A. — Jupiter axur, ou imberbe, m., pl. 4io.C
Jeune, nu , sans barbe , le dieu est debout , dans toute la force de la jeunesse ; la tête légèrement inclinée vers la gauche, il paraît prêt à vider sa coupe de nectar, emblème de sa bienveillance. Son aigle , à ses pieds , semblerait réclamer sa part du breuvage divin. A sa main droite, le jeune dieu tient son foudre, symbole de sa puissance. Sa poitrine est couverte de la peau de la chèvre Amalthée, dont les pieds se renouent sur sa poitrine. Elle lui servit de nourrice et lui sert aussi d’égide. Au reste , c’est bien la véritable , la première égide , la peau de chèvre que Jupiter donna à Minerve, qui en fit sa cuirasse, en y plaçant la terrible tête de la Gorgone Méduse, qu’elle entoura de serpents s’agitant et sifflant de toutes parts. La déesse couvrit encore bette égide d’écailles , sans doute pour en faire une armure ; c’était comme la cuirasse des Romains nommée lorica hamata , une espèce de cotte de mailles. Mais nous aurons plus d’une occasion de parler ailleurs de cette armure.
A la première vue de cette statue, sa grâce et la délicatesse de ses traits donnèrent à M. Phil.-Aurel. Visconti, frère du célèbre antiquaire, l’idée que c’était un Ganymède restauré en Jupiter; mais cette peau de cbèvre , qu’on ne voit jamais à ce royal berger; le foudre, du soin duquel il pouvait bien être chargé, mais dont il se serait bien gardé de s’armer ; la chevelure ainsi relevée sur le front; la majesté de la tête, abaissant avec bienveillance ses regards sur les mortels ; toutes ces observations persuadèrent M. Visconti que ce ne pouvait être un Ganymède, et que l’on avait bien voulu représenter Jupiter jeune, n’ayant pas encore de barbe, et qu’on surnommait Axur (n’ayant pas fait usage du rasoir t-vgov) , et tel qu’en donne une statue Guattani, dans ses Monumens inédits, t. V, pl. 4g. Jupiter, jeune, révèle sa puissance au monde, et son empire commence. Ce sujet, très-rare, surtout en statue, ajoute au mérite de celle-ci, qui est d’une bonne sculpture. C’était un des beaux morceaux de la collection réunie avec goût par le général Miollis dans sa belle villa, actuellement possédée par le prince Borghèse. La galerie Miollis, d’après son catalogue, était très-considérable, et contenait un grand nombre de statues, dont quelques-unes très-belles. Elles sont dispersées ; et malgré tous mes soins et les promesses que l’on m’avait faites, il ne m’a pas été possible, à mon grand regret, de recueillir les dessins de ces statues disséminées. Au reste, pour parler avec plus de connaissance de cause de cette statue, dont j’avouerai que la pose me paraît assez gauche, il faudrait savoir ce quelle doit aux restaurations, dont on ne dit pas un mot. S’il se trouvait que l’aigle ne fût pas antique, et qu’une partie des bras et des
attributs fussent modernes, il se pourrait bien qu'un Cavaceppi ou quelque autre adroit restaurateur eût changé en Jupiter Axur un beau torse de Bacchus ou de jeune faune. La coupe, qu’on ne trouve jamais ainsi travaillée entre les mains des statues, et le foudre, me font l’effet de sentir leur xvic siècle. — Coll. Miollis, pi. 1. [Haut. 6 pal. G onc.]
a 665. — Jupiter assis, m., pl. 397.-— Mus. de Lyon, inédit.
Jupiter, clans une attitude grave, mais dont l’expression, pleine de la dignité qui convient à la toute-puissance et au juge suprême, est tempérée par la douceur et la sérénité du regard , est assis sur son trône. Ses pieds, chaussés de simples sandales, reposent sur un marchepied soutenu par des pattes de lion. Le marchepied caractérise les trônes et les distingue des sièges ordinaires à dossier et à bras; les monumens antiques ne les offrent que sous les pieds de divinités, de princesses ou de très-hauts personnages. Le roi des dieux a pour vêtement un très-ample manteau, le j>haros, qui l’enveloppe presque entièrement, et qui, retombant en large masse de l’épaule gauche, laisse à découvert la moitié du haut du corps et le bras droit. La sphère que Jupiter lient à la main est le symbole du monde, qu’il gouverne et meut à son gré. Celte sphère, entre les mains des empereurs romains, les caractérise aussi comme les maîtres du monde, le plus cher de leurs titres. De la main gauche élevée, le souverain des dieux s’appuie sur son long sceptre, qu’on lui voit quelquefois sur les bas-reliefs, et qui, dans les statues, n’est indiqué que par un morceau de la liampe.
