‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 4)Chapitre 304 sur 436 · G. — Cybèle, Atys et un Sphinx, pl. 396. B · texte numérisé non relu

G. — Cybèle, Atys et un Sphinx, pl. 396. B

La composition de ce groupe , autrefois à Rome au palais Alberini , et dont Boissard (p. III, pl. i33) ne nous donne ni la grandeur, ni la provenance, est trèsextraordinaire , et même à un tel point que quelques détails feraient suspecter son authenticité. Il est à regretter que le texte et la planche de ce savant antiquaire ne nous apprennent rien de l’état de ces figures lors de leur découverte , et que nous n’en connaissions pas même la matière. N’est-il pas fort à présumer que bien des parties auront été ajoutées lors d’une restauration probablement très-arbitraire et peu motivée, comme il y en eut tant au xvie et au xvii" siècle? Peut-être n’était-ce qu’un reste de groupe assez simple dont , par de nombreuses additions, on aura fait une composition très-compliquée, et que l’on ne peut guère expliquer d’une manière satisfaisante. Le nom de Martia Otacilla, femme, vers 2 34, de Philippe, depuis empereur en 244, est inscrit sur la base, au-dessous de la consécration qu’elle fait de ce monument, étant déjà auguste, à la mère des dieux : MATRI DEVM MARTIA OTACILLA AVG. D.

DE L’EUROPE

Les médailles de cette impératrice portent Marcia Otacilia Severa, et non Otacilla.

Ce nom, dis-je, si l’inscription a toujours fait partie de ce monument et en était la dédicace, nous donnerait à peu près l’époque où il fut exécuté. C’était celle de la grande vogue des idées ou des rêveries, où les gnostiques faisaient un mélange des anciennes notions mythologiques, qui marchaient vers leur déclin, et des bizarreries de leurs nouvelles conceptions théogoniques et cosmogoniques. Avant d’être tout à fait chrétienne Otacille avait pu être imbue des idées des gnostiques; le serpent, le sphinx, qui font partie de ce groupe , pourraient le faire croire. Ils jouaient un grand rôle dans leurs symboles mystiques; et si, comme le démontre la dédicace de ce groupe à Cybèle, Otacille, encore payenne, étant déjà auguste, a bien pu allier ensemble des notions mythologiques qui se tenaient de si près. Mais tout ceci n’est que dans la supposition que notre groupe est antique en grande partie , ou du moins qu’il en restait assez pour être remis en l’état où nous le présente Boissard. Il faudrait aussi , par rapport à la composition et à l’exécution de ce groupe, faire la part de son époque. Les arts déclinaient tous les jours; on ne peut pas être exigeant avec eux , et ce qu’ils avaient encore de passable n’était plus que des réminiscences et un reste d’habitude des anciens modèles. On en retrouve ici plus d’une trace. Atys, reconnaissable à son bonnet phrygien, est bien auprès de sa déesse; l’un et l’autre portent leurs regards en avant et sont occupés du même intérêt. Le serpent qui s’enroule autour de ce tronc d’arbre est l’emblème du cours du soleil , de la vie et de l’ensemble des êtres qui animent la terre. A sa couronne tourellée, on ne peut méconnaître la mère des dieux, la déesse de la terre; cette grande corne d’abondance caractérise l’immensité de ses bienfaits ; nous la lui avons déjà vue. Si on avait voulu faire quelque rapprochement entre la déesse et l’impératrice, cet attribut conviendrait très-bien à l’impératrice Otacille, sur les médailles de laquelle on lit : FECVNDITAS TEMPORVM. FELICITAS TEMPORVM. PIETAS AVGVSTÆ, qui perpétuaient le souvenir de ses bienfaits et du bonheur quelle répandait autour d’elle. Aussi avait-elle mérité le titre de Janon conservatrice. Le geste de ce sphinx bizarre et qui n’appartient à aucun pays est assez singulier; c’était le symbole des mystères.

A voir ce beau corps de femme et ces draperies indiquant avec souplesse les formes sans trop les prononcer, cette attitude où règne un moelleux abandon, il semblerait bien qu’il y a là de l’antique et de son goût. La tête et son voile sont bien ajustés; celle du favori de Cybèle, du bel Atys, ferait naître plus de doutes. L’agencement de son bonnet et de sa chevelure, plus maniérés, sont moins dans le sentiment antique. Mais c’est surtout sur la partie à la gauche du groupe que la critique aurait le plus à s’exercer. Malheureusement, elle ne peut ici marcher guère qu’à tâtons. On ne conçoit pas trop ce que vient faire là ce sphinx accroupi sur lequel est assise la déesse, et qui n’est ni égyptien, ni grec, ni romain. Que signifie cette énorme corne d’abondance, terminée dans le haut par une sorte de volute, et de laquelle sont tombés, aux pieds de la déesse, des épis et des têtes de pavot, attributs de Cérès, ainsi que la corne d’Amalthée? Que fait là ce serpent qui s’enroule autour d’un tronc d’arbre? L’action du sphinx glissant sa main sous la robe de Cybèle est aussi très-équivoque.'Destitué de données positives sur ce groupe, et ignorant ce qu’il est devenu depuis Boissard, on est libre de se livrer à ses conjectures. Je serais donc très-porté à présumer que, s’il est en partie antique, tout ce qui est sur la gauche de Cybèle, cette grande corne d’abondance, le sphinx ailé et le vase, de même que le tronc d’arbre et le serpent, ne sont que des restaurations du xvi ou du xvne siècle. Mais il se pourrait que la jambe de lion fût antique et que la déesse eût été assise sur son animal favori couché à terre. Si l’Atys a fait partie du groupe, il a subi de grandes restaurations, et Ton en peut dire autant de la couronne de la déesse. Au reste, il faut avouer que toutes ces conjectures sont bien vagues et fort incertaines. Boissard , à son ordinaire, ne nous donne ni la matière, ni la mesure, ni la provenance de son groupe.

