‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des TuileriesChapitre 19 sur 299 · INSCRIPTIONS HIÉROGLYPHIQUES · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS HIÉROGLYPHIQUES

On doit s’attendre à ne trouver ici que les inscriptions égyptiennes hiéroglyphiques inscrites sur le petit nombre de monumens égyptiens que possédait le musee des antiques lorsque je commençai cet ouvrage. Depuis, le nombre s’en est considérablement accru par la quantité' immense de monumens égyptiens de tous genres acquis par Charles X, et dont une grande partie, contenant les antiquités de petite dimension, forment déjà une des deux divisions du musee Chaides X, au premier etage du Louvre. Cette portion de ces belles acquisitions, qui ont créé' une nouvelle se'rie d’antiquités très-curieuses au Musee royal, l’a enrichi d’une foule de divinite's très-varie'es par leur sujet, leur matière et leur grandeur, et elles offrent un panthéon égyptien, si ce n’est complet, du moins très- considérable. Les monumens royaux, civils, funéraires, y sont aussi en très-grand nombre et fort beaux, et la collection des papyrus hiéroglyphiques, hiératiques, démotiques et grecs y est très- remarquable, et a déjà fourni des sujets de dissertations intéressantes à M. Letronne et à d’autres savans. Notre collection de scarabées de tous les genres est une des plus belles que l’on ait réunies; elle offre une suite nombreuse et importante de cartouches avec les noms des rois, et, si fon parvient jamais à compléter les séries des dynasties, elles présenteront un ensemble chronologique d’un grand intérêt, et il est bien à désirer, dans celui de la science, que l’on ne laisse pas échapper les occasions qui se présentent, de temps à autre, d’ajouter à nos richesses. Déjà M. Dubois, conservateur adjoint du Musée royal des antiques, a fait un choix judicieux des plus beaux scarabées à cartouches royaux , et il en a établi une suite chronologique qui malheureusement n’est pas sans de fréquentes lacunes, mais qui ne laisse pas déjà d’être assez importante. On donne ainsi une sorte de vie à ces petits monumens graphiques, et ce sont comme des témoins qui viennent se présenter en ordre à l’appui des documens historiques et des grandes compositions des monumens d’architec-

INSCRIPTIONS

tare, et qui serviront un jour peut-être à reformer, en partie, les archives des anciens Pharaons. Notre muse'e e'gyptien est aussi très-riche en objets d’une grande diversité' qui servaient aux usages de la vie ordinaire, tels qu’ustensiles de toute espèce, en vases de bronze, d’albàtre oriental, de formes très-varièes et souvent d’une grande èle'gance. Et si les peintures des coffres de momies, les statues, nous offrent les dieux et les rois dans toute leur pompe, avec tous les insignes de leurs dignités, parés de tous leurs joyaux, si, à l’aide des monumens funéraires, nous pouvons, pour ainsi dire, les suivre jusqu’à leur dernière demeure, nous pouvons aussi nous mêler aux Egyptiens des classes ordinaires , prendre part à leurs fêtes, à leurs repas, à leurs funérailles, ou les accompagner au milieu de leurs familles, dans leurs demeures, dont notre musée nous offre les meubles, les bijoux, des instrumens d’agriculture, de chasse, de pêche, de guerre, et ceux qu’ils employaient pour la musique, la peinture et pour écrire ces mystérieux papyrus, qu’ils ne semblent avoir inventés que pour tourmenter les antiquaires à venir.

Mais outre cetle immense collection d’objets de petite ou de médiocre dimension, les acquisitions de Charles X ont doté son musée d’une quantité considérable de grands et magnifiques sarcophages, de stèles, de fragmens de statues colossales, et d’une foule d’autres monumens chargés de figures sculptées et d’hiéroglyphes, provenant des collections Sait, Drovetti et de ce que Champollion avait recueilli dans le voyage que, dans l’intérêt de l’histoire et de l’art de l’Egypte, lui avait fait faire Charles X avec plusieurs jeunes savans et artistes pour le seconder dans ses profondes et pénibles recherches. Tous ces monumens, auxquels on réunira ceux que possédait déjà le Musée royal et ceux dont le roi Louis-Philippe a fait l’acquisition à la vente de M. Mimant, formeront un musée de plusieurs grandes salles, qui le cédera, il est vrai, sous quelques rapports, à ceux de Londres, de Turin et de Berlin, mais qui, sous d’autres, surtout si l’on considère, comme en faisant partie, les salles du premier étage du Louvre, pourra marcher leur égal.

Ce musée contient une immense quantité d’inscriptions qui , avec les grands et les petits monumens, pourra fournir, quelque jour sans doute, une ample matière à «n ouvrage important, si le goût pour les études égyptiennes devient plus vif et moins circonscrit. On se fera un devoir de le publier; mais je n’ai jamais pu songer à joindre ce long travail à mon ouvrage , et les inscriptions hiéroglyphiques que je donne ne sont que comme un spécimen et un avant-goût de ce que l’on peut espérer. C’est à l’aimable et savante obligeance de mon ami Champollion le jeune que je dois l’interprétation des inscriptions que je publie; il en a revu avec soin les dessins, leur a redonné leur caractère lorsqu’il n’avait pas été bien saisi; j’ai aussi été aidé, sous ce rapport, par M. Dubois, au talent duquel il avait grande confiance , pour rendre avec exactitude le style des hiéroglyphes. Ces inscriptions ont été gravées par M. Bigant, depuis longtemps familiarisé avec le caractère des monumens égyptiens , et Salvolini , dont nous regretterons longtemps la perte récente, et qui pouvait nous faire espérer

de nous rendre un jour, en partie, CliampoHion, m’e'crivait en me remettant ces inscriptions, sur lesquelles je lui avais demande' des observations, qu’elles e'taient parfaitement exactes, et qu’il serait bien à de'sirer, pour les recherches, que dans tous les ouvrages que l’on a publies ou que l’on publiera, les hiéroglyphes fussent aussi bien rendus. Pourquoi faut-il qu’un homme tel que Champollion nous ait e'te' enleve' sitôt, et que nous ne puissions plus avoir recours à ses lumières, à sa sagacité' et à ses conseils! Et ne dirait-on pas que le ge'nie funèbre qui veille sur les pyramides et les tombeaux des rois d’Égypte s’est venge' sur Champollion d’avoir arrache' des secrets aux ténèbres de leurs monumens !

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