La tête de cette petite statue est belle et se distingue par un caractère de bonté; mais ce n’est pas la sublime expression du Jupiter homérique, qui, du seul mouvement de ses sourcils, faisait trembler l’Olympe et courber les dieux à ses pieds. Les cheveux n’ont pas la disposition pittoresque que présentent ordinairement les belles têtes de Jupiter, dont les cheveux, se relevant sur le haut du front, se recourbent et retombent en avant. C’est un caractère distinctif des têtes de Jupiter, et on le retrouve même, mais moins prononcé, aux têtes de dieux et de héros , tels qu’Hercule et Alexandre le Grand, qui se disaient fils de Jupiter. On peut faire remarquer ici la richesse du trône, qu’il est rare de trouver ainsi décoré, des deux côtés et par derrière, de riches pafmettes et d’enroulemens à jour. On y distingue bien l’épais coussin encadré de bordures, et ce trône rappelle un peu ceux sur lesquels quelques descriptions de Pausanias offrent des divinités assises. Qui sait si cette petite statue ne conserverait pas quelques réminiscences du Jupiter de Phidias, à Olympie, que nous a si bien retracé M. Quatremèrede Quincy dans son bel ouvrage du Jupiter Olympien? II se pourrait que l’auteur de cette statue eût eu quelques inspirations de ce chef-d’œuvre, si ce n’est pour les détails, du moins pour la masse de son ouvrage, qui se distingue par beaucoup de noblesse dans l’ensemble et de sagesse dans les détails. Cette précieuse statue, aujourd’hui au musée de Lyon, a appartenu pendant longtemps à M. Artaud , homme de science, de talentet de goût, qui, pendant quelques années à la tête de ce beau musée, l’a fait prospérer par sa direction éclairée. Parmi les monumens antiques du cabinet de M. Artaud, était l’admirable héros grec combattant, en bronze, trouvé près de Grenoble, l’un des plus beaux bronzes qui existent, et dont j’ai fait faire l’acquisition à M. le duc de Blacas. [Le Jupiter assis a, de hauteur, om,548=i pi. 8 po. 3 li. ]
DE L’EUROPE
666. — Jupiter assis, m. deParos, pl. 397. — M. P-C., I, pl. 1.
En abordant celte statue à laquelle l’illustre Visconti , dans son Musée Pio- Cîémentin , adonné une grande et peut-être trop grande célébrité, je suis trèsembarrassé et tout à fait en méfiance contre ce que j’ai à en dire, et je me sais presque mauvais gré de ne pas partager tout à fait l’opinion de ce grand antiquaire, du côté duquel je suis toujours disposé à me ranger. Mais il m’est impossible de reconnaître avec lui la plus belle représentation qui nous soit restée du maître des dieux dans cette statue qui, autrefois dans la cour du palais Verospi (1), à Rome, a depuis reçu les honneurs des salles du Vatican. Cette attitude d’un vieillard affaissé sur lui-même, et qui n’a plus de vigueur, n’est pas celle qui convient et que l’imagination donne au souverain des immortels; et certes il ne les ferait pas, comme le Jupiter d’Homère, trembler d’un seul de ses regards. Et d’ailleurs, considérez-le bien, et voyez ce qui appartenait à la statue lorsqu’elle était dans son intégrité et ce qu’elle doit à la restauration , vous trouverez que la masse des restitutions l’emporte de beaucoup sur la partie vraiment antique. Celle-ci se réduit à la tête dont encore le nez est moderne, ainsique la touffe supérieure des cheveux, et à une portion du torse limitée à l’épaule gauche, aux deux pectoraux, et au corps jusqu’à la draperie sur l’épaule, et sous cette épaule à une partie du côté. Ce n’est donc, à proprement parler, qu’un fragment de torse qui avait conservé sa tête mutilée et dont on a composé une statue qui doit autant à celui qui lui a donné une seconde vie qu’à son véritable auteur. La restauration même ne me paraît pas très-heureuse, et l’on peut trouver que cet aigle ne s’ajuste pas d’une manière convenable avec la pose de la figure. D’après l’éloge pompeux que Visconti fait de cette statue, il est à présumer qu’il ne l’avait pas examinée d’assez près, et que les restitutions lui avaient échappé : du moins n’en parle-t-il pas. Quoiqu’il la trouve fort belle et du meilleur temps de la sculpture grecque , il ne pense pas que l’on puisse l’attribuer à aucun des grands sculpteurs grecs qui se rendirent célèbres par des statues remarquables de Jupiter. Ce ne peut être une imitation du Jupiter Olympien de Phidias, qui tenait à la main droite une
(1) Cette statue était au fond de la cour du palais V erospi , près de la place Colonne. Pietro Sanle-Bartoli , Mem. n° 100, dans les curieux Miscellanca du savant antiquaire Carlo Fea, p. 2 5o, dit que toutes les statues de ce palais furent trouvées près de Sainte-Agnès, hors des murs de Rome, en sortant par la porte Nomentane. On y déterra aussi les huit beaux bas-reliefs du palais Spada. (Note de Visconti, Op. Var., t. II, p. 423.) — Tout à la fin de 18x7, peu de temps avant sa mort, Visconti, sollicité par le libraire Molini, de Florence,
qui projetait une nouvelle édition du Musée Pio-Clémentin , s’était occupé d’additions et de quelques cbangemens qu’il croyait nécessaires àsapremière édition. Maislamort, qui nous l’enleva le 18 février 1818, ne lui permit pas d’aller au delà delà planche 10 du premier volume, et il est fort à regretter que cette révision n’ait pas pu avoir lieu pour tout le reste de ce grand et beau monument archéologique, trésor inépuisable de documens précieux et des plus saines doctrines.
