nous ne pouvons plus, en parcourant le palais qu’ils avaient embelli, établir de comparaison entre les ouvrages de leurs époques et ceux des règnes de leurs successeurs, ni suivre la marche des progrès qu’un siècle avait fait faire aux arts depuis Charles VI jusqu’à François I.cr ; car c’est seulement du règne de ce grand roi que datent les plus anciennes sculptures qui décorent le palais que nous voyons aujourd’hui et dont il fut le réparateur.

il serait difficile ou embarrassant , dans les excursions que nous allons entreprendre autour du Louvre et dans son intérieur , de suivre une marche régulière, par rapport aux époques des sculptures. Auprès d’anciens ouvrages il s’en trouve de nouveaux , et nous les décrirons à mesure qu’ils se présenteront sur notre route, en cherchant cependant, autant qu’il sera possible, à tourner d’abord nos regards sur ceux auxquels leur ancienneté donne le droit de passer les premiers. Si, dans le compte que je rendrai des anciennes productions de la sculpture française, j’énonce mon opinion sur leurs différons degrés de mérite , ces critiques sont sans inconvénient. Quant aux ouvrages modernes, dont les auteurs existent encore, on me pardonnera d’en agir autrement, et plus d’une personne, du moins je l’espère , me saura gré de ma reserve. Assez d’autres sans moi exercent et exerceront une critique plus ou moins sévère : ce n’est pas mon but en parlant des ouvrages qui sont nés sous nos yeux; je me bornerai à les décrire. Personne n’ignore qu’à coté de belles choses, près des modèles que nous ont laissés Jean Goujon et Paul Ponce, il y a des sculptures très-médiocres. Au reste, on doit reconnaître, à l’honneur de nos sculpteurs actuels, qu’en général ils se sont bien inspirés des beaux basreliefs qu’ils avaient sous les yeux, et que, pour la plupart, ils ont reproduit dans les leurs le style et le caractère de ceux avec lesquels ils

dans le superbe ouvrage de M. Baltard sur le Louvre, ont e'te' dessine' s et grave's avec talent et dans leur véritable caractère par cet architecte ; et ce sont, pour les ouvrages de ce genre, des modèles à offrir, de même que les détails d’architecture reproduits par M. Baltard. Ce recueil m’a été de la plus grande utilité'. Les bas-reliefs des frontons ayant été dessinés tandis qu’on travaillait au Louvre, il a été facile, à la faveur des échafaudages , de s’en approcher et de les rendre avec exactitude; aussi me suis-je servi de ces dessins pour les sculptures dont l’élévation ne permet pas d’en saisir tous les détails : quant il celles que leur position donnait la facilite de copier, elles ont été dessinées avec

beaucoup de soin par feu Calmé , dont les arts regrettent la perte, et dont l’habileté dans les dessins au trait était bien connue, et par M. Frémy, qui partageait sa réputation pour le même genre de dessins. Mon ouvrage , dans l’exécution duquel il a succédé à Calmé pour les parties dont il s’était chargé , lui a les plus grandes obligations. Dire que ces basreliefs ont été gravés en partie par M. Normand père, c’est assez faire l’éloge de la pureté, du brillant et de l’esprit de leurs traits. Feu M. Alexandre Giboy jeune, graveur, qui marchait sur scs traces, en a aussi gravé quelques-uns, et il était digne par son talent d’être associé à cet habile artiste.

LE LOUVRE

outraient, pour ainsi dire, en concurrence. Mais ici , comme dans les autres parties, le génie qui présidé aux destinées du Louvre, et qui a décidé que toujours ce serait un tout incomplet, a fait sentir son influence. Exécutés par diverses mains, par des talens de degre's difiërens, ces bas-reliefs ne pouvaient pas avoir entre eux et avec l’architecture le même accord que lorsque Pierre Leseot, Jean Goujon, architectes et sculpteurs à-la-fois, mettaient dans la composition et dans l’execution de leurs travaux l’harmonie qui devait les lier à leur architecture. Un seul esprit, pour ainsi dire , concevait et dirigeait l’ensemble et les details. L’architecture et 1a. sculpture étaient dans le goût de leur école, et en avaient toute l’originalité. Aujourd’hui, ce n’est pas d’après leur propre manière de sentir, d’après un style à eux, que nos sculpteurs ont exercé leurs talens pour compléter la décoration du Louvre; ils ont été obligés de s’inspirer d’ouvrages dont le style, le costume, l’ajustement, ne leur étaient pas familiers, et qui sont en outre d’un caractère et d’un aspect différens de ce qu’offrent les chefsd’œuvre de l’antiquité , objet de leurs études. Us étaient obligés d’en faire de nouvelles , et dans une autre direction , pour faire prendre à leurs idées et à la manière de les rendre la tournure et l’esprit de celles des maîtres du temps de François I.c,r Les productions de nos sculpteurs ne pouvaient et ne devaient être , dans plusieurs parties du Louvre, qu’une imitation plus ou moins heureuse de celles du xvi.c siècle. Et ce sera encore par un des traits de la destinée de ce palais que ceux de ces bas-reliefs qui approchent le plus des œuvres de Jean Goujon, ne pourront pas un jour donner une idée du style de notre école actuelle. Ceux qui rendent le mieux la manière de ce maître passeront pour être de lui; les critiques regarderont comme des imitations ceux qui en sont moins près, mais qui rentrent dans son genre; et quant à ceux qui n’en ont aucun, il serait fâcheux pour notre école qu’ils servissent dans la suite à fonder un jugement sur notre style et sur le mérite de nos sculpteurs.

Quoique, dans cette description des sculptures du Louvre, il ne doive être question de celles de Jean Goujon que lorsque, dans nos excursions, nous serons arrivés à parler de la cour du palais , cependant il me semble qu’il est à propos, avant d’entamer ce sujet, d’entrer dans quelques détails sur ce grand maître , que notre école honore avec un juste orgueil, comme un de ses premiers et de ses plus illustres chefs.

Il est fort à regretter que cette fatalité qui s’attache souvent à l’origine des personnages célèbres et l’enveloppe de ténèbres, n’ait pas épargné Jean Goujon, l’un des hommes qui , dans les arts, ont fait le plus d’honneur à la France. On ignore le lieu, l’année de sa naissance , et toutes les circonstances de sa vie. Ce que l’on sait de plus certain , c’est sa liaison avec Philibert de Lorme et Germain Pilon. Quoique l’opinion générale soit qu’il naquit à Paris, il se pourrait bien cependant qu’Alençon ou ses environs lui eussent donné le jour. On dit qu’il y existait encore , il y a peu de temps, une famille de ce nom; et il y avait autrefois, dans une des églises de cette ville, des sculptures en bois, très-belles, entièrement dans le style de Jean Goujon , et qui passaient pour être de lui. Mais que l’honneur

d’être la patrie de cet habile homme appartienne à Paris on à Alençon, il n’en est pas moins positif que l’année de sa naissance n’est pas aussi certaine que celle de sa mort; et c’est de cette dernière date qu’il peut résulter quelques notions sur celle qui le vit naître. Goujon fut tue lors de la Saint- Barthelemi. D’après les ouvrages qu’il a laisses et les monurnens auxquels il a travaille, entre autres le château d’Anet, qu’il commença vers 15-48 avec Philibert de Lorme , il paraît que sa vie, comme artiste, dut être assez longue; et il était déjà sans doute au plus haut point de son talent lorsqu’on lui confia les sculptures d’Anet : ainsi l’on ne s’éloignerait peut-être pas trop de la vérité en supposant que Jean Goujon naquit vers

Si l’on ignore ce qui a rapport à sa naissance, on n’est pas mieux informé sur ce qui regarde ses premières études, ni sur le maître qui le dirigea dans la double carrière de la sculpture et de l’architecture , arts qu’on ne séparait guère alors, et dans lesquels il paraît qu’il eut également du succès. L’incertitude ou plutôt le manque absolu de documens auquel on est condamné à cet égard , laisserait le champ libre aux conjectures, et permettrait de jeter les yeux, parmi les maîtres qui auraient développé ses talens, ou sur Jean Cousin ou sur Jean Juste de Tours, hommes très-habiles, et que l’on peut croire être nés quelques années avant Goujon. Mais ce ne seraient que des suppositions, plausibles, il est vrai, mais que l’on ne saurait appuyer de raisons très - solides ; il ne nous reste pas de ces maîtres assez d’ouvrages incontestables , pour que nous puissions , en les comparant à ceux de Goujon, que nous leur donnerions pour élève , voir jusqu’à quel point, dans les différentes parties de la sculpture , son style se rapproche du leur, et peut servir à établir , pour ainsi dire, entre eux et lui une sorte de filiation ou de ressemblance de principes et d’école. Ces artistes , et d’autres qui furent ses contemporains , tels que Lescot , Bulfant, de Lorme, Paul Ponce, Germain Pilon , associés avec lui dans les mêmes travaux, semblent avoir été plutôt ses amis ou ses compagnons d’étude que ses maîtres. L’histoire et les biographes ne nous donnent aucun détail sur ce point; et il est fâcheux que nous n’ayons pas eu alors un Vasari pour recueillir ces particularités, ou que ce peintre, qui écrivait à l’époque où vivaient nos artistes, se soit borné, dans son grand travail, à ceux de l’Italie. Nous verrons même que, quoique Goujon ait certainement fait des élèves, nous n’avons pas de données positives pour désigner ceux qui sont sortis immédiatement de son école. II est assez à présumer que ce sculpteur , ainsi que plusieurs de ceux que la France possédait à cette époque, voyagea en Italie, où les attirait la renommée de l’école de Michel-Ange, qui brillait alors de tout son éclat. II est probable aussi que Jean Goujon fut une des personnes que François I."' adjoignit au Primatice, et auxquelles il confia le soin d’acheter en Italie cette grande quantité de statues antiques dont il embellit Fontainebleau et le Louvre. Et , lorsque nous examinerons les sculptures de Jean Goujon , nous aurons lieu de rechercher et d’apprécier ce qu’il dut à Michel-Ange , à ses vovages et à l’antique, ou ce qu’il ne tint que de son propre génie.

foi

Nous nous sommes déjà occupes, page 355 et planches 14 et 15, des sculptures qui décorent la façade du Louvre d’Henri II et d’Henri IV, du cote de la rivière , et nous allons en terminer la description ; c’est d’ailleurs de cette partie que commence l’examen que nous avons à faire de l’extérieur du Louvre.