STATUES ANTIQUES

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664-H- — Cybèle assise, pl. 396 B. — Boissard, P. iv, pl. 95.

Cette déesse, assise sur un siège à dossier hémi-circulaire, et dont les avantbras, qui n’existent plus, ne s’élevant qu’horizontalement à la hauteur du coude, devaient porter quelques attributs , ne se distingue par aucune particularité. EUe est sans couronne qui puisse la caractériser , et ses cheveux tombent en longues mèches sur ses épaules. Au lieu de couronne, sa tête est surmontée d’une espèce de croissant renversé; peut-être aussi, ce qui est assez probable, cette tête n’est-elle pas celle de la statue lors de son intégrité. Aux pieds de la déesse de Phrygie, ses lions, s’ils sont antiques, suffisent pour la faire reconnaître. De même que pour le groupe précédent, Boissard ne nous apprend rien dont nous puissions profiter et nous servir de guide dans nos incertitudes. On ignore aussi ce qu’a pu devenir cette statue.

* 664. 1. — Atys, br., pl. 396 C. — -Mus. Charles X.

Atys, nommé aussi Atés, Atyes, etc., divinité orientale, par ses aventures et ses infortunes avait de grands rapports avec Adonis (1); son costume extraordinaire, ni grec, ni romain, le désigne assez pour un personnage dont le culte mythologique fut apporté de l’Asie en Grèce et en Italie. On y retrouve ces anaxyrides ou grands pantalons des peuples de l’Orient que l’on voit à des statues de princes ou de soldats barbares et aux Amazones. Mais ici l’ajustement en est tout particulier, par les boutons qui, de chaque côté, en réunissent, comme par des crevés, les deux parties sur le devant de la cuisse et de la jambe. On voit aussi que les parties supérieure et inférieure de l’habillement n’en font qu’une et que les manches longues y tiennent. Ce vêtement s’ouvre

(1) Fils de la nymphe Nana, suivant Arnobe, et d’un père dont les traditions mythologiques ne nous ont pas conservé le nom , Atys ou Attis , né à Célène , dans les montagnes de la Phrygie, était de la plus rare beauté. Elle produisit la plus vive impression sur deux déesses, Cybèle et sa sœur, la terrible Agdistis. Eprises d’ Atys et bientôt rivales, elles se le disputèrent avec fureur et le mutilèrent au point qu’il ne pût plus être ni à l’une ni à l’autre de ces amantes effrénées. Si l’on s’en rapporte à d’autres récits mythologiques, Cybèle avait fait choix du beau Phrygien pour desservir ses autels. II paraît qu’il était pour la déesse encore plus que le suprême ministre de son culte. Ayant appris que la fille du fleuve Sangaris lui avait fait oublier ses serments, dans sa passion jalouse Cybèle le frappa d’un tel vertige, que de ses propres mains

il se mit hors d’état de se rendre à jamais coupable d’un nouvel outrage à la fidélité qu’il lui avait jurée. Bientôt , accablée de regrets des emportemens d’une vengeance cause de la mort du parjure qu’elle idolâtrait encore, elle lui rendit des honneurs funèbres qui se perpétuèrent et devinrent un culte qu’elle associa au sien. Les prêtres de ce nouveau dieu, les Galles, furent obligés, pour complaire à la déesse, de se réduire au même état qu’Atys. C’était au milieu du désordre des orgies les plus effrayantes que ces fanatiques, fanatici , et c’est le nom que leur donnaient les Romains, se livraient à ces honteux excès, et se réduisaient à n’être plus hommes que de nom; et l’on est étonné que la déesse pût compter dans ses temples de Phrygie et d’autres contrées des milliers de semblables adorateurs.

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d’une manière bizarre sur le milieu du corps, qu’il laisse à découvert. La chaussure fixée est haute comme dans la plupart des figures orientales. Par la manière dont s’enfle le vêtement de cet Atys, et par ses mains élevées vers le ciel, il semble tourner sur lui-même, et que la rapidité de son mouvement agite le vêtement, ce qui faisait partie des actes frénétiques d’adoration des prêtres de Cybèle. C’est une pratique encore en usage chez les derviches dans leurs prières , et on la retrouve chez les juifs pour plusieurs cérémonies, surtout dans les pays où, comme en Pologne, ils sont restés fidèles à leurs antiques usages. D’après un verset de la Bible qui dit : «Tout mon corps vous célèbre, ô Seigneur, » ils se livrent auxmouvemens les plus violens pour rendre hommage au dieu d’Israël. Celle figure , qui n’annonce pas la fraîcheur et la force de la jeunesse, mais une mollesse efféminée, est assez bien modelée, et très-curieuse par la singularité et la rareté du sujet. De la belle collection Edouard Durand, elle a passé au Musée royal; elle est d’une bonne conservation. [H. om,54o ~ 1 pi. 8 po.] (1).

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