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Et au fait, qui pourrait contester que la sculpture ne se fut élevée en Italie, et par conséquent en France, où on l’imita, à un plus haut degré tic perfection, et n’eût etc plus près de celle des Crées, si, dans scs conceptions, elle s’était toujours inspirée du goût pur et angélique de Raphaël , dont la sagesse et la simplicité’ d’expression conviennent parfaitement au gënie qui doit diriger les compositions de la sculpture? Est-ce manquer à la reconnaissance que l’on doit à cette seconde patrie des arts , que de regretter que le génie divin de Raphaël, que son ame si douce et si sensible aux impressions de la beauté, n’aient pas toujours anime les e'coles d’Italie? En etudiant la nature avec Raphaël, en choisissant avec son sentiment exquis ce qu’elle offre de plus parfait, en le rendant avec sa grâce et sa naïveté, la sculpture italienne se serait plus rapprochée de cette beauté surhumaine, qu’on sent plutôt qu’on ne peut la définir, et dont les artistes grecs possédaient le secret; secret que Raphaël, plus que tout autre , sans être servile imitateur des Grecs et en s’identifiant avec eux, a su s’approprier, tel que l’abeille, dont le doux nectar rappelle vaguement les sucs et les parfums des fleurs , sans que l’on puisse y reconnaître chacune de celles qui ont été en proie à ses heureux larcins.
Si les arts ont fait la gloire de l’Italie, la peinture, ce me semble, y a encore plus contribué que la sculpture. Les ouvrages de ses grands peintres approchent plus que les productions de ses sculpteurs, de la perfection à laquelle les Grecs avaient porté les arts, et dont nous donnent une idée , probablement encore incomplète et au-dessous de ce qu’elle devait être, les chefs-d’œuvre qu’ils nous ont laissés en sculpture, en pierres gravées et en médailles : car les fragmens médiocres de peinture que nous possédons , quoique nombreux, sont trop peu importans, n’ayant servi qu’à décorer les murailles des appartemens, pour pouvoir appuyer de leur témoignage des parallèles entre la peinture des anciens et celle des modernes. En accordant à la sculpture italienne qu’elle ait, ainsi que chez les Grecs, cherché le beau idéal, ce qu’on pourrait lui contester, il y aurait encore lieu de n’étre pas d’accord avec M. le comte Cicognara ( 1 ), et de ne pas ratifier tous les complimens qu’il lui adresse , en dépréciant la sculpture française, lorsqu’il dit que les Italiens marchèrent avec succès vers la perfection des Grecs, tandis que les autres tentèrent avec moins de bonheur ce que la nature ne parut accorder exclusivement qu’à la terre classique de l'Italie. Mais la sculpture italienne a-t-elle bien trouvé cette perfection, ce beau idéal des Grecs, vers lesquels elle marchait avec tant de succès ? Est-il empreint dans les œuvres de ses plus grands statuaires? Se croit-on, même en les admirant, transporté devant les chefs-d’œuvre des Grecs? Phidias, Alcamènc, Praxitèle, Lysippe,s’v seraient-ils reconnus? y auraientils retrouvé leurs principes et leur goût? auraient-ils brigué d’y inscrire leurs noms? Je ne puis me le persuader, et je croirais plutôt que Protogène, Zeuxis, Parrhasius , Apelle , seraient restés frappés d’étonnement et enchantés devant les admirables peintures de la chapelle Sixtine et des loges ou des grandes fresques du Vatican.
( 1 ) Tome IV, p. 425.
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Si les Grecs ont atteint la perfection de la beauté, si leurs chefs-d’œuvre en sculpture font éprouver un charme irrésistible, la sculpture italienne peut-elle se flatter de produire le même effet? Scs ouvrages les plus parfaits paraissent avoir été conçus dans un autre système que ceux des Grecs. Souvent, sans doute, ils offrent de grandes beautés; mais ce n’est pas cette beauté des Grecs, qui élève l’aine et la transporte dans un monde inconnu et céleste, et paraît au-dessus de celle qui fut accordée à la nature humaine. La sculpture italienne a-t-clle jamais pris un essor aussi sublime? Dans ses momens les plus brillans, n’est-elle pas encore restée bien en arrière de la perfection des Grecs, et peut-on convenir avec M. le comte Cicognara que l’Italie ait reçu exclusivement, do la nature, des faveurs qu’en mère injuste elle aurait refusées aux autres peuples? N’est-il même pas permis de douter que les principes que suivaient les écoles d’Italie au xvi/ siècle, les eussent conduites à la perfection des Grecs? Il en serait sorti sans doute des chefs-d’œuvre ; mais ils auraient été le résultat d’idées moins relevées, moins générales, que celles des Grecs. Ils tiendraient plus à la terre ; tandis que ceux que créa l’imagination de ce peuple ne pour les arts, et nous ne possédons pas ceux qu’ils admiraient le plus, semblent avoir eu pour modèles une beauté que les passions, les habitudes terrestres, n’ont pas altérée, qui n’existe plus sur la terre, et qui, s’affranchissant de ce qu’elle avait de matériel, s’est réfugiée dans le ciel.
Il est donc permis de croire que si l’Italie, au xvi.e siècle, nous a rendu de grands services sous le rapport des arts , et si nos sculpteurs y ont trouvé des maîtres qui ont pu leur être très-utiles , ils auraient fait encore plus de progrès si , s’attachant moins à suivre les principes de l’école florentine , ils s’étaient mieux pénétrés de la simplicité de celles des xiv.e et xv.* siècles, et s’ils eussent plus profité des leçons que leur offraient l’antique et Raphaël. A quel point ne serait pas parvenu notre Jean Goujon, si, pour développer le goût et la grâce dont il était doué, il n’eut eu recours qu’à l’étude de la nature , aux chefs-d’œuvre des anciens et à ceux du divin peintre d’Urbin ? On n’eut pas si souvent retrouvé dans ses ouvrages une partie de l’affectation et du style de convention qu’au milieu de grandes beautés l’on peut reprocher à l’école de Florence. Ses draperies sont cependant d’un caractère particulier, et les sculptures de Michel-Ange et de ses élèves ne lui en ont pas fourni les modèles. On les retrouverait plutôt, ainsi que je l’ai déjà indiqué , dans le style de maître Roux, de Vasari, et surtout du Primatice, de Niccolo dell’ Abbate , qui avaient laissé de si riches monumens de leurs lalens dans ces belles peintures de Fontainebleau, dont bientôt il n’existera plus que la place qu’elles avaient décorée , et des souvenirs dans les croquis de ceux de nos peintres et de nos architectes qui les ont vues avant qu’elles fussent réduites à un si triste état. Goujon offre aussi de certains agenccmens de draperies que présentent les ouvrages de Celli ni, quoique certainement notre sculpteur disposât les siennes avec plus de goût : mais ce goût quelquefois est un peu maigre; et quoiqu’en général elles ne nuisent pas à la pureté des contours îles figures, et qu’elles les suivent avec souplesse et avec grâce , souvent aussi, n’offrant pas d'assez
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grands partis , trop subdivisées , trop brisées, et semblant vouloir rivaliser avec la peinture et affecter la prétention d’être plus légères que ne l’admet la sculpture, ces draperies tombent dans un papillotage qui ne convient pas à sa sévérité, et que la peinture, malgré toutes les ressources qu’elle trouve dans la couleur et la lumière, a souvent bien tle la peine à se laire pardonner. Quelque belles que soient les figures de plusieurs œils-de-bœuf du Louvre de la main de Jean Goujon, elles nous offrent des exemples de ces imperfections qu’il sut, il est vrai, racheter par de grandes beautés, par une élégance de formes que ne leur font pas perdre quelques incorrections de dessin, et que peuvent lui envier les plus grands sculpteurs des écoles d’Italie.
Lorsqu’on parle de Jean Goujon, il est difficile de le séparer de Paul Ponce Trebati, l’un des artistes italiens que François I.C1 attira en France, où il paraîtrait que cet habile sculpteur passa une grande partie de sa vie. Les auteurs italiens, et entre autres Vasari, n’en rapportent aucune particularité, et n’indiquent ni les époques de sa naissance et de sa mort, ni sa ville natale. Si, comme l’avance M. le comte Cicognara ( 1 ) en voulant nous enlever le Poussin , ce grand peintre , qui, selon lui, n’est né en France que par une bizarrerie du hasard, si, comme il le dit, la patrie d’un artiste est le pays où il a reçu les meilleures leçons , et où son talent est arrive a son plus haut point de perfection , nous aurions à réclamer Paul Ponce , dont il n’existe peut-être aucun ouvrage en Italie, et dont le talent, parvenu probablement en France à toute sa maturité et à sa perfection, nous a laissé de nombreuses productions d’une beauté comparable à tout ce que possède de mieux l’Italie en sculpture monumentale. M. le comte Cicognara ne cite aucun de ses ouvrages parmi les sculptures d’Italie; il est vrai qu’il ne dit aussi presque rien de ceux qu’il exécuta en France, et qu’on
(1) II est bien à regretter pour le Louvre qu’aux talens de Jean Goujon et de Paul Ponce n’ait pas pu se re'unir celui de ce Jacques d’AngouIème qui, dans le même temps, e'tonnait Rome par la beauté de ses productions, et qui même, si l’on en croit Vigenère (sur Callistrate , p. 855), eut la gloire de voir une de ses statues , un S. Pierre, préférée, en 1550 , par les artistes italiens, il celle qu’avait faite Michel- Ange. M.Ie comte Cicognara ( t. V, p. 363) ne veut pas absolument que le fait soit possible , et il s’indigne, et contre M. Emeric David ( Art statuaire , p. 451 ) , cl contre ceux k qui il viendrait même l’idée d’admettre cette possibilité. Il me paraît cependant, k mes risques et périls, que non seulement la chose est possible, mais même qu’cllcest plusque probable. On n’ad’abord aucune raison plausible de suspecter la
bonne foi de Vigenère, grand admirateur , ami même de Michel-Ange, qui lui accordait, ce qui était une faveur très-particulière , la permission de le voir travailler. Ce qu’il avance sans phrases , sans prétention, comme une chose connue, dont il a été presque témoin , et qui faisait le plus grand honneur k Jacques d’AngouIème, paraît porter le caractère de la vérité. Et n’auraitil pas craint d’être démenti par les enthousiastes de Michel-Ange, s’il eût inventé, k l’honneur de Jacques d’Angouléme , un succès qui, k leurs yeux, si c’eût été un conte, serait devenu un outrage , un blasphème , contre Michel-Ange? 11 me semble donc que plus ce fait est extraordinaire et presque incroyable , plus il mérite qu’on y ajoute foi. II n’est d’ailleurs pas nécessaire d’admettre , ce qui répugne k M. le comte Cicognara, qu'il y ait eu un concours posi-
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n’en trouve pas clans les planches de l 'Histoire de la sculpture. C’est une lacune: car, soit que Paul Ponce appartienne par sa naissance et ses premières études aux écoles d’Italie , soit que le long séjour qu’il lit à Paris et à Fontainebleau le fasse , pour ainsi dire, considérer comme Français , il n’en est pas moins un des sculpteurs qui ont fait le plus d’honneur à leur art, et il y en eut peu en Italie qui aient eu sur lui , surtout dans la sculpture destinée aux grands édifices , une supériorité incontestable.
Il paraît que dans ses travaux, du moins au Louvre, Paul Ponce fut associé à Jean Goujon : aussi se trouve-t-on embarrassé pour assigner à chacun de ces sculpteurs les ouvrages qui lui appartiennent; et assez généralement on donne à celui-ci plusieurs des petits frontons de la cour, qui sont cependant de Paul Ponce : Germain Brice, dans sa Description de Paris , les lui attribue positivement. Quand on ne serait pas appuyé par ce témoignage, l’examen de ces bas reliefs ( pi. 21 -2G) y ferait reconnaître un caractère différent de celui des productions de Jean Goujon : on y trouve une expression plus ferme , plus prononcée, une vigueur plus michel-angelesque, que dans les ouvrages de Jean Goujon, dont les figures de femmes se distinguent par cette élégance et cette finesse de contours, peut-être un peu recherchées, qui n’appartiennent et qui ne vont bien qu’à lui , et que , si j’osais, je comparerais à la gentillesse un peu maniérée des poésies de son contemporain Marot. Les figures de Paul Ponce, au contraire, frappent par une grandeur et une fierté de style qui rappellent Michel-Ange dans ses meilleures productions. Quoique l’on y reconnaisse l’école de ce grand homme, cependant Paul Ponce n’en a pas conservé tout le caractère; il l’a adouci , et peut-être y trouverait-on plus de pureté et de noblesse que dans la plupart des ouvrages des élèves de Michel-Ange. Le long séjour que Paul Ponce a fait en France, la liaison qu’on peut croire avoir existé
tif entre Michel-Ange , ce colosse de renomme'e , et Jacques d’Angouféme. Michel- Ange avait fait une statue de S. Pierre; Jacques, sans être son e'mule et encore moins son rival, en avait fait une autre : on les a compare'es , et la dernière a été préfe'rée. Ce ne serait pas la première ni la dernière fois qu’un maître, infe'rieur de talent à un autre, aurait eu une heureuse inspiration , et qu’il aurait produit un ouvrage qui l’eût emporte sur celui d’un artiste habituellement plus habile. Michel- Ange avait d’ailleurs alors soixante-seize ans, et à cet âge le talent peut se ressentir du poids des ans. II n’existe plus rien, il est vrai , des productions de Jacques d’Angoulème citées avec tant d’éloge par Vigenère , et l’on ignore ce qu’est devenue une superbe statue de l’Automne qu’il avait faite pour Meudon. Mais la disparition di-
ses ouvrages ne serait pas un motif de douter de son talent : et M. le comte Cicognara ne se plaint-il pas ( t. V, p. 177) de ce que plusieurs chefs-d’œuvre de Michel -Ange en marbre et en bronze se sont perdus , et en Italie, et à Rome même, où il était, pour ainsi dire , l’objet d’un culte public , et où ses ouvrages attiraient sans cesse des admirateurs ? Est- il donc extraordinaire que ceux de Jacques d’AngouIême, dont plusieurs même étaient modelés en cire, aient éprouvé le même sort? et serait-ce une raison pour qu’avec aussi peu de convenance que de critique M. le comte Cicognara traitât de fable et d 'ineptie ce que Vigenère et d’autres auteurs français ont rapporté des succès obtenus par cet habile sculpteur sur Michel -Ange? Que de victoires remportées sur les plus grands généraux par de moins illustres capitaines !
