PIETRO SANTE BARTOLI ET WINCKELMANN
N’y a-t-il pas lieu de s’étonner que parmi ce grand nombre de statues, plus de 300, découvertes de 1470 à 1765, dans un espace de 294 ans, il ne s’en trouve pas une d’Apollon et de Bacchus, divinités dont les figures sont si frequentes, et qu’il y en ait si peu d’autres dieux ou de personnages si communs aujourd’hui dans toutes les grandes collections ; on n’y rencontre même que dix figures impériales. Depuis les auteurs qui nous ont fourni ces statues, il faut qu’il s’en soit découvert un grand nombre des classes dont ils n’olfrent que si peu de chose : d’ailleurs il est bien à croire que l’on a donné des noms très-arbitraires et souvent peu motivés à cette foule de statues qui n’avaient reçu aucune désignation, ou à celles qui, étant mutilées, attendaient une tête ou des accessoires qui leur assurassent, pour ainsi dire, un rang et les fissent devenir ce qu’on désirait qu’elles fussent. Il est très-certain que beaucoup de statues de nos musées sont fort différentes de ce qu’elles étaient en sortant des ateliers de ceux qui les avaient créées ; souvent ils auraient de la peine à les reconnaître sous la figure et sous le nom qu’on leur a fait prendre. Plus d’une fois elles auront changé d’état et le nouveau peut n’avoir que peu de rapport avec l’ancien. Plus d’un mortel, au gré ou suivant le caprice de son possesseur ou des antiquaires, a été placé parmi les dieux, et quelques divinités peut-être sont descendues au rang des mortels; et c’est aux restaurateurs des antiquités, aux Cavaceppi anciens et modernes qu’elles ont à adresser, pour leur changement d’état, ou leurs remercîmens ou leurs reproches. D’un autre côté, il a été trouvé un grand nombre de torses ou de têtes détachées, dont on n’a pas tenu compte, et qui pêle-mêle et sans considération remplissaient des magasins , jusqu’au moment où d’adroits réparateurs de leurs disgrâces les faisaient reparaître en statues complètes , qui souvent leur eurent plus d’obligations qu’à leurs premiers auteurs , et qui avaient reçu plus de parties modernes qu’elles ne pouvaient en offrir d’antiques. Bien des têtes, pourvu que les proportions s’y trouvassent, sont venues compléter des corps pour lesquels elles n’avaient pas été faites, et leur ont fait prendre des noms qu’ils n’avaient jamais portés. Dans notre pauvreté moderne, c’était un moyen d’accroître nos collections, et ces sortes de créations ou de recompositions devenaient de véritables conquêtes. On ne pouvait guère en vouloir de ces ingénieuses fraudes si elles étaient faites avec art. Mais elles doivent mettre en garde contre les explications que l’on tente de certaines statues ou souvent on a de la peine à découvrir que les diverses parties, habilement rajustées, n’ont pas été faites l’une pour l’autre. C’est ce qui rend indispensable d’indiquer, le plus exactement possible, les restaurations qu’ont subies les statues. Sans cette précaution, on est sans cesse exposé à l’erreur
INTRODUCTION
et à porter un jugement faux sur Ces figures plus ou moins antiques soumises à l’examen.
NOMS DES SUJETS
NOMS