Planisphère de Bianchini, n° 271, pl. 248 bjs
Biancbini, savant astronome italien, ayant publié le premier ce planisphère égyptien, mérita qu’on donnât son nom à ce monument. On y voit gravés sur une dalle de marbre des signes tracés sur des cercles concentriques, et les figures égyptiennes des décans. C’étaient des divinités subalternes à chacune desquelles les superstitions astrologiques de l’Égypte avaient attribué la présidence de dix jours de chaque mois; mais en plaçant trois decans sous l’influence de chacun des douze signes. Il y avait donc trente-six décans pour l’année, et, selon qu’elle était de trois cent soixante-cinq jours ou de trois cent cinquante-quatre jours, chaque décan dirigeait plus ou moins de dix jours. Au reste, ce planisphère était beaucoup plus astrologique qu’astronomique, et c’était peut-être un de ces thèmes génetfiliaques auxquels on avait recours pour établir les horoscopes. M. Letronne a prouvé, d’une manière irréfragable, que le célèbre zodiaque de Dendéra, dont on a fait tant de bruit, qu’on faisait remonter à tant de
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miniers d’annëes et que l’on a acheté si cher, n’ëtait qu’un monument de ce genre, d’une date très - postérieure , puisque, d’après les hiéroglyphes qu’a expliqués Champollion , il ne peut dater que des premiers empereurs , de Claude ou de Néron. Il se peut que notre planisphère ne soit pas d’une date plus ancienne; malheureusement il ne porte point d’inscription qui puisse nous fournir quelque lumière sur ce point; nous n’en avons meme qu’une partie, car il a été très-mutilé, et il ne reste de l’antique à peu près que le tiers. Au reste, je ne puis rien faire de mieux que de rapporter ici ce que M. Letronne a écrit sur ce planisphère dans son travail sur les zodiaques, p. 97.
i<Ce zodiaque circulaire (celui de Dendéra) doit être analogue, dans son «objet, au planisphère dit de Bianchini , publié dans le Recueil de l’Académie «des sciences (l), et maintenant déposé dans le Musée royal (2). On s’est «trompé beaucoup sur l’ancienneté de ce monument. MM. Jollois et De- «villiers se contentent de dire : «Nous croyons qu’il n’est pas antérieur à «Alexandre (3).w On peut sans risque alfirmer qu’il est postérieur au se- «cond siècle de notre ère. Il se compose, comme on sait, de quatre zones «concentriques divisées en douze parties; les deux zones moyennes con- «tiennent les signes du zodiaque répétés deux fois, la zone intérieure con- «tient douze figures d’animaux, et la quatrième, ou l’extérieure, est occupée «par trente-six figures de décans, trois pour chaque signe; ces figures sont «de style égyptien grécisé; mais, en dehors des quatre zones, on voit les «têtes des planètes, de style grec, dont la série est répétée cinq fois dans «l’ordre de distance, à raison de trois planètes par signe, moyennant la ré- «pétition d’une d’elles. Elles sont distribuées, chacune sur un des décans, «de cette manière : bÉlier, mars, soleil, venus; taureau, mercure, lune, «Saturne; * gÉmeaux, * Jupiter, mars, * soleil; cancer, * venus, * mer- «cure, * lune; * lion, * satume, * jupiter, * mars; * vierge, * soleil, «vénus, * mercure; balance, lune, saturne, jupiter; scorpion, * mars, «* soleil, * vénus; sagittaire, * mercure, * lune, * saturne; * capricorne, U* jupiter, * mars, * soleil; * verseau, * vénus, * mercure, *lune; * pois- «SONS, * saturne, * jupiter, * mars (4). Cette disposition est précisément «celle que donne Julius Firmicus Maternus dans son chapitre intitulé : U Signorum decani eorumque domini (5) ; ainsi le planisphère de Bianchini «a cela de curieux, qu’il est l’expression exacte d’une combinaison astro- « logique à laquelle les anciens attachaient une grande importance. Une «autre remarque à faire, c’est qu’en prenant le nom des planètes qui com- «mencent chaque signe, on a l’ordre des jours de la semaine : mardi, mer-
n(I) Académie des sciences; Histoire, Il ann. 1708.