La frise de cette façade du Louvre mérite d’être remarquée ( voyez pl. 15 et 10 ); elle se compose de sujets sculptés de haut-relief, qui ont rapport à la marine, à la guerre, au commerce. Les groupes de petits génies marins qui se jouent .avec des animaux fantastiques, sont assez bien traités, et je croyais pouvoir les attribuer en partie à Barthélemi Prieur, «pii réussissait dans ce genre de sculpture, qu’il employa à Eccuen ; mais il paraît, d’après Sauvai ( t ), qu’elles sont de Pierre et de François L’Heureux , qui paraissent avoir eu du talent pour l’exécution de la partie décorative de l’architecture, et sur qui, du reste, il ne nous apprend rien; d’eux peuvent bien être aussi, en partie , les sculptures des colonnes et des pilastres de cette façade.

Il m’est impossible de ne pas m’occuper ici d’une tradition qui, près de plusieurs personnes, passe pour très-positive, et qui , je crois , peut être trèscontestée; il s’agit du grand balcon qui est à l’extrémité du pavillon où nous nous trouvons dans ce moment, et d’où l’on prétend que Charles IX prit une part active à l’affreuse journée de la Saint-Barthélemi. Je ne discuterai pas si ce fait odieux, dont Brantôme charge la mémoire de ce prince, est vrai ou faux ; mais , dans l’une et l’autre hypothèse , on peut prouver que ni le pavillon ni le balcon qui existent aujourd’hui n’ont été le théâtre de ces déplorables scènes, et que cette partie n’était pas bâtie du temps de Charles IX. Elle ne le fut que sous Henri III et sous Henri IV, et on l’ajouta à l’ancien édifice pour réunir l’aile construite de c en H, pl. 10, sous Henri II et sous Charles IX, à la partie I-KK, commencée le long de la Seine par Henri II et terminée, ainsi que l’aile de Charles IX, par Henri IV.

Il est aisé de voir dans la façade du jardin de l’Infante que ce qui comprend les trois dernières fenêtres du côté de la rivière est d’une architecture différente, dans les lignes et dans les détails, de la partie qui les précède, et dont les six fenêtres et la porte forment par leurs arcades et par la disposition de leurs pilastres un ensemble régulier. On voit même qu’il n’y a que cette partie qui soit ornée de bas-reliefs. Il est plus que probable que lorsque ce bâtiment , qui renferme les salles F G H, pl. 10 , fut construit, il était en dehors de l’ancien fossé de Charles V, qui venait , comme je crois l’avoir prouvé, jusqu’à l’angle de cette aile, et dans l’alignement de la façade actuelle du Louvre sur la Seine. Ce fut sans doute ce qui fît que la première portion de cette aile, qui répond à la salle E, pl. 10, n’entra pas dans la disposition que l’on donna à la façade de ce grand pavillon , qui avait l’angle de droite appuyé à l’extrémité du fossé, et dont les trois salles, F G II , dans leur longueur et à leur extrémité au sud , donnaient

( 1 ) Tome II , page 40.

ET LES T U ILE H 1 ES

entièrement sur ce que l’on conservait de l’ancien jardin de Charles V ( pi. 8 B ). Si l’ensemble , tel qu’il existe aujourd’hui , lut projeté sous Charles IX, ou voit par le plan de du Cerceau, publie en 1570 ( pl. !) ), qu’il ne lut pas termine ; car cet architecte , qui indique les distributions du reste du Louvre d’Henri II et de Charles IX, n’en marque aucune dans cette aile de l’edilice.

II est donc à croire que l’extrèmitè de ce bâtiment, ou les trois fenêtres qui répondent à la salle du Candélabre I I ( pi. 10 ), y ont été ajoutées depuis Charles IX. La frise ou le bandeau qui règne entre le rez-de-chaussée et le premier étage porte dans scs enroulemcns le chiffre d’Henri IV réuni à celui de Gabrielle d’Estrées : ces ornemens, de même que ceux de la façade sur la Seine, sont trop peu considérables pour permettre de supposer qu’ils n’ont été exécutés que long-temps après que cette partie du pavillon a été construite; ce qui serait arrivé si elle eût déjà existé du temps de Charles IX. Ce ne fut, ainsi qu’on l’a déjà dit, que vers 1590, au plus tôt , qu’Henri IV s’occupa du Louvre; il était alors épris de Gabrielle d’Estrées, et il voulut sans doute lui donner une preuve de sa tendresse en unissant, dans les premiers travaux qu’il faisait à son palais , son chiffre à celui de sa maîtresse. La duchesse de Beaufort mourut en 1599 : ainsi c’est entre cette année et 1590 que l’on doit placer la construction de la partie qu’Henri IV ajouta à l’édifice de Charles IX.

Il se pourrait même que les bas-reliefs du coté de la Seine et le balcon eussent été terminés plus tard. Ce qui me le ferait penser, ce serait de voir sur une grande médaille d’Henri IV, frappée en 1604 en mémoire de son mariage avec Marie de Médicis, et quatre ans après, ce monarque donner la main à la Reine, qui tient une corne d’abondance. On retrouve le même emblème, deux mains unies et un caducée, dans un bas-relief qui orne la clef de l’arcade du grand guichet de ce côté ( pl. 14 ). Malgré le mauvais état de la sculpture, on croit reconnaître deux dauphins autour de la tête d’ange qui forme le bas de l’écusson ; ce qui ferait allusion à la naissance de Louis XIII, et servirait encore à expliquer les coquilles qui sont unies au chiffre de Marie de Médicis dans les sculptures de cette façade ( voyez pl. 14 et page 356) , et les frises marines dont on l’a ornée et où se représentent plusieurs fois des dauphins : explication qu’on ne peut se refuser d’admettre lorsqu’on a vu les dauphins qui décorent les chapiteaux des colonnes de la partie de Fontainebleau élevée à l’occasion du baptême de Louis XIII, dauphin de France. Toutes ces inductions réunies concourent à prouver que ces bas-reliefs ont été exécutés après le 27 septembre 1601 , époque de la naissance de Louis XIII. D’un autre côté, les Renommées sculptées des deux côtés de l’arcade du balcon portent aussi des caducées (pl. 16 B ) ; ce qui leur donne un rapport avec la clef de l’arcade dont il vient d’être question, et peut les faire croire du même temps et sculptées pour la même circonstance qui fit frapper la médaille. Il me semble donc plus que vraisemblable , d’après tous ces rapprochemens , que l’extrémité du pavillon qui donne sur la Seine n’existait pas sous Charles IX , et que c’est a tort que l’on a infligé à ce balcon une affreuse célébrité.

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Ou sait que les Renommées dont on vient de parler, ainsi que les bas-reliefs du jardin de l’Infante , sont de Barthélemi Prieur : peut-être sontelles ce qu’il y a de moins bien dans cette suite d’ouvrages de cet habile sculpteur, tandis que ses sculptures de l’autre façade sont mises au rang de ses bonnes productions. Mais Prieur, dont la vie n’est connue que par ses ouvrages , avait travaille long-temps , vers 1545, à Ecouen , avec Jean Goujon et Jean Ballant, pour le connétable Anne de Montmorency , mort en 1567. Sans doute alors, en le supposant très-jeune, il devait avoir assez de talent pour être associe à de tels maîtres; et il aurait ête’ très-âgé lorsqu’Henri IV I employa comme son sculpteur de prédilection. Il est donc fort probable que les Renommées qui tiennent des caducées sont de ses derniers ouvrages , et qu’il les fit lorsque l’âge avait déjà appesanti sa main ; ce qui viendrait encore à l’appui de l’opinion que j’ai émise sur la date présumée de ces sculptures et de la façade du balcon. Si même , au lieu d’être de Prieur, ces Renommées du balcon étaient de Pierre et de François L’Heuveux, comme semble l’indiquer l’obscur Sauvai, cela n’affaiblirait pas les preuves que j’ai apportées; c’en serait même une, que ces sculpteurs travaillaient après 1601 , et l’on pourrait en inférer qu’ils étaient élèves de Barthélemi Prieur, et qu’ils furent chargés de continuer, dans la façade sur la Seine, les travaux que leur maître avait commencés dans la partie située sur le jardin de l’Infante. On pourrait presque en conclure, ou que Prieur était mort à cette époque , ou qu’il avait cessé de travailler.

On peut trouver qu’en général les Renommées de Prieur, dans les deux façades, sont un peu lourdes , et qu’il n’a pas toujours su se tirer avec adresse de la difficulté que lui opposaient la petitesse et la forme de l’espace qu’il avait à remplir dans le cintre des arcades. La disposition des jambes manque de grâce, et les têtes , trop rondes, sont aussi trop fortes : ces figures n’ont pas l’élégance que Prieur aurait du puiser dans l’école de Jean Goujon ou de Germain Pilon, dont on le dit élève. Les génies de l’astronomie, n.° 1, de l’agriculture, n.° 3, de la musique, n.° 5, et de l’architecture, n.° 7 ( pl. 16 A ) ( t ) , sont beaucoup mieux : les groupes d’enfans, bien dessines, et qui, sans dureté et sans exagération, annoncent de la vigueur et de la vie, sont composés avec intelligence et avec variété; on peut même les citer comme des modèles en ce genre. Les attributs que Prieur a donnés aux différons génies, les font aisément reconnaître; et c’est sans doute comme emblème du pouvoir et de la force île la musique , et pour rappeler les prodiges qu’elle produisit parla lyre d’Orphée et d’Arion, que le sculpteur a fait coucher un lion aux pieds du génie qui la représente.

