‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 27 sur 57 · BATAILLE DE FRIEDLAND · texte numérisé non relu

BATAILLE DE FRIEDLAND

- —Vîilsîî'-

Cette ville, dont le nom décomposé {friede, paix, land, pays) indique le séjour de la paix, ment à son étymologie, par le souvenir d'une bataille terrible qui fêta noblement l'anniversaire de Marengo.

Plusieurs affaires, telles que celles de Spaodeii , de Lomitten, d'Altkircbeii , de Wolfesdorf, de Deppen, le combat de Guttstadt, la journée meurtrière dlleilsberg, en sont les glorieux préludes. La grande action ne commença qu'à cinq heures du soir. L'ennemi appuyait sa gauche à la ville de Friedland , et sa droite se prolongeait jusqu'à la hauteur de Heinrichsdorf, dans un espace dîme lieue et demie. L'Empereur, après avoir reconnu la position de l'armée russe, décidaqu'ilfallaitenleversur-leKîhamp la ville de Friedland, en opérant brusquement un changement de front, la droite en avant, et fit commencer l'attaque par l'extrémité de cette aile. Le maréchal Ney commandait la droite , le maréchal Lannes le centre , le maréchal Mortier la gauche.

Le maréchal Ney se mit en mouvement ; il était couvert par le bois de ■Sortlack , et précédé d'une batterie de vingt pièces de canon , qui ne fut pas plus tôt à portée qu'elle foudroya la gauche de l'ennemi. La division du général Marchand s'avança t'arme au bras, prenant pour point de direction le clocher de Friedland ; cette division était soutenue sur la gauche par celle du général Bisson. Plusieurs régiments de cavalerie et une nuée de Cosaques sont dissipés par la division de dragons du général Latour-Maubourg. En même temps le général Sénarmont, commandant l'artillerie du premier corps d'armée, portait à quatre cents pas en avant du centre de la réserve ime batterie de trente pièces

de canon j et faisait éprouver de grandes pertes à l'ennemi par ce feu redoutable. Toutes les démonstrations que les Russes voulurent £aire pour opprer une diversion furent inutiles.

Le général en chef Beningsen ne peut tenir contre le général Marchand , qui charge l'ennemi à la baïonnette, et l'accule sur l'Aile , où plusieiu*s milliers d'hommes trouvèrent la mort. Forcée dans Friedland, la garde impériale russe, qu'a déjà vigoureusement entamée la division Dupont, n'a plus qu'à fuir , qu'à se rendre , ou à mourir.

Au centre , le général Beningsen n'est pas plus heureux. Ce fut en vain que, par des charges réitérées d'infanterie et de cavalerie, les Russes voului^ent arrêter l'élan que des chefs tels que le maréchal Lannes, les généraux Oudinot et Verdier, imprimaient à leurs troupes.

A la gauche , le maréchal Mortier s'était maintenu avec beaucoup de sangfroid et de fermeté contre des troupes plus nombreuses que les siennes. Soutenu par le régiment des fusiliers commandé par le colonel Curial , sous la direction du général Savary , il se porte en avant, et active la perte du général Korsakow , qui commandait l'aile droite ennemie.

La victoire , qui n'avait pas été un moment incertaine , se trouvait complète à onze heures du soir. Dans cette journée , Napoléon déploya toute la puissance de son génie militaire : tranquille au milieu de vingt mille hommes de la garde, qu'il condamne, ainsi que deux divisions de la réserve du premier corps, à être témoins immobiles de son succès, il fit détruire la grande armée de l'empereur Alexandre , et les derniers débris de l'armée du roi de Prusse , par les bataillons de la ligne , soutenue de la cavalerie française et saxonne , sous les yeux des deux souverains , dont l'un comptait se venger d'Austerlitz , l'autre d'iena. Cinquante à soixante mille hommes tués, blessés ou pris, parmi lesquels vingt-cinq généraux, quatre-vingts pièces de canon , soixantedix drapeaux , sont le résultat de la dé£EÙte des coalisés. Le lendemain , ce n'est plus la bataille , c'est la déroute qui continue. Les corollaires doivent être l'occupation de Kœnisberg, la capitulation des places de Glatz et de Kozel en Silésie, l'armistice demandé par les Russes, l'entrevue des deux empereurs de France et de Russie sur le Niémen, puis enfin le fameux traité de Tilsitt, expression la plus haute de la gloire et de la puissance de Napoléon.

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