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entre lui et Jean Goujon, ne permettent-ils pas d’admettre que ces deux habiles artistes se sont prête de mutuels secours, et qu’il s’est fait entre eux , pour ainsi dire, un échangé de qualités qui dut être utile au talent de l’un et de l’autre, et y apporter quelque modification ? Ne se pourrait-il pas que Goujon eut appris de Paul Ponce à mettre de la noblesse et de la dignité dans ses figures, et que celui-ci eut cherché à se rapprocher de la grâce de son émule? La manière de draper de Jean Goujon aurait eu aussi quelque influence sur celle du sculpteur italien : car, autant que l’on peut s’en rapporter aux planches de la quatrième livraison de M. le comte Cicognara , il est à remarquer que dans les ouvrages, soit de ronde-bosse, soit de basrclicf , de l’école de Michel-Ange ou des autres sculpteurs italiens du XVI.e siècle, on ne trouve pas le genre de draperies qu’a suivi Paul Ponce. Il se peut bien qu’il lui ait été en partie inspiré, ainsi qu’à Goujon, par le Primatice, qui dirigeait leurs travaux; mais cependant il est probable aussi que l’exemple de Goujon y aura contribué. Ce n’est pas que je prétende que les draperies de Paul Ponce soient exemptes de reproche , et qu’en s’éloignant du style de l’école de Michel-Ange, il les ait toujours combinées avec le goût pur et la sagesse de l’antique. On trouve encore dans ce sculpteur de la manière et une abondance de détails qui nuit souvent à la grandeur de l’ensemble. Souvent aussi ses draperies, dont on ne se rend pas bien compte, ne tombent pas comme elles le devraient ; elles sont trop froissées et s’ajustent mal, surtout autour des jambes, et quelquefois la disposition y décèle plus de pratique et de convention que d’étude de la nature. Une partie de ces défauts peut cependant trouver une cause et une excuse dans la difficulté et la contraction des attitudes que la forme peu favorable des frontons forçait l’habile sculpteur de donner à ses figures. Mais, au reste, qu’on examine avec soin et sans prévention les planches 56 à 90 de la quatrième livraison de l’ouvrage de M. le comte Cicognara, et l’on se convaincra facilement que les draperies étaient la partie la plus faible de la sculpture italienne du xvi.e siècle. En s’écartant de la manière simple des sculpteurs des xiv.e et xv.c siècles, Michel-Ange fit, sous ce rapport , une révolution funeste aux écoles d’Italie; et parmi tous les ouvrages du xvi.e siècle que donne M. le comte Cicognara, qui certainement a choisi ce qu’il y avait de mieux , on verra qu’il y en a très-peu dont on puisse de bonne foi comparer les draperies à celles de Jean Juste de Tours, de Jean Cousin , de Bontemps, de Jean Goujon , et de Paul Ponce, qui adopta en partie leur manière.
De ces considérations sur le caractère des ouvrages de Jean Goujon et de Paul Ponce, je passerai à la description de ceux dont ils ont orné le Louvre. Si je commence par ceux du dernier de ces sculpteurs, c’est qu’ils se présentent d’abord à nos regards dans le vestibule de la colonnade. Ces beaux bas-reliefs ( voyez pl. 21-22 ) remplissaient autrefois deux petits frontons de la cour du Louvre dans l’angle que fait la façade qui regarde le nord avec celle qui est tournée vers l’est. Lorsqu’on fut obligé de détruire de ce côté l’attique , pour le remplacer par le troisième ordre de Perrault, on ne trouva pas pour ces bas-reliefs de place plus convenable
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que les lunettes de la voûte de ce vestibule ; mais on ne put pas y ajuster les figures qui accompagnaient ces frontons. Quoiqu’elles ne fassent plus partie du Louvre, et qu’elles soient dans des salles de l'école royale de dessin aux anciens Petits-Augustins , j’ai pense qu’on ne me saurait pas mauvais gré de les regarder comme une dépendance du Louvre, et d’en reproduire ici les dessins.
La Justice ( pl. 21 ). — La balance et l’épée, emblèmes de l’èquitè et de la sévérité des lois, font reconnaître le génie de la justice dans cette belle figure ailée; mais peut-être aurait-on raison de desirer dans sa pose quelque chose de plus grave, et , dans le style et l’ajustement de ses draperies, une sévérité qui donnerait plus de dignité à cette austère divinité, et qui serait plus en harmonie avec ses redoutables et salutaires fonctions.
Numa. — Ce roi, dont les sages lois et les institutions adoucirent les mœurs des Romains, et qui régla les cérémonies de la religion, est ici représenté dans le costume de grand-prêtre , près d’un autel sur lequel brûle le feu sacré; une patère à la main, la tête voilée et couronnée de laurier, il est prêt à offrir un sacrifice. Le camille, ou jeune ministre des autels, que l’on a placé près de lui, un couteau de sacrifice à la main, est assis sur les dépouilles de la victime qu’il vient d’immoler. La pose de Numa, dont la tête est fort belle, paraît un peu gênée par l’espace, et la draperie n’est pas , dans la partie inférieure , aussi bien ajustée que dans la supérieure.
Zaleucus. — C’est sans doute pour établir une sorte de liaison entre ses personnages, qui n’ont cependant aucun rapport historique entre eux, que le sculpteur a dirigé l’attention du camille vers un jeune homme qui se crève un œil d’un coup de poignard. Zaleucus son père, parmi les lois qu’il avait données aux Locriens, en avait porté une dont l’infraction était punie par la perte de la vue : son fds, l’ayant transgressée , encourut cette terrible punition ; le législateur crut satisfaire à la loi en partageant la peine entre son fils et lui, et chacun d’eux se creva un œil. Comme disposition , ces figures sont moins bien que les autres , et les jambes de Zaleucus font surtout un très-mauvais effet. II paraît, au reste, que plusieurs de ces personnages de haut-relief, placés sous les frontons, pourraient ne pas être de Paul Ponce ; et il y en a où l’on ne retrouve ni sa grande manière , ni sa composition savante.
La Religion ( pl. 22 ). — La tête couverte d’un grand voile qui retombe sur ses épaules et enveloppe en partie une large robe qui descend jusqu’à ses pieds, assise, et dans une attitude calme, la Religion tient d’une main une boite d’encens, et de l’autre une patère, symboles des prières et des ollrandes. Sur sa figure, remplie de dignité, règne l’expression de la douceur et d’une compatissante bonté. Si ses mains n’étaient pas occupées par les objets qu’elles tiennent, on pourrait croire que, par la
disposition des bras, qui n’est pas très-heureuse , l’artiste a voulu indiquer que la Religion ouvre les siens et offre ses secours à tous ceux qu’elle appelle et qui reviennent à elle.
La Charité romaine. — Le trait si connu , et rapporte par Valère- Maxime et par Pline l’ancien , d’une jeune femme romaine qui nourrit de son lait son malheureux père, condamne à mourir de faim , a fourni à Paul Ponce le sujet de la Charité. Il paraît qu’il lui plaisait; car il l’avait répété à Fontainebleau, dans la galerie de François I.cr ( 1 ). Quoique cet exemple touchant de la piété filiale soit d’un bien meilleur effet dans les descriptions de l’histoire que dans les productions de la peinture ou de la sculpture, cependant le sculpteur en a tiré un bon parti , surtout dans la figure de la jeune femme, dont le dessin a de la grandeur et de la grâce, et la tête, bien ajustée dans le goût florentin, porte l’empreinte de la bonté et du courage.
Les deux soldats qui suivent ne méritent pas qu’on s’y arrête; et si je les donne, ce n’est que pour ne rien omettre. Ils ne sont pas dignes du ciseau de Paul Ponce , et il est même probable qu’il ne les avouerait pas.
David. — En le voyant assis sur la dépouille du géant Goliath , on croirait , au premier coup d’œil, que le jeune et vaillant fils de Jessé vient de remporter la victoire sur l’arrogant et terrible Philistin : mais les rouleaux qu’il tient à la main l’offrent aussi comme le chantre sacré des psaumes et des poésies divines ; et, dans ces deux circonstances, l’age de cette figure , trop jeune comme roi-prophète , trop âgé comme berger, ne convient pas à David , ni sous l’un ni sous l’autre rapport. Quant à la disposition de l’ensemble, la pose en est gênée; et il est presque inutile de faire observer que la coiffure n’est pas celle que devait avoir David , et que les plis du manteau, d’une étoffe trop cassante et trop mince, ne sont pas d’un heureux effet.
Du grand vestibule de la colonnade nous entrons dans la cour. Les basreliefs des frontons que nous allons examiner, commencent à l’angle de gauche, en regardant le vieux Louvre, et nous les suivrons en marchant vers notre droite.
L’Abondance ( pl. 24 ). — Cette belle figure est peut-être une de celles où Paul Ponce a le plus empreint ce caractère de fierté et de vigueur qui distinguait si éminemment Michel-Ange. La tête, les mains, les pieds, tous les détails, en sont superbes et grandement dessinés. Par la savante disposition de l’ensemble, l’habile sculpteur a su triompher des difficultés que lui opposait l’espace dans lequel il avait à placer sa composition. Je ferai observer aussi que, quoique ces bas-reliefs soient à une grande hauteur, le travail en est très-soigné dans toutes ses parties, et que les draperies, bien refouillées, leur donnent un effet très-prononcé. Rien n’a été
( t ) Voyez la Description de Fontainebleau , par f’abbe' Guilbert , t. I er, p. 85.
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néglige dans ces magnifiques sculptures monumentales, et l’on a meme varie comme si l’on eût dû les voir de près , l’expression des têtes de satyres et les guirlandes qu’elles soutiennent.
L’Océan. — Ces trois urnes d’où s’échappent des eaux avec force, cette longue barbe mouillée, font reconnaître l’Océan, le père de tous les fleuves: mais on ne le retrouve pas dans le vieillard dont le regard timide, les jambes mal assurées et l’attitude courbée, sont en contradiction avec ses formes athlétiques, et conviendraient à un malheureux mortel qui souffre du froid; et le dieu des mers semble se baisser pour pouvoir se tenir dans le réduit bas et étroit où on l’a placé. Cependant cette figure, qui pèche par sa conception et par sa pose, considérée dans ses différentes parties, est d’un beau dessin, et c’est l’erreur d’un grand maître.
Les têtes du suivant de Bacchus et du satyre ont l’expression qui leur convient. La coiffure de la première est bien ajustée, et toute la figure pose bien. Quant à (a seconde, il eut etc plus adroit de la disposer de manière que l’encadrement ne coupât point en partie le dos.
L’Agriculture. — Ce qu’il y a de mieux dans cette figure est certainement le haut du corps , et surtout la tête , dont la coiffure est agencée avec goût ; car , du reste , la pose est froide et sans grâce , les formes sont lourdes, et le geste du bras gauche n’indique pas ce qu’il veut exprimer.
Génies de la Gloire ( pl. 25 ). — Les ailes de ces figures, d’après les conventions reçues , suffisent pour en faire des génies ; les lauriers dont ils couronnent un bouclier et des armes , annoncent que ce sont ceux de la gloire , et le serpent est l’emblème de l’immortalité qu’elle assure. De ces deux génies, celui de gauche, quoiqu’il y ait de la gêne dans le mouvement du haut du corps, est le mieux, par l’élégance de son attitude, de ses contours, et par l’ajustement de ses draperies; on voit aussi dans sa coiffure, qui rappelle celle des Vénus antiques, une imitation des anciens que l’on trouve rarement à cette époque dans l’école florentine.
Mars. — Cette figure, dont la pose , surtout dans le haut du corps, est bien et a du naturel , n’offre rien de particulier à faire remarquer , si ce n’est qu’il me paraît qu’on avait donné au profil du visage un certain air de ressemblance avec François I.er On voit aussi qu’en armant Mars à l’antique, on lui a cependant mis à la main une masse d’armes, dont les anciens ne faisaient point usage.
Les têtes des deux captifs enchaînés sont d’une bonne expression : la pose de celui de droite, à cause du raccourci de la cuisse, était difficile à rendre en bas-relief; et dans le dessin du torse et du bras replié en arrière on retrouve un élève de Michel-Ange.