<1 (2) Sous le n® 271.
Il rS) Recherches sur les bas-reliefs as- « tronomiques , p. 18.
Il (4) Ce planisphère est mutilé; mais, U en tout ee qui concerne les signes du «zodiaque et les planètes, on peut en
Il faire une restitution certaine. J’ai mar- « que' dans le texte, par un astérisque, « les noms des signes et des planètes qui Il sont maintenant détruits sur ce planis- « phère , mais qui résultent nécessaire- 11 ment de l’ordre adopté.
<1 (5) Jul. Firni. Mat. 11,4, p. 18. Basil. «1532.»
ucredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanehe, lundi, mardi, etc., etc. D’où «l’on peut conclure que cet ordre dérivé, non pas des deux causes indique'es ^^par Dion Cassius (l), qui ne sont très-vraisemblables ni l’une ni l’autre, «mais de la coi’i'espondance établie entre les planètes et les decans du zo- «diaque. La période de sept jours est d’une date fort ancienne; mais l’ap- « plicationl qu’on y a faite des noms des sept planètes, dans l’ordre adopte', «me paraît assez re'cente et tout astrologique ; c’est aussi par l’astrologie «que l’ordre des jours de la semaine s’est introduit chez les Romains et «dans les calendriers du moyen âge. Mais ce sujet me mènerait ici trop «loin : revenons au planisphère de Bianchini. La description pre'ce'dente ne «permet pas de douter qu’il ne soit astrologique : j’ajoute que les caractères «grecs et latins, où je ne vois ni suite ni liaison, qui se'parent la zone des «signes de celle des de'cans, me donnent lieu de soupçonner que ce monu- «ment rentre dans le genre des abi’axas, et tient aux superstitions répan- «dues dans le ii® ou le iii® siècle de notre ère.»
<•(1) Dio Cass, xxxvii, 18.»
INSCRIPTIONS GRECQUES
Ap lès les collections du Vatican et de Florence, ces trésors d’inscriptions, auxquels rien ne peut se comparer, le musée du Louvre, s’il n’est pas le plus riche dans cette branche de l’archéologie, est certainement un de ceux qui en possèdent le plus grand nombre, soit grecques, soit latines. Parmi ces inscriptions, plusieurs se distinguent par leurs sujets, qui ont fourni matière à beaucoup de dissertations savantes, et ont servi à éclaircir différens points de l’antiquité; d’autres sont précieuses par les exemples curieux qu’elles offrent pour la connaissance de la paléographie grecque de temps reculés. Entre les Inscriptions grecques, on peut citer au premier rang notre marbre de Choiseul, sur les finances des Athéniens à l’an 402 avant notre ère , doctement interprété par l’abbé Barthélemi et par le savant M. Bœckh , qui ont répandu de grandes lumières sur ce sujet important. Viennent ensuite, sous le rapport de l’intérêt paléographique, les marbres de Nointel, et comme monument littéraire les inscriptions triopéennes consacrées par le célèbie rhéteur Hérode Atticus, cet amateur si éclairé des arts, ami d’Antonin Pie et de Marc-Aurèle, et sur lesquelles Visconti a donné un si bon commentaire. Celles de Dexippe , des marchands tyriens de Délos, et surtout le curieux décret amphictyonique de Delphes, méritent bien aussi d’être cités , ainsi que beaucoup d’autres qui offrent de l’intérêt et que nous indiquerions si nous ne devions pas bientôt les voir. — Notre collection latine peut montrer avec confiance les inscriptions de l’impératrice Domitia, fille de Corbulon, de Plutia Vera de Gabies et plusieurs autres. L’ensemble de nos inscriptions grecques est de 173; malheureusement il y en a de très-courtes, ou dont on ne peut tirer que des noms, et d’autres, en grande partie frustes, et très-difficiles à déchiffrer, font regretter, par ce qu’elles laissent soupçonner, qu’elles ne nous soient pas parvenues ou moins mutilées, ou en meilleur état; la sagacité des savans qu’elles exercent serait mieux récompensée. Nos inscriptions latines.
