‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des TuileriesChapitre 56 sur 299 · Delphes. N° 628, pl. xliv et xlv, 49 iig · texte numérisé non relu

Delphes. N° 628, pl. xliv et xlv, 49 iig

Parmi nos inscriptions, il en est peu qui offrent autant d’intérêt que celle-ci ; il en est peu aussi qui soient plus difficiles à déchiffrer. Par la finesse et la netteté des lettres bien conservées et qui n’ont guère que 2 Iig. de haut, on voit qu’elle avait été gravée avec grand soin et beaucoup d’adresse; et il est bien à regretter que le temps y ait ainsi laissé sa trace, et que les érosions du marbre ayant altéré d’une manière déplorable les caractères, elles se confondent avec leurs traits. Ce qui donne un grand prix à cette inscription , c’est non-seulement d’être d’une date assez ancienne et certaine , deux avantages qui ne se trouvent que rarement réunis , mais encore de nous avoir conservé, du moins en partie, un décret important des amphictyons, cette célèbre association qui de Delphes, où elle tenait ses assemblées, lorsque ce n’était pas aux Thermopyles , se répandait dans toute la Grèce et liait entre elles, par les mêmes sacrifices, les mêmes devoirs et les mêmes sermens, plusieurs villes qui faisaient partie de cette union. On sait que tout ce qui avait rapport au temple , au culte et aux tei'res d’Apollon de Delphes était du ressort de la juridiction amphictyonique ; on sait

INSCRIPTIONS

aussi que les Phocéens de Cyrrha , ville situee au midi du Parnasse , sur la colline de Cirphis, arrose'e par le Pleistus, violant tous leurs sermens et brisant les liens qui les unissaient à la ligue amphictyonique, dans une sacrile'ge excursion sur les terres sacrées, pillèrent le temple d’Apollon, Une guerre longue et acharnée, qui commença la deuxième année de la 46® ol. , 595 av. J. C., Philombrote étant archonte d’Athènes, après des succès et des revers de part et d’autre, ne finit que par la ruine entière de Cyrrha la O troisième année de la 48® ol., 586 av. J, C. , Damasias étant archonte à Athènes et Diodore à Delphes. Ua coupable Cyrrha (1) fut détruite, et ses terres, vouées à l’exécration des races futures, pour inspirer aux sacrilèges répouvante des vengeances d’Apollon, furent condamnées, par un décret des amphictyons, dicté sans doute par l’oracle de Delphes, à rester à jamais incultes et désertes.

C’est une partie considérable de ce décret que nous offre notre inscription, et, quoiqu’elle ait été trouvée à Egine par M. Fauvel, M. Bœckh, dans sa belle dissertation, C. ins., n® 1688, pense qu’elle était originairement en Attique, où elle aurait été placée dans des terres amphictyoniques, où le décret pouvait avoir force de loi; et c’était sans doute pour l’accréditer et pour lui donner le caractère d’une loi athénienne que, * lorsqu’il fut promulgué et placé dans quelque lieu de l’Attique , on y avait apposé la sanction du gouvernement en y mettant en tête la formule ordinaire des décrets d’Athènes et le nom de l’archonte alors en charge. C’était Pythias, archonte la première année de la 100® ol., 380 av. J. C. La tribu Hippothoontide exerçait la troisième prytanie, du 12 du mois athénien Boédromion au 16 Pyanepsion , ainsi que nous l’apprend la première ligne de l’inscription. On était en automne ; alors aussi avait lieu aux Thermopyles l’assemblée amphictyonique d’automne ; celle du printemps se tenait à Delphes. Il n’est question dans notre inscription ni de cette ville ni des Thermopyles dont parlent deux inscriptions du Recueil de M. Bœckh, n°’ 1689, 1689 bis. Ce savant croit que ce décret des pylagores ou chefs de l’assemblée amphictyonique, et des synèdres , leurs assesseurs, a été fait à Delphes, où étaient les lieux dont il y est question. M. Bœckh traite au long ce qui a rapport au dialecte de ce décret; M. C. O. Muller en dit aussi quelques mots à la fin de son article sur le dialecte dorique (2). C’est dans ce dialecte, tel qu’on le parlait à Delphes, qu’est écrit notre monument épigraphique ; et c’était probablement ce langage rude et mâle que parlait l’oracle de Delphes, qui, pendant tant de siècles , sut commander en maître aux Grecs, aux Romains et à tout le monde soumis aux lois qu’on croyait émanées de l’Olympe par la voix d’Apollon. Il paraît que notre inscription présente un bon nombre de fautes de langage ou de formes inusitées dans le dorien; mais il se peut ou quelles fassent particulières à la manière dont on parlait ce dialecte à Delphes, ou que ces fautes vinssent des ouvriers chargés en Attique de copier et de graver ce décret dans un idiome qui ne leur était pas familier; ce qui arriverait souvent aux inscriptions gasconnes ou provençales qu’on ferait graver à Paris.