STATUES ANTIQUES
victoire, et la main de celui-ci n’est pas disposée à cet effet. Ce ne serait pas non plus une copie du Jupiter tonnant ou vengeur, célèbre colosse de Rome, et qui, d’après les médailles, était debout. Plusieurs figures de Jupiter, celui du Louvre, une petite statue (1) trouvée près de l’isthme de Corinthe et crue un Jupiter isthmien, sont presque des répétitions de celui du Musée Pio- Clémentin, et Visconti en infère que c’est une preuve de la beauté et de la célébrité de la statue ; mais il est plus que probable que ce n’est pas d’après la statue du Vatican, mais bien d’après celle qui lui a servi d’original, que ces répétitions auront été reproduites. — [H. 9 pal. 9 onc. ]
a 666. A. — Jupiter assis, Paros, pl. 396. D. — inédit (2).
Cette statue, presque colossale et d’une assez belle conservation, n’y ayant de restauré que les mains et les poignets , et l'avant-bras gauche , est une de ces répétitions dont nous venons de parler et qui témoignent en faveur de l’original qui leur a servi de type. Ici la tête, d’une physionomie moins douce que celle du Musée Pio-Clémentin et moins penchée en avant comme pour prêter plus d’attention aux vœux que l’on adresse au maître de l’Olympe, est ceinte d’une bandelette, telle qu’on en voit souvent aux dieux et aux personnes royales. Les cheveux et la barbe offrent de belles masses, mais on peut leur reprocher un peu de sécheresse. Il est à regretter que le nez soit restauré, mais où trouver des statues où il ait été conservé? elles sont très-rares. [ H. 6 pi. 10 po. ] — Coll, de sir Smith Barry, à Marbury-Hall , joli château près des belles mines de sel de North-Witch , le long du Weaver, dans le comté de Chester en Angleterre.
Le Jupiter du Vatican et celui-ci sont assis sur des blocs. Ce siège, si simple, ne pourrait-il pas rappeler le Jupiter Lapis , pierre, Casius , de Corcyre, d’Egypte, si célèbre
(1) Ce Jupiter a passé entre les mains d’un voyageur anglais, M. Skipwith, et Ion ignore ce qu'il est devenu.
(2) Statues inédites de la collection de Sir Smith Barry.
II paraît qu’aucune des statues de la collection Smith Barry, dont plusieurs sont assez remarquables, n’a été publiée jusqu’à présent. Elles mériteraient bien d’être dis-
Numéros d’ordre. Planches,
Alexandre 2io4. -83g.
Amazone combattant. . 2028 C. - 810 B.
Amour 1469 A. - 65o A.
Antinous en Vertumne 243o A. - g46.
Apollon pythien 906 B. - 476 A.
Ariane. 1623 A. - 694 B.
Génie bachique 1637 A. - 6g4 A.
Bacchus et Ariane. .. . i634. -694.
sur un âne... 1610 A. -696.
posées dans le château de Marbury-Hall d’une manière plus avantageuse; elles ne pourraient qu’y gagner.
Numéros d’ordre. Planches.
Diane ou nymphe 1208 C. - 564 A.
■ (Nymphe de)..,. 1248 A. - 564 D.
Enfant ten. un oiseau. 2236. -878.
Faünisque flûteür. . . i683 C. - 704 A.
Jupiter assis 666 A. - 3g6 D.
Hercule étouf. Antée. 201 5 A. - 804.
Nymphe des fontaines. i83i A. -750.
Paris 2077 A. - 833.
Philosophe 2125. -844.
Vénus armée i44g B. - 5g4.
CÉRÈS
DE L’EUROPE
dans l’antiquité. Cette statue, que j’ai eu le plaisir de voir et d’examiner avec soin dans la collection peu nombreuse, mais bien choisie, de M. Smith Barry, est d’un bon travail. Le torse en est remarquable par la souplesse et la fermeté de son modelé; les draperies, bien disposées, sont d’une exécution très-bonne et très-franche. Les pieds, travaillés avec soin, ont une chaussure à haute semelle qui n’est pas ordinaire, de même que le lacis des courroies. C’est certainement une des plus belles statues parmi le grand nombre de celles sur lesquelles j’ai pris des notes en Angleterre, et il n’est pas de musée où elle ne tînt sa place avec honneur. Je la crois même très-supérieure , pour le style et surtout pour la conservation, à celle du Vatican.
* 667. — Jupiter assis, Paros, pl. 3i2. — Louvre, n° 86.
