Fonteius Eutychianus. N” 61, pl. li, 9 lig., marbre
Cette inscription, tracée en beaux caractères d’une bonne époque, a été consacrée à cAivs fonteivs evtychianvs, fils plein de tendresse pour ses parens, mort à vingt ans et vingt-six jours, par son père CAivs fonteivs SATVRNINVS, et sa mère verria, matrone ou dame romaine. Cette inscription n’est pas comme la plupart de celles qui se présentent le plus fréquemment, et qui ont rapport à des affranchis; elle conservait la mémoire de personnages de familles distinguées. La gens ou maison Fonteia était plébéienne, et, d’après les médailles, elle était consulaire. Cependant ce nom ne se trouve pas consigné dans les fastes consulaires. II ne paraît aussi dans l’histoire de Tite-Live que vers 200 avant notre ère, et parmi les Fonteii
(3) T. IV, p. 450.
(4) Voy. 534, 539.
INSCRIPTIONS
que cite Funke dans son Lexicon, et dont plusieurs furent prêteurs dans les Gaules et en Espagne jusqu’au temps de Jules-Cêsar, il n’y en a pas qui aient porte le prénom de Caius; ainsi nous n’avons pas de données pour fixer l’époque de ceux de notre inscription. Sa femme Verria appai'tenait aussi à une bonne famille que quelques numismates placent parmi les consulaires, ce que n’admet pas M. Mionnet. Rien n’empêcherait, ce me semble, que cette Verria ne tint par les liens de la parenté à Verrius Flaccus, jurisconsulte et littérateur de grand mérite, ami de Cicéron, et qui avait soigné l’éducation de Caius et Lucius César, fils d’Agrippa et adoptés par leur grand père Auguste, ce qui donnerait une époque approximative de notre inscription. Le célèbre grammairien Verrius Flaccus, dont il nous reste quelques fragmens dans Pomponius Festus, paraît avoir été affranchi du Verrius ami de Cicéron.
Les anciens ne sont pas fort d’accord sur le sens à donner au mot matrona : suivant Ælius Melissus, grammairien du temps d’Aulugelle et cité par lui (1), c’eût été une femme qui n’aurait eu qu’un enfant; la mater familiâs, mère de famille, en aurait eu plusieurs. Aulugelle n’est pas de cet avis; il pense que la matrone était une femme unie à un homme par un mariage légitime, et qui même, n’ayant pas encore d’enfant, avait l’espoir d’en avoir. Dans ce que dit Festus sur les matrones, rien n’indique positivement ce qu’elles étaient; on voit seulement qu’elles jouissaient d’une grande considération, puisque, de même que les Vestales, elles n’étaient •pas obligées sur un chemin , comme le reste du peuple , de céder le pas aux premiers magistrats, de crainte que les licteurs, en les éloignant, ne les eussent poussées, frappées ou heurtées lorsqu’elles étaient enceintes. On y trouve aussi, ce que l’on sait par d’autres auteurs, que les matrones avaient le droit de porter la longue robe, la stola, ce qui indiquait la pureté de leurs mœurs; tandis que les femmes de mauvaise vie ne devaient user que de la toge. Les maris de ces matrones ou dames romaines, lorsqu’ils étaient avec elles dans leurs chars, n’étaient pas tenus à en descendre par déférence pour les magistrats, tels que les consuls, le dictateur, l’interrex, le préteur. Ces matrones étaient les uxores, les femmes légitimes, selon le sens de Cicéron, différentes de celles qui, sans cérémonies de mariage, au bout d’un an de cohabitation avec un homme, sans une absence de trois jours et de trois nuits, étaient regardées comme mariées : ce qui était une espèce de concubinage légal ; tandis que le matrimonium des matronœ était un véritable mariage. Il est assez singulier qu’au sujet de la matrone Verria nous ayons eu à citer, sur les matrones, Aulugelle, qui allègue un passage très-mutilé de Verrius Flaccus. Voy. aussi une longue note sur Aulugelle, édit, de Ant, Thysius, etc., Lugd. Batav., 1666, p. 211-18. — Notre inscription a été donnée par Gruter, p. 684, n° 7. [Haut. 0'“,631 = 1 pi, 11 po. 4 li. — Larg. 0“,500 = 1 pi. 6 po. 6 li. ]
(1) L. xvin, c. VI, p. 1030.