Je ne quitterai ce cote de la galerie qui donne sur le jardin de l’Infante qu’après avoir lait observer qu’on y trouve réunis, surtout dans la partie supérieure, plusieurs genres d’architecture. On v voit des parties qui ne semblent pas appartenir à celles qui les touchent : on dirait un monument composé de fragmens ou de pierres de rapport; et l’on n’en est pas étonné ,

(lj Les numéros des deux planches reliefs , à partir de l’angle du pavillon du 16 A, 16 B, indiquent l’ordre des bas- côte de la Seine.

en se rappelant qu’une portion de cette galerie fut brûlée en 1661. Les architectes charges de la restaurer conservèrent ce que le feu avait respecte ; mais ils se gardèrent bien, dans leurs raccords, de suivre les memes idées, et, probablement pour faire preuve d’invention, chacun voulut y mettre du sien. Tout porte ici le cachet de ce besoin de faire autrement que ceux à qui l’on succède. Les dernières fenêtres, dans l’angle rentrant , ne ressemblent pas à celles qui les précèdent; elles ont fait partie de l’ancienne ordonnance de Le Vau, qui avait changé ce qui existait avant lui, et qui vit aussi changer ce qu’il avait fait.

Ce dut être un violent chagrin pour Le Vau et pour son gendre d’Orbay, lorsqu’ils virent cet esprit de changement, attaché au Louvre , attaquer ce qu’ils avaient peut-être fait de mieux, leur grande façade du côté de la Seine, et que, sous leurs yeux, et au regret de bien des architectes, on la masqua par celle de Perrault. Ce fut alors que disparurent les beaux basreliefs dont ils avaient orné plusieurs des frontons de leurs pavillons et de leurs avant-corps. Ne les ayant plus sous les yeux, nous n’en parlerons pas.

Long-temps après Perrault, sa façade du Louvre du côté de la Seine était encore au même point où il l’avait laissée, et il n’en avait disposé que les masses. Nous l’avons vue encore dans cet état jusqu’en 1808; il n’y avait de terminé que les deux chapiteaux de l’angle en retour de la colonnade : le fronton, l’entablement, les pilastres, attendaient encore leurs bas-reliefs , leurs riches modillons, leurs feuillages et leurs cannelures ; la balustrade supérieure n’existait pas, et les consoles des croisées n’étaient que dégrossies. C’étaient de grands travaux à entreprendre, et d’autant plus considérables, qu’ils devaient se coordonner et marcher de front avec ceux des distributions intérieures, et de l’établissement de combles immenses qui étaient entièrement à faire. MM. Percier et Fontaine exécutèrent ces travaux avec un zèle et un soin dignes du palais auquel ils étaient chargés de donner toute la beauté de détail qui jusqu’alors n’avait été qu’en projet et sur le papier. La sculpture «les ornemens fut exécutée dans toutes les parties de l’ordonnance , et refouillée avec cette recherche qui leur donne tant de vivacité , et que nos architectes avaient si bien étudiée et appréciée dans les monumens antiques de l’Italie.

M. F ortin ( 1 ) , connu par plusieurs autres ouvrages , fut chargé d’orner de

(1) M. Fortin , e'tève de M. Le Comte , sculpteur et membre de l’institut, remporta le grand prix en 1783. A son retour de Rome, il fut, en 1789, agrée' à l’académie. Parmi les principaux ouvrages de M. Fortin , on peut citer les suivans : à Sainte - Geneviève , un bas - relief en pierre de douze pieds de long, représentant la soumission aux lois ; le monument du général Desaix , d’après le dessin de M. Percier ; en 1 808 , le fronton du Louvre du côté de la Seine, La meme

année , un bas-relief de l’arc du Carrousel représentant la Victoire , la Paix , l’Abondance; un autre à la fontaine de Saint-Sébastien , rue de Popincourt , la Charité donnant à boire à de petits enfans; à Saint- Etienne - du-Mont, S.te Geneviève et la Religion ; plusieurs bas-reliefs de la colonne de la place Vendôme. On a vu de M. F ortin , aux expositions du salon , en 1810, les statues en marbre de Bonaparte , et de Psyché abandonnée par l’Amour; en 1812, une Madeleine , un Phorion, et

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bas-reliefs le Ironton. Il y lit les deux ligures que l’on voit planche 16 B, et qui , depuis quelques années, soutiennent les armes de France. De lui sont aussi les deux génies debout, places plus bas ( pl. l c» C). Les deux Renommées (pii ornent les deux côtes de l’arcade , sont de M. du Pasquicr ( 1 ).

Passons à la façade principale , du côte de Saint-Germain l’Auxerrois ; il en a été assez question pag. .‘574 et, suivantes, pour ne plus revenir sur ce qui en a été dit. Nous avons vu qu’abandonnée pendant long-temps, attaquée même, c’était une des parties du Louvre qui avaient le plus soulfert En 1809 on en entreprit la restauration; il y avait beaucoup de ragrémens considérables si faire , soit dans les caissons du portique, soit dans les ornemens des soffites , où , dans bien des endroits , les joints s’étaient relâchés , et dont les pierres avaient été tachées par la rouille des armatures. Les colonnes criblées de trous , leurs chapiteaux , les ornemens, fracturés en plusieurs endroits, exigeaient de grandes réparations. Un regrattage léger était même necessaire pour en enlever tous les lichens qui s’étaient attachés depuis long-temps à la surface, et qui , ne se contentant pas de les noircir, les menaçaient , en y entretenant l’humidité et en faisant pénétrer leurs racines dans la pierre , d’y causer des accidens encore plus graves. Tous ces travaux, qui exigeaient les plus grandes précautions , furent dirigés avec tout le soin possible par MM. Percier , Fontaine et Bernier. Les énormes pierres des cymaises du fronton, brisées en plusieurs endroits, furent consolidées par des agrafes et recouvertes de feuilles de plomb. Rien ne lut négligé pour donner de la solidité à toutes les parties de cette façade et pour lui rendre son premier éclat. Les raccords furent partout exécutes avec tant de soin et d’intelligence, qu’en sachant même oii ils ont eu lieu , il serait très-difficile de les apercevoir; et les ombres de Louis XIV, de Colbert et de Perrault, durent se féliciter de voir, pour ainsi dire, renaître de ses ruines un des plus brillans monumens de leur glorieux siècle.

Le fronton de la colonnade offrait dans son immense tympan un beau et vaste champ à la sculpture; et il avait été disposé à cet effet par Perrault en belles et grandes pierres de Saint-Leu. M. Lemot fut chargé de

les bustes de Baron , de Gresset , place's dans le loyer des Français; en 1817, ceux de Philippe de Champagne et de La Bruyère; en 1819, la statue en marbre d’IIarpocratc , et le buste de Visconti; en 1824, la Madeleine , bas-relief en marbre. Le mausolée du Due de Beaujolais, que M. Fortin a exécuté pour S. A. R. M.Sr le Duc d’Orléans , a été envoyé à Malte et y a été mis dans une église. Il y a une erreur d’indication dans ma planche 20 1er : le génie de la poésie est de M. Fortin , tandis que celui de la guerre est de Callamard.

( 1 ) M. Antoine-Liénard nu PasQuier , né au Louvre en 1746, est élève de M. Bridan père. Après avoir obtenu plusieurs

médailles d’encouragement, il remporta le grandprix et alla il Rome en 1774. A son retour, il travailla à Bagatelle; pour M. de Sainte-Jamc à Neuillv , et pour M. de Laborde. Les principaux ouvrages de M. du Pasquicr sont, les sculptures de l’hotel-dev i Ile de Tours en 1 78â; la statue en plâtre du général Hoche, au Luxembourg; celle de Démostliènc , au palais des députés; la décoration de la façade de l’arc de triomphe du Carrousel du côté du Louvre; quarante pieds des bas-reliefs de la place Vendôme , représentant les retranchemens d’Elchingen pris par le maréchal Ney; et la statue colossale de du Guay-Trouin en marbre, destinée au pont de Louis XN 1

et LES TUILERIES. 4011

cet imposant travail; et ce bas-relief, que le jury des prix décennaux jugea digne du grand prix, fut termine' en 1811 (l ).

Minerve, entourée des Muses et de la Victoire, consacre le buste tic Louis XIV ( pl. 18). Debout au milieu de cette grande scène, la déesse des arts de la guerre et de la paix, n’ayant pour armes que celles qui protègent, le casque, l’égide, et le bouclier, sur lequel sa main gauche s’appuie, montre de la droite au céleste chœur des Muses le buste du grand roi qui lit tant pour leur gloire. Les neuf sœurs prêtent une oreille attentive au discours de Minerve; on les reconnaît à leurs attributs. Clio grave les hauts faits du monarque sur le monument au pied duquel la Victoire paraît lui être soumise, et prête à distribuer, à son gre , les palmes et les couronnes. Près d’Euterpe, de Terpsichore et de Thalie , l’Amour, appuyé sur Erato , semble attirer particulièrement les regards , comme pour indiquer que, si la vie du petit-fils d’Henri IV donna tant d’occupation à la muse de l’histoire et de la gloire, il sut en réserver une partie à l’amour et aux plus nobles plaisirs de famé. Dans les deux angles inférieurs du fronton , les génies des arts et du commerce, soutenant des guirlandes, terminent cette sage , riche et simple composition.

Le bas-relief qui orne le dessus de la porte d’entrée, et dont la composition rappelle celle de quelques camées antiques, entre autres du Jupiter foudroyant les géans , pierre célèbre du cabinet impérial de Vienne , est de M. Cartellier (2). Le sujet fait suite à celui du fronton. Couronnée de laurier, les ailes éployées, la Victoire, montée dans un quadrige, distribue des couronnes et semble fouler aux pieds des trophées d’armes renverses par ses fougueux coursiers, que modèrent avec peine deux génies. Le char est rempli des palmes que la déesse destine aux vainqueurs.