Minerve. — Par son attitude, qui manque de dignité dans l’ensemble et dans les détails, et par son costume, cette déesse guerrière ressemble
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peu à la Minerve des anciens; mais à l’époque de Paul Ponce on n’avait pas encore assez étudié leurs monumens pour en saisir le caractère. En admettant même cpie le costume soit ce qu’il doit être , et que d’une main on n’ait pas fait tenir à la déesse une haste antique, et de l’autre une lance moderne, on ne pourrait pas trouver qu’il soit bien ajusté; et cette robe, que traverse le fut de la pique, et qui se relève sans grâce sur les jambes comme pour découvrir le lion qui est aux pieds de Minerve, serait toujours maladroitement drapée. La tête du lion est d’un beau caractère. Je ferai remarquer que si l’on ignorait l’époque de cette figure, on l’apprendrait par les ornemens du bouclier, sur lequel on voit un croissant qui supporte un foudre, entouré de traits ou d’éclairs ; emblèmes qui font allusion au pouvoir irrésistible que Diane de Poitiers exerçait sur Henri II , et qu’il avait la faiblesse de proclamer et de consacrer sur tous ses monumens.
Le Commerce (pi. 2G ). — Le caducée que tient à la main cette belle figure, lui donne le caractère de genie de Mercure ou du commerce; et sa pose tranquille fait naître l’idée du commerce bien établi et jouissant avec calme de sa prospérité. La fermeté, la grandeur du dessin de cette composition si simple et qui remplit si bien le champ qu’elle était chargée d’occuper, la placent parmi les meilleures compositions de Paul Ponce, et c’est une de celles où l’on retrouve le plus le style de Michel- Ange.
L’Astronomie , la Géométrie , et leurs Génies. — Le caractère et la vigueur du grand Buonarotti sont empreints avec encore plus d’énergie dans ces deux personnages, qui, par la sévérité de leur expression et le calme de leur attitude , annoncent la gravité de leurs fonctions et la profondeur de leurs méditations. Le dessin de ces bas-reliefs, savant et trèsprononcé , ne va cependant pas jusqu’à l’exagération, et les raccourcis, surtout dans celui qui représente la Géométrie , sont traités avec une grande habileté. Ce personnage, qu’on pourrait croire être Archimède, avoir tous les instrumens qui l’entourent et qui servent à l’application de la géométrie et de la mécanique, est fortement occupé d’une grande pensée; il touche au moment d’une importante découverte : qu’on lui donne un point d’appui , et il soulèvera le monde. II est difficile de voir une figure mieux pensée dans son ensemble et dans ses details , et qui dise mieux ce qu’on a voulu lui faire exprimer. L’Astronomie ne me semble pas conçue avec autant de profondeur; par sa pose, ce n’est qu’Atlas qui soutient le monde, et qui , les yeux dirigés vers le ciel , est absorbé dans la contemplation de cet admirable spectacle et de la marche des astres; mais il n’y a pas autant de génie dans cette figure, et elle n’indique pas des idées aussi puissamment combinées que celles que poursuit la Géométrie, qui, par son mouvement subit et une sorte d’inspiration et de fixité dans le regard , parait sur le point de les saisir. Les jolies figures d’enfans ou de génies qui accompagnent ces deux personnages et semblent partager leurs études, complètent bien cette composition, qui convient parfaitement au genie du coin-
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mer ce , dont l’Astronomie dirige les voyages au-delà des mers, et pour lequel la Géométrie, soumettant à ses calculs la terre et les cieux, invente les mesures, les poids, les métiers, et tous les prodiges de la mécanique.
C’est ici que finit la suite des bas-reliefs de Paul Ponce qui ornent la cour du Louvre, et ce sont les seuls de ce genre que l’on possède de ce grand maître. On peut, je crois, avancer , sans crainte detrerélulé , qu’aucun édifice moderne de l’Italie ne présente d’aussi beaux modèles de sculpture monumentale; le Louvre les doit, il est vrai, a un sculpteur italien, mais qui n’a presque travaillé que pour la b rance, devenue pour lui une autre patrie, et oii il modifia son style en y apprenant a mettre dans ses compositions plus de sagesse et de goût que l’on n’en trouve, en général, dans la plupart des ouvrages des écoles d’Italie du xvi.c siècle.
En revenant à l’angle gauche de la cour, nous trouverons les figures élégantes dont Jean Goujon a enrichi cinq des œils-de-bœuf. La forme du champ qu’il avait à remplir était peu favorable à la disposition qu’il pouvait donner à ses personnages; cependant il s’est tiré de ces difficultés en homme habile qui ne les craint pas, et dont le talent flexible sait, sans effort, se plier aux circonstances et se rendre maître de son sujet. A leur beauté ces bas-reliefs ajoutent un nouvel intérêt, lorsqu’on sait qu’ils furent les témoins et presque la cause de la mort de Jean Goujon ; car, le jour de la Saint-Barthélemi, il fut tué d’un coup d’arquebuse tandis qu’il retouchait à ces belles figures du Louvre, de ce palais que depuis tant d’années son habile ciseau enrichissait de ses superbes productions: c’était bien, pour un artiste, mourir au champ d’honneur; et cette fin si triste pour les arts rappelle celle qui porta un coup si terrible aux sciences lorsqu’Archimède, absorbé dans ses sublimes méditations, fut tué au siège de Syracuse. Quelques auteurs cependant prétendent que Goujon fut tué à la fontaine des Innocens : le fait est possible, quoique les travaux de cette fontaine eussent été terminés en 1550; mais il se peut qu’en 1572 elle ait eu besoin de réparation. Une discussion sur ces localités serait , au reste, de peu d’importance, et d’ailleurs on ne trouverait pas de témoignages assez positifs pour établir d’une manière incontestable l’une ou l’autre de ces opinions. Il n’est pas question de cet événement dans des ouvrages contemporains , tels que les Mémoires de V état de la France sous Charles IX, qui entrent dans des détails si affreux et si bien circonstanciés de cette horrible nuit et des jours qui la suivirent; on n’en fait pas non plus mention, ni dans de Thou, ni dans Félibien, qui , dans son Histoire de Paris , parle au long de ce qui eut fieu au Louvre lors de la Saint-Barthélemi. Enfin , soit que Goujon fut occupé à embellir le palais de nos rois, soit qu’il travaillât à l’ornement de Paris, ce qui passe pour constant, c’est qu’ayant le ciseau à la main et terminant un chef-d’œuvre, il perdit la vie le jour de la Saint-Barthélemi.
II n’est pas inutile de faire remarquer ici , pour confirmer ce qui a été dit page 403 de luge présumé de Jean Goujon, qu’avant de travailler à Anet pour Diane de Poitiers , il avait déjà été employé avec Bullant, entre 1540 et 1545 , au château d’Ecouen, pour le connétable Anne de Montmorency;
LE LOUVRE
il fallait que d’autres travaux l’eussent rendu digne d'être associe à un tel maître, et c’est ce qui me fait supposer que Goujon naquit vers J 5 1 0 . J’ajouterai ici qu’on ne connaît pas de portraits authentiques de cet habile sculpteur , et que ceux que l’on en a faits sont de pure invention ( 1 ).
La suite des bas -reliefs de Jean Goujon commence aux deux œils-debœuf qui precedent l’angle de gauche de la cour du Louvre.
(PI. 40. ) La Victoire , l’Histoire (2). — Par la noblesse et l’élégance du dessin , le premier de ces génies rappelle les beaux ouvrages antiques, et c’est une des figures dans le costume desquelles Jean Goujon a le plus de rapport avec celui des anciens pour l’ensemble des draperies , ainsi que pour l’agencement et le jet des plis, quoiqu’il fut à désirer qu’ils s’ajustassent mieux sur la jambe droite et sur la cuisse gauche, dont ils coupent malheureusement les contours Peut-être aussi y a-t-il un peu de manière dans le mouvement de la tête: plus de simplicité' eut mieux fait. Le génie ou la muse de l’histoire pose le pied sur le globe du monde, soumis à ses recherches, à ses jugemens. Elle est bien occupée de ses graves compositions, et il n’y a rien à reprendre à l’intention de toute la figure. Quant à la draperie , elle pourrait offrir des partis plus grands et plus heureux ; et l’on trouverait avec raison que , trop chiffonnée et se relevant sans raison au lieu de tomber, elle 11e suit pas avec grâce les contours de ce génie, que la beauté de ses bras fait supposer devoir être très-bien. C’est aussi la seule figure de Jean Goujon où les ailes qu’il donne à ses génies n’accompagnent
(1) Dans la description de la galerie d’Angoulêmc , qui fait partie du Musée royal du Louvre , j’avais exprime' , en 1 824 , le regret que l’on 11’eût pas encore recueilli dans un corps d’ouvrage tout ce qui existe, en assez grande quantité , à Paris, des sculptures de Jean Goujon , dont une partie , entre autres ce qu’il avait fait pour Saint-Germain l’Auxerrois , a disparu. Je pensais que ce monument élevé à la gloire de la France, à celle de Jean Goujon et de la sculpture française , ferait honneur à celui qui l’entreprendrait. Les vœux des amateurs des arts vont, je crois, être exauce's, et ils apprendront avec plaisir que M. Vauthier, un de nos meilleurs dessinateurs , et avantageusement connu par ses ouvrages , va faire et publier un recueil complet de tout ce qui a ête' conserve de Jean Goujon et de Paul Ponce. Le format de cette intéressante collection sera d’une grandeur qui permettra de rendre avec fidélité le caractère et les détails des productions de ce grand maître ; et le talent de l’artiste qui se
charge de cet important travail , est un sûr garant du soin qu’il y apportera et de la beauté de l’exécution. M. Vauthier est aussi sur le point de faire paraître la collection de toutes les sculptures du Parthénon ou de l’école de Phidias, qui se trouvent a Londres ou à Paris. M. Miel, dans le tome I.er de la Galerie française , a donné sur Jean Goujon un article trèsintéressant et rempli d’excellentes idées, dictées par une saine critique , jointe à un sentiment vif et délicat et à des connaissances approfondies des arts.
(2) Une inadvertance dans le classement et dans le numérotage des planches a fait placer a la planche 40 les deux premiers bas-reliefs de Jean Goujon , qui se trouvent, il est vrai, les derniers lorsqu’on fait le tour de la cour en allant de gauche à droite. Mais, pour 11c pas interrompre cette suite dans le compte que je vais en rendre , je crois devoir les remettre à leur place, et en parler avant ceux de la pl. 27, dont ils sont si mal-à-propos séparés dans la série de mes planches.
ET LES TUILERIES
pas agréablement le corps. Ici cette aile en dérobé une partie, et découpé l’autre perpendiculairement d’une manière peu gracieuse.
La Guerre, le Commerce ( pl. 40). — Le dauphin qui orne le casque de la déesse ; dans celui qu’elle foule aux pieds , la forme de la tète de ce poisson que l’on a donnée à la visière, et le dragon aile; la colonne que soutient la Guerre, la font reconnaître pour celle qui se soumet les mers, et qui, portant ses exploits aux extrémités du monde, en recule les limites. Tout, dans cette belle ligure , est empreint du caractère de la force et de la confiance qu’elle inspire. Quoique le Commerce soit aussi armé, sa contenance offre quelque chose de plus doux et de moins assuré que celle de la Guerre , qui semble lui promettre son appui. Le pied que ce génie pose sur un rocher, indiquerait, ou le commerce de terre, ou les dangers qu’il a à courir. Je ne sais si Goujon a eu l’idée de quelque allusion en découvrant ainsi la jambe droite de cette figure, mais ce n’est pas d’un bon elfet ; et ici les draperies sont moins bien entendues que celles du génie de la guerre. Il y a aussi quelque affectation dans la disposition des doigts des mains. Malgré les dénominations que j’ai assignées à ces deux génies , il se pourrait bien que l’un fut celui du commerce maritime, l’autre le génie du commerce de terre.
La Victoire et la Renommée ( pi. 27 ). — II est fâcheux que Jean Goujon et ceux qui l’ont suivi n’aient pas mis plus de variété dans les sujets dont ils ont orné les œils-de-bœuf du Louvre ; les mêmes personnages allégoriques y sont répétés plusieurs fois, et il aurait sans doute été mieux qu’il en fut entré une plus grande diversité dans la décoration du Louvre : c’est presque toujours la Victoire et l’Histoire qui y ont exercé le ciseau de notre grand sculpteur. Ici la Victoire , sous la figure d’une jeune fille ailée, dans toute la fraîcheur de la jeunesse et de la beauté, vêtue d’une robe légère qui trahit ses formes charmantes, tient d’une main une palme, de l’autre une couronne de fleurs que, les yeux baissés avec modestie, elle paraît près de mettre sur sa tête. Si c’est une Victoire, c’est celle qui fait triompher la beauté. Ne serait-ce pas encore ici un hommage à Diane de Poitiers, dont les murs du Louvre répètent sans cesse les louanges? La tête de la divinité est surmontée d’un croissant, et l’on peut d’autant mieux supposer que Jean Goujon pensait à Diane dans cette figure allégorique, que, si on ne l’apprenait, pour ainsi dire, par lui-même ou par un ancien biographe, on ne se douterait jamais du personnage , célèbre alors il est vrai , qu’il avait en vue en composant sa figure de la Renommée. Jean Goujon dînant un jour à la table d’Henri II, le Roi lui demanda ce que signifiait la trompette qu’embouchait la Renommée ? « Sire, lui répondit le » sculpteur, elle proclame le génie et la vigueur du plus grand poète de la » terre, qui porte dans tout le monde par la beauté de ses vers le nom et la » gloire de votreMajesté : elle célèbre M. deRonsard (t).» Malgré la barbarie
(1) Ce fait , selon Sauvai (II, 31 ) , est rapporté par Cl. Binet dans la Vie du Ronsard.
