Jésus-Christ au tombeau, par Jean Goujon, n° 73, pierre
de liais.
Joseph d’Arimathie et un disciple de Jésus - Christ, après l’avoir descendu de la croix, le soulèvent pour l’envelopper d’un linceul. Ce groupe est placé en avant comme sujet principal ; mais la sainte Vierge, sur le second plan , occupe le milieu de la composition et attire aussi les regards; elle est évanouie de douleur, et saint Jean la soutient. Auprès d’elle, de saintes femmes laissent un libre cours à leur affliction. L’on ne peut trop faire remarquer et trop louer dans ce bas-relief, l’une des meilleures productions de Jean Goujon, le talent avec lequel ce grand maître a su disposer ses groupes et les lier, combiner ses plans et leur donner de l’effet avec très-peu de saillie ; cet efl’et doux et calme est bien adapté à cette scène de douleur. Les expressions des têtes, leur ajustement, sont variés et remplis de cette dignité et de cette grâce que Jean Goujon savait
GALERIE n’ANGOULÊME.
si bien répandre sur tous les sujets qu’il traitait. Le dessin des figures, noble et pur, présenté un beau modèle dans le corps de Jesus-Christ : les plans en sont savamment dessines; la tête doucement penchee, les bras et le torse, sont empreints de tout l’abandon de la mort, d’une mort calme et qui ressemble au sommeil; la tête a conserve toute la beaute et la douceur qui convenaient à l’Homme-Dieu s’offrant en victime volontaire pour le salut du monde. La douleur de la sainte Vierge est au comble; mais elle est résignée. Si l’on passe à quelques autres détails, on remarque les mains des femmes, qui ont une grâce particulière à Jean Goujon. L’agencement et le travail des draperies sont très-soignés; elles sont traitées dans ce style que ce maître s’était créé, et qui n’est ni l’antique ni ce que l’on faisait de son temps ; on pourrait trouver un peu trop d’égalité dans la disposition des masses de leurs plis, et qu’elles ne sont pas assez variées de caractère; mais peut-être, dans cette occasion-ci, Jean Goujon avait-il voulu porter l’effet et fixer l’attention sur la figure de Jésus -Christ et sur l’expression des personnages de cette scène, plutôt que sur les autres détails de la composition. On pourrait faire remarquer, si ces considérations n’étaient pas d’un léger intérêt lorsqu’il s’agit d’un maître tel que Jean Goujon, qu’il parait avoir afléctionné le travail de la pierre, soit que ce fut en raison de la cherté du marbre, soit qu’il en trouvât le travail plus facile; car, vu le prix très-modique qu’on payait, de son temps, les ouvrages de sculpture, il est probable qu’ils étaient exécutés en grande partie par le maître lui-même, qui devait employer le praticien beaucoup moins qu’on ne le fait aujourd’hui. On peut voir sur Jean Goujon, vol. I, p. 402 et suiv.; 419, 433 et suiv.; 457 et suiv. et beaucoup d’autres endroits de ce volume de notre ouvrage. [Haut. 0“,677 =. 2 pi. 1 po. — Larg. l'",848 = 5 pi. 8 po. 4 li. ]