Voici encore une répétition du même original que celle du Vatican, mais bien que dans l’ensemble elle soit mieux, conservée, cependant, la tête étant moderne, elle lui est inférieure. Si ces statues sont des imitations d’un prototype célèbre, il est évident qu’il a été copié très-librement, ces trois statues offrant assez de variété dans la même attitude du haut du corps. Celle de sir Smith Barry et la nôtre doivent faire présumer que c’est de sa propre autorité que le sculpteur qui a restauré celle du Vatican , l’a accompagnée d’un aigle mal placé et qui ne se trouve pas à côté des deux autres Jupiter. Malgré quelques graves mutilations et quoiqu’il fût sans tête , il était facile de reconnaître ce dieu dans ce qui restait de notre statue, ne fût-ce qu’à la largeur de la poitrine, une des formes caractéristiques de ce dieu dans Homère , et à la disposition de sa draperie, qui semble avoir été consacrée et imitée de quelque célèbre modèle faisant , pour ainsi dire, loi. Selon Vossius, le manteau de Jupiter, en n’enveloppant que la partie inférieure du corps, indique que la majesté clu maître des dieux était à découvert dans le ciel et voilée sur la terre, et si Jupiter était l’emblème de l’air, on peut dire que le haut du corps en représentait la partie la plus élevée et la plus pure , l’éther ou l’empyrée , et que la partie inférieure , drapée , était l’image de la partie basse de l’athmosphère ou de la région des nuages. A la restauration de notre statue on aurait dû rétablir sur l’épaule gauche la masse de draperie qui s’y voit dans celle de Marbury-Hall, oû elle s’est conservée. Notre Jupiter était autrefois à la villa Borghèse, sal. 5 , n° 2. — Bouill. t. 3,bust. divinités, pl. 1, n° 2. [H. im,466. = 4 pi. 5 po. 5 li.]
O a 668. — Jupiter assis, br., pl. 398. — Col. Denon, inéd.
Malgré la petitesse de ses dimensions, cette figurine mérite, sous plus d’un rapport, de trouver place près de grandes statues auxquelles par la noblesse de sa pose et de son expression elle ne le cède pas. En outre, elle a fait partie du beau cabinet formé avec tant de goût et de variété par le baron Denon , et c’est presque un devoir pour un antiquaire , et un antiquaire du Musée royal , qui doit tant à ce savant si distingué par son esprit et par ses talents , de ne pas laisser échapper une occasion de rendre hommage et de consacrer un honorable souvenir à M. Denon , l’aimable patriarche de nos antiquaires à l’époque où les arts et ses amis le perdirent.
24 STATUES ANTIQUES
Cette figurine, pour laquelle on n’a nullement besoin de demander grâce, peut d’ailleurs être une imitation de quelque grand chef-d’œuvre. Elle doit sortir d’habiles mains, et, rendue par le dessin, ce n’est plus une figurine de quelques pouces; par la beauté de ses proportions, la pureté de son travail, son noble aspect, c’est une grande figure, c’est un colosse. Nous trouvons, au reste, dans cette figurine des détails que ne présentent pas de grandes statues. Sa tête est couronnée de lauriers dont les longues bandelettes, les lemnisques, retombent en ondulations sur ses épaules. Ce genre de couronne est rare aux têtes de Jupiter, mais elle lui convient comme père d’Apollon. Cette barbe bien fournie et cette chevelure toulfue qui se replie sur un front d’une forme annonçant toute la force et le sublime de la pensée, est caractéristique des belles têtes de ce dieu, telles que le superbe camée de Jupiter Egiochus de la bibliothèque de Saint-Marc, à Venise. Les yeux aussi ont une belle expression , et, ce qui ajoute à leur mérite pour les antiquaires, ils sont en argent incrusté dans le bronze, particularité de plusieurs têtes en bronze. Je ne parlerai pas du long sceptre terminé par un fleuron , sur lequel s’appuie de la main droite Jupiter, parce qu’il est dû à une restauration; mais elle a été faite d’après d’autres monumens où l’on voit ce dieu et d’autres divinités ayant à la main de longs sceptres, symbole de leur puissance. Le foudre que tient le dieu est assez remarquable; aucune figure de ronde bosse ne l’olfre d’une manière aussi détaillée. Ce n’est pas le foudre décrit parles poètes, qui le chargent de grêle, de pluie, de tonnerre, de terreur, ce qui n’eût guère convenu à la sculpture, dont le langage est plus concis; mais c’est un foudre , et mieux caractérisé que ceux que l’on voit à la main d’autres figures de Jupiter et où l'on peut reconnaître la flamme. Au reste , cette arme redoutable du maître des dieux est assez rare, puisque, sur trente-neuf Jupiter de notre série, il n’y en a que huit qui tiennent leur foudre, et encore deux ou trois sont-ils douteux, les restaurations de ces statues n’étant pas indiquées (1). Par la manière dont notre Jupiter porte le pied droit en avant, en s’appuyant sur le gauche, il paraît sur le point de se lever, et les traits de sa figure, fortement prononcés et même animés, sembleraient indiquer que, sortant de son repos, il va punir quelque grand coupable ou réprimer d’audacieux rebelles. Toutes ces considérations réunies montrent que cette jolie figurine en bronze méritait de ne pas être passée sous silence. Après la mort de M. Denon , ce bronze fut acquis à sa vente par son neveu M. Brunet-Denon, amateur distingué, héritier du goût de son oncle pour les belles choses et pour l’antiquité, et dont le cabinet se faisait remarquer par le bon choix de monumens antiques qu'il avait su réunir. A la vente qui eut lieu après son décès, ce bronze a passé, en i846, dans le beau cabinet de M. le comte de Pourtalès-Gorgier, auquel il fut adjugé pour 5, 102 francs. [Haut. om,i76 = 6 po. 6 li. ] (2).