I, F. LOUVIIE
de son français, où, comme s’exprime Boileau, il parlait grec et latin, Ronsard était un homme de beaucoup d’esprit et un grand poète à l’époque où il vivait; cependant il serait difficile de reconnaître dans cette belle figure de la Renommée, qu’elle fut laite pour célébrer la gloire de Ronsard. Ainsi l’on peut bien admettre que la Victoire faisait allusion à Diane de Poitiers, qui cependant, depuis long-temps, avait passé l’âge où l’on doit, ses triomphes à la beauté. Ces deux figures ont toutes les qualités et tous les défauts de Jean Goujon , l’élégance du dessin , sa grâce un peu recherchée, ses draperies légères, auxquelles on désirerait de se rapprocher moins de celles de la peinture et d’étre plus simples ; ce serait surtout dans la manière boursoufllee dont est drapé le milieu du corps de la Renommée, que l’on trouverait le plus à reprendre.
L’Histoire et la Victoire. — Si la jambe gauche de la première de ces figures avait plus de souplesse et que la draperie y fut mieux ajustée, il serait difficile d’en voir une plus jolie , par l’élégance et le naturel de sa pose, et par la simplicité d’expression qui règne dans son mouvement et dans son attention. La tête et le bras ont de la grâce sans manière, et dans plusieurs parties , surtout dans le haut du corps, les draperies, d’un jet facile, sont disposées avec un goût digne de l’antique. On ne peut pas faire tout-à-fait le même éloge de la Victoire: son ensemble a quelque chose de plus recherché; l’attitude du bras droit, et surtout les doigts, ont une sorte d’afféterie. C’est principalement dans ces dernières parties, que souvent Goujon faisait trop fines , que l’on retrouve de la manière et la prétention de quelques maîtres de l’école florentine qui, séparant trop les doigts des mains de femme et donnant à leurs extrémités une inflexion trop prononcée, les ont fait trop longs, trop effilés, et y ont mis une grâce affectée, dont une femme chercherait à se défaire, même si elle lui était naturelle. Il est inutile de faire observer que les coiffures de ces différentes figures ne sont pas tirées de l’antique : mais elles le rappellent, et sont ajustées avec goût; celle de la Victoire a quelque chose de capricieux dont la sculpture peut tirer un bon parti.
Lorsqu’on s’occupe des ouvrages de Jean Goujon, c’est moins sous le rapport de la pensée que sous celui de l’exécution qu’il convient de les considérer. L’iconologie ne marchait pas alors d’après des règles bien fixées, et les attributs, souvent arbitraires, qu’elle donnait à ses figures allégoriques, ne les caractérisent pas d’une manière assez certaine, pour qu’on ne soit pas exposé , en les décrivant , à des interprétations bien vagues et qui peuvent s’appliquer à plusieurs sujets ( pl. 28 ). C’est ce qui m’est arrivé ici, et ce qui m’a empêché de donner des noms à ces deux belles figures, qui seraient susceptibles de plusieurs dénominations. Les armes brisées que jette à ses pieds le génie qui est sur la gauche, pourrait le faire regarder comme celui de la paix; mais cette attitude Itère, ce geste presque menaçant , lui conviendraient-ils? A moins que ce ne soit une paix glorieuse qui donne des lois, s’établit à force de victoires, et qui, foulant aux pieds les armes des vaincus, permet au vainqueur de conserver
et les tu ILE ni es.
iine partie des siennes. La palme , des couronnes de rois, de triomphateurs , (pie tient l’autre génie, le gouvernail, le globe terrestre qui esta ses pieds, désigneraient la Fortune, la maîtresse du inonde, qui distribue à son gré les biens et les honneurs. Mais , avec cet air et cette pose doux et modestes, pourquoi l’armer de ce coutelas recourbe? Le sculpteur aurait-il eu l'idée d’indiquer qui' la Fortune arrive a ses lins par tous les moyens, et que, cachant ses vues sous des apparences trompeuses et perfides, elle emploie tour-à-tour , pour dominer le monde, le bien, le mal, la ruse et la violence; et la Fortune de Jean Goujon, si c’en est une, aurait pu inspirer les beaux vers,
Fortune, dont la main couronne
Les forfaits les plus inouïs.
Ce ne sont que des conjectures; mais les ouvrages de Jean Goujon et les idées qui ont dirige les sculpteurs de cette époque, sont déjà assez loin de nous, pour autoriser, ainsi que ceux des anciens, à hasarder des hypothèses.
Ce génie de la paix est certainement une des figures où Jean Goujon à la dignité et au gracieux de la pose a réuni le plus d’élégance dans le dessin. Les draperies , souples et d’un joli mouvement , sont d’une légèreté admirable et telle qu’il convient à une étoffe transparente qu’agiterait le zéphyr ; et l’on croit les voir se mouvoir et s’enfler sous son souffle caressant. Dans ces deux figures, les draperies ont toute la grâce de Jean Goujon ; elles voilent voluptueusement plutôt qu’elles ne couvrent les contours ondoyans de ccs charmantes divinités : mais il est aisé de remarquer que l’ensemble et la division des parties du costume sont tout-à-fait inspirés de l’antique ; et pour celui de la Fortune, qui suit avec tant de souplesse les formes séduisantes de la déesse, il ne serait pas surprenant que Jean Goujon se fut aidé de notre jolie Vénus genitrix ( 1 ) , l’une des nombreuses statues antiques que François I.er avait fait venir d’Italie; et si l’on comparait ces deux figures entre elles, on verrait que la Fortune , en en redressant un peu l’attitude, a de grands rapports avec la Vénus genitrix (2).
C’est ici que se terminent les grandes figures que l’on doit à Jean Goujon dans la cour du Louvre; mais il y en a de lui beaucoup d’autres qui, sans avoir la même importance, n’en méritent pas moins d’attirer l’attention, et qui montrent que le ciseau de cet habile maître savait se prêter à tous les sujets. Le grand escalier marqué x dans le plan ( pi. 11 ) , et dont la planche 29 A donne une vue , conduisait aux appartenions du Roi : ayant été construit sous Henri II, on loi a conservé le nom de ce prince; et c’est par ce même escalier que fut transporté dans sa chambre Henri IV,
(1) Musée royal, n.° 4G.
(2) M. fe comte Cicognara (pi. 83) a donne la première de ces deux figures.
Les deux caryatides de ma pl. 28 doivent
être regardées comme non avenues n’étant ni bonnes, ni à leur place, elles ont. été refaites, et on les trouvera à la planche 45.
après avoir reru le coup funeste qui l’enleva à l’amour et au bonheur de la France.
Comme construction , cet escalier n’a rien île remarquable; il monte jusque dans l’attique entre deux murailles , autour d’un noyau carre : mais Jean Goujon y répandit en profusion, sur toute la voûte, les plus riches ornemens. Il y a déployé' tout son goût, et tantôt la grâce, tantôt l’enjouement , et , pour ainsi dire , le laisscz-allcr de son ciseau , dans une foule de compositions variées, qui offrent, en général, de meme que ses productions plus sévères, le caractère et la souplesse de son talent. Partout aussi s’y voient répétés les emblèmes si chers à Henri 11. Ici ( pl. 29 B ), au-dessus îles portes du premier étage, îles groupes d’amours se pressent autour du chiffre Henri -Diane, et le portent en triomphe. Ces enfans, d’un dessin facile et coulant, ne manquent pas de grâce, quoiqu’ils soient loin d’avoir la simplicité et le naturel de ceux de François Flamand. Les enfans de Jean Goujon sont un peu des enfans de décoration, et ont un caractère de convention. Dans ceux de du Quesnoy , c’est la nature bien choisie et avec toute la grâce et le moelleux, le vague meme, des formes et des mouvemens île l’enfance. On ne se croirait pas toujours en sûreté au milieu des enfans de Goujon; ils sont trop forts, et, avec des formes trop arrêtées, ils ont l’air trop rusé pour leur âge : ceux du Flamand ont toute la Candeur de l’innocence. Parmi les autres bas-reliefs de ces voûtes, on remarque ( pl. 29 B et pl. 3ü ) des satyres des deux sexes qui, couchés dans différentes attitudes et enlacés l’un à l’autre par des guirlandes de fleurs et des croissans, forment comme de petites frises qui rappellent celles de couvercles de sarcophages antiques qui offrent des sujets de ce genre (l); et, malgré le peu de hauteur des encadremens , Jean Goujon a su donner à ses différens personnages des poses qui ne sont pas trop forcées. La figure de Diaue, un peu lourde pour être de ce sculpteur, des amours qui posent le pied sur un globe et élèvent en signe de triomphe un croissant , sont répétés dans plusieurs parties de l’escalier : on y distinguera cet amour qui , de même que celui qui ornait le bouclier d’Alcibiade, porte un foudre et lance autour de lui des éclairs, des traits et des flammes. On voit aussi dans les plafonds et sur les murs de cet escalier , au second étage ( pl. 29 B), île jolis cartels destinés à recevoir des armoiries ou des chiffres, et une figure dans le genre de l’arabesque, d’une composition très-singulière, où deux corps de tritons jouant de la flûte sont réunis par une rosace et présentent une figure droite , de quelque cote que l’on arrive. Enfin les groupes de têtes de cerf, les chiens, sculptés de coté et d’autre dans des caissons richement ornés de feuillages, exécutés avec goût par Jean Goujon ou ses élèves, sont moins des monumens de l’amour d’Henri II pour la chasse que de sa passion pour Diane de Poitiers. On retrouve encore ( pl. 31) ces emblèmes et ces hommages, trop publics, dans les ornemens qui couronnent les fenêtres de la cour, et dont l’exécution est plus recommandable que la composition. La frise du second
( 1 ) Voyez Description des antiques du Musée royal , n.° 307.
ET LES TU ILE III ES
étage, où tics cnfans et <les oiseaux sc jouent au milieu de guirlandes, mérité qu’on s’y arrête: très-riche et très-variée dans ses détails, elle a été continuée tout autour de la cour par les sculpteurs qui ont succédé à Jean Goujon dans la décoration du Louvre.
Les sculptures que nous avons jusqu’à présent examinées, à l’exception des grands frontons , tiennent à l’école des règnes de François I.er , d’Henri II et de Charles IX; il paraît que sous Henri IV on ne s’occupa point des ornemens de la cour, et ce ne lut que sous Louis XIII que les travaux reprirent une nouvelle activité , qui cependant se porta moins sur la partie décorative que sur la construction. Ce que l’on exécuta en sculpture se borna au grand pavillon élevé par Le Mercier. L’étage considérable qu’il ajoutait, sans nécessité, à l’ordonnance de Lescot, lui permettait d’y déployer un grand système de décoration. Ce fut sans doute ce qui le séduisit. II eut mieux fait de se conformer davantage à l’esprit du plan de Lescot , et de ne pas donner, le premier, l’exemple funeste de substituer, dans la continuation du Louvre, scs idées à celles du grand architecte qui en avait conçu le premier projet. Comme ornement de la partie supérieure de sa façade et pour supports de son fronton , Le Mercier adopta des caryatides ( pl. 29 ). La composition et l’exécution de ces groupes furent confiées à Jacques Sarrazin ( 1 ), et elles ne pouvaient alors être en de meilleures mains.
Pendant un long séjour à Rome, Sarrazin avait déjà donné plus d’une preuve de son talent , et avait montré que les grands ouvrages n’étaient pas au-dessus de ses forces. Docile aux conseils et aux exemples du Domimquin, il avait su résister au mauvais goût qui faisait irruption de toutes parts dans l’école, et il s’était attaché à acquérir et à conserver dans ses formes la grandeur et la pureté, et dans ses costumes la noblesse, qu’il avait puisées dans la belle nature de Rome et dans les chefs-d’œuvre de
(1) Jacques Sarrazin , ne k Noyon en 1590 , mort k Paris en 10G0 , étudia chez Guilfain le père ; il annonça et développa les plus heureuses dispositions pour la sculpture. Etant allé à Rome , le Doininiquin , qui s’y était retiré , chassé de Naples parles persécutions auxquelles il avait été en butte , conçut de l’amitié pour Sarrazin , lui donna des conseils dont il sut proliter , et le trouva assez habile pour l’associer k ses travaux k la vdla Aldobrandini et k Frascati , quoiqu’il ne manquât pas alors de sculpteurs italiens k Rome. Notre sculpteur y passa dix-huit ans , très-occupé , étudiant l’antique et Michel-Ange ; et il ne revint en France qu’en 1628. En passant k Lyon , il fit pour les Chartreux un S. Bruno et un S. Jean - Baptiste. Peu après son arrivée k Paris , il fut employé
par le cardinal de Richelieu et par le maréchal d’Effiat k son château de Chilly.
Quoique Sarrazin pût marcher seul , et servir plutôt d’appui aux autres artistes que d’en avoir besoin pour lui-même , il se mit, pour ainsi dire, k la suite et se déclara l’élève de Simon Vouet, qui passait alors pour le meilleur peintre , et dont le style maniéré et. lourd lui fit oublier, en partie, les bons principes qu’il avait puisés k Rome dans l’étude de l’antique et dans les avis du Dominiquiu. Il épousa même la fille de Vouet. Ce fut probablement vers 1630 qu’il fit les modèles pour les caryatides de la cour du Louvre, sous la surintendance de Sublct des Noyers.