Avant de quitter la colonnade du Louvre ou ce qui a rapport à sa décoration, j’ajouterai qu’on avait du autrefois placer des deux côtés de l’entrée les

(1) M. François- Frédéric Lemot, né à Lyon en 1773, membre de l’académie des beaux-arts , chevalier de l’ordre royal de Saint -Michel , officier de la Légion d’honneur, et professeur à l’école royale des beaux-arts de Paris, remporta le grand prix de sculpture en 1790. Ne pouvant pas citer tous les ouvrages de M. Lemot, je me bornerai a en rapporter les principaux : a la Chambre des pairs , les statues de Léonidas aux Thcrmopyies et de Cicéron découvrant la conjuration de Catilina; à la Chambre des députés , la Renommée et la muse de l’histoire, bas-relief en marbre de la tribune; la statue de Lycurgue; plusieurs bas-reliefs au Luxembourg et à l’école royale de musique; la statue équestre en bronze d’Henri IV, fondue le 23 mars 1817 par feu Piggiani et M. Jacquet ,

inaugurée sur le Pont-neuf , à Paris , le 25 août 1818; les bas-reliefs du piédestal sont aussi de M. Lemot; la statue équestre en bronze de Louis XIV, coulée le 27 août 1824 par M. Jacquet, placée à Lyon le 6 novembre 1825. On cite encore de M. Lemot un Apollon Lycéen en marbre, de six pieds de proportion; Hébé offrant le nectar à Jupiter métamorphosé en aigle , une figure de femme couchée , toutes les deux en marbre et de petite proportion. Les bas-reliefs d’un arc de triomphe à Châlons-sur-Marne , détruit en 1814, et la Victoire qui faisait partie du quadrige placé sur l’arc de triomphe du Carrousel , étaient aussi de l’auteur du grand fronton de la colonnade «lu

(2) M. Pierre Cartei.lier ,

ne à Paris ,

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groupes admirables de Monte Cavallo, moules en bronze. Perrault avait eu aussi 1 intention de supprimer les fenêtres du soubassement , qu’il ne trouvait pas en harmonie avec la richesse de son ordonnance corinthienne, et qu’il aurait remplacées par des trophées d’armes en bas-relief, dans lesquels le creux des casques lui aurait offert le moyen de ménager des jours pour eclairer le dessous du portique. Mansard a eu recours à cet artifice dans le dôme des Invalides; mais, les trophées étant à une grande élévation, ces casques, changés en lucarnes, ne produisent pas un mauvais effet. Il n’en aurait pas été ainsi au Louvre, où ces trophées eussent été à la portée de la vue , et il aurait fallu, ou que les casques fussent d’une grandeur hors de proportion , ou que les ouvertures eussent été trop petites , mesquines et de peu d’utilité. Dans le frontispice de l’édition de Vitruve publiée en 1G84 par Perrault, on aperçoit dans le lointain la façade du Louvre chargée de ces trophées , et l’on en voit aussi au-dessus des pilastres de la balustrade qui surmonte l’entablement de la colonnade.

Il paraît aussi que, d’après un autre projet de Perrault pour remédier au mauvais effet que produit l’arcade de l’entrée, qui coupe l’entablement du soubassement , on voulait pratiquer à l’extérieur et en avant de la façade , comme à Fontainebleau, un immense escalier à deux rampes, qui, laissant en dessous une entrée dans la cour du Louvre, eut conduit par une pente douce aux grands appartenions de la colonnade. Mais cette addition, qui n’aurait pas été combinée d’après l’ordonnance générale, en eût altéré tout le caractère , sans en corriger les défauts. Ce pompeux applicage les eut fait encore mieux ressortir. On aurait sans doute alors été obligé de changer la disposition du pavillon du milieu et d’établir une communication plus aisée entre les deux péristyles. Cette partie , à laquelle on fait peu d’attention , parce que , n’ayant d’utilité que pour l’intérieur, elle ne produit pas d’effet sensible à l’extérieur, est cependant une de celles qui ont coûté le plus de combinaisons et de travail à MM. Percier et Fontaine. II y a souvent plus de difficultés à réparer ou à masquer des fautes qu’à produire de belles choses. Sans entrer dans le détail des ehangemens et des reconstructions intérieures auxquels ils ont été forcés , je me bornerai à faire remarquer qu’il a tallu reporter en avant et recharger une partie du soubassement du grand pavillon, et dégager le haut de l’arcade pour agrandir et éclairer la communication entre les péristyles , sans qu’on ait pu cependant parvenir à faire disparaître

élève de M. Bridan père , membre de fa Le'gion d’honneur en 1808, de l’académie des beaux-arts en 1810, professeur à l’e'cole royale des beaux-arts en 1816, chevalier de l’ordre royal de Saint-Michel en 1824. Ce statuaire a exécute un grand nombre d’ouvrages, parmi lesquels je citerai la Pudeur, statue en marbre ; une statue en marbre de Napoléon Bonaparte pour l’école de droit; une de son frère Louis en grand costume, aussi en inarbre.

Pour le Luxembourg, Minerve, en frappant la terre de sa lance , fait naître l’olivier, statue en marbre; la statue de la Guerre , en pierre , et celles d’Aristide et de Vergniaux , en plâtre; Louis XIV à cheval , bas-relief pour l’hôtel des Invalides ; Louis XV , statue colossale en bronze , pour la ville de Reims. M. Cartellier a été chargé de l’exécution du monument élevé à la mémoire de M.Sr le Duc de Berry, et d’une statue équestre de Louis XV en marbre.

ET LES TUILERIES

les incon venions des dispositions de Perrault, ni à donner à ces raccords , habilement exécutés, un autre aspect que celui d’un travail fait après coup et qui n’appartient pas aux premières conceptions de l’ensemble.

Ce n’est pas le seul endroit de cette aile du Louvre où MM. Percier et Fontaine aient eu à lutter contre des obstacles difficiles à vaincre. Les grands escaliers , si beaux , si somptueux aujourd’hui , et qui le seront encore plus lorsqu’ils seront ornes de tous les bas-reliefs qu’on leur destine, ont oppose des difficultés qui eussent etc presque insurmontables pour des la- Iens moins éprouvés. Lorsque l’on en admire l’ordonnance, tout y paraît si bien dispose , qu’on ne s’occupe que de leur beauté, sans penser a la peine qu’elle a coûtée. Ce n’était plus ici comme dans les autres parties du Louvre, où les architectes qui précédèrent Perrault ou qui lui succédèrent n’avaient eu qu’à continuer l’exécution de ses plans ou de ceux de Lescot et de Le Mercier : pour les escaliers , tout était à composer et à faire. Après avoir dégagé les pavillons des angles de toutes les distributions qui les encombraient, il ne serait resté que laçage ou les quatre murailles. Perrault, cependant, avait certainement bien pensé à établir des escaliers, et une partie aussi considérable du palais ne pouvait s’en passer. On trouve meme dans ses plans qu’il y avait songé : mais ses idées sur ce point important n’étaient pas encore arrêtées, et il n’y a, pour ainsi dire, que l’indication d’escaliers à placer dans les extrémités de la façade ; c’était loin de tout ce qu’en comportait le tracé sous le rapport de la composition et de l’exécution. On voit par ces plans que la grandeur n’en aurait pas été d’accord avec leur destination, et qu’ils ne devaient occuper qu’une partie de la cage où ils auraient été placés : c’était un défaut de convenance. Si l’on s’en était tenu à ce qu’annoncent les projets , les escaliers eussent été mal éclairés et peu conformes à la magnificence de cette partie du Louvre. Ils devaient conduire, ou au péristyle de la colonnade, ou aux grands appartemens qui lui sont opposés , et cependant ils n’auraient abouti ni à l’une ni à l’autre de ces deux divisions, dont les entrées n’auraient pas été en face de la dernière course de l’escalier. Les paliers n’étaient pas d’une grandeur suffisante; l’espace occupé par les escaliers étant assez étroit et la cage très-élevée , il aurait été presque impossible , dans la distribution décorative, de conserver de belles proportions entre la largeur et la hauteur : celle-ci eût été démesurée , de quelque manière que l’on s’y fût pris pour l’orner, soit en n’employant qu’un ordre, soit en en mettant deux l’un sur l’autre. Ce qui existe aujourd’hui en est la preuve : ces escaliers, remplissant tout l’intervalle entre les murs, sont plus larges qu’ils ne l’auraient été; et cependant la trop grande élévation de la cage a forcé, au lieu de surmonter les colonnes d’un entablement droit, d’y faire retomber des arcades qui ne sont pas dans les convenances de l’ordonnance corinthienne; ce qu’on n’aurait pu éviter qu’en employant des colonnes colossales, au moyen desquelles et de leur entablement on eut pu arriver jusqu’au plafond, mais qui, par leur grandeur, auraient été disproportionnées avec le reste de l’ensemble. 11 n’est pas probable qu’il soit entré dans les projets de Perrault d’éclairer ces escaliers par en haut; car il paraît, ainsi qu’on l’a déjà vu, qu’il avait

LE LOU VUE

I intention de surmonter ces pavillons d’un alliquc et d’un autre pavillon couronne d’un dôme.

A voir les escaliers actuels, la facilite' de leur montée et la beauté de leur développement, on dirait que le lieu avait été, dès le principe, disposé pour les recevoir. Il n’en était cependant pas ainsi. Lorsqu’on eut déblayé les pavillons, on vit que les mesures et les divisions n’étaient pas égales, et que ce que l’on pourrait établir dans celui du nord, ne s’adapterait pas à l’aile du midi, dont l’espace était plus resserré. Il s’agissait pourtant de construire non-seulement deux escaliers pareils, mais ils devaient en outre, et c’était une condition rigoureuse du programme, partir du milieu de l’extrémité îles grandes salles qui leur servent de vestibules, et arriver dans l’axe des portiques delà colonnade, qui, par cette disposition, devenaient de belles et vastes galeries en avant des grands appartenions. Il serait trop long de rapporter en détail toutes les opérations auxquelles ont été obligés MM. Percier et Fontaine pour parvenir à ce résultat; mais leurs travaux , commencés en 1807, ont été terminés en peu d’années et couronnés d’un plein succès. Le programme a été parfaitement rempli. A beaucoup de noblesse dans la disposition ces escaliers joignent une élégante richesse dans les détails, et nulle part on n’aperçoit la trace ou la contrainte des difficultés que l’on a éprouvées pour retrouver dans ce qui existait les mesures dont on avait besoin pour exécuter cette belle conception. II est bien à regretter que ces grands escaliers, qui font honneur à notre école d’architecture, ne soient qu’en pierre de Conllans, superbe, il est vrai , mais qui eut été si bien et si convenablement remplacée, dans un palais tel que le Louvre, par les marbres et les granits dont le sol de la France recèle une si grande variété. Faudra-t-il que le moindre édifice de l’Italie, où le marbre monumental n’est ni plus beau ni plus abondant qu’en France, conserve toujours cet avantage sur nos plus beaux palais !

Il n’est pas inutile de faire remarquer que la planche 20, qui représente un des grands escaliers du Louvre, I’olfre avec toute la décoration qui doit un jour les enrichir, et que c’est à l’obligeante amitié et meme à l’habile main de M. Percier que je dois le dessin des ornemens projetés de ces voûtes. La sculpture n’a rien négligé pour orner ces escaliers, elles lunettes des arcades sont remplies de bas-reliefs qui accompagnent bien la richesse Je l’architecture.

