BATAILLE DE VALMY
A quoi tient la popularité de cette bataille dont les épisodes passeraient inaperçus dans toute autre? Kellennann a un cheval tué sous lui , le lieutenant colonel Lomier son aide-de-càmp tombe mort à ses côtés; le général d'artillerie Sénarmont est blessé à la cuisse ; quelques obus prussien^ont sauter deux caissons et jettent le désordre dans nos rangs; enfin sept k huit cents hommes sont tués ou blessés, le tout ausond'unetanonnadequi dura toute la journée. Plus tard de simples escarmouches donneront des résultats plus désastreux et seront à peiné consignés dans un ordre du jour. Mais la victoire de Valmy est ' le signal donné à toutes celles qui suivirent, et le prologue du grand drame militaire dont ta scène sera partout depuis 9a jusqu'à 181 5.
£n 1 793 , l'armée active ne montait pas à cent mille hommes ; tous les officiers émigraient, des régiments entiers passaient à l'ennemi; les deux déroutes de Quiévrain et de Marquain, en Belgique, avaient démoralisé les troupes; le soldat ne comptait pas encore sur son chef; il venait de massacrer k Lille le général Théobald Dillon et le colonel du génie Berthois ; l'enthousiasme révolu* tionnaire n'en était qu'àses premiers essais dans les camps. Et cependant l'ennemi s'avançait; le duc de Brunswick, réputé te meilleur général de l'Europe depuis la guerre de sept ans, avait pris Longwy et Venlun; il pénétrait dans la Champagne ; en quelques jours , il arrivait aux portes de Paris avec ses quatrevingt mille hommes; le roi de Prusse, impatient de restaurer la monarchie française sur ses antiques bases, pressait son lieutenant d'en finir au plus tôt avec les Jacobins par quelques marches forcées; mais te duc de Brunswick, temporiseur à contre-temps, donna le loisir k Dumouriez de réoi^[aniser l'armée du Nord. Les gardes nationales s'armaient; les volontaires accouraient en foule à Châlons, le rendez-vous général; Kellermann, commandant de l'armée du Rhin, s'approchait avec vingt-deux mille hommes, réunis à la bâte, et campait à Dampierre-le-Chàteau ; Dumouriez avait pris position à Sainte-Menehould , en avant de Châlons ; les Priissiens avaient tourné la forêt de l'Argonne , et se développaient derrière les hauteurs de la Lune , aux environs
de Valmy; cinquante mille hommes contre quatre-vingt mille! Dumouriez égalisa les chances par ses dispositions.
Le 2M0 septembre, à six heures du matin , Tavant-garde ennemie marcha sui^ Somme-Bionne y et rencontra au village de Hans l'avant-garde de Rellermann, aux ordres du général Desprès-Crassier. Le prince de Hohenlohè-Rirchber fit attaquer aussitôt; le combat fut animé; les Français, moins nombreux, se replièrent sur le gros de Tarmée ; mais le général de Tarmée du Khin envoya sa r^rve avec le général Valence. Valence la disposa habilement entre Gizaucourt et Valmy , sur les hauteurs , masquant la plaine qui s'étendait sur ses derrières. Les Prussiens s'y laissèrent tromper; ils crurent que cette réserve n'était qu'une avant-garde et suspendirent leur mouvement circulaire , qui allait envelopper l'armée française. Kellermann s'avance avec la deuxième ligne , appuyant sa droite à Valmy , sa gauche au ruisseau de l'Auve, occupant Gizaucourt et Maupertuis; il charge le général Stengel de couronner le moulin de Valmy d'une batterie de dix-huit pièces de canon, qui couvrait l'aile droite; une seconde batterie de mém^ force dut protéger le centre de la ligne; Dumouriez détacha une partie de sa cavalerie et de son infanterie, sous les ordres des généraux Frégeville, Beumonville et Leveneur, pour renforcer les colonnes de Kellermann.
Dans l'intervalle , les Prussiens avaient établi sur les hauteurs de la Lune , entre Falcourt et Somme-Bionne , une redoute de cinquante-huit bouches à feu. La canonnade dura depuis sept heures jusqu'à neuf. Les généraux Valence et Stengel marchaient vers l'ennemi au pas de charge. Une batterie d'obusiers démasquée à l'improviste les arrêta ; la première ligne reculait déjà ; les munitions allaient manquer; trois colonnes ennemies marchaient sur Valmy. Le général mit son chapeau au bout de son épée , en criant : « Vive la nation ! » Ce cri répété partout ranima le courage des troupes ; on attendit les Prussiens à la baïonnette; l'artillerie redoubla son feu ; l'ennemi hésitait ; Brunswick fit sonner la retraite, au moment où Stengel repoussait le général Clairfait à Maffrecourt , sur les derrières de notre armée. A quatre heures , une nouvelle attaque eut lieu sur toute la ligne ; vingt-quatre pièces de position foudroyèrent les ennemis des hauteurs de Valmy. A sept heures, le combat était fini; Brunswick n'avait pu entamer une seule de nos positions. La France était sauvée. Tout le monde fit admirablement son devoir, Kellermann et Valence, Beumonville et Stengel. Le jeune duc de Chartres , désigné pour aller commander à Strasbourg , et qui avait préféré rester à l'armée active, se couvrit de gloire, en se maintenant toute la journée dans une position difficile, en butte à tous les e£Forts de l'ennemi. Lieutenant-général depuis le 1 1 septembre , il n'avait que dix-neuf ans.