SUR LES MURS ET LES SIEGES DE CONSTANTINOPLE
Les murailles de Constantinople méritent d’attirer l’attention, non-seulement par les attaques de toute espèce auxquelles elles ont e'té en butte , mais encore par la manière dont elles ont e'té construites, et si elles existaient encore comme autrefois, elles seraient bien dignes de fixer les regards de l’érudit et de l’antiquaire. Ces murs étaient en partie formés de débris de monumens, de frises, de bas-reliefs, d’autels, de tombeaux, d’inscriptions de différentes époques , et c’eût été une source d’intérêt et de regrets. Et ce fût dès les premiers temps que ces murs furent ainsi construits , et l’on imita depuis cette construction désastreuse pour les monumens qui y contribuaient. Constantin établit ses murs aux dépens des temples ; Théo-
dose y employa des églises qu’on démolit.
Les fortes murailles dont Phidalie, fille de Bardyzès et femme de Byzas, le fondateur de Byzance, avait entouré cette ville , furent en partie détruites par Philippe, roi de Macédoine, père d’Alexandre le Grand. Selon Justin , elles furent relevées par Pausanias, roi de Sparte. Ces murs n’éprouvèrent pendant quelques siècles aucun désastre, mais lorsque l’empereur Septime-Sévère, après un siège vigoureux de trois ans, se fut emparé de Constantinople, il en abattit une partie et il détruisit le théâtre, les bains et d’autres édifices. Quelque temps après, s’étant repenti d’en avoir agi ainsi, l’empereur rendit à cette ville plus qui ne lui avait enlevé. Il ajouta beaucoup à
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cace de Constantinople. H fut statue que tous les ans, à l’anniversaire de la fondation de la ville que Constantin agrandissait considérablement, on porterait en ceremonie sa statue aux jeux du cirque. Pour y attirer quelques-uns des principaux sénateurs de Rome, Constantin les chargea,
la force des murailles, qui furent faites en pierres de taille , rendues plus solides par des agrafes en fer. Entre les tours, les murs, recourbes en demi-lune et rentrant vers la ville, e'taient disposes de manière que les assie'geans seraient attaques à la fois de front et des deux côte's du haut des murailles. II faut quelles eussent encore souffert jusqu’au temps où Constantin, après s’être emparé de Byzance, voulut en faire le siège de l’empire, et lui donna le nom de Constantinople qui remplaça celui d’ANTONiA que lui avait fait prendre Septime-Se'vère. II entreprit de réparer et même de reprendre à neuf toutes les murailles de l’enceinte. Cet immense travail, dirigé par l’empereur luimême, qui encourageait les ouvriers par ses libéralités, demanda douze ans. Terminé le 12 mai 317, ce devint un anniversaire Solennel, comme depuis celui de la naissance de la ville. Ces murailles furent encore réparées sous le règne de l’empereur Arcadius.
Sous la minorité de Théodose le Jeune, dont le règne commence en 409, Anthémius, préfet du prétoire, non-seulement rétablit, mais même refit presque en entier les murs de Constantinople, qu’il porta à la grandeur de l’enceinte actuelle. Ces immenses travaux furent, terminés en deux mois , en 413.
Dans la trente et unième année (440) de Théodose les murs de mer, tant ceux de Constantin que ceux d’Anthémius, ainsi que le phare, furent en partie renversés par un tremblement de terre; le même désastre, qui répandit le plus grand effroi dans Constantinople, les dévasta encore le l6 janvier 444. Cette année même , Constantin-Cyrus, préfet de Constantinople et consul de l’Orient, releva, comme Ànthémius, ces murs en deux mois. Les travaux furent en grande partie exécutés avec une émulation qui
ne connaissait pas d’obstacles par les deux factions de l’hippodrome, la venète ou la bleue, et la prùsine ou la vert de mer. La première poussait ses travaux de la mer vers la porte d’Or, et la prasine commençait a la porte de Bois, Xyloportd. A l’endroit où les ateliers se réunirent se fit une porte que l’immense quantité d’ouvriers fit nommer Polyandros (beaucoup d’hommes); cette porte est aujourd’hui celle d’Andrinople. Deux inscriptions de Constantinople confirment que ces ouvrages , d’une si grande étendue , furent exécutés par Cyrus en soixante jours. Les éloges exagérés que cette activité lui mérita, et sa faveur auprès des puissantes factions du cirque, déplurent tellement à Théodose, qu’il en fut jaloux au point de confiner cethabile édile dansun monastère.
En 494 les murs de l’ouest de Constantinople eurent encore besoin de grandes réparations; il y eut des fêtes à cette occasion et à l’hippodrome on cria avec acclamations que Constantin et Anthémius avaient été surpassés.
Le 6 octobre 558, l’an trente et unième de Justinien, un tremblement de terre ruina en partie l’église de Sainte-Sophie et les murs de Constantin et de Théodose. La même année Justinien les fit réparer, et, pour donner plus de solidité aux fondations, il enleva du terrain à la mer, et avec des peines et une dépense trèsconsidérables, on fit sauter de grandes masses de rochers.