ESCALIER dit nord. [Voyez pl. 20 bis.)

La Renommée, par M. Dumont ( t ). — La déesse, couronnée de laurier,

tient une tablette qu’elle appuie sur le

(1) M. Jacques-Edme Dumont, ne à Paris en 1701 , élève de M. Pajou , remporta le grand prix en 1788. Parmi les différons ouvrages dont il fut chargé, on remarque ceux qui suivent : une statue du général Marceau, placée dans le grand escalier du palais de la Chambre des

globe terrestre; entourée d’armes et

pairs. Au salon de 1808 , M. Dumont exposa le modèle d’une statue de Colbert qui , exécutée en pierre de douze pieds de proportion, décore le devant de la laçade du palais des députés. Une autre statue en pierre, représentant la Justice , et dont le modèle fut au salon de 1812, i etc placer

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îles inslnimcns des arts, elle parait inscrire les noms de ceux «pii s’en sont fait un dans les arts de la paix et dans ceux de la guerre.

Vulcain, par le même sculpteur. — Près de sa forge, assis sur des armes , il vient de terminer celles d’Achille, et un de ces trépieds si célèbres chez les anciens et qui devenaient le prix des vainqueurs.

Jupiter, par Chardigny (1 ). — La tête ceinte du diadème, tenant son foudre de la main droite, le maître des dieux , avançant la main gauche en signe de commandement, semble donner un ordre à quelqu’une des divinités de l’olympe.

Junon, par le même. — A son paon, à son sceptre, on reconnaît l’épouse de Jupiter, la reine des dieux, prête à répandre les richesses et la puissance parmi les mortels qu’elle protège.

Le Génie de la victoire, par M. Montoni (2). — Il distribue des couronnes et des palmes aux guerriers qui les ont méritées et sur terre et sur mer.

La Fortune , par le même. — On a donné pour attribut à la déesse que l’on représente ordinairement aveugle et au-dessus d’une roue , un caducée comme signe du commerce ; de la main droite elle vide une corne d’abondance remplie de croix et de récompenses militaires. Si elle est assise, c’est sans doute pour indiquer que c’est une fortune faite et stable.

dans l’intérieur du palais du Temple. On voit dans la salle des Pas perdus , au Palais de justice , une statue de M. de Malesherbes en marbre , par M. Dumont; elle avait été exposée en plâtre en 1819, de même que le modèle d’une statue du général Pichcgru , qui , par les ordres du ministre de l’intérieur, a été reproduite en marbre de dix pieds de proportion , pour la 'ville de Lonsle-Saulnier. Parmi les ouvrages de M. Dumont, on doit encore nommer la Tragédie et la Comédie, bas-relief qui orne un des œils-de-bœuf de la cour du Louvre ( voxjcz pl. 38); la statue de sapeur de l’arc de triomphe du Carrousel, et, dans le même monument , un bas-relief représentant la Valeur qui accueille avec douceur les habitans d’une ville conquise. On a aussi de lui plusieurs bustes, et, entre autres, ceux des généraux Marceau , Causse , de Boudet. ( 1 ) Chardigny, né à Paris en 1755 ,

remporta le grand prix de sculpture en 1782. A son retour de Rome, il se fixa à Marseille , où il exécuta divers ouvrages ; entre autres, plusieurs bas-reliefs fort estimés. On retrouve l’étude et le sentiment de l’antique dans le génie en marbre qu’il fit pour la colonne monumentale élevée près la porte de Paradis , et qui est consacrée à la mémoire des hommes courageux qui , pendant la peste de Marseille en 1720, bravèrent tous lespérils pour sauver leurs concitoyens. Les deux bas-reliefs du Louvre cités plus haut , dont Chardigny fut chargé en 1809 , furent ses derniers ouvrages; en les terminant , il tomba d’un échafaudage , etmourut dessuitesde cettechute en 1809.

(2) En 1 810 , M. Montoni fit une statue de Bonaparte en bronze; en 1812, celle du général Lacour pour le pont de Lo u is XVI , et , pour le même monument , en 1 81 7 , le modèle d’une statue de Bayard.

LE LOUVRE

Neptune, par M. Bridan fils ( l ). — Couronne de plantes marines , tenant de la main gauche son redoutable trident, de la droite un gouvernail, le dieu des mers, suivi d’un triton monte sur un dauphin , parcourt les ondes, assis dans une conque traînée par un seul cheval marin.

CÉnÈs , par le meme. — La déesse des moissons, couronnée d’épis et ayant à la main gauche un bouquet de fleurs, s’appuie sur une corne d’abondance qui répand ses fruits sur la terre : près d’elle, une riche gerbe, une charrue, sont les emblèmes de ses bienfaits ; son char dételé , sa torche, indiquent qu’elle se repose des fatigues que lui a causées la recherche de sa fille Proserpine.

BAS-RELIEFS DE L’ESCALIER DU MIDI. ( PI. 20 ter. )

La Force, par M. Gérard (2). — Ici Hercule en repos, entouré d’armes et s’appuyant sur le Code des lois, est l’emblème de la force et de la sécurité que donnent à un état de bonnes lois et le courage de ses soldats.

La Justice, par le meme. — Le lion, l’épée, les faisceaux, sont des signes caractéristiques de sa force; la balance, de son impartialité. La déesse tourne ses regards vers Hercule , comme pour indiquer l’harmonie qui doit régner entre les lois civiles et les lois militaires.

L’Agriculture, par M. Taunay ( 3). — Si la charrue, la bêche, la corne d’abondance , annoncent et les travaux et les bienfaits de l’agriculture ,

( 1 ) M. Pi erre-Charles Bridan , ne' à Paris , est élève de son père. Aux différentes expositions du salon , on vit de lui deux statues modèles en plâtre , représentant , l’une , Paris qui offre la pomme à Vénus , et l’autre , l’Immortalité. Il fit , en 1800 , pour la galerie du Luxembourg, le buste en marbre de Marlborough. Sa belle statue d’Epaminondas blessé, exposée en plâtre au salon de 1802, ne fut exécutée en marbre qu’en 1814. En 1804 , il y eut de M. Bridan , au salon , le modèle d’une figure de l’Amitié. Le buste du Titien , en marbre, qui fut exposé en 1808, a été place' dans la grande galerie du Louvre. En 1 8 12 et en 1 824 , M. Bridan a exécuté en marbre , pour le pont de Louis XVI, les statues colossales du général Wallongne et de du Gucsclin ; et pour Dijon , une statue de Bossuet en marbre.

(2) M. François Gérard , né à Paris en I76G, élève de Moitte. En 1808, il mit au salon le modèle d’un bas-relief de l’arc de triomphe du Carrousel , représentant

la Sagesse et la Force accompagnées de la Prudence et de la Victoire , et tenant la couronne ; en 1814, ce sculpteur fit pour la grille du Carrousel , du côté de la Seine , deux belles figures colossales en pierre, la France victorieuse et l’Histoire ; on vit de lui, au salon de 1817, la Sculpture, modèle d’un bas-relief destiné à la fontaine de la Bastille , et dans les planches 35 et 38 on trouvera les bas-reliefs dontM. Gérard a orné la cour du Louvre. Dans la chapelle expiatoire de la rue de l’Arcade , consacrée par S. A . R. Madame la Dauphine à la mémoire de S. M. Louis XVI , de la Reine et de leur auguste famille , et construite pai -M. F ontainCjla plus grande partie des sculptures est de M. Gérard. Un bas-relief représente la translation des restes précieux de Louis XVI et de la Reine à Saint-Denis ; dans quatre pendentifs sont des anges en adoration ; il y en a deux autres dans le fronton de la chapelle.

(3) M. Taunay, né à Paris en 1768 , frère de l’habile peintre de ce nom , était élève

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l’Hermès d’une divinité des champs , la flûte de Pan, le bâton du pasteur et du chasseur, rappellent ses plaisirs.

Le Commerce, par le meme. — Le dieu des eaux tourne ses regards vers l’agriculture , dont il semble attendre les richesses pour en chargerses navires et les répandre dans le monde par mer et par les canaux.

Le Génie des beaux-arts, par M. Fortin. — Minerve a quitte ses armes; auprès d’elle s’élève l’olivier de la paix; elle tient une couronne de feuilles de cet arbre, récompense des triomphes obtenus par les arts; la flamme d’une lampe indique le génie qui doit les inspirer, ainsi que le calme et l’assiduité qu’ils exigent.

Le Génie de la poésie, par le même — Couronné de laurier, entouré de ses attributs, la lyre, l’arc, le trépied sacré de Delphes, le griffon , Apollon tient une couronne, et, en montrant le buste d’Homère, il semble proclamer que c’est en suivant ses traces que les poètes peuvent la mériter et parvenir à l’immortalité.

Le Génie de la guerre , par Callamard ( 1 ). — La déité qui préside aux combats , armée d’une pique, tenant une couronne, est assise au milieu de

de Moitte : if remporta fe grand prix de sculpture en 1792. Je ne trouve cite's parmi ses ouvrages que ceux-ci : en 1808, un cuirassier , statue en marbre pour Tare de triomphe du Carrousel; en 1812 et 1814 , M. Taunay a exe'cute' pour fe pont de Louis XVI fe modèle d’une statue du ge'ne'raf La Salle , et un buste en marbre de Ducis. C’est aussi de lui que sont en grande partie les enfans groupe's avec les trophe'es et les ornemens d’un beau caractère qui de'corent la cage du grand escalier du Musée royal , ainsi que les Renomme'es et la Victoire soutenant les armes de France, dans la façade de l’hôtel des gardesdu-corps sur la Seine. On cite aussi de M. Taunay deux belles figures en marbre qui supportent une grande pendule du cabinet du Roi.