Il est question dans notre inscription des hiéromnémons , qui réunissaient la magistrature à la prêtrise , et dont le nom indique qu’ils étaient chargés du soin d’enregistrer ce qui avait rapport au culte, et d’en conserver le souvenir. Il y avait de ces hiéromnémons, hiaromnamons en dorien, chargés spécialement du temple d’Apollon et de ses dépendances à Delphes et dans son territoire. D’autres faisaient partie du corps des amphictyons et étaient nommés par eux : c’étaient eux qui veillaient à l’exécution de

(1) Clinton, Fasli heUenici, 1. 1 , p. 228.

(2) Dorier, 1. II, p. 532.

GRECQUES

leurs de'crets et à faire payer les amendes pour les contraventions, sous peine d’y être condamne's eux-mémes. Toutes les amendes porte'es dans notre inscription sont en statères d’Egine en argent. Ce statère valait quatre drachmes, et la drachme d’Egine dix oboles d’Athènes, ou quatre oboles de plus que la drachme attique; ainsi le statère e'tait d’environ C francs.

Le prêtre mentionne' dans notre de'cret, et qui pre'sidait les hie'romne'mons , n’e'tait pas le prêtre delphique, mais c’e'tait un de ceux que choisissaient les amphictyons parmi les hie'romne'mons; c’e'tait pour eux comme l’archonte e'ponyme à Athènes, et il donnait son nom à l’anne'e amphictyonique, que plus tard on de'signa par le nom de l’archonte de Delphes,

La formule par laquelle les hie'romne'mons s’engagent à faire observer religieusement , et sous peine d’amendes , tout ce qui leur est prescrit, soit pour leurs charges , soit pour l’administration et le soin des terres sacre'es, est très-précise et très-e'nergique : «Je jure, au nom d’Apollon Pythien, de Latone et de Diane {Artémis), de « juger avec toute la justice qui sera en mon pouvoir ; que tout me devienne prospère «si j’observe mon serment; que tout me soit contraire si j’y manque.» — Ce serment, dont on avait à regretter quelques phrases, a e'te' re'tabli par M. Bœckh d’après des inscriptions analogues, et entre autres un beau monument e'pigraphique des Cre'tois. De fortes impre'calions sont prononce'es contre les sermens viole's, et les châtimens doivent tomber sur soi, sur sa famille et sur sa poste'rite'; et il est expresse'ment de'fendu aux juges charge's de l’application des amendes amphictyoniques et aux hie'romne'mons de recevoir aucun pre'sent.

De la I4e à la 20® ligne , il est question des revenus sacre's et des victimes, au nombre desquelles sont, k ce qu’il paraît, des ânes : on sait d’ailleurs que l’on en immolait à Apollon de Delphes. ■ — Les pylagores et les hie'romne'mons doivent parcourir avec soin la terre sacre'e enleve'e aux Cyrrhe'ens, en de'terminer les limites par des colonnes (stèles) et empêcher qu’on ne la cultive (1); on condamnera à un certain nombre de statères d’Egine ceux qui seraient trouve's en contravention : s’ils ne payaient pas l’amende, la ville k laquelle ils appartiennent est tenue de l’acquitter; si elle s’y refuse, les amphictyons doivent lui faire la guerre. — Lig. 39-40 : il paraît que c’e'tait tous les cinq ans qu’avait lieu cette inspection ['uripioi'oç) de la terre maudite, et que dans cette visite l’on statuait sur les amendes; mais il y avait en outre des inspections extraordinaires. Les coupables n’e'taient pas seulement condamne's k payer de fortes sommes, mais, soit que ce fussent des particuliers, soit des villes, ils e'taient exclus des sacrifices de Delphes et des jeux pythiques. Parmi les prohibitions du de'cret, on peut remarquer, lig. 23, qu’il e'tait de'fendu de fumer les terres, d’y e'tablir des moulins, des boulangeries et des habitations d’esclaves.

