‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des TuileriesChapitre 1 sur 299 · DE LA GALERIE D’ANGOULÉME · texte numérisé non relu

DE LA GALERIE D’ANGOULÉME

364 his. Adoration des anges, par Albert Durer, n“ 95, pl. 229 his , pierre.

Ce charmant bas-relief, du travail le plus recherche' et le plus délicat, a ete' execute' sur une pierre à rasoir jaune du grain le plus fin , et qui se prête à rendre les details les plus minutieux. On en peut juger d’après le travail des cheveux et des ornemens où tout est exprime' comme dans un ouvrage de ciselure et d’orfèvrerie. On voit tout dans l’architecture , et jusque dans le fond du paysage, où l’on a voulu rendre la perspective aerienne. Tout ce bas-relief a très-peu de saillie et est d’un effet très-doux. II passe pour être d’Albert Durer, cet habile maître si fécond et si varie, et qui, maniant egalement bien le pinceau , le burin et le ciseau , excellait à sculpter sur pierre, et surtout sur bois, des ouvrages d’une extrême délicatesse, très-recherchés aujourd’hui des amateurs. II me paraîtrait cependant que ce sujet-ci est traité d’une manière moins sèche que ceux d’Albert Durer, qui , contemporain de Raphaël et mort même longtemps après lui , avait conservé la rigidité et souvent l’enflure et l’exagération des formes de l’école allemande. Il y a peut-être ici dans les figures, les mains, plus de cette grâce naïve que dans les productions d’Albert Durer, et les vêtemens ne sont pas aussi roides que ehez ce maître. Cette composition, qui produit l’eft’et d’un tableau hollandais, semblerait moins ancienne qu’ Albert Durer, si elle ne se trouvait pas gravée deux fois dans son oeuvre, l’une sur bois, l’autre sur cuivre; mais ce n’est pas une preuve positive qu’elle soit de lui, quoiqu’il y ait en cela, pour la lui attribuer, de fortes présomptions. Elle est très-riche et très-variée sur le premier plan ; car il y a bien des plans dans les bas-reliefs de cette époque, conçus tout autrement que ceux des anciens, très-sobres sur ce point, et très-éloignés du système des bas-reliefs pittoresques. Sur le premier plan, à droite, l’Erifant-Dieu nouveau-né dort dans son bereeau entouré de bandelettes; près de sa tête, un ange, enfant II. 5l

GALERIE d’ANGOULÈME.