(1) Charles-Antoine Callamard , né à Paris en 1709, y mourut en 1815. Elève de M. Pajou , il remporta le second prix de sculpture en 1792 ; et comme il n’y eut plus de concours jusqu’en 1797, ce ne fut que cette année qu’il put obtenir le grand prix. Plein d’amour pour son art, il s’y livra il Rome avec ardeur, et, par l’étude

constante et bien dirigée de l’antique , il développa son goût , et joignit au sentiment de la grâce qu’il avait reçu de la nature, la pureté de dessin et l’élégance des formes , que peut seule donner l’c'tude de la nature bien combinée avec celle des chefs-d’œuvre antiques. On retrouve ces précieuses qualités dans plusieurs des ouvrages qu’a laissés Callamard ; entre autres , dans ses statues de l’Innocence et d’Hyacinthe, qui font partie de la galerie d’Angoulême et que je donnerai avec les statues du Musée royal. Parmi ses autres productions on cite plusieurs bas-reliefs de la colonne de la place Vendôme ; celui de l’arc de triomphe du Carrousel où il a représenté les Arts, et qui est traité avec goût; d’autres bas-reliefs que nous verrons dans la salle des Caryatides ; une statue en marbre du général d’Espagne , de douze pieds de proportion , et plusieurs bustes. H est à regretter que Callamard n’ait pas eu le temps de terminer une jolie statue en marbre de l’Adolescence , qui était tout-à-fait dans ce caractère simple et gracieux qui distinguait sou talent. II paraît cependant qu’il aurait donné des preuves qu’il savait exprimer la

monceaux d’armes; mais ses ailes annoncent son activité , et que, si elle se repose, elle peut encore porter au loin scs exploits.

Mars ou Guerrier, par le meme. — Il est en repos, mais il paraît plutôt dispose à reprendre qu’à déposer les armes; un e'tendard appuyé sur un Hermès à deux têtes, dont l’une de vieillard et l’autre de jeune homme, indique sans doute l’ancienne et la nouvelle gloire de la France, et les grands souvenirs qui s’y rattachent.

Outi •e les bas-reliefs que nous venons de parcourir, les grands escaliers du Louvre offrent encore des statues de feu M. Charles du Paty et de M. Bosio , premier sculpteur du Roi : la suite de cet ouvrage les présentera dans la collection des statues modernes du Musée royal. On y trouvera aussi celles qui sont placées dans les immenses salles qui servent aux escaliers de vestibules, ou de communication avec l’entrée du Louvre, du côté de la colonnade, et dont l’une contient quelques statues antiques, et l’autre, celles de grands généraux qui ont illustré la France. Ces belles salles peuvent être mises au rang des pièces les plus remarquables du Louvre : on les doit à MM. Percier et Fontaine; et lorsqu’elles auront reçu la décoration qui leur convient , il sera difficile de se figurer qu’en 1755, ainsi que nous l’avons vu page 389, ces vastes emplacemens, destinés à former de grandes salles, dont les plans de Blondel indiquent les colonnes et les pilastres, étaient morcelés par des distributions de logemens mesquins et par de grandes écuries.

Les deux grands bas-reliefs qui ornent le dessus de porte de chaque extrémité de la salle des Grands-Hommes (pi. 22 bis) , sont de M. Petitot père (l).

Victoire sur terre. — La déesse, couronnée de laurier, assise sur des trophées d’armes , tient son sceptre de la main droite, et, s’appuyant sur un bouclier, semble , à la fierté de son regard , méditer de nouveaux triomphes et prête à y voler.

Victoire navale. — Le style du bas-relief monumental exigeait une sorte d’analogie et de symétrie dans la disposition de ces compositions : aussi ces deux figures, à quelques variétés près , ont-elles de grands rapports dans leur

vigueur, ainsi qu’il l’avait déjà fait dans la statue du ge'ne'ral d’Espagne, s’il avait pu exe'cuter un groupe qu’il méditait depuis plusieurs années et qui représentait Thése'e terrassant le géant Pe'riphète. On conçoit une idée très-favorable de sa composition d’après l’esquisse qu’il en avait faite, et qu’après l’avoir retouchée dans les derniers instans de sa vie, il laissa à son ami M. de la Fontaine, ancien élève de David et habile bronzier du Musée royal.

(1) M. Pierre Petitot , né à Langres , élève de M. Devosges père, directeur de

l’académie de Dijon, remporta en 1784, dans cette ville , le grand prix de Rome. De retour d’Italie en 1789, il fut chargé à Paris de différons travaux. On cite de lui une statue de Condorcet, au Luxembourg; une figure en plaire représentant la Concorde ; deux Victoires , statues colossales en pierre , placées il la grille du Carrousel du côté du nord ; en 1819, une statue en marbre de la reine Marie-Antoinette , destinée à être placée à Saint-Denis. Un groupe représentant la mort de Pindare l’avait fait nommer membre correspondant de l’académie de Dijon.

F. T LES TUILERIES

pose et dans leur ajustement. Ici les accessoires caractérisent la Marine; et ces deux Victoires, en jetant leurs regards sur les generaux qui si souvent ont rendu la France victorieuse sur terre et sur mer, semblent fièrcs des faveurs qu’elles leur ont prodiguées.

Ce serait ici le moment de décrire les belles sculptures qui décorent le vestibule de la façade dont nous venons de nous occuper ; mais , comme elles ont fait partie de celles tics petits frontons de la cour , dont il convient de présenter la suite sans interruption , nous quitterons un instant ce vestibule pour entrer dans la cour et jeter un coup d’œil sur les grands frontons qui la décorent.

Deux Renommées couronnent un coq , attribut de la France, par Nicolas Coustou ( pi. IG C).

Ce fronton de la façade opposée à celle de la colonnade n’est certes pas un des meilleurs ouvrages de Nicolas Coustou (l). Son imagination ne s’est pas mise en frais pour jeter dans un grand espace, dont elles n’occupent qu’une petite partie, deux Renommées qui couronnent un coq, emblème de la France, au milieu d’un cercle forme’ par un serpent , symbole de l'éternité. Pour compléter l’allégorie , un soleil lance de toutes parts ses rayons; ils sont censés inonder de lumière cette composition, qui doit, en rappelant la devise de Louis XIV, retracer la gloire qu’il a fait briller sur la France. II est inutile de faire remarquer que le soled et les nuages, qui donnent de la vie à la peinture, ont toujours été’ et seront toujours d’un fort mauvais effet dans la sculpture, et qu’ils y répandent un froid mortel. Le dessin des figures, lourd et sans dignité, l’ajustement mesquin des draperies, le peu de grâce des mouvemens , sont loin de donner du talent de Nicolas Coustou l’idée qu’en font concevoir ses belles statues des Tuileries et la Saône en bronze que l’on conserve dans le vestibule de l’hôtel de ville de Lyon. Quoique Coustou et plusieurs de ses élèves doivent être mis au rang

(1) Ce fronton est fort au-dessous de beaucoup d’autres ouvrages de Nicolas Coustou ; cependant, ayant adopte' la méthode de donner quelques details sur les artistes lorsque je cite pour fa première fois une de leurs productions , je crois devoir la suivre ici et dire quelques mots de cethabile sculpteur. Nicolas Coustou , né à Lyon en 1658 , remporta le grand prix de facade'mie en 1683; en 1693 il en devint chancelier et recteur , et mourut en 1733. Après avoir e'tudie' sous Coyzevox , son oncle , et avoir mérité d’être pensionnaire du Roi à Rome , il y prit pour guides de ses e'tudes les ouvrages de Michel-Ange et de l’Algarde. On voit qu’il les e'tudia beaucoup plus que l’antique : aussi ses productions ont peu de choses qui le rappellent, et se ressentent

souvent beaucoup plus des defauts que des grandes qualités de ses maîtres. Attitudes , expression , draperies , tout y prend l’air moderne, même dans les copies de l’antique , quoiqu’en ge'ne'ral les formes soient d’un assez bon choix , bien dessine'es , et d’une exécution facile et agréable. Versailles et Trianon possèdent beaucoup de statues de ce sculpteur, auquel on ne peut refuser du mérite et de l’habileté , et qui eût laissé un plus grand nom , si , développant son goût et les facultés dont il était doué , il n’avait choisi ses modèles que dans la nature et parmi les chefs-d’œuvre de l’antiquité. La suite des statues de cet ouvrage comprendra celles que Nicolas Coustou a faites pour les Tuileries , et il sera question alors des ouvrages qu’on a de lui dans d’autres endroits.

des sculpteurs qui , sous le règne de Louis XIV, ont soutenu l’honneur de l;i sculpture française , cependant , sortis de la route tracée par Jean Goujon et surtout par les anciens, ils annonçaient déjà la décadence qui les suivit et à laquelle ils contribuèrent malgré leurs talens. Ce n’est que par les principes des grands maîtres de l’antiquité et par la sévérité, la pureté du dessin, que peuvent vivre et fleurir les écoles, et une exécution brillante et facile ne les empêche pas de déchoir et de tomber.

Minerve récompense les beaux-arts et les sciences ( pi. 23), basrelief du fronton méridional de la cour, exécuté en 1814, par M. Le Sueur (l). La déesse, dans une attitude grave et imposante, réunit auprès d’elle les lettres et les arts , leur distribue des couronnes et paraît les animer à de nouveaux succès. D’un coté les Sciences et la Musique, de l’autre l’Architecture , la Sculpture et la Peinture, font hommage de leurs talens à la déesse : sur la droite, la Renommée, prête à les proclamer, semble recueillir avec attention les éloges et les conseils que Minerve adresse aux beaux-arts; à l’autre extrémité de cette scène, le génie du commerce et de l’industrie montre sur le globe les contrées qu’il va éclairer et enrichir en y répandant les lumières et les productions des sciences et des arts.

Le Génie de la France et Minerve encouragent les arts (pl. 23) , par M. Ramey père (2). — Ici se voient réunis autour du génie de la France les arts de la paix et les arts de la guerre. Mars et la Victoire

(i) M. Le Sueur , c'Iève de M. Pajou , remporta le grand prix en 1780. Dans la même année , il fit le tombeau de J. J. Rousseau à Ermenonville , en pierre de Tonnerre; un monument à la me'moire de M.Ue Jolv, actrice de la comédie française, à Poussande , près de Caen , chez M. Longbois ; en 1789 , un groupe de quatre figures de femmes, en marbre, de 3 pieds de proportion , chez M. Bergeret; deux grandes Renommées et le Destin pour la salle du tirage de la loterie royale ; en 1792 , l'Instruction publique, bas-relief en pierre pour l’e'glise de Sainte-Geneviève , change'e en Panthe'on ; Albinus et les Vestales , bas-relief pour le palais de la Légion d’honneur ; la statue du general Dugommier , au palais de la Chambre des pairs; la Paix, bas-relief en marbre à l’arc de triomphe du Carrousel; en 1814, l’Espérance, figure en pierre de Conflans , de 6 pieds de proportion, placée à la façade du palais du Temple ( le modèle en a été exposé au salon de 1824); le bailli de Suffrcn , statue en marbre destinée au pont de Louis XVI.

