‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 4)Chapitre 347 sur 436 · Junon allaitant Hercule ou Mars, m., pl · texte numérisé non relu

Junon allaitant Hercule ou Mars, m., pl

Ce groupe intéressant est susceptible de deux interprétations : on peut y voir Junon, après s’être réconciliée avec son volage époux, donnant son sein à Hercule enfant, qu’il avait eu d’Alcmène. On sait que le vigoureux nourrisson ayant exprimé ce sein avec trop de force, fit mal à la déesse, qui le repoussa ; et quelques gouttes du lait divin, s’échappant, s’écoulèrent dans le ciel, et que nous leur devons la voie lactée. Mais peut-être l’expression de la déesse est-elle ici trop tendre envers un enfant qui n’était pas le sien ; qu’elle ne tenait qu’à regret entre ses bras , et que depuis elle persécuta avec tant d’acharnement. Peut-être serait-il mieux d’adopter l’opinion de Visconli, qui certainement avait étudié ce sujet sous toutes ses faces, et nous y verrions Mars sur le sein de sa mère, qui le regarde avec tendresse. La déesse est ici dans le caractère de Junon Natalis ou de Lucine, comme sur les médailles de Julie Mammée, mère d’Alexandre Sévère. — Mus. Pio-Clém., I, pl. 4.

A l’exception de quelques parties peu importantes quelle a perdues, celte statue est bien conservée. La tête, très-belle, est d’une agréable expression, et les tresses qui, de chaque côté, tombent sur son beau cou, donnent de la variété à la coiffure. Cette tête, selon Visconti, paraît d’un autre style et d’une autre main que le reste. Les mains de la déesse sont en grande partie antiques, et l’on sait qu’il est rare que les statues les aient conservées. Le bras gauche, depuis l’épaule jusqu’au milieu de l’avant-bras, un peu de la draperie en dessous, le poignet droit, la moitié de la main, et le pan de draperie

DE L’EUROPE

qui de cette main tombe sur le genou, sont dus à la restauration. Les cuisses et les jambes de l'enfant sont modernes. Ce groupe, aujourd'hui dans la loggia qui touche au cabinet du musée Pio-Clémentin, a été trouvé à Otricoli. [Haut. 2 pal. 7 onc. 1/2.]

a 748 A. ■ — • Junon assise? m., pi. 42 o B. — Lansdowne, INÉD.

Parmi les statues de la jolie collection de lord Lansdowne à Londres , celleci se fait remarquer par la gravité de sa pose et la dignité de son ensemble. La déesse sur son trône , et en partie enveloppée de son ample voile, reçoit avec majesté les témoignages du respect des dieux pour la sœur et l’épouse de Jupiter, et les hommages et les vœux des mortels. En lui rendant les mains, quelle avait perdues, on lui a fait tenir delà gauche le sceptre, attribut de son pouvoir, et l’on aurait dû placer dans la droite une patère, symbole de ses bienfaits.

Les grandes statues de Junon assises sont d’une extrême rareté, puisque je n’en ai pu trouver que deux , celle-ci et la Junon allaitant Mars que l’on vient de voir. Les anciens en citent plusieurs, dont Pausanias fait mention: celle d’Argos , chef-d’œuvre de Polyclète, étaitsurun trône d’or [Arc., c. xxvxiij.Chez les Eléens, elle était assise avec Jupiter [El. I, c. xvn). A Mantinée, en Arcadie, elle l’était avec Minerve et Hébé, à ses côtés (Arc., c. ix ). Celle de Callimaque, à Platée en Béotie, était assise, et celle de Praxitèle debout ( Béot ., c. 11 ). Il est probable que l’on pourrait trouver encore de ces Junon assises, genre de statues qu’on désignait particulièrement par le mot édos. N’est-il pas à remarquer qu’aucune statue ne nous offre cette déesse accompagnée du paon , son oiseau favori, qu’on voit près d’elle dans quelques bas-reliefs et sur des médailles, et qui rappelait la jalousie de Junon contre Io, l’inutile surveillance des cent yeux d’ Argus, son infortune et sa métamorphose? Au reste, l’on aura souvent lieu d’observer que , pour les attributs caractéristiques des divinités ou des personnages mythologiques, les statues ne sont pas, à beaucoup près, aussi abondantes ni aussi instructives que les bas-reliefs des raonumens ou que les peintures des villes ensevelies par le Vésuve, ou moins encore que celles des vases. Par sa nature, la statuaire est obligée à un langage plus concis, et elle ne parle aux yeux qu’avec beaucoup de réserve. La tête de cette Junon est assez belle, mais, après l’avoir examinée avec un soin scrupuleux, elle m’a paru rapportée; les pieds et une partie de la jambe gauche sont modernes. Les draperies de la partie inférieure sont peut-être un peu trop froissées et trop tourmentées, et elles pourraient être plus en harmonie avec la simplicité du haut du corps.

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