aussi , semble veiller à son repos et le contempler avec amour. A sa droite, la sainte Vierge, assise sur une chaise en bois garnie d’un coussin à glands, tient sa quenouille et son fuseau, et, légèrement inclinée vers son fds, du pied gauche elle fait doucement mouvoir le berceau. Les longs cheveux de la Vierge, abandonnés sans liens, sortent de dessous le voile qui couvre entièrement sa tête et ses épaules, et tombent jusqu’à sa ceinture. Sa tunique, son voile et son manteau ne laissent à découvert que son visage, le devant de son cou et ses mains délicates. Trois anges aux grandes ailes éployées, vêtus comme elle et leurs longs cheveux descendant sur leurs épaules, entourent le berceau. Deux, dont l’un a la tête ceinte d’une couronne sans doute d’or et de pierreries, sont à genoux en adoration ; le troisième, debout, apporte pour offrande un vase de fleurs. A droite et en avant de ce joli groupe, cinq petits anges vêtus de chemisettes très-courtes semblent jouer entre eux comme des enfans; les uns remplissent de menu bois ou de copeaux un panier ou une hotte , un autre parait examiner gravement si une règle est dioite, et un troisième avec une fourche ramasse les copeaux pour en débarrasser l’atelier, en plein air, de saint Joseph. Celui-ci, vénérable et vert vieillard à longue barbe, vêtu en ouvrier avec son tablier serre par une ceinture à laquelle pend son escarcelle, travaille à la hache un coffre ou une auge de bois placée sur deux bancs. Ses regards se portent avec intérêt vers la scène qui se passe près de lui. Derrière saint Joseph arrivent en toute hâte, montés sur un parapet, deux petits anges, dont l’un est armé d’une cuirasse et porte à la main gauche une croix, si, d’après la forme recourbée des croisillons, ce n’est pas plutôt un- de ces petits moulins ou de ces petits morceaux de bois en croix au bout d’un bâton dont on amuse les enfans par tous pays, et que cet ange enfant va présenter à l’enfant Jésus. Et il me semble avoir vu un joujou de ce genre dans quelque ancien tableau de sainte famille. A peu de distance de saint Joseph, entre lui et la fontaine, est un tonneau recouvert d’une natte ou d’un morceau d’étoffe, et sous une petite voûte, soutien de l’escalier d’une grande maison qui n’est pas encore terminée, on aperçoit un porc prêt à sortir de sa loge. Au fond de la composition, un ange, les mains relevées vers le front et en adoration , se précipite du haut des cieux ; c’est sans doute un envoyé de Dieu. La tiare sur la tête , ayant au-dessous de lui le Saint- Esprit sous la forme d’une colombe et entouré de rayons de gloire, le Père éternel, d’après son immense manteau qui s’enfle et couvre une partie du ciel, semble parcourir le firmament. Telle est la composition de ce curieux et joli bas-relief, de l’ensemble duquel une petite gravure au trait peut bien donner l’idée ; mais il est impossible d’y retrouver la grâce et l’expression naïve des têtes, le fini précieux des détails, auquel ajoutent encore la pureté et le coup d’œil agréable de la pierre, et ces figures, si petites et si délicatement exécutées, ainsi reproduites, perdent une foule d’agrémens qui, dans le bas-relief même, échappent presque à la vue. — Ce joli monument, dont on ne connaît pas la provenance, est encore en magasin. — [Haut. 0"’,431 = 1 pi. 3 po. 11 li. — Larg. 0™,320 = 11 po. 10 li.]

BAS-RELIEFS DES XVI®, XVII® ET XVIIl® SIÈCLES. 803

364 ter. Saint Paul prêchant, n® 96, pl. 229 his, École Florentine, pl. 229 his, marbre.

Une foule d’hommes et de femmes, les uns debout, les autres assis, dans des poses et des costumes varies, prêtent leur attention à l’eloquent et saint apôtre qui leur annonce la parole de Dieu. Au caractère des têtes, à l’agencement des coiffures, au style des draperies et surtout à une grâce un peu manieree dans les attitudes, dans les airs de têtes et la disposition des mains , il est aise de reconnaître le caractère de l’ecole Florentine du XVI® et du XVII® siècle, telle qu’on la retrouve dans les peintures du Primatice, de Vasari et dans les productions de la sculpture. Les draperies offrent un mélange d’antique et de moderne. Il y a du goût des anciens dans le joli groupe de la femme et de son enfant, dans celle qui est devant elle; l’homme en conversation avec celui qui est coiffé d’un turban rappellerait aussi certaines figures antiques de philosophes ; mais on ne les retrouverait plus ni dans la tête ni dans l’ajustement des draperies du saint Paul. Elles sont combinées dans un système très-différent de celui des anciens, et elles sont loin, surtout celles de la partie inférieure, d’offrir des masses aussi convenablement disposées que celles des figures antiques. Cependant cette composition est sage, d’un aspect agréable, sans confusion. Il y règne du calme et du respect pour les instructions que l’apotre répand, et tout concourt bien à l’effet général. Les deux personnages de droite qui causent font une sorte de diversion à l’attention générale. 11 paraîtrait que saint Paul leur adresse directement la parole, et que celui qui est coiffé d’un turban et tient une bourse à la main droite est quelque richard qui a de la peine à se laisser convaincre par les raisons de l’apôtre. Ce bas-relief, bien modelé et d’une exécution soignée , est encore dans les magasins du Musée royal. [ Haut. 0™,746 = 2 pi. 3 po. 1 li. — Larg.

= 2 pi. 1 po. 9 li. ]

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