Louis XIII en fut si satisfait, qu’en outre d'une pension il lui donna un logement au Louvre. Sarrazin, chargé de travaux
LE LOUVRE
1 antiquité. Sarrazin avait été assez heureux, comme le fait remarquer M. le comte Cicognara ( 1 ) , pour étudier Rome avant que le Bernin y eut établi sa funeste influence et se fût asservi tous les arts, et pour arriver à Paris lorsqu’il n’y était pas encore question de Le Brun et de sa tyrannie; et je ne vois pas qu’il y eût alors à Rome ou en France aucun sculpteur qu’on eut pu préférer à Sarrazin, et qui eut offert plus de garanties pour le succès do travaux importuns. Si les belles caryatides de Sarrazin pèchent par leur proportion trop colossale pour l’endroit où elles sont placées, ce n’est pas à cet artiste que doit en être adresse' le reproche ; il ne lit que suivre les intentions et les mesures de Le Mercier, et le sculpteur n’était responsable que de la composition et du travail des figures qu’on lui avait confiées. Celles de Sarrazin, d’un grand aspect, sont bien groupées, et le dessin, d’un beau caractère, en est coulant et plein de dignité : peut-être les lignes de l’architecture demanderaient-elles plus de symétrie et moins de mouvement dans les poses de ces belles matrones et dans la disposition de leurs liras; elles produiraient plus d'effet si, dans une situation aussi périlleuse, elles ne paraissaient pas se livrer sans crainte aux charmes d’une douce conversation. M. Cicognara semble préférer à nos caryatides celles de Vittoria que l’on voit à Venise; peut-être cependant celles de Sarrazin sont-elles encore mieux en rapport, comme décoration et comme supports, avec les convenances de l’architecture. Ce n’est pas que de pareils groupes puissent jamais , surtout dans un dernier étage, remplacer l’élégance et la pureté de colonnes corinthiennes ou composites isolées , qui , occupant moins d’espace en largeur , offrent à l’œil une légèreté dont on ne peut approcher, lorsqu’on veut les remplacer par des caryatides , qu’en les employant isolément.
Quoiqu’en général les draperies des figures de Sarrazin soient ajustées avec goût et qu’on y retrouve l’étude de l’antique, cependant on pourrait
pour Anne d'Autriche , fut aussi employé par plusieurs églises. Aux Carmélites de la rue Saint-Jacques , il lit le tombeau du cardinal de BéruIIe. H e'ieva, aux frais du president Perrault, le mausole'e d’Henri de Bourbon, prince de Coude; grande composition , enrichie de plusieurs statues en bronze et d’un nombre considérable de bas-reliefs. M. le comte Cicognara ( Storia Stc. v.c livraison , pl. 17) donne deux de ces bas-reliefs, tires de l’ancien musée des Petits-Augustins , et dont en general la composition est sage et bien entendue : il y a des réminiscences de Rome; mais ils auraient etc encore mieux s’il les y eut faits , et dans la société du Dominiquin, J. F. Blondel ( f. IV , p. 27 ) cite comme très-bien , mais on ne peut guère s’en rapporter au goût de
cet auteur en fait de sculpture, deux statues de Sarrazin de deux pieds de proportion , S. Pierre pleurant son pe'ehè , et une Madeleine. Ces figures, ainsi que treize bustes en terre cuite , étaient au Louvre, dans le cabinet des dessins. Sarrazin fut un de ceux qui contribuèrent à l’établissement de l’académie de peinture et de sculpture, dont il fut recteur en lGûü. Parmi scs nombreux élèves, on cite les Anguier, les Marsy , Girardon, des Jardins, Lérambert,Le Gros , Jacques Buirette,Lc Hongre. / oyez d’Argenville , Vies des plus fameux sculpteurs , Stc. t. H, pag. 1 45. Cet écrivain indique plusieurs ouvrages de Sarrazin. L ' Abccedario d Or-
hindi ne dit qu’un mot de cet habile sculpteur.
( I ) Tome VI , page 291
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désirer qu’elles fussent plus légères , et mieux ajustées dans certaines parties. Ce n’ètait pas sans raison que, dans de pareilles circonstances, les anciens les faisaient à plis droits et tombant presque perpendiculairement, ces formes étant plus en harmonie avec l’architecture que des parties de plis qui prennent des directions obliques. Us n’oubliaient pas que, pour éviter les porte-à-faux et les lignes onduleuses et sans divisions régulières, surtout dans les angles de l’édifice, les caryatides que l’on substitue à des colonnes, doivent non-seulement en conserver les proportions dans leur ensemble, mais même en rappeler autant que possible le galbe dans leur dessin. 11 paraît, au reste, que ces caryatides ne sont pas de la main de Sarrazin , et qu’il se contenta d’en faire des modèles, d’environ trois pieds de haut, qu’on voyait encore, dit-on, il y a quelques années, chez un sculpteur de Paris. L’exécution de ces belles figures fut confiée, suivant Sauvai , à Buister ( 1 ) , qu’il nomme Bistel, et à Louis Guérin (2) , que cependant d’Argenville ne cite pas parmi les élèves de Sarrazin. Quoique ces sculpteurs aient montré beaucoup de talent , on peut croire qu’ils négligèrent quelque partie de leur travail , et ils n’y mirent certainement pas ce qu’on pouvait attendre de cet habile homme, qui, en élevant scs modèles à des proportions colossales , les aurait encore perfectionnés. Les mêmes artistes, d’après les dessins de Sarrazin, sculptèrent les Renommées du fronton (pl. 31) , qui, dans leur pose et leur ajustement, ne manquent ni de souplesse ni d’élégance, qualités presque perdues à la hauteur et dans le lieu où ces figures sont placées. Buister et Guérin exécutèrent aussi les trophées qui entourent l’horloge (pl. 38), et ils continuèrent la charmante frise formée d’enfans et de guirlandes. Ces sculpteurs apportèrent beaucoup de soin dans le travail de ces détails, et ne se bornèrent pas à reproduire la frise de Jean Goujon; mais ils mirent plus de variété dans la composition des guirlandes et dans les mouvemens des enfans. Nous apprenons par Sauvai que les chapiteaux des colonnes de cette partie du Louvre ont été sculptés par Le Clair , surnommé Capitoli , qui les travailla avec une grande recherche, mais qui leur donna peut-être moins d’effet que n’en ont ceux qui furent sculptés sous la direction de Lescot et de Goujon. On ne sait, au reste, sur les ouvrages de ce Le Clair Capitoli, rien de plus que le peu de mots qu’en dit Sauvai.
(1) Philippe Buister, ue' à Bruxelles , vint en France vers le milieu du xvu.e siècle , et s’attacha à Sarrazin, d’après les dessins ou les modèles duquel il exécuta beaucoup de bas-reliefs et de sculptures de ronde bosse. Parmi ses ouvrages , on citait le mausolée du cardinal de la Rochefoucauld à Sainte-Geneviève ; deux satyres , un joueur de tympanon , ayant près de lui un jeune satyre : ces statues font partie de celles du jardin de Versailles, de même que le Poème satirique et la
Flore du même sculpteur. Voyez V Abecedario d’Orlandi, &c.
(2) Louis Guérin naquit à Paris, et fut un des premiers membres de l’académie de peinture et de sculpture, dont il devint professeur. Outre ses sculptures du Louvre, on cite de lui des groupes de tritons et de chevaux, qu’il lit dans les bains d’Apollon à Versailles, et qui sont près de ceux de Gaspar et de Balthasar de Marsy: il mouruten 1077. (Voy. I ' Aheccdario d’Orlandi.
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C’est ici que linit la suite des sculptures dont on orna la cour du Louvresous les régnés de Louis XIII et de Louis XIV ; et l’on pourrait dire aussi que c est la fin de l’ëcole de Jean Goujon ( mort en 1572 ), à laquelle se rattachaient encore, en quelque sorte , les élèves de son ami Germain Pilon ( mort en 1 590 ) et de Prieur, et, par la tradition ou la transmission des principes, Simon Guillain , ne” en 1581, et son ëlève Sarrazin , ne” en 1590. Pendant près de cent cinquante ans, ce ne fut que de loin à loin , et comme pour ne pas laisser établir la prescription contre ce monument, qu’on eut l’air de vouloir s’occuper d’en continuer la décoration. Souvent, d’ailleurs, on eut dit qu’il s’agissait plus de le détruire que de l’orner, et les murailles, attaquées par le temps et surtout par les hommes, réclamaient encore plus des soutiens que les richesses de la sculpture. Ce fut peut-être un bonheur que, pendant un long espace de temps, elle n’ait pas exercé son ciseau sur le Louvre. Cet art était tellement sorti de la route où l’avaient conduit avec gloire les Cousin, les Jean Goujon, les Paul Ponce, les Germain Pilon , les Sarrazin , qu’il ne paraissait plus le même art que celui qu’ils avaient pratiqué avec tant de succès. Lorsqu’on voit le bas-relief de Coustou, l’un des meilleurs sculpteurs des époques de la décadence de notre sculpture, on lelicite le Louvre de l’oubli oii on l’avait laissé. Que serait devenu ce palais, si on l’eut abandonné, sous le règne de Louis XV, aux mains d’une foule de sculpteurs dont les brillantes dispositions, et même les talens , avaient été étoulfés par les plus fausses doctrines? Marchant sans guides surs et errant à l’aventure, on consultait la nature au hasard et sans choix. Us s’éloignaient dédaigneusement des anciens, et, n’ayant d’autre caractère que celui de ne pas en avoir, ils n’auraient su, en continuant les sculptures du Louvre, ni se rapprocher, en lui donnant plus de naturel, de la grâce étudiée de l’école de Florence, ni la remplacer dans leurs productions par les beautés plus pures et plus sévères de l’antique. Il est donc heureux pour le palais de nos rois que l’achèvement en ait été réservé, par l'effet des circonstances, à une époque où notre sculpture, secouant des principes qui si long - temps l’avaient énervée et frappee de nullité , est entrée dans une meilleure voie. Recouvrant ses forces par l’étude de la nature et de l’antique, elle en a acquis assez pour pouvoir en disposer à son gré, et combiner, dans les sculptures du Louvre qu’elle avait à compléter, ce que lui ont appris ses graves études , avec ce qu’exigeait l’accord qui devait exister entre les productions de Jean Goujon, de Paul Ponce, et celles qu’il s’agissait d’y ajouter pour terminer cette belle suite.
Déjà depuis plusieurs années la sculpture française, revenue aux bous principes, se livrait avec ardeur à l’étude de la nature, telle que l’avaient vue les grands maîtres de l’antiquité, et elle avait donné aux écoles d’Italie l’exemple de cet heureux retour à de saines doctrines, lorsqu’on songea sérieusement à reprendre les travaux du Louvre. Il n’était que trop juste qu’ils devinssent l’honorable récompense des sculpteurs qui, par leurs constans efforts et leurs travaux , avaient le plus contribué à un changement si utile à la sculpture. Le choix ne pouvait mieux tomber que sur Roland,
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Moitte et Chaudet. Tous trois distingues par les couronnes academiques, par des études à Rome, par de beaux ouvrages, ils marchaient avec autant de talent que de fermete' dans la nouvelle carrière qu’ils avaient ouverte à l’ècolc , et servaient de guides , parleurs conseils et leurs exemples, à un nombreux et laborieux essaim de jeunes sculpteurs. Ces trois habiles statuaires furent donc charges d’orner de bas-reliefs l’aile droite du corps-de-logis du vieux Louvre. Ce n’ètait pas là une tache légère; et ce que dit M. Quatremère de Quincv dans sa Notice historique sur Roland , peut s’appliquer à chacun des trois concurrens : « L’épreuve était périlleuse : il avait à combattre des » deux côtés; il lui fallait se mesurer contre deux de ses plus célèbres con- » temporains; et, comme eux, il avait pour adversaires, dans l’aile opposée » du bâtiment, des élèves de l’école de Michel-Ange. »
La Loi (pi. 32), par Moitte (1). — En choisissant un sujet analogue à celui qu’avait traité Paul Ponce {voijcz\A. 21 ), et en y faisant meme entrer Numa, un des personnages représentés parce grand maître, Moitte s’était donné à vaincre une difficulté de plus, et il s’en est tiré en homme habile. Un peut trouver que la figure de la Justice de Paul Ponce est plus largement pensée , plus fière de mouvement et d’expression, que la Loi de Moitié, et qu’elle remplit mieux son cadre. Plus d’élégance que de grandeur caractérise tout l’ensemble de la figure de notre sculpteur , qui serait une muse charmante , mais à laquelle, pour exprimer le caractère de la Loi , on aimerait à voir un peu plus de sévérité. Ne serait- ce pas pour se rapprocher de l’école florentine, quoique Paul Ponce ne lui en donnât pas ici l’exemple, que Moitte a mis une sorte de grâce affectée dans la manière dont cette figure tient son style? Si ce sculpteur est inférieur à Paul Ponce dans cette partie de son
( t ) Jean-Guillaume Moitte, né à Paris en 1747, mort en 1810, f’un des sculpteurs fes plus habiles et les plus laborieux de notre école moderne , était fils et frère de graveurs distingués. Elève de Pigalle et de Le Moyne , if abandonna heureusement leurs principes , lorsqu’en 17G8 if alfa en Italie, après avoir remporté fe grand prix de sculpture , auquel if avait préludé fes années précédentes, en obtenant presque toutes fes médailles dans les concours de l’académie. En étudiant a\cc choix kRoine la nature et l’antique, il acquit un dessin d’un grand caractère , et de la sévérité dans les formes. Dans ses compositions variées et sages, il déploya beaucoup de fécondité et de goût.
