‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 4 sur 57 · DUC DE CHARTRES · texte numérisé non relu

DUC DE CHARTRES

Vingt-deux ans ! quelle vie déjà pleine de déceptions! dévouement militaire, dévouement national y rien n'est compris ; c'est en vain qu'il s'est soumis lui et les siens au niveau de l'égalité; jamais on ne croira qu'il y ait un prince de moins et un citoyen de plus ; tout est suspect , même la gloire ; car déjà y par une réaction perfide, Robespierre a renouvelé la motion que Louvet avait faite contre les Bourbons restés en France, c'est-à-dire contre les membres de la famille d'Orléans; et si la Montagne étonnée repousse sa proposition, à défaut de preuves pour l'appuyer, il impose sa conyiction morale. Immédiatement après, on s'occupa des moyens d'atteindre l'ennemi intérieur, les aristocrates , les traîtres dont on se disait entouré. Malheur aux hommes de bonne foi! malheur aux hommes de bien ! malheur à tous! le tribunal révolutionnaire est institué ; sa voix menaçante gronde au loin , elle couvre celle de Dumouriez dont la mauvaise humeur s'est accrue avec les revers, et qui, récusant ses juges, n'en appelle point à la patrie mieux informée, mais à l'ennemi. Un temps de galop vers les Autrichiens y et tout sera dit. Triste extrémité qui n'eut pour excuse ni l'entêtement aristocratique de Bouille, ni la délicatesse des principes de Lafayette ; car il avait toléré tous les désordres jusqu'au moment où ils avaient contrarié ses projets.

Qu'il ait connu ou ignoré les véritables desseins de ce général , le duc de Chartres fut contraint de lier un instant son sort au sien , grâce à l'espèce de solidarité que la Convention affectait d'établir entre eux ; ce n'était pas trahir la France, c'était fuir l'échafaud. La hache est levée sur ceux qui restent, le comité de salut public entre en fonctions , Marat triomphe , et la Gironde va succomber.

Une ère nouvelle commence pour le jeune exilé ; il a dépouillé ce brillant uniforme qu'il portait si bien à Valoiy, à Jemmapes, à Nerwinde, et ce n'est point pour en demander un à l'Autriche ; il ne maudit point la France en la quittant, et s'il doit la revoir un jour, il ne sollicitera pas l'oubli du passé , mais bien le souvenir.

Le voici libre autanjt qu'on peut l'être avec un nom comme le sien à cacher , et la pauvreté seule pour le couvrir. Déjà la Suisse s'inquiète , Zug repousse un hôte dangereux , et le collège de Reichenau dans le pays des Grisons ne s'ouvre à lui , après examen préalable , que sous un nom d'emprunt : c'est tout ce qu'il emprunte. Bientôt il en prend un autre, et non pas celui de duc d'Orléans que lui laisse la mort tragique de son père : il n'est lui qu'un beau jeune homme, l'aide-de-camp Corby; et tandis que les gazettes allemandes le faisaient vivre fastueusement et mollement dans un palais que le général Montesquiou avait, disait-on, fait bâtir à Bremgarten, il manquait d'argent ainsi que son général , et tous deux menaient l'existence la plus modeste. C'est alors qu'il dut se féliciter de l'éducation virile qu'il avait reçue, par les soins d'une femme (madame de Geulis), qu'il dut s'estimer heureux d'avoir appris, dès l'enfance, les principales langues modernes, de s'être accoutumé à se servir seul , à mépriser toute espèce de mollesse , à coucher sur la dure , à braver l'intempérie des saisons ; aussi pas une plainte , pas un murmure , pas une action dont il puisse rougir un jour; philosophe observateur, il étudiera le fort et le faible des gouvememens européens , les libertés nouvelles de l'Amérique, et lorsqu'une aiUre révolution aura placé la couronne de France sur sa tète , il résumera en sa personne la meilleure des républiques.

/• ^ :k. :k. j^ .K. :k A', "v 'K .iic ^ iK. :k 'w. v: w vl ■^ <k ^ v 'v 'v :w v; »' sr x^ ^v ?w: ^v 'v 'î/ 'v s^ iw iy vr ^ v> ^ >'' v v *'* </^ *£*

Page 1