Cérès? m. grec, pl. 427. — M. P.-Clém., II, pl
Voici encore une de ces statues sur lesquelles les savans du plus haut mérite sont loin d’être d’accord. Visconti nous l’offre presque comme un chef-
STATUES ANTIQUES
d’œuvre; il y trouve le naturel de l’attitude, la simplicité grandiose des lignes, le choix des formes, qui s’élèvent jusqu’à l’idéal. Quant à l’exécution, elle est telle qu’il convient aux ligures colossales, d’un bel effet, vue à distance, sans être rude et négligée lorsqu’on s’en rapproche. Les draperies, disposées avec un grand talent , en font valoir les principales formes. Si elles sont un peu courtes, si les épaules sont larges et si les seins ont de l’ampleur, ce ne serait que plus conforme au caractère de Cérès que l’on peut, à tout son ensemble, reconnaître dans cette statue, malgré l’absence de tout attribut et à qui, comme déesse de la nature et nourrice du genre humain , Alma Ceres, on donnait, avec plus de force, moins d’élégance de taille qu’à Minerve et moins de majesté qu’à Junon, ce que l’on peut remarquer à plusieurs statues de Cérès. Le savant Zoéga, dans ses observations sur le Musée Pio-Clémenlin de Visconti (1) est d’une opinion très-différente : de ce qu’une figure est épaisse et courte, de ce que son sein est mal conformé et que sa tête, sans expression , son col, son buste ne sont pas bien d’ensemble, il n’eri résulte pas, dit le savant critique, que ce doive être une Cérès; et dans d’autres figures incontestables de cette déesse, on trouve de tout autres proportions qu’à cette statue, qui tout simplement n’a pas réussi, et qui, selon lui, est d’un aspect peu agréable.
Pour ne pas laisser à ce jugement sévère toute la valeur qu’il pourrait avoir étant porté par un juge tel que Zoéga, dont en général les décisions ont un grand poids, il est à propos de faire observer qu’il n’a vu et examiné cette statue qu’à l’aide d’une lorgnette, et que par conséquent elle était placée très-haut dans la petite cour, le cortile •de la chancellerie. Zoéga ne put probablement pas avoir assez de reculée pour la bien voir, ses regards la prenaient en dessous, et le raccourci, dont il n’a pas tenu compte , ce que j’ai remarqué pour d’autres monumens que ce savant antiquaire a vus delà même manière, le raccourci lui aura fait paraître plus courte et plus lourde qu’elle ne l’est cettestatue, dont Visconti, qui l’a vue de plus près, fait l’éloge. Il en aura été de même pour l’expression, et sans mériter tout à fait les éloges de l’auteur du Musée Pio-Clémentin , elle est beaucoup mieux que ne le prétend l’antiquaire danois. Au reste, dans les additions insérées au VIIe tome de son grand ouvrage, et à la suite de l’article de l’édition italienne, in-8°, de Milan , t. II , p. 182, Visconti a changé d’opinion sur ce que peut représenter cette statue colossale : il pense que ce doit être une muse , peutêtre Euterpe, et qu’avec d’autres Muses, à peu près de la même proportion et du même style, entre autres la Melpomène colossale du musée du Louvre, elle pouvait avoir orné le théâtre de Pompée à Rome. L’illustre antiquaire fait remarquer la disposition de la cblamyde, ou petit manteau qui, fixé sur les épaules, retombe par derrière jusqu’à la hauteur des jarrets : il appartient au costume des Citbarèdes, de même que le petit péplus serré par une large ceinture en cuir. On le voit à la statue de l’Apollon palatin et il convient à la muse Euterpe. Le geste du bras gauche, élevé, ne lui siérait, ce me semble, pas aussi bien, mais il est vrai qu’il est entièrement moderne et qu’il peut avoir eu une direction autre que celle qu’on lui a donnée. Cette statue est aujourd’hui dans la rotonde du Vatican. [Haut. i3 pal. 3 1/2 onc. ]
(1) Dans l’ouvrage de M. Welcker : Zcits- recueil très-intéressant sur les arts, et dont chrift, etc., fiir Geschichte und Auslegung malheureusement il n’a panique le premier der altcn Kanst. Cœttingen, 1818, p. 34 1, volume.
DE L’EDROPE.
765. — Cérès, m., pl. 427. — Dresde , M. roy. Leplat, pl. 88.
Le diadème élevé qui orne sa têle, et son costume, donnent lieu de croire, ainsi que le pense Lipsius, p. 187 , que celte statue était une impératrice représentée avec le caractère deJunon.En restaurant les avant-bras, on lui a donné, à tort, les attributs de Cérès , des épis et des pavots à la main gauche , et à la droite le fragment d’un sceptre ou d’une torche. Cette statue, dont les draperies sont bien ajustées, n’offre rien de bien remarquable; elle a appartenu à la collection Chigi. [ Haut. 2 aun. ]