(1) Statues de Jupiter dont le foudre est antique :
Jupiter du Capitole, 675, pl. 4oo;
de Florence, 679, pl. 4oi;
de Londres , 687, pl. 4o3; le
mieux indiqué ;
Jupiter, Bibliotb.roy.de Paris, 689,690, pl. 4o3 ; il n’y en a qu’une partie ;
Jupiter, Londres, chez M. Westmacott, statuaire, 669, B, pl. 4io, A;
Jupiter de Florence, 688, pl. 3g6, A; douteux, les restaurations n’étant pas indiquées.
Jupiter de Dresde, 685, ni. 402; douteux;
Jupiter Denon, 668, pl. 3g8.
(2) Je n’ai fait dessiner, parmi les figurines du cabinet de-M. Denon, que les sujets suivants :
Numéros d’ordre. Tlanclics.
Jupiter assis 668. - 3g8.
Mercure assis 1526. -662.
Faunesaut. ou courant. 1696. -712.
DE L’EUROPE
a 669. — Jupiter assis, mar. , pl. 398, inédit.
Par sa pose, ce Jupiter colossal a beaucoup de rapport avec celui du Musée Pio-Clémentin (666) et celui du Musée royal (667) , sauf que sa jambe gauche est à découvert; sa chevelure est aussi plus abondante; les traits, plus jeunes, ont plus de douceur, et à sa gauche est son aigle. Mais cette belle figure devant la plus grande partie de ce quelle est à la restauration, s’offre, dans l’original, bien différente de ce qu’elle s’annonce par le dessin. — Rome , chez M. Pacetti , sculpteur.
Toutes les draperies sont de plâtre, les bras en sont aussi; et il est assez singulier que l’on n’ait retrouvé que la moitié des mains, à partir du poignet. II paraît que cette statue était de celles où l’on réunissait le bronze au marbre, et que le mauteau était en bronze dont, aux siècles de barbarie, on dépouilla le dieu , comme, aux beaux temps de la Grèce, Denys l’Ancien débarrassa de son manteau d’or le Jupiter de Syracuse. Cette statue, bien différente de ce qu’elle était autrefois, a conservé dans son intégrité sa tête, qui est d’un beau caractère. Le bout des pieds est presque intact; mais l'aigle et le foudre qu’il tient dans ses serres sont de plâtre. C’est à la villa Barberini , à Castel-Gandolfo, que cette statue fut découverte parle célèbre collecteur d’antiquités Thomas Jenkins (1) , de qui elle fut acquise par le sculpteur Pacetti, habile restaurateur de statues, chez qui elle se trouve encore; et malgré toutes ses pertes, c’est cependant un monument remarquable. [Haut. 12 pal. 7 on.] Voy. 691.
(1) Thomas Jenkins avait d’abord suivi la carrière des arts à Rome, et avait joui de la faveur de l’illustre Ganganelli, le pape Clément XIV. Ayant fait une grande fortune à laquelle contribua beaucoup le commerce des antiquités , il devint à Rome le banquier des Anglais. Ses continuelles acquisitions lui procurèrent une grande réputation d’amateur et de connaisseur; aussi lui communiquait-on tout ce qui se découvrait à Rome et aux environs, et il n'avait qu’à choisir. Jenkins était un des agens les plus utiles de sir Charles Townley, dont la confiance en lui était entière. Il paraîtrait cependant, d’après Nicbols ( Illustrations of littérature ), mort, d’après d’Allaway, en 1797, qu’il ne la justiGa pas toujours. Il y aurait porté atteinte lors de la vente d’une belle statue d’Hercule , censée achetée en 1792, pour Townley, qui, sur une lettre de Jenkins, était parti précipitamment de Londres pour Rome. Arrivé incognito, il fut présent à la vente, crut que l’Hercule lui était adjugé, et peu de temps après il sut qu’il avait été vendu à lord Lansdowne. Au reste, cette petite anecdote est présentée sous un autre jour,
moins défavorable à Jenkins, dans les Spécimens of dilettanti, t. II, pl. 4o. Townley aurait eu le choix entre l’Hercule et un beau Discobole, et il se serait décidé pour ce! ui-ci , et aurait ensuite regretté de n’avoir pas préféré l’Hercule. II est triste d’apprendre que lors de nos troubles et de l’arrivée de l’armée française à Rome, en 1798, Jenkins fut poursuivi à outrance comme Anglais, et que, dépouillé en partie de ce qu’il possédait , il ne parvint qu’avec peine à s’échapper , et mourut peu après son débarquement à Yarmouth, ou plutôt après y avoir été jeté par un naufrage. Il paraît que le poids considérable des pierres gravées qu’il portait autour de son corps contribua à sa mort par les nombreuses contusions qu’il en reçut en luttant contre les flots. Ce fut par les soins de Jenkins, ses connaissances en antiquités et son goût, que la collection Townley et celles de plusieurs riches amateurs de l’Angleterre acquirent une quantité considérable de monumens précieux. Outre ceux de la sculpture et les pierres gravées, il recueillit beaucoup de belles inscriptions, dont une partie a mérité d’être publiée par notre
STATUES ANTIQUES
a 669. A. — Jupiter infernal, m. grec, pl. 396 D, inédit.