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en general mieux conservées, sont au nombre de 146. Plusieurs de nos monumens e'pigraphiques , entre auü’es les inscriptions athe'niennes ou marbres de Nointel, sont depuis longtemps en France et appartenaient à l’ancien domaine de la coui'onne. D’autres, et surtout des inscriptions latines, ont ete acquises pour le Musee avec la belle collection Borghèse, achetée par i’empereur et payee en grande partie par Louis XVIII. C’est aussi à ce monarque que les salles du Louvre doivent la plupart de leurs inscriptions grecques , achetées avec un bon nombre d’autres monumens à la vente de la collection que le comte de Choiseul-Gouffier, dans ses ambassades à Constantinople et ses voyages en Grèce, avait réunie avec tant de zèle et de goût. C’est de cette collection que nous vient l’inscription sur les fêtes et les finances des Athéniens; les enchères ne furent pas poussées avec toute la chaleur que pouvait nous faire craindre son importance. Nous ne l’avons payée que 6,000 fr., et nous avions latitude jusqu’à 30,000 fr. On peut juger du plaisir que nous fit une acquisition si précieuse pour le Musée, et pour un prix qu’on ne devait guère espérer. II est inutile d’indiquer ici tous les ouvrages où il est question de nos inscriptions, un bon nombre se trouvant dans les vastes recueils de Gruter, de Reinesius, de Muratori, etc. M. le professeur Osann en a fait un choix, tant des grecques que des latines, pour son intéressant recueil (l); et M. le professeur Bœckh , de Beilin , en a déjà fait entrer une grande quantité dans la magnifique réunion de toutes les inscriptions grecques que l’académie de Berlin l’a chargé de faire, et où rien n’est épargné pour les reproduire avec toutes les ressources et le luxe de la typographie (2). On pense bien que ce superbe et savant ouvrage m’a été de la plus grande utilité, ainsi que celui de M. Osann. Aussi , lorsque je donnerai des inscriptions dont ils parlent, n’ayant rien à dire de nouveau après des savans d’une érudition aussi consommée, je me bornerai, pour l’ordinaire, à renvoyer à leurs discussions. Lors de leurs voyages à Paris, M. Osann, M. C. Ottfried MüIIer, habile collaborateur de M. Bœckh; M. Sillig, auquel nous devons un excellent catalogue des artistes anciens et une édition correcte de Pline; M. Weicker, de Bonn, auteur de la trilogie d’Eschyle, d’un Sylloge d’épigrammes grecques et de tant d’autres productions, m’ont rendu de vrais services par leurs observations, ainsi que par leur critique et leur coup d’œil si exercé. Nous avons souvent et longtemps discuté ensemble la lecture d’inscriptions pour ainsi dire indéchiffrables, et où il est très-difficile, si ce n’est impossible, de ne pas parfois se tromper. J’ai cherché, autant que possible, à reproduire dans les planches gravées la forme des lettres des inscriptions; mais ce n’est pas toujours praticable lorsqu’elles sont très- frustes : on devine plus qu’on ne lit sur le marbre éraillé et où les formes sont altérées, perdues. Souvent c’est autant au toucher qu’à l’œil
(1) Sylloge inscriptionum antiquarum Le premier volume de cet ouvrage , qui en grœcarum et latinarum.Darmstadn, iS^O. aura trois en neuf livraisons, a paru en
(2) Corpus inscriptionum græcarum , 1828, et i’on a déjà (oct. 1838) deux li-
etc, Be.rolini ex officina academica , 1828. vraisons du second.