Dans une autre partie du de'cret, on s’occupe de vêtemens et d’ornemens qui, par leur prix beaucoup au-dessus de ce qu’ils coûtaient ordinairement, paraissent avoir e'te' destine's peut-être aune statue colossale, h'ampechonion, sorte de manteau, devait coûter 150 statères d’Egine, ou 10 mines attiques, environ 900 fr., et le prix habituel d’un de ces manteaux, k Athènes, e'tait de 16 ou 20 drach., 18 francs (2). —

(1) Malgré les décrets des amphictyons, les Locriens d’Amphisse, dans la Phocide, cultivèrent cette terre , y établirent des fabriques de poterie et y eurent un port. Les amphictyons ayant essayé tous les moyens de les faire rentrer dans le devoir, n’y réussirent pas; ce fut alors qu’ils chargèrent Philippe II, roi de Macédoine,

de les y forcer; et l’on renouvela depuis les anciens décrets des amphictyons, et c’est ce nouveau décret qui est venu jusqu’k nous. II paraît que, d’après celui que Solon avait fait porter, le territoire de la terre sacrée allait jusqu’k la mer.

(2) Voy. Bœckh, Écon. cit>. des Athéniens, 1. 1, p. 116; éd. allem.

INSCRIPTIONS

A la lig. 31 , on parle des agrafes, 'srop'Tryi/iioiTa.f en or qui valent 100 statères; d'une couronne, (rryKpaVYi, du même prix. — Lig. 29, le bouclier coûte 200 statères; ce qui avait rapport au casque n’existe plus; niais on trouve 15 statères pour ie cimier ou la crête; les parties qui traitaient de la cuirasse et de la lance sont efface'es; H y a cependant 10 statères qui peuvent avoir rapport à ia cuirasse.

Les animaux destine's au sacrifice offrent de même des prix conside'rables : le bœuf est de 100 statères, ce qui est e'norme; car dans une autre inscription de M. Bœckh (1) le prix d’un bœuf d’he'catombe n’est que de 11 drachmes 1/4 attiques, qui ne font qu’un peu plus de 11 statères I/2 d’Egine. II est vrai que lorsqu’on sacrifiait 100 bœufs, on devait y regarder de moins près pour la beaute' que lorsqu’il s’agissait d’une victime du plus beau choix, d’un bœuf que M. Bœckh pense que l’on appelait un bœuf héros , ou hégémon, le chef du troupeau. On ne trouve pas cette disproportion de prix entre notre bœuf des jours gras à Paris, qui ne coûte ordinairement, à ce que m’a dit un boucher, pas plus de 2,000 fr. e'tant de la plus grande beaute', et les bœufs ordinaires, qui achete's par centaines reviennent de 400 jusqu’à 500 fr. On ne compte que 121 dr. , sans doute d’Egine, pour les feuilles d’or destine'es à dorer les cornes des bœufs.

Lig. 32, 49 : il est fait mention de sacrifices, sans doute à Apollon, à Latone et à Diane : ils sont nomme's rpiKTivcti Kfivui, et se composaient, comme les suooetaurilia des Romains, de trois espèces de victimes, le porc, le be'Iier et le taureau (2). On voit, lig. 39, 41, que Vaula, petite enceinte près du temple, devait être abrite'e par des tentures; il est aussi question du dromos , cours, promenade, et d’une fontaine, pour lesquels probablement le de'cret indiquait quelques dispositions particulières et des amendes auxquelles e'taient soumis ceux qui y auraient cause' quelque trouble. On trouve aussi quelques mots sur le soin des chemins et des ponts dont sont charge's les amphictyons et les villes amphictyoniques.

Notre inscription, ligne 44, parle des Pythies annuelles qui e'taient non-seulement pour les Delphiens, mais qui, de même que celles de tous les cinq ans, e'taient communes à tous les associe's de l’union amphictyonique. Celles-ci se ce'Ie'braient au mois delphien Bucatius, tandis que la Pythie annuelle avait lieu au mois Bisius qui paraît avoir pre'ce'de' Bucatius. Des théores oude'pute's devaient, au mois Bisius, être envoye's, sous peine d’amende, à Delphes par les villes amphictyoniques (3). A la dernière ligne est un mot de la trêve, tuiypjnpia, probablement ia trêve sacre'e qui avait lieu pendant les Pythies, et suspendait toutes les hostilite's, de même que celle que l’on

(1) Voy. aussi Ècon. cio. des Athéniens, t. I, p. 82; e'd. allem. Cependant, à l’inscription n® 158, je trouve que 109 bœufs ont coiite' 2 tal. 2419 drach., ce qui donne 132 drach. par bœuf, ou bien près de 20 statères d’Éginc, ce qui rabaisserait beaucoup la proportion , et l’e'tablirait telle à peu près qu’elle existe entre nos bœufs ordinaires et notre bœuf gras.