Outre les services qu’il rendit à la sculpture , on lui est redevable d’avoir épuré le style qui régnait autrefois dans f’orfe'vrerie , à laquelle , par une immense
quantité de beaux dessins , if apprit à donner de meilleures formes à ses riches productions. M. Auguste , orfèvre du Roi , contribua beaucoup à cet heureux changement, en profitant pour ses beaux ouvrages des compositions de Moitte. Cet habile sculpteur a laissé un grand nombre de sculptures et de projets qui lui assurent une place distinguée dans notre école.
On cite , entre autres, les bas-reliefs de plusieurs barrières de Paris; il orna celle de Passy des statues colossales de la Bretagne et de la Normandie. Le fronton qui était au Panthéon , et qui a disparu depuis que ce monument, redevenu une église, a été rendu à la patronne de Paris, était aussi de Moitte. On peut voir sur ce sculpteur de grand mérite l’éloge qu’en a fait M. Q. îatremère de Quincy dans le Moniteur àu G mai 1810, et son article dans la Biographie universelle.
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ouvrage, il soutient certainement avec avantage le parallèle dans les autres figures, sous les rapports de; l’expression de la tète, de la pose et des draperies. Le Numa de Moitte ne le cède pas à celui de Paul Ponce; et si les formes du premier sont un peu faibles, si tout l’ensemble laisse à désirer plus d’ampleur, d’un autre cote aussi peut-être Paul Ponce a-t-il donné a son législateur des formes trop lourdes, et je ne sais que préférer, ou de la gène qu’il a mise dans le haut du corps, ou du bras tenant le lit uns ou bâton augurai , que Moitte fait lever à Numa d’une manière un peu théâtrale. Les deux figures d’Isis , législatrice des Egyptiens, et de Manco- Capac , qui donna des lois aux Péruviens, ne peuvent pas être appelées en témoignage dans ce parallèle : le sculpteur, en leur donnant des poses raides, carrées, et, pour ainsi dire, hiéroglyphiques, et en les chargeant des symboles de leurs cultes, n’a voulu qu’indiquer l’état à demi sauvage où se trouvaient ces peuples lorsqu’ils reçurent des lois. Mais le Moïse de Moitte est une figure d’un grand style, bien composée, d’un beau caractère, et qui satisfait beaucoup plus les yeux et l’esprit que le Zaleucus de Paul Ponce.
La Victoire et l’Abondance (pl 33), par Roland (1 ). — Il est aisé, dans un sujet qui s’exprime avec autant de clarté que celui-ci, de saisir tout ce qu’il veut dire; un seul coup-d’œil met bientôt au fait. La Victoire récompense par des palmes et des lauriers les exploits de l’armée ; I’Abondance, tenant l’olivier de la paix , va répandre ses fruits sur la terre; Hercule, l’emblème de la valeur, dans toute sa force , et le regard fier , se repose après ses travaux ; les pommes des Hespérides annoncent ses succès : c’est sur les
(1) Philippe -Laurent Roland , ne' en 1746 à Marcq , près de Lille, d’une famille ancienne et distinguée , ruinée par des revers de fortune , se voua aux arts. Après avoir travaillé pendant quelque temps à sculpter des ornemens en bois, il devint élève de Pajou, qui, jugeant favorablement de ses talons, l’employa avec succès au théâtre de Versailles et à des sculptures du Palais-royal; comme praticien, il lui confiait même des parties de scs travaux, dont il lui laissait pousser l’exécution plus loin que la mise aux points. Roland acquit l’habitude de manier le marbre. Les soins qu’il donnait aux ouvrages de son maître le mirent en état, à force de travail et d’économie, d’aller ii ses frais à Rome, où il fit un séjour de cinq ans. Se livrant sans relâche à l’étude des grands modèles de l’antiquité et de l’école romaine , il s’efforcait il Rome , ainsi qu’il l’avait déjà lait il Paris, de sortir
de la mauvaise route où l’on avait engagé la sculpture. A son retour, ses talens, encore plus que l’amitié et l’appui de Pajou, le firent , en 1779 , agréer à l’académie , dont il devint membre en 1781. Ce sculpteur, l’un des plus habiles de notre école , qui lui a de grandes obligations, développa dans tous ses ouvrages de la vigueur, du style, l’étude approfondie de la nature et le goût de l’antique. On cite parmi ses productions les plus remarquables une statue de la Loi et des basreliefs qu’il avait faits pour le Panthéon; la statue île Minerve placée devant le péristyle de la Chambre des députés : la belle statue d Homère de la galerie d’Angoulémc , n.° 7 j, est son dernier ouvrage. On voit de lui au Louvre , dans la salle des Grands-Hommes, n.° 819, une statue du grand Coudé. Il l’aurait reproduite, avec des modifications, dans des proportions colossales, pour le pont de Louis XVI,
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bords du Nil et du Danube que l’armée française a obtenu les siens, et Minerve, la déesse des arts et des armes, secondant la Victoire et l’Abondance, est près de verser sur le monde les lumières et les bienfaits des sciences et des beaux-arts. Les personnages de cette composition allégorique ont le grand mérite d'être disposés avec aisance dans les cncadremens étroits qui les resserrent , et nous avons fait observer , air sujet de Paul Ponce, que c’est déjà surmonter une grande difficulté. La Victoire et l’Abondance, variées dans leurs costumes et dans leurs poses, mais sans nuire à l’esnècc de symétrie qu’exigeaient des compositions de ce genre, sont drapées et ajustées avec goût, et l’on voit que le sculpteur a fait une espèce de transaction entre le style antique et celui de l’école florentine. On ne peut pas cependant se dissimuler que ces deux figures ne peuvent pas être comparées, pour la verve, la chaleur de l’expression et le grandiose, à l’Abondance de Paul Ponce ( pl. 24), et au génie de la gloire, placé à la gauche de la planche 25. On pourrait trouver à Minerve un peu de raideur et quelque chose de trop incertain dans ce que son geste et son expression doivent signifier. L’attitude du Nil a plus de caractère que celle du Danube. Le haut du corps de l’Hercule, dont la tête est trèsbelle , est remarquable par la noblesse de son mouvement : modelé avec fermeté et sans exagération dans les formes , il rend bien le calme du héros qui se confie à sa force et à son courage; et si la disposition des jambes de cette figure était plus heureuse , elle l’emporterait sur le Mars de Paul Ponce (pl. 25), et serait d’un plus grand aspect.
La Poésie héroïque ( pl. 34) , par Chaudet (l). — Si l’on ne voyait dans cette jolie figure qu’une muse, ou si on lui donnait même les attributions de
s’il n’eût pas été emporté par une apoplexie en 18 IG. Plusieurs beaux bustes exécutés par ce sculpteur font voir qu’il avait porté à un très-haut degré le talent du portrait, et il le prouva par fa statue de Tronchct et par fe buste de l’héroïque Malesherbes , la gloire de la magistrature française. Des indications , des souvenirs, et des dessins peu exacts , suffisaient k la sagacité de Roland , pour retrouver , et faire , pour ainsi dire , renaître sous ses doigts , l’image qu’il devait reproduire , et pour créer des bustes d’une ressemblance aussi frappante que s’il en avait eu le modèle sous les yeux. M. Quatremère de Quincy, k la séance publique de l’académie des beaux-arts , le 2 octobre 1819 , a lu une notice historique sur cet habile sculpteur. V oyez aussi la Biographie universelle.
(1) Antoine-Denis Chaudet , né k Paris en 17G3, annonça dès son enfance les plus
grandes dispositions pour le dessin , et surtout pour la sculpture. Il étudia d’abord sous M. Stouf; et, après avoir, en 1784, remporté le grand prix, il alla développer k Rome son goût et ses talens, et se consacra avec ardeur et avec fruit k l’étude approfondie des chefs-d’œuvre de l’antiquité, de Michel-Ange, de Raphaël, et des meilleurs maîtres de l’école romaine. Chaudet puisa dans les anciens ce goût pur et simple qui distingue toutes scs productions , soit en sculpture , soit en dessin, et il y répandait une sensibilité et une grâce qui leur donnent un grand intérêt. Ces qualités précieuses , et que le talent doit bien plus k l’aine qu’a la justesse de l’œil et k l’habileté de la main , se trouvent dans la belle statue d’Œdipe , dans celles de Cyparisse pleurant un faon chéri , de l’Amour présentant une rose k un papillon ou séduisant famé par l’attrait du
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lu poésie légère, on n’aurait que des éloges à faire de la grâce et du naturel de sa pose et de la facilité de son mouvement; et elle ne pourra que plaire par Pelegante simplicité du costume et du dessin. Mais , si l’on veut la considérer comme la muse ou le génie du poème héroïque, peut-être alors lui desirerait-on plus de gravité dans l’attitude, et qu’il y eut dans son expression et dans son inspiration quelque chose de plus ferme et de plus sévère. Quoiqu’on général Ho.mÈre soit bien , et qu’il y ait beaucoup de sagesse dans la manière dont cette figure est conçue, cependant le dessin du haut du corps est un peu maigre, et il y a dans la pose du poète divin plus de gêne que d’inspiration. Virgile me semble mieux : il médite bien; tout son ensemble, et surtout l’expression de ses traits et de son regard, sont empreints de cette douceur mélancolique et de cette sensibilité que le cygne de Mantouc a répandues avec tant de charmes dans ses chants immortels. On dirait qu’il s’attendrit sur le triste sort, ou de Didon , ou de Nisus et d’Euryale, ou que le tu Marcellus cris va s’échapper de son cœur profondément ému. Les draperies de cette figure sont peut-être aussi mieux entendues que celles d’Homère, dont le manteau qui enveloppe le dos et l’épaule gauche n’est pas d’un jet heureux. Le génie de la guerre et celui de l’amour, qui caractérisent les deux princes des poètes grecs et latins , sont l’un et l’autre dans le style qui leur convient; ils accompagnent et complètent bien cette composition , que l’on peut mettre au rang des meilleurs ouvrages de Chaudet.
S’il s’agissait de porter un jugement sur le mérite respectif des frontons de Moitte , de Roland et de Chaudet, je me bornerais à répéter celui qu’en a émis M. Quatremère de Quincy dans son éloge de Roland. « Aucun » des trois concurrens, dit le savant académicien, ne resta au-dessous de » ce qu’on attendait d’eux; mais aucun aussi ne sortit de ce concours avec
plaisir. Son Bélisaire en bronze est aussi un de ses meilleurs ouvrages, et, parmi plusieurs autres , on peut encore citer la Sensibilité' qui touche une sensitive, le Nid d’amours , etPaul et Virginie. De lui e'taient aussi l’ancien fronton du palais du Corps legislatif, et la statue en bronze, de quinze pieds de haut, place'e autrefois sur le sommet de la colonne de la place Vendôme. Un de ses premiers ouvrages fut , à son retour de Rome en 1789, après avoir e'te' agréé à l’acade'mie, un groupe qui représentait l’émulation de la gloire et qu’on mit au Panthéon. La Paix, statue en argent , placée aux Tuileries, est aussi d’après le modèle de Chaudet. Beaucoup de bustes d’une grande ressemblance , entre autres ceux de M. de Malesherbes et de l’abbé Mauri , montrent qu’il réussissait dans les diverses parties de la sculpture, et tous ces ouvrages lui assignent un rang distingué parmi nos
meilleurs sculpteurs. On a aussi de cet habile artiste un grand nombre de dessins remarquables par beaucoup d’esprit et de facilité, surtout ceux qu’il fit pour une édition de Racine , et un assez grand nombre pour les médailles de l’Institut. Chaudet dérobait souvent il la sculpture des momens qu’il donnait a la peinture , où il aurait sans doute obtenu des succès s’il s’y fut livré tout entier. Ses tableaux , bien composés , sont purs de dessin , mais faibles de coloris, et l’on y voit l’artiste plus familiarisé avec les formes qu’avec la couleur. A tous ces talens Chaudet joignait celui de bien écrire sur les arts, et il a enrichi de très-bons articles le dictionnaire de la langue des beaux-arts dont s’occupe l’académie. Lorsqu’en 1810 la mort l’enleva à la sculpture , tous les arts déplorèrent en lui la perte d’un des plus beaux ornemens de l’école française.
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» plus de succès que Roland, qui, ayant eu dans son lot le plus grand des » trois frontons , dès-lors plus de difficultés à vaincre, obtint une plus grande » part de louange. » Cependant je crois pouvoir ajouter qu’il me paraît que Roland se rapproche plus du caractère de l’école florentine, et que Moitte et Chaudet ont mis dans leurs productions plus du goût de l’antique; les figures de Moitte sont peut-être plus grandement pensées, et celles de Chaudet remporteraient pour la gnicc et pour le charme de l’expression.
La Poésie lyrique et la Poésie pastorale (pl. 35), par M. Mansion (1).