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qu’on cherche à déchiffrer; souvent aussi, quand une inscription est encastrée dans un mur, on a le jour contre soi, ou il éclairé à faux, et il n’en est pas alors comme d’une pierre gravee ou d’une médaillé qu’on approche ou qu’on éloigné de l’œil, qu’on présente à une lumière favorable et qui se tourne et se retourne dans tous les sens. L’inscription scellée au mur est ^immobile, ne se prête pas à votre commodité, et il faut s’en tirer comme l’on peut. Aussi ai-je pris souvent le parti de les faire mouler, ce qui offre plus de facilités pour la lecture. Malgré tous ces soins, je n’ai pas la prétention de croire que mon recueil soit sans fautes, quoique j’aie recopié et fait regraver une assez grande quantité d’inscriptions où j’avais reconnu des erreurs, d’après le travail de M. Bœckh, auquel, pour m’aider de ses lumières, j’avais envoyé et soumis mes planches avant d’avoir revu et les fautes dont je m’étais aperçu après la gravure, et celles qui m’avaient échappé. Aussi ces planches-ci sont-elles très-différentes de celles dont j’avais fait passer les épreuves, pour les purifier au creuset de la critique éclairée et juste, quoique parfois sévère, de M. Bœckh. Et c’est pour dédommager mes lecteui’s de ces fautes et répai'er le tort qu’elles pourraient faire à nos inscriptions que je me suis décidé à leur offrir la suite entière de ces nouvelles planches rectifiées, en les priant de regarder les autres comme non avenues. J’ose esperer qu’ils seront satisfaits de cet échange; mais ce dont je suis certain , c’est qu’ils verront que je n’ai épargné ni peine ni dépenses pour parvenir à reproduire nos inscriptions aussi bien qu’un tel travail dépendait de moi.
410 A. AdÈa, N" 857 a du Musée royal, stèle funéraire, basreliefs, pl. 161 A; inscriptions gravées à la fin de ce volume, pL LXII, 2 lignes, marbre.
Cette grande stèle à fronton triangulaire nous offre un de ces banquets si fréquens sur les monumens funèbres. Un homme, sans doute le chef de la famille, est à demi couché sur un lit de repos; il porte une tunique à manches courtes, et son manteau recouvre l’épaule gauche. La tête manque ainsi que le bras gauche et la main, qui probablement tenait un vase, tel qu’on le voit sur d’autres bas-reliefs; la main droite est allongée sur la cuisse ; cette attitude est pleine de calme et de dignité. Cet homme s’entretient avec une femme voilée, assise près du lit sur un siège à coussins sans dossier. Son manteau d’étoffe légère à plis fins serre et dessine sa taille élégante ; ses pieds reposent sur un marche-pied ; sa main gauche rapprochée du menton annonce le recueillement, et la droite retombe sur ses genoux. Devant elle, une table à trois supports en jambes de biche est chargée de raisins et de gateaux. Une jeune servante avance la main vers la table, sans doute pour en offrir à son maître; il lui manque une partie du bras et de la tête. Derrière le principal personnage, le long du lit, sont debout un jeune homme et une jeune fille. Sur notre droite est debout un homme enveloppé d’un manteau très - bien ajusté ; il est fâcheux qu’il ait perdu l’avant-bras droit et la tête. Ce bas-relief, où toutes les têtes man-
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quent, sauf les profils des deux jeunes gens, est en mauvais état et paraît avoir été très-soigné; il devait être d’un joli effet. D’après l’inscription, ce monument avait été consacré à Adea, fille de Samus; à Thrason, fils de Dimnüs; à une autre Adea et à un autre Thrason, enfans d’ARCHÉLAÜs. 11 serait à présumer qu’AoEA et Thrason, nommés les premiers, sont le mari et la femme, et que l’homme debout serait ArchÉlaüs, père d’AoEA et de Thrason placés près du lit, et il se pourrait qu’il fût le frère d’un des deux personnages, et qu’il rendît à l’un des deux les derniers devoirs avec ses enfans, auxquels il aurait donné les noms de son frère et de sa belle-sœur. — Cette stèle a été rapportée de l’Asie Mineure, en 1834, par M. de Saint-Sauveur, consul à Salonique. [Haut. 1™,325 = 4 pi. 1 po. — Larg. 0“,663 = 2 pi. 6 li.]