‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 28 sur 57 · A TILSITT · texte numérisé non relu

A TILSITT

L'empereur Napol(^on et la reine de Prusse étaient à Tilsitt deux personnages en scène; l'une cherchant, par les séductions bien légitimes de son esprit, de sa beauté et de ses grâces, à intéresser, en faveur d'un état mal-> heureux, la générosité d'un ennemi triomphant; l'aolre, sur la défensive, attentif k se préserver de tout entraînement chevaleresque, bien résolu qu'il était de ne pas sacrifier de solides avantages à une vaine renommée de politesse et de galanterie. La reine, par ses vertu», par ta sincérité de ses regrets srr des maux auxquels son impnidence avait contribué , etit mérité de trouver un vainqueur moins inexorable.

Peut-être si la reine de Prusse eût paru à Tilsitt au premier moment de la réunion des empereurs, sa présence eût-eltc produit un résultat avantageux pour cette nionarchie, parce que alors Napoléon aurait pu se croire obligé d'acheter à ce prix la condescendance d'Alexandre; mais du moment qu'il s'était, par quelques entretiens avec le monarque russe, assuré le concours de ce prince k ses vues, indépendamment du sort qui pouvait être réservé à Frédéric-Guillaume , l'arrivée de la reine devenait un embarras , sans porter avec elle aucune utilité. Il parait même que sa participation aux débats qui avaient lieu, ne fit que hâter des déterminations contraires aux intérêts qu'elle venait défendre. La reine en eifet, ramenant avec beaucoup d'art dans la conversation les points non encore résolus qu'elle <lésirait faire décider d'une manière favorable, mettait l'empereur Napoléon dans l'alternative ou de montrer une rigueur dont l'expression est toujours pénible envers une

reine qui supplie, ou, lorsqu'il éludait la question par des paroles moins fermes, de fournir à cette princesse le prétexte de voir une concession dans un demi-mot ou dans une réticence. De là, le lendemain, des altercations sur de prétendues promesses de la veille, altercations dans lesquelles l'empereur Alexandre fut plus d'une fois pris pour juge. Fatigué de ces querelles. Napoléon chargea son ministre de se montrer intraitable sur les articles contestés et de presser la conclusion. Une discussion plus longue eût pu être moins défavorable à S. M. prussienne.

Il en fut de la paix comme de larmistice. Le traité de la France avec la Russie fut signé le 7 juillet 1807, le traité avec la Prusse le 9 seulement. La distinction des deux traités et la différence de leurs dates semblent avoir pour but de faire voir que la Prusse ne traite pas, qu'on a traité en son nom, et qu'elle ne fait que subir les conditions réglées pour elles. Cet abaissement de la maison de Brandebourg est même formellement constaté par l'article 4 du traité entre la France et la Russie. « L'empereur Napoléon, porte cet article, par égard pour l'empereur de toutes les Russies, et voulant donner une preuve du désir sincère qu'il a d'unir les deux nations par les liens d'une con6ance et d'une amitié inaltérables, consent à restituer à S. M. le roi de Prusse, allié de S. M. l'empereur de toutes les Russies, tous les pays, villes et territoires conquis et dénommés ci-après. »

Ainsi rien n'est fait en faveur de la Prusse par considération pour elle ni pour son roi. En conséquence d'un faux principe qui changerait le droit de possession par le fait seul de la conquête. Napoléon dispose de la Prusse comme d'un pays vacant sur lequel il ne rester£|it de droit fondé à personne. Ce n'est point au roi vaincu, c'est à l'allié de la Russie, c'est pour prix de l'union de la Russie avec la France que le traité restitue à Frédéric-Guillaume la moitié de ses états.

(BiGNOff , Histoire de France.)

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