Il est difficile de prendre un parti décidé sur ce curieux et joli monument, dont les parties importantes, les accessoires, sont trop bien conservés pour laisser aucun doute sur l’expression que l’on peut leur attribuer. Il faut choisir entre Jupiter exerçant comme dieu suprême sa toute-puissance même aux enfers (1), etPluton, qu’Homère, Hésiode et les poésies orphiques nomment aussi Jupiter infernal, souterrain, %0-ôvtos, xa.1 a^ôvios. (chthonius, catachthonius). — Mus. britannique, 6° salle, n° 95-
A voir ce front et ces yeux chargés de soucis, cet air sauvage et sévère qui convient bien au dieu des sombres bords, sourd aux douleurs et aux gémissemens, et qui exige sans cesse sa proie ; à voir cette barbe et cette chevelure incultes, malgré la bandelette qui la resserre ; cette tunique lâche à manches larges et courtes, costume sous lequel ne se présente jamais le Jupiter maître de l’Olympe, on pourrait croire que, sous le nom de Jupiter infernal imposé à cette figure, nous avons devant les yeux Pluton. Cerbère, aux pieds de son maître, servirait à confirmer cette désignation. Mais, de l’autre côté, nous voyons l'aigle, attribut distinctif de Jupiter, et qui n’appartient à aucune autre divinité, qu’il n’a jamais cédé, que l’on sache, à personne, pas même à ses frères. Ce n’est donc que cet aigle qui gêne dans celte question. L’on pourrait présumer qu’on l’aura placé pour faire reconnaître d’une manière certaine Jupiter déployant son pouvoir aux enfers, caractérisés par Cerbère. On ne pouvait plus le confondre avec Pluton, dont on lui donnait l’aspect ténébreux et le costume. On voit qu’il est chez le dieu des mânes, et tout doit y porter un caractère austère: son trône, sans nul ornement, n’est qu’un siège à dossier, carré, de même que les supports et le suppedaneum ou marchepied. La restauration des bras paraît motivée : il est très-probable que de la main droite le dieu tenait le foudre, et que, s’il paraissait aux enfers, il était terrible, et s’unissait à Pluton pour punir les crimes de la terre. Quant à la main gauche, elle s’appuyait sur un long sceptre, dont l’extrémité inférieure se trouve eucore sur la plinthe. Les détails de cette statue sont aussi satisfaisans que l’ensemble est curieux; il est à regretter que la tête ait un peu souffert. Les draperies, d’un bon style, sont bien exécutées. Il ne manque à Cerbère que la tête de gauche ; on peut lui trouver un caractère, un peu trop pacifique et de chien trop terrestre pour le terrible fils de Typhon et d’Echidna (2). Ce qui reste de l’aigle est d’un assez beau caractère; malheureusement, la tête et le haut du cou sont dus à une restauration. L’oiseau de Jupiter, son principal attribut, est rare dans les statues de ce dieu, et dans la longue série des trente-neuf Jupiter que l’on a ici sous les yeux, il n’y a que cinq aigles antiques (3), et encore ne sont-ils pas sans des restaurations. Cet aigle de
grand antiquaire Visconti, dans ses œuvres diverses (Opéré varie, t.I,p. 17-1 17), et dont près de la moitié appartient aujourd’hui à la collection du Musée royal des antiques du Louvre. Voyez en la description , salle des caryatides, et Bull. Ferussac, t. XVII, p. 360.
(1) D’après des traditions mythologiques primitives, Jupiter régnait sur le ciel , la terre et les enfers; ainsi on pouvait le représenter comme ayant conservé des droits aux enfers.
(2) V. sur Cerbère et sa gén., t. II,
(3) 669. A. pl. 3g6, D, Mus.brit. ; aigle, tête et cou restaurés. — 678. A. pl. 4oi , vil. Albani, aigle, en grande partie antique. — 681. A. pl. 396, D; coll. Blundell.; aigle presque tout antique. — Pl. 3 11, p. 681, grande partie moderne. — 686, pl. 402 , Mus. capitol.; aigle, grande partie antique.— 691. Pl. 4o5, Guattani, ann. i8o5; aigle paraissant antique.
DE L’EUROPE
Jupiter n’était pas un aigle comme un autre ; il n’était pas ué sur les rochers du Caucase ni dans les forêts de l’Hyrcanie. Suivant d’antiques traditions mythologiques, il devait le jour, comme Cerbère, à deux monstres effroyables, la terreur de la terre et même du ciel, Typhon et Echidna, et, chargé de veiller sur Jupiter dans son enfance, il lui apportait l’ambroisie et le nectar. Selon d’autres récits, avant d’être le roi de l’air, il avait été roi des hommes. C’était, disait-on, le vertueux Ptérélas, dont le nom indiquerait déjà l’activité, ou la promptitude, telle que celle de l’oiseau («r epôv, aile), et qui aurait précédé de longtemps Cécrops sur le trône de l’Attique. Pontife chéri d’Apollon, il lui rendait le culte le plus assidu. Jupiter, jaloux , voulait le foudroyer ; mais le dieu de Délos obtint de faire commuer la peine, et il fut changé en aigle. Jupiter se l’attacha particulièrement, et se fil rendre par le roi pontife métamorphosé toutes sortes de services, dont quelques-uns étaient peu d’accord avec son ancienne dignité et sa vertu. Un regard de Jupiter lui faisait porter le foudre, le nectar, et enlever les personnes qui lui convenaient. Aussi le maître de l’Olympe lui accorda-t-il de devenir le symbole et le ministre de sa puissance. Sous les empereurs romains, le messager divin, signe de victoire, de triomphe et de gloire, emportait des flammes du bûcher aux deux l’âme des maîtres du monde, lors de leur apothéose, comme on le voit dans les admirables camées de la Bibliothèque royale de Paris et de celle de Vienne, immortalisant les triomphes d’Auguste, de Tibère, de Claude, de Germanicus.
a 669 B. — Jupiter assis, m. , pl. 4io A, inédit.