LATINES
558. Forces {Vires'), autel. N° 254, pi. xvii, 2 mots, marbre.
Les côtes de cet autel sont ornes de bas-reliefs relatifs à la chasse : d’une part, Fon voit un cerf poursuivi par un chien, de Fautre, un chasseur a entortiHe sa chlamyde autour de son bras, et, le javelot à la main, H semble agacer un chien. Le prefericule qui est au-dessus de ce petit sujet est, comme on le sait, un symbole de consécration; sur le derrière de Fautel est un arbre. L’inscription qu’on lit sur le devant, et qui n’est qu’en deux mots, consacre cet autel aux forces, viribus sacrvm. Suivant Visconti, le mot vires appartiendrait aux mystères mithriaques ; ce qui est d’autant plus vraisemblable, que,, d’après des inscriptions, il paraîtrait qu’on indiquait ainsi ce qui, distinguant le taureau du bœuf, jouait un rôle assez marquant dans l’aventure du taureau tombant sous les coups de Mithra, et désignait emblematiquement les forces de la nature et de sa puissance productrice. Des inscriptions du musee de Turin (1) sont consacrées aux forces éternelles, VIRIBUS AETERNis, et aux forces augustes, viribvs avgvstis, ce qui rentre assez dans Fidee que nous venons d’èmettre. Des vers de Juvenal (2) pourraient très-bien s’adapter à ces vires : le sens en est clair, et peut s’appliquer à notre inscription et à d’autres où il ne s’agit certainement pas des cornes du taureau, ainsi que Font cru quelques antiquaii'es :
Quid, quod merito suspecta libido est
Quæ venerem affectai sine viribus.
Il faut cependant reconnaître qu’il n’est pas question des forces du taureau, vires tauri, dans les inscriptions mithriaques, et qu’on les trouve fre'quemment dans celles qui ont rapport au taurobole. On sait même qu’après de longues ceremonies (3) on enterrait au pied de l’autel taurobolique les vires du taureau dont le sang avait coule pour la prospérité de l’empire, de l’empereur et du peuple. D’après une belle inscription d’un autel taurobolique trouve' à Lyon , et peut-être le plus ancien de ce genre qui existe (4) , on voit que quelquefois on transportait ces vires à de certaines distances de l’endroit où avait eu lieu le sacrifice. Ne se peut-il pas que ce petit autel, consacre' particulièrement aux vires, ait e'te' e'rige' à l’endroit où ces objets myste'rieux et symboliques avaient e'te' enfouis en terre, pour attirer, d’une manière plus spe'ciale, sur le lieu ainsi favorise', les bienfaits ce'lestes que devait produire le taurobole. Il est donc probable que cet autel et celui de Diane (551, n° 353), de'esse dont les hie'rophantes sont nomme's sur ces monumens, et à laquelle, comme triple Diane ou He'cate, e'tait en partie consacre' le sacrifice, étaient placés de chaque côté de Fautel taurobolique; ils se ressemblent parfaitement par leur forme générale, leurs frontons cintrés
(1) Marmora taurin., t. I, p. 130 j Maffei, Mus. Ver., p. 210, 2; — Orelli, 1. 1, p. 404, no 2323.
(2) Sat. 10, v. 204-209.
(3) Spon, Mise., p. 98, Lix; — Fabretti, 609, 12-, ' — Orelli, t. I, n«> 2322.
(4) OreUi, t. I, p. 403, n® 2322, qui cite le Journal de Trévoux, 1704; — Sallengre, Thés. Ant., p. 862; — De Boze , Acad, des inscr., t. III, p. 111; — Murat. , 333 , 4.
INSCRIPTIONS
et à enroulement, et par les profils de leurs moulures; seulement ce dernier monument est un peu plus petit que l’autre, ce qui s’opposerait peut-être à ce que l’on admît qu’ils pussent avoir ête' re'unis comme Visconti semblait dispose' à le croire. Après avoir ete' au palais d’Horace délia Voile, cet autel, de même que celui de Diane , fut autrefois place' dans les jardins de Sixte- Quint, et depuis il a fait partie de la collection Jenkins. — Visconti, Op. Var., V. I, p. 75; — Gruter, p. 89, n" 9; — Gudi, Ad Phœdri Fab. xi; — Orelli, 1. 1, p. 291, n° 1443.