(2) Ce sacrifice se nommait rpmvç,

et en dorien TpiKJVç, rpiKTVot', YEtymol. magn. l’appelle Tpnrvv et dit

que c’ e'taient un be'Iier, un taureau, un bouc ; selon Callimaque, on offrait un bœuf, une chèvre , un verrat de trois ans; et Suidas, v. Tpmvi, le nomme un sacrifice parfait, et le compose d’un porc,

d’un be'Iier et d’un bouc. Le sacrifice de douze victimes se nommait (PtuJÏKiJïf.

(3) Voy. sur les Pythies quinquennales Clinton, Fasti hell., t, I, ann. 586; c’est de cette anne'e que, d’accord avec les marbres de Paros et avec Pausanias , M. Bœckh et M. Clinton datent la première Pythie , après la destruction de Cyrrha ; Damasias e'tait alors archonte à Athènes et Diodore l’e'tait à Delphes.

Clinton, F. H., t. I, p. 224, ann. 595. D’après le schol. de Pindare, Proleg.Pyth., ce fut alors que, pour les prix des jeux, on re'tablit la couronne d’olivier, à laquelle pendant quelques anne'es on avait substitue' un prix en argent, qu’on regardait comme beaucoup moins honorable.

GRECQUES. 873

obseiTaît religieusement loi’s de la ce'Ie'bration des jeux olympiques et en general des grands jeux sacre's de la Grèce. On voit d’après tout ceci que notre de'cret amphictyonique est d’un grand inte'rét, et que j’ai bien fait de puiser à pleines mains dans le savant commentaire de M. Bœckh. — Col. Chois.; ^ — Osann, Syll., p. 349, n° 10;

— Bœckh, Corp, inscr,, 1. 1, p. 804, n® 1688; t. II, p. 227, n® 2227. [Haut. O^jôGS =. 1 pi. 9 po. — Larg. 0“*,352 = 1 pi. 1 po. 4 li.]

453 A. démarque et Pithophanes. C, bas-rel., pl. 161 A,

pL LXII., marbre.

Ces deux noms sont grave's au-dessus de deux vieillards debout, enveloppes dans leur manteau , et qui s’entretiennent ensemble. Il ne reste que la moitié supérieure de ces deux figures d’un joli style et qui faisaient l’ornement de quelque petit monument funèbre. Les têtes, quoique alterees par le temps, ne le sont pas assez pour ne pas laisser retrouver dans les profils, surtout dans celui du vieillard à notre gauche, une expression trèsdouce et fort agre'able. — Acquis en 1833 de M. de Saint-Sauveur, consul à Salonique. [Haut. 0™,466 r= 1 p. 5 po. 3 li. — Larg. 0"*,379 1 pi. 2 po.]

Démétria (284). N° 547, pï. 156; pl. xxii, 2 lig.

454. Démétrius, de Spliette. N" 701, pl. 249; pl. lu, 3 iig., w.

Cette stèle se'pulcrale, de marbre pente'lique, porte le nom de DÉmÉ- TRiüS, de.Sphette, dème de l’Attique et de la tribu Acamantide. Le bas-relief, d’un très-bon style, offre une femme enveloppée dans son pallium; auprès d’elle est une petite figure vêtue, comme les Amazones, d’une tunique courte, et qui tient à la main quelque chose qu’on ne peut distinguer. L’ensemble de ce petit monument est très-agréable ; le fronton est ajusté avec goût, et la niche accompagnée de rosaces dans laquelle est placée la figure ajoute à l’élégance du tout. Ce monument a été décrit par Spon , Miscell. et Voyages, t. III, part, ii, p. 204; et par Caylus, Rec. d’Antiq., vol. VI, pl. 63, n° 2. Il avait été rapporté d’Athènes à Constantinople par le marquis de Nointel, de chez qui il a passé dans la collection Baudelot, d’où il est venu au Musée royal. L’inscription a été publiée par M. Bœckh, v. I, p. 614, n° 771. [Haut. 0“,975 = 3 pi. — Larg. 0”,518 =: 1 pi. 7 po. 2 1.]

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