Vêtu d’une ample tunique à manches larges et courtes, son manteau rabattu sur toute la partie inférieure du corps , les pieds chaussés de sandales , le dieu est sur son trône sans bras , que remplacent des aigles de petite dimension. De la main droite il tient son foudre, qu’il porte en avant, comme s’il en menaçait, et de la gauche il s’appuie sur son long sceptre. Ses cheveux longs tombent sur ses épaules et n’ont pas sur le front la disposition qu’aux beaux temps de la sculpture on voit aux têtes de Jupiter. Il est vrai que l’on ne peut guère s’arrêter à ces caractères auxquels sans doute on attachait de la valeur et une expression particulière à certaines époques, mais qui à d’autres attiraient moins l’attention, et surtout à celles auxquelles appartiennent la plupart de nos statues actuelles de Jupiter. Cette statue a probablement des restaurations ; elles ne me sont pas parvenues , non plus que ses mesures , mais elle est de petite dimension. — Londres, chez M. Westmacott, stat. (1).
a 669 C. — Jupiter assis, Luni, pl. 4io A. — Capit., inédit.
Cette statue , de petite dimension , avec la même pose et le même costume que la précédente , mais sans trône, est bien conservée dans les parties qui lui
(1) Je n’ai trouvé en i833 dans le cabinet de ce célèbre sculpteur à faire dessiner que
les statues suivantes, alors inédites.
Numéros d’ordre. Planches.
Enfants endormis. . . . 2236 C. - 875.
Enf. tenant un oiseau. 2236 D. - 878.
Faune ivre 1708 A. -710 A.
Numéros d’ordre. Planches.
Jupiter assis 669 B. - 4io A.
Marc-Aurèle jeune.. . 2445 G. - g5o.
Melpomène io45 A. - 5o6 B.
STATUES ANTIQUES
sont restées. Les avant-bras lui manquent, mais, par ce qu’il en existe , on voit qu’ils avaient la direction assez habituelle à ces figures assises , un bras en avant, l’autre relevé.
La physionomie assez douce du dieu, malgré le désordre de la chevelure très-touffue, pourrait porter à présumer qu'il n’était pas armé du foudre ou que ce n’était que pour protéger et comme un dieu propice. Malheureusement, cette tête antique n'est pas celle de la statue dans son intégrité, et le marbre, d’une autre qualité que celui delà figure, en est une preuve certaine. Et d’ailleurs, il ne me paraît même pas positif que ce soit une tête de Jupiter, elle me semblerait plutôt celle d’un Pluton ou d'un Sérapis dont on a supprimé le modius. Le nez a été restauré. Quelques parties des pieds et de plis de la draperie ont reçu de légères restaurations. Cette statue a passé du Vatican au Capitole, dans la salle de l’urne cinéraire en porphyre dite d’Alexandre Sévère. [H. 4 pa. 8 on.] (1).
O670. — Jupiter Sérapis, assis, br., pl. 398. — Mus. Brit.
Ce petit bronze se fait remarquer par la beauté de la tête, où l’on trouve le caractère de Jupiter mêlé à celui de Pluton, qui est plus sévère. On voit que le dieu tenait son sceptre de la main gauche, et probablement à la main droite il avait une patère , emblèmes de sa puissance et de sa bienfaisance. Le modius qui surmonte la tête de ce Jupiter lui donne le caractère de Sérapis, et réunit le plus grand dieu des Romains au plus grand des Egyptiens, du moins à l’époque de la domination romaine en Egypte; car ce n’était pas une de ses plus anciennes divinités. Elle ne date que du temps des Ptolémées, ou du moins ce ne fut quesousAlexandre le Grand et sous ses successeurs que cette divinité, anciennement connue en Egypte, y acquit un crédit dont ellp n’avait pas joui sous les Pharaons. Les Egyptiens se conformèrent aux idées des Grecs sans renoncer entièrement aux leurs; et, de leur côté, les Grecs amalgamèrent les leurs avec celles des Egyptiens. Il y eut une sorte de fusion de cultes et, pour ainsi dire, un compromis. Des divinités participaient des deux religions ; certaines n’étaient plus ni tout à fait grecques, ni tout à fait égyptiennes; elles tenaient de l’un et de l’autre système. Les Grecs d’Egypte trouvèrent à Sinope, sur le Pont-Euxin, un ancien simulacre très-révéré, etqui, d’après ce que l’on en rapporte, paraît avoir été le dieu des enfers, Haclès des Grecs, dont les Romains ont fait leur Pluton, tenant à la Grèce par son nom; qui indiquait le dieu des richesses, tt\ovtmv, renfermées dans les lieux inférieurs, les entrailles delà terre, et dont il était le maître, Pluton, le Jupiter souterrain ou infernal. Cette statue, amenée, sous Ptolémée II Philadelphe, à Alexandrie, en grande pompe, et installée avec des cérémonies solennelles , fut déclarée être la même divinité què l’an-
(1) Statües inédites dd Capitole.