559. Fundanius Velinüs. N” 339, pL 252; ins., pl. XVli, 2 lig., marbre pentélique.
Cet autel ou ce beau cippe sépulcral dans le genre de celui d’AMMON (1), et qui, de la Villa Mattéi, avait passe' au Vatican, est de même d’une grande richesse d’ornemens. Il paraît hors de doute, d’après le travail, qu’ils soient de la même époque , et l’on ne risquerait peut-être pas trop en se laissant aller à supposer que l’un et l’autre sortent du même atelier. Il est difficile de voir de la sculpture monumentale mieux traitée; elle est très-refouillée , et le travail du trépan, adroitement conduit, lui donne de la légèreté et de l’effet, auquel ajoute encore le beau ton doré que le marbre a reçu du temps, et qui concourt, avec toutes les autres qualités, à faire de cet autel un précieux et élégant monument. On a pu remarquer, avant que j’en fasse l’observation, que, comme certains monumens doriques, et plus encore que l’autel d’Ammon, celui-ci va en diminuant vers le haut, ce qui, en étant favorable à la solidité de la base, l’est encore peut-être à la grâce de Fensemble. Les ornemens y sont disposés avec goût; ces têtes de bélier ornées de bandelettes, comme pour le sacrifice, ou pour être appendues aux murailles sacrées des temples, après y avoir été offertes en victimes, sont d’un beau style et s’ajustent bien avec les fortes guirlandes de fruits et de fleurs qu’elles soutiennent. Cette manière de parer les autels était autant en faveur des hommes que pour réjouir les dieux par la beauté des couleurs et le parfum des fleurs et des fruits qu’on leur offrait. Ce devait être propre aussi à en encourager la culture, et l’on s’efforcait sans doute, par une pieuse et utile émulation , de mériter à son verger et à son jardin l’honneur de voir leurs productions dignes, par leur beauté, d’être préférées pour les offrandes aux immortels. Aussi l’art de tresser les couronnes et les guirlandes était- il très-apprécié. On se rappelait et on célébrait la grâce et la variété de celles de Glycère, la jolie bouquetière de Sicyone, l’amie de l’habile peintre Pausias. Près d’elle, inspiré par son goût, il porta l’art de peindre les fleurs à une grande perfection, et, quoiqu’il ne réussit pas moins bien dans ses vastes et nobles compositions, il paraît qu’un de ses principaux chefs-d’œuvre fut sa Stéphanéploeos , la bouquetière, charmant portrait de son élégante maîtresse. On peut faire remarquer, en passant,
(1) 193, n° 303, pl. 253, 206. C’est par pf. 253' le numéro d’ordre 507 au lieu erreur que l’on a donné à cet autel sur la de 193.
LATINES
quoique ce soit peu important, l’espèce d’art ou d’adresse que l’on avait mis à faire les guirlandes de notre autel et de plusieurs autres que présentent nos planches. On voit que les fruits et les fleurs étaient réunis et fixés par une large bandelette qui, passant dans l’intérieur de la guirlande, paraissait et disparaissait; ressortant par les extrémités, elle y formait des nœuds et des festons qui y assujettissaient des culots de feuillages pour donner de la solidité à la guirlande et masquer les bouts des branchages et des tiges des fleurs et des fruits. En parcourant les guirlandes très-variées qui ornent nos monumens, on reconnaît qu’elles sont presque toutes faites d’après la même méthode, et il se pourrait que ce culot fut en métal, en bois ou en cuir, ce qui eut donné plus de facilité pour tresser les guirlandes et pour les suspendre dans les temples. Nous n’ignorons pas que les oiseaux qui mangent des reptiles et que les sphinx ailés, gardiens des tombeaux, étaient des emblèmes funèbres, de même que le gorgonium , la tête de Méduse, et nous renverrons pour ces divers accessoires aux pages 486 et suiv., où il en est question fort au long. Parmi les ornemens de notre autel, on remarque sur le devant un aigle qui dans ses serres tient un foudre et dans son bec une couronne; à la manière dont elle est détachée et évidée, on pourrait croire qu’elle servait, comme des trous qu’on voit devant des tombeaux de Pompéi, à y placer des branches ou des fleurs dont on faisait offrande aux mânes. La famille Fundania, à l’un des membres de laquelle l’inscription est consacrée , était consulaire. Les inscriptions en offrent plusieurs personnages avec divers surnoms ; celui de Velinus, de la tribu Terentina Rustica, au champ de Mars, ne s’y trouve pas. D’après son monument, notre fvndanivs velinvs devait être d’un rang distingué; on sait qu’il y en eut un qui se fit remarquer dans la poésie comique, et qui était ami d’Horace (t). Malheureusement, malgré la beauté de notre cippe, rien ne nous autorise à l’attribuer à ce Fundanius plutôt qu’à un autre personnage de cette maison. — Cet autel a été donné dans les Monumens antiques du Musée, de Schweighaüser et de Petit-Radel, t. IV, pl. 41, et par Bouillon, t. III, dp. chois, rom., pl. 1, n° 1. [Haut. 1*",146 3 pi. 6 po.
4 li. — Larg. 0“,684 2 pi. 1 po. 3 li. ]