(2)M. R.VMEYpère, néàDijonen 1754, remporta le grand prix en 1782; il fut reçu membre de l’académie des beaux-arts en 1816. Ses principaux ouvrages sont, au Panthéon , la Musique et l’Architecture , pendentif d’une des petites coupoles au midi ; à l’ancien sénat et a la Chambre des pairs , Minerve et deux Victoires portant des couronnes ; les caryatides du trône ; Scipion , statue de 6 pieds de proportion ; statue du général Kléber, de 8 pieds et demi , au grand escalier de la Chambre des pairs; bustes de Scipion et de trois sénateurs ; deux femmes supportant les signes du zodiaque , bas-relief en plomb, au méridien du palais de la Chambre des pairs ; statue de Bonaparte pour l’ancien sénat ; à l’arc de triomphe du Carrousel , un bas-relief qui représentait l’entrevue d’Austerlitz; en 1819, statue du cardinal de Richelieu pour le pont de Louis XVI; en 1824, statue de Pascal , pour Clermont-Ferrand ; une naïade de douze pieds , en pierre , pour la fontaine de Médicis au Luxembourg.

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présentent leurs guerriers; Minerve , ayant près d’elle la Justice comme symbole de l’équité de ses jugemcns, semble répondre à la France des succès que lui promettent les lois , les sciences, les arts et le commerce.

La marche que nous avons suivie en parcourant le Louvre ne nous a encore fait connaître que des sculptures qui, pour la plupart, sont «les temps modernes de ce palais. Appartenant à notre école actuelle , elles ont de grands titres pour exciter notre interet ; mais nous allons le reporter vers des productions plus anciennes et qui ne furent pas moins glorieuses pour la sculpture française. Si elle n’a pas toujours réalisé toutes les espérances que ses brillans commencemcns avaient fait concevoir à l’époque de la renaissance des arts, s’il y eut de longues lacunes où, se fourvoyant dans des routes dangereuses, elle semblait avoir oublié ce qu’elle avait promis et les principes qui lui avaient mérité des succès à son entrée dans la carrière, nous verrons cependant, en examinant les bas-reliefs et les figures de ronde bosse dont à plusieurs époques elle enrichit la cour et les salles du Louvre, qu’elle a su se relever de ses erreurs, secouer les principes funestes qui l’avaient égarée , et peut-être marcher souvent l’égale de la sculpture italienne, sa rivale. Si les grands maîtres qui, sous François I.er, ouvrirent une nouvelle voie pour notre sculpture et fondèrent son école, reparaissaient , ils pourraient se reconnaître dans leurs descendans régénérés, et être fiers des succès qu’ils ont déjà obtenus et de ceux qu’ils font espérer pour l’avenir.

On voit déjà que je vais attirer les regards sur les ouvrages de notre Jean Goujon , et c’est avec plaisir qu’on les arrêtera sur les sculptures dont il orna la cour du Louvre, et que peuvent envier les plus beaux palais de toutes les autres contrées. Sa grâce, qui lui est toute particulière, est empreinte d’un attrait qui séduit et qui retient : ce n’est pas qu’elle soit à l’abri de tout reproche sous le rapport du dessin et qu’on ne puisse y trouver un peu de manière; mais on sent que s’il a des défauts, ils lui sont naturels et ne sont pas d’emprunt. Aussi ses imitateurs, tout en mettant plus de correction dans leurs ouvrages, n’y ont-ils pas su répandre autant de charme: ce qui n’était que négligence et abandon dans le dessin si coulant de Goujon, est devenu, sous leur ciseau, une afféterie plus calculée et moins naturelle. Il n’est pas douteux que ce grand sculpteur n’ait étudié le style de l’école florentine : on retrouve dans ses productions une partie des qualités et des défauts du Primatice, de Niccolo dell’Abbate, de Vasari, du Bronzin; car ce sont les maîtres dont on reconnaît le plus l’influence dans ses ouvrages. Il avait sans doute aussi connu et étudié Michel-Ange; mais on dirait que son esprit doux et tranquille , et qui ne saisissait dans la nature que ce qu’elle lui offrait de gracieux , tremblait devant l’ardent et fougueux génie de ce colossal Michel-Ange, dont les rapides conquêtes dans l’empire des arts ne connaissaient pas de bornes, et qui, brisant toutes les entraves et s’élançant au-delà du possible , contraignait , à force de hardiesse et de fierté, l’esprit étonné à lui pardonner et même à admirer scs écarts. Goujon, plus calme , n’eut su les concevoir, et il n’y

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puisa pas ces grandes leçons que donnait Michel-Ange et que lui seul pouvait comprendre; leçons qui, du reste, ne produisirent pas en Italie, de son vivant, cl encore moins après sa mort, les résultats qu’avait espérés ce grand homme ( t ). De brilians défauts, l’appareil exagéré de la science et de la force, séduisent les esprits ai dons souvent plus que ce que la raison et le calme offrent de pur et de régulier: aussi vit-on l’école de Michel- Ange outrer les attitudes, les formes , les expressions, que le maître avait déjà prononcées avec trop de violence. On n’avait pas sa science profonde: et ce qui chez lui était un excès de vigueur et l’explosion de la puissance de sa pensée, devint chez ses copistes de l’ampoulé et une sorte de fanfaronnade d’énergie. Tout était grand chez Michel-Ange; son génie sévère ne trouvait la beauté que dans la force : les grâces n’étaient pas les divinités auxquelles il sacrifiait et qui dirigeaient son ciseau, et ses figures de femmes, douées d’une beauté fière et robuste, si elles avaient plus de pureté dans leurs formes et plus de cet idéal des Grecs dans le style de leurs têtes , eussent rappelé les sévères et graves divinités d’Homère. Parmi les productions de ses élèves, il y en a peu qui inspirent cette admiration que commande un grand caractère, et qui rachètent par cette imposante qualité la pesanteur et la manière de leurs contours ou de leurs attitudes.

Ce n’était pas la force qui séduisait le plus Jean Goujon ; il se sentait porté vers les compositions et les formes gracieuses : aussi ses figures de femmes sont -elles, en général, supérieures à celles d’hommes; et il est plus que douteux qu’aucun des sculpteurs des plus beaux temps de l’Italie l’empoi'te sur lui sous ce rapport. C’est surtout dans les bas-reliefs d’un effet doux et de peu de saillie, qui présentent plus de difficultés que ceux de haut-relief, et c’est aussi dans les compositions où la sculpture doit s’accorder avec l’architecture, que cet habile homme a été rarement atteint. Quoiqu’il eut une sorte de prédilection pour le style de quelques maîtres de l’école de Florence, cependant, loin d’être servile imitateur, il sut se créer une manière qui lui est propre et qu’on ne retrouve pas chez les sculpteurs florentins. La grâce de ses figures de femmes est remplie de dignité et de grandeur. Si l’on y reconnaît, ainsi qu’il a déjà été dit, quelque manière , ce n’est pas tant dans les poses et dans les airs de tète que dans les ajustemens et dans les draperies. Goujon s’était fait, dans cette partie si importante de la sculpture, un style particulier: il n’employait pas les costumes de son temps, quoiqu’il aimât cependant à faire entrer dans ses ornemens les perles et les bijoux dont on se parait alors; mais tout est ajusté avec un goût qui est entièrement à lui : ce n’est certainement pas la simplicité de l’antique des bons temps ; mais l’ensemble de ses draperies et de ses dispositions est mieux combiné, et avec plus de grâce, que ce que présentent les productions des écoles italiennes de son temps.

On ne saurait trouver que la sculpture italienne du xvi.° siècle se soit,

( 1 ) Voyez , sur Michel-Ange , fe beau écrivain porte sur ce grand homme un juchapitre de M. le comte Cicognara, Sto- gement rempli d’ide'es profondes et aussi ria &c. , t. V , p. 103 et suiv. , où ce savant justes que lumineuses.

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en "eneral , distinguée , meme du temps de Michel-Ange, par le choix et le bon <>out dans l’ajustement des draperies. Que n’a-t-elle suivi , en les perfectionnant, les principes si simples et si vrais de ses premiers maîtres du xiv.'- et du xv. 0 siècle, de Nicolas, de Jean, d’André de Fisc, du grand Donatello, de Ghiberti, d’André' Riccio , et de plusieurs autres de cet âge d’or de la sculpture italienne, dont on peut prendre une idée dans la troisième livraison de l’ouvrage de M. le comte Cicognara ( 1 ) ! En suivant