La Force et la Musique, par M. Gérard. — Tandis que le génie de la force, sous la forme d’une femme ailée, d’une beauté imposante et sévère, a contraint un lion, qu’elle tient en lesse , de se courber à ses pieds, la Musique , pour adoucir un tigre et se le soumettre , n’emploie que l’attrait des doux sons de sa flûte; c’est le pouvoir de la civilisation : elle exerce même son empire sur la Force, qui, oubliant son triomphe, prête à celle qui la charme une oreille attentive. Ces deux génies, ajustés avec goût dans l’espace étroit qui les renferme, sont drapés d’une manière qui convient à leurs attributions. ( Voyez, sur les travaux de M. Gérard, la page 414. )
La Puissance et la Richesse ( pi. 36) , par van Opstal (2). — Lorsque je fis dessiner et graver ces ligures, je croyais, d’après leur style, qu’elles
pouvaient appartenir à l’école de Jean
(1) On a vu de M. Mansion aux expositions du salon les ouvrages suivans : en 1810, une statue cTAconce , en marbre; en 1812 , Ajax bravant les dieux, en marbre ; en 181 4 et 1817, une nymphe de Diane; en 1819, un groupe représentant fa decouverte de la vaccine, acquis par la maison du Roi ; les bustes de Rembrandt , de Philippe de Champagne ; la statue de Cydippe , amante d’Aconce , pour le ministère de l’intérieur; en 1822, le buste de Te'niers pour le ministère de la maison du Roi.
La disposition des sujets n’a pas toujours permis de suivre dans les planches 1 ordre où ils se trouvent dans la cour ; mais j ai cru devoir le rétablir dans le texte.
(2) Gérard van Opstal ou Obstat était de Bruxelles, et a beaucoup travaillé en France. On voit par ses ouvrages qu’il tenait encore à l’école de Jean Goujon, quoiqu’il n’eût pas à beaucoup près autant de goût et de grâce. Van Opstal joignait à la sculpture le talent de travailler l’ivoire
Goujon ; mais , en relisant Sauvai ( 3 ),
avec beaucoup d’adresse. J. F. Blondel, t. IV, p. 22, cite de ce sculpteur seize bas-reliefs et des rondes-bosses en ivoire, remarquables par la délicatesse et la pureté du travail, et qui étaient autrefois au Louvre dans le cabinet des dessins, de meme qu’un beau crucifix en bronze. Une partie de ses ouvrages existe encore au Musée royal. Ce que van Opstal exécuta de plus considérable en ivoire est le sacrifice d’Abraham , que l’on conserve au palais Volpi à Venise. Les torses, les cuisses, avec les jambes , les bras, sont tirés d’énormes dents de près de six pouces de diamètre; les draperies sont en bois de couleur foncée. Ce groupe , d’après ce qu’en rapporte M. le comte Cicognara, Storia &c. t. V, p. 516, est plus recommandable par le travail et par la grandeur de l’ivoire que par le dessin , le style et l’expression. Van Opstal fut , avec Sarrazin , un des douze fondateurs de l’académie de peinture de Paris, dont il était recteur lorsqu’il mourut en 1668.
(3) Tome II , page 29.
j ai trouve quelles étaient de van Opstul, qui les lit sous la direction de Jacques Sanazin, et qu’il avait voulu représenter la richesse de la terre et celle de la mer. On reconnaît bien à la branche de corail et aux perles les richesses de la mer; mais la couronne et le sceptre que tient l’un des deux genies, indiqueraient plutôt le pouvoir : d’autres emblèmes auraient mieux désigné la richesse des produits de la terre. Quoique ces ligures soient bien de pose et de style, et que leur dessin ne manque ni de facilité ni d’une sorte d’elégance, cependant on peut leur reprocher, surtout à celle de gauche, qui est la meilleure, de ne pas être , dans toutes leurs parties, drapees d’une manière agréable; le manteau qui sépare le corps en deux parties est lourd, d’un mauvais effet en sculpture, et nuit au développement de la figure.
La Paix, l’Abondance ( pl. 35 ), par M. Coriot (1). — Une femme, d’une taille remplie de noblesse, foule avec calme des armes qui sont à
ses pieds, et auxquelles elle met le le au génie de l’Abondance. Par la
(1) M. Jean-Pierre Cortot, ne à Paris en 1787, est élève de M. Bridan fils. En 1809 il remporta le gran ! prix ; au salon de 1824 il fut décoré de l’ordre de la Le'gion d’honneur, et au mois de décembre 1825 l’academie royale des beaux-arts le reçut dans son sein. On vit au salon de 1819 sa statue de Pandore et celle de Narcisse , qu’il avait exécutées en marbre à Rome , ainsi qu’une statue de Sa Majesté' Louis XVIII. La première orne le musée de Lyon ; la seconde , celui d’Angers. A son retour d’Italie , M. Cortot fit un modèle d'Ecce homo. Sa S.te Catherine, dont il exposa le modèle en 1819, lui a e'té demandée en marbre par la ville de Paris. M. Cortot a prouvé , par cette charmante statue , que l’on peut concilier le style des draperies des beaux ouvrages de l’antiquité avec les convenances exigées pour une statue destinée à faire l’ornement d’une église. La S.te Catherine et l’ Eccc homo sont à Saint-Gervais. La Sainte-Vierge tenant Jésus enfant entre ses bras , qu’il mit au salon en 1824 , a été reproduite en marbre, ainsi que le joli groupe de Daphnis et C’hloé , qui a fait partie de l’exposition , même salon. 11 a été chargé, pour le Palais de justice, d’un grand bas-relief en marbre qui fait partie du monument de M. de Malesherbes. La ville de Rouen a de M. Cortot une statue de Corneille, en
u en présentant une branche d’olivier douceur de son expression , la Paix
marbre ; et Arras , une Sainte-Vierge. Il a fait aussi, en marbre, la statue du duc de Montcbcllo ; le buste d’Eustachc de Saint Pierre , pour la ville de Calais, et le basrelief du fronton de l’église du Calvaire. Un autre bas-relief de lui décore l’arc de triomphe du Carrousel. La statue colossale de Louis XVI , destinée à la place qui prendra son nom , doit être exécutée en bronze d’après le modèle de M. Cortot. Aux coins du piédestal seront placées les statues de la Piété, de la Justice, de la Modération et de la Bonté, vertus qui caractérisaient l’infortuné monarque : représenté tenant une palme à la main et levant les yeux vers le ciel , il est sur le point d’y monter et d’y aller prendre la place que lui méritaient ses vertus. M. Cortot est aussi chargé d’exécuter en marbre , d’après l’ébauche de feu M. Charles Dupaty, la statue équestre de Louis XIII . et plusieurs figures du monument consacré à la me'moire de S. A. R. M.Sr le Duc de Berry. La statue de la Justice , dont est chargé pour la Bourse M. Cortot, sera en marbre, et de proportion colossale. C’estaussi de cesculpteur qu’est le modèle d’une grande statue de la Sainte-Vierge en argent , que la ville de Marseille fait faire , sous la direction de M. le comte de Forbin , pour Notre-Dame de la Garde, et qui doit être coulée et ciselée dans les ateliers de M. Soyer.
ET LES TUILERIES
semble l’inviter à. profiter du repos qu’elle procure ù la terre, et à s’unir à elle pour y répandre leurs bienfaits. Le style des draperies et des ajustemens est dans le caractère des beaux temps de notre école du xvi.e siècle, et rappelle celle de Jean Goujon. Il est inutile de dire que les ailes que l’on donne aux génies, et qui conviennent à ces êtres allégoriques, ont encore l’avantage d’être d’une grande ressource pour remplir en partie l’espace destiné à ces bas-reliefs, et dont la forme est pou favorable a la disposition d’une seule ligure.
La Logique, l’Éloquence (pi. 35), par M. Lange ( 1 ). — La Logique presse de toute la force de scs raisonnemens l’Eloquence , qui oppose à ses argumens le puissant ascendant de ses brillans discours. La différence dans le costume de ces deux figures, dont l’une est plus richement vêtue que l’autre, indique sans doute que l’art de convaincre a moins d’éclat que le talent de persuader.
L’Histoire , l’Éloquence ( pl. 3G ) , par M. Romagncsi ( 2 ). — Le génie de l’histoire, dans l’attitude de la méditation, tient dans la main gauche un rouleau sur lequel il s’apprête à inscrire les faits dont il veut transmettre la mémoire : à ses pieds, sont ses écrits et des lauriers. Les traits de la foudre, que l’Eloquence a pour attribut , indiquent que dans ses discours elle sait à son gré allier la douceur et la grâce à la vigueur et à l’éclat.
(1 ) M. Lange, né a Toulouse en 1754, est élève de François Lucas , professeur de sculpture à l’académie de cette ville. II y remporta un premier prix d’anatomie et celui de composition en sculpture. Après avoir passé plusieurs années à Rome, il fit, à son retour à Paris, une statue de Philopœnien qui lui mérita un prix à l’exposition du salon de 1798. Nommé restaurateur du Musée des antiques en 1793 , il a fait d’importantes restitutions a un grand nombre d’ouvrages antiques mutilés. On a aussi de lui plusieurs bons bustes.
(2) M. Romagnesi , né à Paris en 177G , élève de M. Bardin à Orléans , et ensuite de M. Cartellier, a d’abord commencé par se livrer à la sculpture ornementale; depuis il est devenu statuaire. On a de lui, a la mairie de Toulouse, une statue de marbre représentant la France tranquille sous l’égide de Minerve; et il vient de faire pour une fontaine de la même ville trois naïades en bronze terminées par des rinceaux et de riches ornemens, et qui se groupent élégamment autour d’une grande vasque de marbre blanc. M. Romagnesi a
fait plusieurs bustes ressemblans de Sa Maj esté Louis XVIII : l’un, de moyenne proportion, a été multiplié et très-répandu par le moulage ; il y en a un , de grandeur naturelle, en marbre, à Fontainebleau, et un autre au foyer de la Comédie française. Celui qu'il a fait de Sa Majesté Charles X est au musée de Bordeaux. Le buste de Fontenelle, donné au musée de Rouen par le ministre de la maison du Roi, est aussi de ce sculpteur. M. Romagnesi a contribué à répandre le bon goût dans les ornemens par les ateliers qu’il a formés et où l’on en exécute de tous les genres et de toutes les dimensions en carton-pierre , composition très-anciennement connue, mais que l’on a perfectionnée de nos jours , et qui joint à la plus grande solidité beaucoup de légèreté et l’avantage de bien prendre toutes les finesses du moule. Les ornemens en carton - pierre employés à Reims lors des travaux d’architecture pour le sacre de Sa Majesté Charles X , ordonnés avec tant de célérité et de goût par MM. Ma zois , Hittorf et Lccointe , sortent eu grande partie des ateliers de M. Romagnesi.
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La I hagédie, la Gloire (pi. 38), par M. Ramey fils (1). — A la richesse et a l’ampleur de son costume, au diadème qui orne sa tête, au masque , au sceptre et au poignard qu’elle tient, il est aise de reconnaître la muse de la scène tragique. La Gloire l’accompagne, et célébré ou les hauts faits des héros, sujets de ses poèmes, ou les succès de ceux que la Tragédie favorise de ses énergiques et sublimes inspirations.
La Chasse et la Peche, ou i.a Terre et l’Eau ( pl. 37), par M. Roman (2). — Une des compagnes de Diane, armée de son arc, une nymphe des eaux appuyée sur sa ligne, et dans le costume léger qui convient aux exercices dont elles font leurs délices , s’offrent réciproquement, en signe d’union , un oiseau, un poisson, emblèmes de leurs fonctions et de leurs plaisirs, et qui présentent aussi ces nymphes sous le caractère allégorique de la Terre et de l’Eau.
La Victoire , la Guerre ( pl. 37 ) , par M. Bra (3 ). — La Victoire présente une couronne à la Guerre , qui , tenant un foudre à la main , l’épée haute , et foulant aux pieds les trésors de l’abondance , paraît prête à s’élancer vers de nouveaux triomphes.
(1) M. Étienne- Jules Ramey, ne à Paris en 1796, e'fèvc de son père, remporta fe grand prix en 1815. Pendant son séjour à Rome , if fit pour fe musée de Dijon Hector combàttant, figure de six pieds de proportion en bas-relief . La statue de l’Innocence, qu’il mit au salon de 1822, attira les regards de Madame, Duchesse de Berry, qui en fit l’acquisition et la plaça à Rosny. Le grand et beau groupe de Thésée terrassant le Minotaure, que l’on vit à l’exposition de la même année, fut commandé en marbre par M. le marquis de Lauriston, ministre de la maison du Roi. M. Ramey a été chargé du monument consacré, dans l’église de la Sorbonne , à la mémoire de M. le duc de Richelieu; le Christ à la colonne, figure de sept pieds de proportion , que l’on a vu au salon de 1824, a aussi été placé à la Sorbonne. Ce sculpteur doit exécuter, pour le fronton de l’église de Saint-Germain en Laie, un bas-relief représentant la Religion protectrice, entourée des Vertus,
(2) M. Jean-Baptiste-Louis Roman, né à Paris en 1792, élève de M. Cartellier, remporta le grand prix de sculpture en 1816. A son retour de Rome, il exposa
au salon de 1822 le modèle en plâtre d’un groupe représentant Nisus et Euryale, qui avait été commandé en marbre par le ministre de la maison du Roi; la statue en marbre d’une jeune fille tenant un lézard mort (elle est au grand Trianon); les modèles des statues de S. Victor, pour Saint-Sulpice, et de S.’c Flore, pour Saint- Germain des Prés , ainsi qu’un grand bas-relief destiné à l'arc de triomphe du Carrousel , et qui offre S. A. R. M.sp- le Dauphin faisant son entrée à Madrid.