Ces murs eurent encore à souffrir de trembïemens de terre sous les empereurs Tibère- Absimare (698-705) et Léon l’Isaurien (717-741), la vingt - quatrième année de son règne. Ils furent réparés au moyen d’une collecte.
Léon Bardas (775-780) fit élever, hors du palais des Blachernes, une grande et forte muraille, pour s’opposer aux irruptions des barbares.
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dit-on, d’une expédition contre les Perses; à leur retour, il leur assigna des maisons entièrement pareilles à celles qu’ils avaient à Rome, et dont il avait fait copier les plans et tous les details. II eut le soin de leur y faire trouver toutes leurs familles établies. Séduits par ces soins, ces séna-
En 783, sous le règne de Constantin Copronyme, ïes murailles de Constantinople, du côte' de la mer, ébranlées par le choc des glaces de la mer Noire , ne furent releve'es que par les empereurs The'ophile (829-842) et Michel (842-867).
Les empereurs Basile (867-886) , Constantin IV Porphyrogénète (911-919), Romain Argyre (1028-1034) et Manuel Comnène (1143-1180) réparèrent en entier les tours des murailles, et Romain entoura d’un haut mur le palais impe'rial. (Voyez Zonare, XVI, 226; Tournefort, v. II, 176, et l’append. de cc volume.)
En 1331, la mer en fureur renversa ou e'branla fes murs que répara Andronic Pale'ologue l’Ancien (1273-1332).
Apokaukus, le rival de Cantacuzène, répara les anciens murs et en e'Ieva de nouveaux du côte' de la mer, et une seconde muraille encore existante protégea la ville d’une double enceinte du côte' de la porte d’Or. II fortifia d’une haute tour l’ancien palais, et Cantacuzène en construisit une à Selymbrie. Apokaukus , l'année suivante, fut tue' dans sa tour, et Cantacuzène un an après.
Le faible Jean Pale'ologue (ne' le 18 juin 1332) , qui maigre' son peu de moyens régna cinquante ans (15 juin 1341-1391), monta encore enfant sur le trône chancelant des Cantacuzènes , et le partagea pendant treize ans ( 26 oct. 1341 janv, 1355 ) avec Jean Cantacuzène.
Le tremblement de terre de 1344 précipita la mer hors de ses limites et des barrières qu’on lui avait oppose'es; les murs s’en ressentirent, la partie orientale de la coupole de Sainte-Sophie s’e'croula.
En 1351, au milieu d’inutiles et absurdes disputes the'ologiques , on fortifia contre les Ottomans et les Ge'nois les murailles de Constantinople, et l’on emplit d’eau les fosse's.
En 1352, les murs de terre qui renfer-
maient le faubourg de Galata furent fortifies contre les Ottomans, ainsi que la porte d’Or, que l’on flanqua de hautes tours en marbre blanc , et à la construction desquelles les e'glises que l’on abattit fournirent des mate'riaux. Bajazet, dans ses de'mêle's avec l’empereur Cantacuzène, dont il avait e'pousé la fille, et avec Jean, coempereur avec Cantacuzène, exigea qu’on abattît les murs et les fortifications de Constantinople , et menaça de faire crever les yeux à Manuel , fils de Jean , qu’il avait en otage. On lui obe'it; les fortifications furent rase'es. Ici finissent les vicissitudes des murs d’enceinte de Constantinople. Nous ne les suivrons pas depuis la prise de cette ville par Mahomet II , en 1453: il en fit abattre les murs, que de vastes brèches avaient fortement entame's , et qui furent releve's par ses successeurs.
Une place avait été créée pour veiller particulièrement sur les mui'ailles de Constantinople, le cornes murorum, le comte des murs.
II est bon d'offrir en résumé les noms des personnages qui firent élever, réparer ou refaire les murs de Constantinople; ce sont :
1. PhidAlie, femme de Byzas. — 2. Pausanias , roi de Sparte. — 3. Léon, général de Byzance. — 4. Septime-Sévère (emp. 193-211). — 5. Constantin le Grand (emp. 306-337). — 6. Arcadids (emp. 395-408). — 7. Théodose le Jeune (emp. 408-450). — 8. Léon Ier, le Grand ou Léon MACELLus(emp. 457- 474). — 9. Justinien le Grand (emp.
527-565). — 10. Tibère III, AbsijiAre (usurp. 698-705). — 11. Léon III, I’Isaurien (emp. 717-741). — 12. Constantin V, Copronyme (emp. 741-775). — 13. Léon IV, Bardas (emp. 775-780).
— 14. Théophile Paléologue ( emp.
829-842). — 15. Michel III, Paléologue l’Ivrogne (emp. 842-867). —
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teurs n’eurent plus envie de retourner à Rome. Ils se firent alors un devoir de contribuer à l’envi, avec Constantin, à l’embellissement de sa ville cherie et à y élever de grands édifices, des églises, des aqueducs, des
16. Basile le Macédonien (emp. 867- 886). — 17. Constantin VI, Porphyrogénète (né 905, emp. 911-919), mineur sous son oncle Alexandre et sa mère Zoé ; emper. sous l’usurp. Romain Lécapène,de 919-994, ensuite seul, de 944- 959). — 18. Romain Argyre (emp.
12 nov. 1028; M. 11 avr. 1034). — 19.