‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 4)Chapitre 25 sur 436 · SUR LES STATUES ET LES MONUMENS DE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

SUR LES STATUES ET LES MONUMENS DE CONSTANTINOPLE

Nous suivrons pour les quartiers et les monumens où étaient ces statues la marche de l’Anonyme, et nous les placerons autant que possible dans les monumens auxquels il les attribue. Celles dont les places ne sont pas désignées seront mises à la fin de ces listes, et les details s’en trouveront au dernier volume, dans la sérié des statues antiques citées par les auteurs. Lorsque les savantes et copieuses notes de Banduri, dans son deuxième volume de Y Imperium orientale , nous offriront quelque éclaircissement ou des documens intéressans sur les quartiers ou les monumens de Constantinople cités ou parcourus par l’Anonyme, nous ne manquerons pas d’en profiter, mais nous n’avons nullement la prétention ni les moyens d’offrir une topographie de Byzance et de Constantinople, en la rapprochant de ce que l’on connaît de la Constantinople du temps des croisades et de celle d’aujourd’hui. Nous nous bornerons à suivre notre guide, sans garantir qu’il soit toujours bien sur et qu’il ne risque pas de nous égarer par ses indications si peu précises, et qui mettraient rarement à même de se faire une idée juste des lieux où il nous conduit.

Cet auteur, connu, ou plutôt qui se cache sous le titre de Y Anonyme , écrivait sous Alexis Comnène. De tous les écrivains byzantins qui nous ont transmis quelques notions, bien incertaines, sur ces temps du moyen âge, ou de la fin de la capitale des empereurs d’Orient, c’est, avec Nicétas Choniate, l’Anonyme qui nous fournit le plus de détails; mais malheureusement il règne si peu d’ordre dans ses descriptions, qu’il n’est pas toujours facile d’en tirer le parti que l’on désirerait. Quelquefois aussi cet écrivain commet de singulières erreurs dans ses citations historiques: il fait vivre, par exemple, sous Constantin le Grand Apollonius de Tyane, qui aurait prédit au fondateur de Constantinople tout ce qui devait arriver à cette ville, et les noms de ses empereurs jusqu’à la fin des siècles. Ces prédictions, selon l’Anonyme, avaient été gravées sur les monumens par Apollonius en caractères mystérieux, et l’on sait que ce philosophe pythagoricien, si célèbre par sa vie aventureuse et ses prétendus miracles, vivait au Ier siècle de notre ère, sous Domitien. Dans tout ce que nous rapporte l’Anonyme et que présentent à nos yeux les autres écrivains sur les richesses et les pertes de Constantinople, en statues et en autres productions des arts, l’on n’apprend le nom d’aucun artiste. Si ces statues n’étaient pas antiques, et plusieurs, par ce que l’on en dit, ne semblent pas avoir été des ouvrages de l’ancienne Grèce, elles devaient être des premiers temps de la ville de Constantin : les arts étaient déjà bien en décadence, mais cependant ils produisaient encore; et, dans ces œuvres de leur caducité, ils cherchaient à remplacer par la richesse de la matière ce qui leur manquait du côté de la beauté de l’art. D’après ce que nous décrivent l’Anonyme et les auteurs que nous y ajouterons, il ne paraît pas que parmi les statues dont ils parlent

INTRODUCTION

il y en ait du temps qui se rapprochait de la prise de Constantinople par les croises. Depuis longtemps tombés, les arts ne s’étaient pas relevés, de manière du moins à ce que l’on puisse en établir la comparaison avec ce qu’ils avaient jadis e'te' en Grèce et meme à Byzance. L’Anonyme et Nicétas ne disent rien qui donne lieu de soupçonner que les arts eussent repris quelque vigueur sous les empereurs grecs, ou même qu’il en existât du temps de ces écrivains, et en effet, dans ce qui nous est parvenu de leurs productions à Constantinople, aux xie et xiie siècles, on ne peut voir que des objets de curiosité plutôt que des œuvres qui soient tant soit peu dignes des anciens temps ou qui les rappellent, et ce qu’on aurait pu y décorer de ce nom n’était que des restes des bonnes époques. Les dernières époques de la Constantinople des empereurs grecs étaient stériles pour l’art véritable et entendu comme l’entendaient les Grecs. Abâtardie depuis plusieurs siècles avant sa chute, cette ville pompeuse ne produisait plus rien; et si elle eut à regretter de belles choses, des chefs-d’œuvre, ce n’étaient que des richesses étrangères et qui n’étaient pas nées dans son sein. Les chefs-d’œuvre qu’on enlève peuvent, jusqu’à un certain point, être favorables aux arts en excitant par leur vue l’émulation ; mais ce ne sont que des trophées de la force et non du talent, et il est plus glorieux pour un peuple d’avoir à montrer de bonnes choses nées dans son sein, dues à son talent, que d’offrir des chefs-d’œuvre qu’il ne doit qu’à ses armes, et qu’il est hors d’état de produire. Il se condamne, pour ainsi dire, à avoir sans cesse sous les yeux les reproches de son insuffisance, et à être forcé d’en faire le pénible aveu. Et n’est-ce pas ce qui à certaines époques arrivait aux Romains, au milieu de toute leur force et de toute leur gloire? Ils avaient souvent à rougir de leur fière ignorance devant des philosophes, des artistes devenus leurs esclaves par le sort de la guerre, et que tout en leur commandant et ayant sur eux le droit de vie et de mort, ils avaient honte d’être obligés de reconnaître pour leurs maîtres et de sentir la supériorité que leurs talens et leur savoir leur donnaient sur leurs vainqueurs. Lors des beaux temps de la Grèce, jamais chefs-d’œuvre étrangers ne vinrent donner des leçons aux artistes d’Athènes, deSicyone, de Corinthe, tandis qu’après avoir dépouillé la Grèce, Rome ne produisit à peine, malgré les grands modèles qu’elle en avait enlevés, que quelques artistes dignes de se présenter devant les écoles de la Grèce. Ce fut encore plus marqué à Constantinople. Quelque abondantes qu’y fussent les plus belles productions des arts anciens , elles n’eurent jamais le pouvoir d’y naturaliser les arts. Depuis longtemps ils n’y vivaient plus de leurs propres fonds ; ils étaient devenus barbares , ainsi que le prouvent les médailles des empereurs grecs du Bas-Empire, où l’on a souvent de la peine à reconnaître des figures humaines. S’il y avait encore alors à Constantinople quelques artistes, ou plutôt quelques ouvriers qui s’élevassent un peu au-dessus des autres, ils ne paraissent pas avoir mérité qu’on nous transmît leurs noms et la liste de leurs ouvrages. D’ailleurs, par la manière dont les écrivains de ces temps nous parlent des statues, il est aisé de reconnaître que leurs connaissances et leur goût en ce genre étaient au-dessous du médiocre. C’étaient cependant les personnages les plus

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