Les Sciences et les Lettres, bas-relief en pierre qui décore le cadran de la Sorbonne, sont de M. Roman, ainsi que la statue de la Prudence destinée â la Bourse : cette figure en marbre aura douze pieds de proportion. C’est aussi de ce sculpteur et de M. Petitot fils que sont lessculptures en marbre du monument consacré à lamémoire des victimes de Quiberon.
(3) M. Théophile-François-Marcel Bra, néà Douai en 1797, est élève de M. Bridan fils et de M. Stouf. En 1818 , un bas-relief qui représentait Léonidas poursuivant Cléombrote dans le temple de Neptune , lui mérita le second grand prix. Le modèle de la statue d’Aristodème au tombeau de sa
F. T LES TUILE RI FS
La France et la Charte (pi. 38), par M. Gérard ( voy. pi. 20 ter, 3.r>, et p. 414 ). — S’avançant l’une vers l’autre en signe d’union, elles allient ù la puissance de la couronne le pouvoir et la garantie des lois.
La Poésie épique, l’Élégie (pi. 3 1 ), par M. Petitot fils ( l ). — Tandis que la Poésie épique, que l’on reconnaît au calme et à la dignité' de sa pose et de son costume, ayant quitte' la lyre, se livre à de graves inspirations et célèbre dans ses vers les dieux et les héros , la plaintive Elégie , les cheveux épars, les vétemens en désordre, fait entendre près d’un tombeau ses douloureux accens , et accompagne des accords de sa lyre ses soupirs, ses chants d’amour et ses regrets.
La Justice, la Force (pi. 37), par M. Laitié (2). — Portant une couronne, marque de son empire, la Justice tient son glaive levé, et, protégeant la faiblesse, elle conserve à chacun ce qui lui appartient. Près d’elle la Force, douce et calme, semble soumise à ses lois : le lion qui la caractérise repose paisiblement à ses pieds , et la colonne qu’elle soulève ainsi qu’HercuIe , et qu’elle présente à la Justice , offre l’emblème des limites que cette sévère divinité sait imposer à la puissance et la force irrésistible de ses arrêts.
fille fut commande en marbre par les ministres de l'intérieur et de la maison du Roi , et cette belle statue fut donnée par le Roi à la ville de Douai , après avoir été exposée au salon de 1822. On y vit aussi Ulysse dans I’île de Calypso : M. le marquis de Lauriston , ministre de la maison du Roi , le fit exécuter en marbre.
Un S. Pierre de M. Bra et un S. Paul sont placés à Saint-Pierre et à Saint- Paul dans l’île. La statue de M.Sr le Dauphin , exposée en 1824, a été commandée en marbre parle Roi; et celle de M.gr le Duc de Berry, en bronze , par le même sculpteur, doit être placée à Lille.
Au salon de 1824, M. Bra reçut la croix d’honneur.
(1) M. Petitot fils , né a Paris en 1794, élève de M. Cartellier, a remporté le grand prix de sculpture en 1814. Au salon de 1819 , à son retour de Rome , il a exposé un Ulysse en marbre de six pieds et demi de proportion ; le héros est représenté au moment de lancer un palet : cette figure a valu à son auteur une des grandes médailles d’or distribuées à la fin de ce salon. On vit aussi au même salon Claude de Forbin, chef
d’escadre , beau buste colossal en marbre. En 1824 M. Petitot exécuta deux grands bas-reliefs pour l’escalier du Musée royal ; ils ornent les lunettes du palier du Musée des tableaux et font partie de cet ouvrage ( voy . pi. 98). Un chasseur blessé, exposé au salon de 1824, a été commandé en marbre à M. Petitot, ainsi qu’une statue colossale de Louis XIV en pied, pour la ville de Caen. Parmi les bas-reliefs en marbre de l’arc de triomphe du Carrousel, celui qui représente la capitulation de Ballcsteros est de M. Petitot.
(2) M. Laitié, né à Paris en 1782, et élève de M. Dejoux, remporta le second grand prix en 1803, et le premier en 1 804. En 1 822 , il mit au salon la statue en marbre de notre La Fontaine, et il fit en pierre, pour la cathédrale d’Arras, une statue de S. Luc de douze pieds de haut. A l’exposition de 1824, on a vu de M. Laitié la Charité portant un enfant entre ses bras et en conduisant un autre par la main : ce joli groupe, de grande proportion , a été placé à Saint-Etienne du Mont. La Peinture, l’un des bas-reliefs de l’esca lier du Musée , est de M. Laitié.
L E LOUVRE
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L\ I HAGIÎD1E, la Co.MlîDlE (pi. 38), par M. Dumont ( voi </. pi. 20 bis et p. 412 ). — La gravite de l’expression , le diadème , le poignard , un masque larmoyant , les couronnes et les sceptres que foule aux pieds la muse de la tragédie, indiquent assez les terreurs qu’elle excite. On reconnaît celle de la comédie à sa physionomie plus douce, à sa couronne de lierre, au masque satirique, et au bâton pastoral qu’elle tient à la main, ainsi qu’au tambourin , emblème de sa gaieté et de ses plaisirs.
La Poésie, la Musique (pl. 36), par M. de Bay (l). — Couronnée du laurier d’Apollon et se livrant à ses divines inspirations, le génie de la poésie lyrique, que font reconnaître la lyre , la trompette, une sorte de désordre dans son costume, fait entendre ses sublimes chants j la Musique charmée parait, en l’écoutant, suspendre un instant scs accords, et, parta géant l’enthousiasme de sa compagne, à l’harmonie de la poésie elle va joindre les sons mélodieux et variés de la lyre.
(1) M. Jean-Baptiste de Bay, ne à Matines en 1779, fut reçu chevalier de la Légion d’honneur au salon de 1824. Ses premiers travaux ont e'te' exécutés à Nantes. A la Bourse, dix statues en pierre : du Guay-Trouin , Jean Bart , Duquesne, Cassard , les quatre parties du monde, l’Astronomie , la Prudence. A la cathédrale, S. Pierre j S. Paul, S. Jean-Baptiste; à Saint-Clément, deux anges adorateurs; à Saint-Similien , un crucifix.
Pour la porte de l’hôtel-de-ville , la Loire et la Sèvre, figures de ronde-bosse dans un fronton ; pour le musée d’histoire naturelle, deux enfans groupés avec divers animaux , fronton; pour la bibliothèque publique, soixante-quatre bustes, dont quatre colossaux : Auguste , Charlemagne , FrançoisI.cr et Louis XIV. Tombeaux de MM. Van Ennen et Collin ; les modèles en ont été exposés au salon de 1817. Les travaux de M. de Bay indiqués dans la notice qui suit ont été exécutés à Paris. Salon de 181!), la Mort de M.mc Tcrnaux, bas-relief en marbre ( M. de Bay reçut alors une médaille d’or) ; Sébastien , statue pour Saint-Merry ; une Naïade; buste de Montesquieu en marbre; buste de M. de Barante père, en marbre; la Foi , l’Espérance et la Charité , pour le maître-autel de l’église des Missions étrangères. Salon de 182.2 , le chancelier de l’Hôpital, statue en marbre, commandée parle ministre de l’intérieur pour la ville
d’Aigueperse ; une Sainte Vierge tenant l’Enfant Jésus, donnée parle préfet de Paris à Saint-Nicolas du Chardonnet; bustes en marbre de Sa Majesté Louis XVII I et de M. le comte de la Rivalière ; S. Mathieu , statue en pierre, de douze pieds de proportion , pour Arras. Salon de 1824 , un jeune discobole nu et prêt à lancer le disque ; Mercure en marbre , il est assis et sur le point de saisir son épée recourbée pour tuer Argus endormi : cette dernière statue, qui, servant de pendant à l’autre , complète cette scène , a été commandée en marbre par le ministre de la maison du Roi , M. le duc de DoudeauviHe. Ces belles figures ont mérité la croix d’honneur à M. de Bay. On peut citer parmi ses autres ouvrages un S. Jean - Bap tiste pour l’église de Bonne-Nouvelle ; le buste de Girodet, commandé en marbre par le ministre de l’intérieur; celui de M. Gros, l’auteur des Pestiférés de Jaffa et de la coupole de Sainte-Geneviève ; les bustes en marbre de M. le marquis de Clermont-Tonnerre , ministre de la guerre, et de M.,,,e la marquise de Clermont-Tonnerre. L’Afrique, l’Amérique, et le Commerce , sous l’emblème de Mercure et des génies de l’agriculture et de la navigation, sont des bas-reliefs qui ont été commandés pour la Bourse à M. de Bay par le préfet de la Seine , M. le comte de Chabrol.
ET LES TUILERIES
La Justice, l’Innocence (pi. 3G), par M. David (i). — Vêtue d’un double manteau par-dessus son ample et longue tunique, la Justice, dont ce costume sevère annonce la gravite, tient d’une main la balance; le geste de l’autre annonce qu’elle prend sous sa protection l’Innocence. Un énorme serpent était sur le point de l’envelopper de scs plis, ainsi que son agneau fidèle, emblème de sa candeur; la redoutable déesse foule à ses pieds le reptile. Levant les yeux au ciel et portant la main sur son cœur, la timide Innocence, pour gage de sa reconnaissance, présente à celle qui lui prête son appui une de ces branches de verveine renouées de bandelettes que portaient autrefois les supplians en invoquant les dieux ; elle n’a pour offrande que cette branche, et pour défense que ses larmes et la pureté de son cœur.
L’Astronomie, la Géographie (pl. 39), par M. Mattc (2). — L’accord qui règne entre ces deux génies semble indiquer les secours que se prêtent
(1) M. Pierre-Jean David, né à Angers en 1789, élève de MM. David et Roland, remporta en 1810 le second prix de sculpture ; en 181 1,1e grand prix. Au salon de 1824 il reçut la croix d’honneur; et en 1 82G, au mois d’août, il fut nommé membre de l’académie royale des beaux arts.
A son retour de Rome, il exposa à l'école des beaux arts la statue d’un jeune berger en marbre qu’il avait faite à Rome , et dont le Gouvernement a fait présent à Angers. Au salon de 7817, modèle de la statue colossale du grand Condé, qu’il a été chargé d’exécuter en marbre. Au salon de 7819, ou a vu le modèle de la statue du bon roi René, exécutée depuis en marbre pour la ville d’Aix en Provence. A Angers il y a de M. David un Christ en bronze groupé avec la Sainte- Vierge et S. Jean - Baptiste en pierre. En 1824 il y eut de lui au salon une belle statue colossale en marbre , représentant le général vendéen Bonchamps, au moment où, blessé à mort et se soulevant avec peine, ce héros demande avec ardeur la grâce de cinq mille républicains pris par les Vendéens. Cette figure est placée à Saint-Florent, témoin de cette grandeur dame , sur le mausolée élevé à Bonchamps , et dont les bas-reliefs offrent la Religion et la France éplorée et couronnée de cyprès. M. David a aussi termine en 182G la statue de Fénelon. L’illustre
archevêque de Cambrai est à demi étendu sur la partie supérieure du monument qui lui a été consacré dans cette ville. Dans les trois bas-reliefs qui le décorent, on voit ici Fénelon se livrant aux soins de l’éducation de son royal élève; là, pansant des blessés; et d’un autre côté, ramenant, avec une bonhomie digne de l’âge d’or, à de pauvres villageois , leur vache qui s’était égarée. La statue de Racine, dont le modèle était à l’exposition de 1 824, et que M. David exécute en marbre , est destinée à la Ferté-Milon. Parmi les bustes nombreux qu’on lui doit, on cite ceux de François I.er et de Louis XVI, en marbre et de grandeur colossale ; ils ornent une salle de l’hôtel-de-ville du Havre. Celui d’IIenri II, de la même proportion, mais en bronze, exécuté dans les ateliers de M. de Lafontaine , bronzier du Musée royal, sera placé à Boulogne-sur-mer. M. David a été chargé de l’exécution des monuinens du général Foy et de Talma.
(2) M. Nicolas-Augustin Matte est né à Paris en 1781. Elève de M. Monot et de M. de Joux, il a obtenu plusieurs premières médailles aux concours de la tête d’expression ; en 1807 il remporta le second grand prix. II exposa au salon, en 1810, un groupe , l’Amour et l’Amitié; en 1814, deux bas-reliefs , Achille et le Sommeil ; et l’Amour effeuillant une rose, figure de ronde-bosse. L’Amour pressant des lis
LE LOUVRE
mutuellement l’astronomie et la géographie, dont les travaux sont figures par les instrumens qu’elles tiennent à la main ou qui sont à leurs pieds.
La Sculpture, la Peinture, par le même. — La pose de la Sculpture lui donne un caractère plus grave que celui de la Peinture, et on les reconnaît d’ailleurs aux attributs qui les distinguent: la Sculpture tient son trépan et son ébauchoir; la Peinture, une palette et un pinceau.
La Danse, la Musique, par le même. — L’un et l’autre de ces génies se livrent aux exercices des arts qui font leurs occupations et leurs plaisirs.
La Comédie, la Tragédie, par le même. — La Comédie est le miroir des moeurs, le sculpteur lui en a donne un pour attribut; la Tragédie tient son poignard, et le mouvement de son bras gauche indique qu’elle entre en action.