( I ) Parmi les ouvrages que contient cette curieuse livraison , où , maigre' les graveurs, on reconnaît les lionnes intentions des sculpteurs , en ne conside'rant leurs productions que sous le rapport des draperies , on peut citer celles que je vais indiquer sommairement. — PI. 2 , de belles figures de Nicolas ilcl/a Quercia et du Tribolo à Saint-Pe'trone de Bologne. — PI. 5 , une charmante Annonciation, une patère digne de l’antique , un crucifix, du Donatello ; pl. 6 , son superbe S. George et son Zuccone de Florence : je ne sais si, pour les draperies , la sculpture d’Italie a jamais e'te' plus loin et s’est plus rapproche'e de l’antique. — PI. 7 , une belle descente de croix du même sculpteur ; pi. 9, des anges de lui, à Saint- Antoine de Padoue, la plupart pleins de naïvete' et de grâce ; à Saint-Jean à Florence ( pl. 10 ), des figures du mausole'e du pape Jean XXIII. — PI. 16, une Sainte Vierge de Giuliano cia Majano , au château neuf de Naples. — PI. 20 et 21, les admirables bas-reliefs de Lorenzo Ghiberti dans la cathédrale de Florence et sur les portes de Saint-Jean ou du Baptistère , que Michel-Ange appelait les portes du ciel; son S. Mathieu , tout-k-fait dans le caractère de l’antique. — Pl. 22 , bas-reliefs de Luc a délia Robbia : les draperies des anges sont d’une charmante composition ; pl. 23-24 , il y en a aussi de très-bien du même sculpteur. — PI. 26 , sculptures de Benedetto da Majano qui ornent la chaire de l’église Sainte-Croix à Florence. — PI. 31 - 33 , de belles sculptures de Mino de Ficsole au tombeau du marquis Hugo à Florence. — PI. 36, détails du beau candélabre A' André Riccio à Saint- Antoine de Padoue. — PI. 39 , une jolie statue de femme des tombeaux des Moce-

nigo à Venise , imitée de l’antique , si même ce n’est pas une figure antique qui a etc restaurée. — PI. 40 , un beau bas-relief A' Antonio Lombardi à Saint-Antoine de Padoue offre aussi beaucoup d’inspirations de l’antique , de même que ( pl. 41 ) la Sainte Vierge et le S. Pierre de l’autel de Notre-Dame délia Scarpa , dans l’église de Saint-Marc à Venise , et (pl. 42 , 43 ) le superbe mausolée Vendramin à Venise : des figures charmantes de femmes et d’enfans ( pl. 44 ), de très-petite proportion , seraient aisément prises pour de l’antique. — Pl. 52, figures de Niccolo dell’ Area et de Properzia de Rossi. — Pl. 53 , statues colossales de Ciccione à Saint-Jean de Carbonara et à Saint-Dominique-Majeur , à Naples. Je terminerai cette espèce de revue des productions de la sculpture d’Italie au xv.e siècle, ou du moins avant la grande vogue de l’école de Michel- Ange , par le beau bas-relief Ai Alphonse Lombard, représentant (pl. 50), dans une composition de quatorze figures , Jésus- Christ ressuscitant la jeune fille de Naïm. Je ne crois pas que la sculpture italienne ait jamais l ien produit de mieux , sous le rapport de la composition et de la dignité des attitudes, du dessin et de l’expression ; les draperies y sont traitées dans le caractère et le goût des anciens. Parmi les bas-reliefs du xvi.e siècle en Italie , il n’y en a pas qui vaille celui-ci , qui , au reste , est daté de 1519, et se trouve dans l’oratoire délia Vita à Bologne. Si les écoles italiennes avaient toujours suivi la même route qu’Alphonse Lombard, elles se fussent plus approchées de la perfection des Grecs , surtout dans l’expression convenable à la sculpture , et dans l’art de disposer avec goût les draperies et de revêtir une figure de manière à montrer sans affectation toute

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la nature comme un guide sur, ils avaient, pour ainsi dire, devine la marche des grands maîtres de l’antiquité. Et d’ailleurs, quoique les débris de la sculpture ancienne retires des monumens fussent peu nombreux et peu répandus jusqu’à une époque assez avancée du xv.c siècle, on voit cependant, à n’en pouvoir douter, qu’ils avaient etc* utiles à plusieurs de ces habiles sculpteurs qui précédèrent Michel-Ange. On s’éloigna de ces modèles, lorsque, se jetant dans des systèmes et des conventions, on quitta la route qui avait été tracée avec tant de simplicité. Ce n’était pas Michel- Ange dont le talent fut propre à faire prendre une bonne méthode de draperies : on dirait qu’il les regardait comme peu dignes d’exercer ses méditations; il ne pouvait s’astreindre à les combiner de manière qu’elles suivissent avec facilité les formes des corps qu’elles enveloppent. Qu’on examine avec impartialité les planches 5G-57 de la quatrième livraison de l’ouvrage de M. le comte Cicognara , et l’on verra si même le Moïse, regardé avec raison comme un des chefs-d’œuvre les plus remarquables de Michel-Ange, si sa Vierge soutenant sur les genoux Jésus-Christ mort, ne donnent pas lieu de reprocher aux draperies d’être lourdes et souvent

la beauté des formes, et à faire deviner celles qu’on ne de'couvre pas : car souvent, dans les figures du xvi.c siècle , il y a de la prétention et presque de l’inde'cence dans la façon dont on ajuste les draperies pour laisser voir le nu. Ce n’était pas ainsi qu’en agissaient les Grecs; et leurs figures, dans toute la nudité où ils les offrent, sont plus décentes que bien des statues drapées du xvi. e siècle.

Au reste , on est forcé de reconnaître , dans l’intérêt des arts , que les planches de l’ouvrage de M. le comte Cicognara font grand tort à la plupart des sculptures qu’elles représentent : il me serait facile de fournir de nombreuses preuves à l’appui de ce que j’avance; je me contenterai de citer, comme exemples, l’admirable candélabre d’André Riccio, et le riche support des étendards de Venise par le Léopardi. Cette planche 39 est donnée comme bien gravée , de même que les planches 43-44 , qui offrent le beau mausolée Vcndramin.

Que l’on compare ces deux planches, et l’on jugera, à part le travail , qui est plus que médiocre , que l’une ou l’autre est inexacte , ou même que toutes les deux le sont. On dirait à peine que c’est le même monument ; toutes les figures , grandes ou petites, et je n’en excepte pas une, quoique les mêmes, sont toutes différentes d’attitude

et de costume dans les deux planches. Vêtues dans l’une , elles sont déshabillées dans l’autre : ici , elles sont loin d’atteindre le haut des arcades où elles sont placées; là, les arcades n’ont pu les contenir, et elles touchent presque de leurs tètes l’entablement: dansla première planche, le bras droit manque au doge , et il est vêtu en partie d’hermine; dans la seconde , on lui a rendu son bras, et on le dépouille de son hermine. Il n’y a presque aucune des divisions du monument et aucun de ses ornemens qui soient semblables dans les deux planches : ici, ce sont des satyres; là, des enfans les remplacent. On ne saità laquelle des deux gravures ajouter foi , d’autant plus que M. le comte Cicognara en loue l’exactitude. De telles planches, et il y en a un grand nombre de ce genre, donnent l’idée la plus fausse de monumens dont M. le comte Cicognara fait avec raison l’éloge , et sur lesquels il s’exprime souvent de la manière la plus juste. Il est triste de penser que, pour être mises d’accord avec son bel ouvrage , après tant de soins et de dépenses , clics demanderaient presque toutes à être refaites. L’opinion que j’émets ici n’est qu’en faveur des arts et du monument littéraire que leur a consacré M. le comte Cicognara ; car je puis dire de lui : Mi/n nec bénéficia nrr injuriâ rognitus.

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mul combinées dans la disposition et la répartition des masses et des plis. Ne paraissent-elles pas plutôt laites pour étouffer que pour couvrir les corps, quelles écrasent? Au lieu de suivre et de laisser voir la direction des membres, parfois elles les coupent, et l’on dirait que ce sont des vêtemens jetés sur des figures nues pour les dérober aux regards, et qui ne doivent pas y rester. Qu’on poursuive l’examen des planches (l) qu’ollre la quatrième livraison de l’ouvrage de M. le comte Cicognara, et qu’on dise si, a l’exception de quelques figures, et en petit nombre, de Sansovino, de Rustici, de Guillaume délia Porta, de Bandinelli , il y en a beaucoup, dans ces beaux temps de la classique Italie , dont on voulut donner les draperies pour modèles, et qui ne fassent pas reporter avec regret les regards vers celles du xv.c siècle , mieux raisonnées et plus motivées dans leurs attaches, leurs jets et leurs développemens. Nous verrons que plus tard le style simple et pur de ces premiers maîtres ne revint pas animer les écoles d’Italie, aux époques qui suivirent celle des élèves de Michel-Ange, et que si le mauvais goût dans l’ajustement des draperies se glissa dans notre école , ce fut peut-être en grande partie à l’Italie qu’elle le dut.

Ces considérations me portent à croire que ce n’est pas sans quelque raison que M.Emeric David , en parlant des arts du dessin en général, a avance, ce qui révolte M. le comte Cicognara (2), que a ce serait une question » neuve et bien digne d’examen, que celle de savoir si les artistes italiens v employés par François I.er à Fontainebleau, si les Rosso, les Primatice, » les Cellini, dont le dessin systématique se ressentait déjà des erreurs qui, » de leur temps , commençaient à entraîner l’Italie vers sa décadence , si » ces maîtres, dis-je, n’ont pas égaré notre école, au lieu d’améliorer ses » principes , en l’induisant à abandonner sa manière simple et franche, pour «y substituer le style de convention qu’ils avaient eux -mêmes mis à la » place de la grâce naturelle de Raphaël. Quant à moi , ajoute M. Emeric » David , je crois qu’il est résulté de cette révolution un mal réel pour la » France ( 3 ) , <Scc. »

( 1 ) En examinant les ouvrages que contiennent en grande quantité' ces planches où M. le comte Cicognara a sans doute réuni ce que l’I talie possède de plus beau en sculptures du xvi.e siècle, je ne crois pouvoir citer, sous le rapport des draperies , quoiqu’il y eût encore bien des choses à reprendre , que les productions suivantes : le Moïse de Michel-Ange ( pl. 56 );

— un S. Jean , de Baccio da Montelupo ;

— le mariage de la Vierge , de Giovanni da.IV Opéra ; — une femme assise , de YAmmanato ( pl. 60 ); — trois belles figures de Baccio Bandinelli ( pl. 64 et 65 ); — S. Jacques le Mineur , de Giovanni clair Opéra ( pl. 61 ) ; — deux superbes figures de Rustici ; — le S. Jean- Baptiste du Sansovino ( pl. 62 ) ; — la Paix ,

de Léon Lioni ( pl. 69 ) ; — deux grandes figures michel-angelesques de Guillaume clella Porta , qui rappellent celles des tombeaux des Me'dicis à Florence ( pl. 80 ) ; — un bas-relief de Daniel de V olterre (pl. 81); — de charmantes gravures sur cristal de roche, par Valcrio de Vicence (pl. 87); — et un bel ivoire ( pl. 88 ). Quant aux planches où sont gravées quelques productions de nos sculpteurs du xvi.c siècle, je ne les cite pas; elles n’en donneraient pas une idée juste, et souvent c’est à peine si l’on peut les y reconnaître.

(2) Voyez Sloria &c. du comte Cicognara, t. IV, p. 436.

(3) Voyez la Revue encyclopédique , xix,c année, août et mois suivons.

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