Numéros d’ordre. Planches.
Bacchante i656 C. -694 B.
Consul 2285 B. -897.
Diane chasseresse. . . . 1246 A. - 56G.
Femme voilée 2285 A. - 897.
Hercule ig85 A. - 790 A.
Numéros d’ordre. Planches.
Jupiter assis 669 C. -4io A.
Mercure 1527 A. - 658.
Municipale (statue).. . 2283 A. - 897.
Pluton assis i85o A. - 757.
DE L’EUROPE
tique Sérapis, que l’on avait assez négligé. On lui en donna le nom, et il fut reconnu que c’était le même dieu que Hadès ou Pluton; ce qu’il fut facile d’admettre et de prouver, s’il est vrai que l’ancien Sérapis régnait sur les tombeaux. C’eût été alors l’un des dieux de Yamenthi, l’enfer égyptien. Il est bien à croire, ainsi que l’ont pensé plusieurs savans, que celle divinité de Sinope, la tête surmontée de ce qu’on est convenu d’appeler modius, boisseau, et qu’on ne voit à aucune divinilé égyptienne, tenait beaucoup des idées et du costume des peuples asiatiques, ainsi que d’autres divinités auxquelles on trouve parfois le même genre de coiffure. 11 n’y aurait rien de surprenant que, dans l’origine, c’eût été le génie du mal, arbitre du monde avec Oromase, le génie du bien, qui contre balançait sa funeste influence. Ce qui s’accorderait avec l’idée que l’on avait d’Hadès , ou Pluton et de Sérapis , qui le représentait dans l’Egypte devenue Grecque, et depuis Romaine. — Specimens of dilettanti, etc., I, pl. 63.
L’espèce de vase, attribut ordinaire de Sérapis, se voit aussi sur la tête de quelques autres divinités, et on l’a nommé modius, boisseau, sans trop savoir pourquoi. Il est plus que probable que la signification qu’a reçue cet attribut diffère beaucoup de celle qu’il put avoir à d’anciennes époques. Ce modius est devenu l’emblème de l'abondance, delà richesse; aussi, souvent est-il orné de plantes, de feuillages qui rappellent les productions variées dont la terre nourrit et enrichit l’homme. On y voit aussi, comme sur le modius de notre statue, des plantes qui servaient aux cérémonies funèbres, telle que l’yeuse, ilex, dont on se couronnait aux funérailles. Mais on a cherché une origine plus ancienne et peut-être plus juste, d’un sens plus caché, au modius qui, par sa forme cylindrique, pourrait rappeler les statues colonnes, les poteaux, premiers simulacres grossiers des divinités auxquelles on ait rendu des honneurs divins, et dont ce modius eût été un symbole, comme le hausse-col de nos officiers est un souvenir de la cuirasse et de toute l’ancienne armure. Mais cet attribut, devenu un modius, une mesure pour le grain, n’ aurait-il pas été, dans l’origine, tout autre chose que ce que l’on a supposé ? Il paraît que le Pluton, Hades, ou le Sérapis de Sinope, était, à proprement parler, une divinité asiatique, du nom et des attributions de laquelle on n’était pas autrefois très-certain, et dont on l’est encore moins aujourd’hui. Ne se pourrait-il pas que ce que ce dieu portait sur la tête, et qui a pris la forme d’un vase, d’un modius, fût d’abord une tiare, une mitre, la cidaris que portaient droite les rois de Perse et d’autres souverains de l’Asie ? Il était assez convenable de donneij à des divinités , pour insignes de leur suprématie, cette tiare, insigne des rois souvent honorés à l’instar des dieux. Il y aura peut-être eu quelques additions caractéristiques. Ne voit-on pas en Egypte des dieux porter à peu près la même coiffure que les rois? Des bas-reliefs de Persépolis offrent peu de différence entre certaines coiffures de divinités et celles des rois. Cette explication du modius me semblerait assez admissible , et elle ramènerait Sérapis à son origine asiatique, à l’antique simulacre de Sinope. La chevelure et la barbe de notre bronze ne sont pas ajustées comme celles que l’on donne au Sérapis græco-égyptien ; il a conservé le caractère de Jupiter, tancfis que par son costume il tient beaucoup plus au Jupiter souterrain , Pluton ou Sérapis. Ce joli bronze du musée britannique provient de la belle collection de Sir Payne Knight, et il est bien conservé dans tout ce qui en reste. Il est fort à regretter qu’il ait perdu ses bras. Malgré sa petite dimension , il a mérité de trouver place dans les beaux Specimens oj dilettanti, et j’ai cru qu’il figurerait aussi très-bien dans mon recueil. Voyez, sur Pldton, Sérapis, le bel article de Visconti, Mus. Pio-Clém., t. II, pl. i ; et ici, 673, qui aurait été mieux placé après 670.
STATUES ANTIQUES