TRUGUET
Truguel (I^urent-Jean-Françoîs), amiral, comte, pair de France, grand'croix de l'ordre royal de Saint-Louis, grand cordon de la Légioii-d'Honneur, est né à Toulon. Son père , ancien chef d'escadre , avait occupé long-temps la place importante de directeur du port de Toidon. En 1766, le jeimeTruguet entra au service comme garde de la marine, c'est-à-dife élève. La guerre d'Amérique ne fut en quelque sorte pour Truguet qu'une seule campagne militaire de six ans. Il prit part aux combats que livrèrent le comte d'Estaingen 1778 et 1779, et MM. de Guichen et de Grasse en 1 78 1 et 1 782. A la malheureuse affaire de Savannah , il sauve la vie au comte d'Estaing , et la croix de Saint-T^uis est sa récompense. M. de Choiseul-GoufHer le prend en amitié, et le charge d'une grande partie de ce qui concernait la marine dans sa haute mission près la Porte-Ottomane. De retour en France au commencement de 1 789 , TrugUet reçut du roi les témoignages de satisfaction les plus flatteurs. En 1790, il fut envoyé à Brest pour y prendre le commandèmerit d'une frégate destinée à une mission particulière de la plus haute importance ; l'imminence d'une guerre prochaine fit contremander cette mission. la même circonstance devait rendre peu fructueux levoyageque, dans l'année 1791, Truguet fit en Angleterre pour observer les ressorts admirables de la puissance navale britannique. I.es observations recueillies dans le cours de ce voyage et l'étude approfondie du régime de la marine hollandaise, complétèrent l'éducation politico-navale de Truguet, et le qualifièrent dignement pour l'exercice des hautes fonctions militaires et administratives auxquelles il fut appelé plus tard par tes gouvernements qui remplacèrent l'autorité royale en France. I..'infortuné Louis XVI, cet illustre ami de la marine, récompensa le zèle et les efforts de Truguet par un avancement extraordinaire. De capitaine de vaisseau à la date du i" janvier 179a, il le fit contre-amiral le 1 ^"^ juillet suivant. La responsabilité de ce grade pèse sur
Truguet à la malheureuse affaire de Cagliari ; et, sous le directoire , il en assume une autre bien plus grande encore , celle de ministre! Une inconcevable ùtalité contraria ses plans , et empêcha les Français de porter à la fois deux coups bien funestes à la Grande-Bretagne. Aux approches de la célèbre journée du 1 8 fructidor y le parti encore dominant, quoique près de sa chute, demanda et obtint le renvoi d'un ministre qui servait trop bien le pays pour lui être agréable. I^ marine n'eut que trop lieu de déplorer cette chute. Lorsque Bonaparte , de retour de ses brillantes campagnes d'Italie, (îit nommé au commandement de l'armée dite d'Angleterre, l'amiral Truguet lui offrit son assistance pour le réarmement de nos. escadres , que son successeur avait laissées dans l'inaction et le dépérissement ; mais l'expédition annoncée fastueusement contre les îles britanniques, n'avait pour objet que de masquer celle d'Egypte; et Truguet , nommé ambassadeur à Madrid , n'en est rappelé par l'intrigue que pour être porté sur la liste des émigrés. 1^ Hollande accueillit avec distinction le noble exilé. Enfin l'épée de Bonaparte se substitue à tous les pouvoirs. On sait avec quelle répugnance l'armée de Brest et le corps d'Augereau sanctionnèrent de leur approbation le £simeux sénatus-consulte organique du a8 floréal an XII. Le nouvel empereur destitue l'amiral Truguet, destitue le conseiller d'État, et , chose inouie , le raye de la liste de laLégion-dlIonneur, dont il était grandofficier depuis la création. La voix publique fut unanime sur cette disgrâce. Après y avoir été sourd pendant cinq années, Napoléon nomma Truguet préfet maritime à Rôchefort , et lui confia ensuite la haute administration maritime de la Hollande quand ce royaume éphémère eut été annexé à la France. Louis XVni, approuvant les services que l'amiral Truguet avait rendus à la marine, le nomma comte , et lui conféra le grand cordon de la I^égion-d'Honneur. I^ retour de Napoléon fut pour Truguet une disgrâce de cent jours, dont lui tint compte la seconde restauration. Brest prend une attitude menaçante , et tient en respect les puissances aUiées. Ce fut l'ouvrage de Truguet qui , en cela , avait dignement suivi les ordres de Louis XVHI. Créé pair au mois de mars 1 8 1 9, il a fait profiter la chambre haute de sa longue expérience } et à son nom se rattachent le rétablissement des préfectures maritimes, la création d'équipages de ligne dont les cadres sont complétés sur les levées annuelles fournies par la loi du recrutement, et la formation d'un conseil d'amirauté. Le gouvernement de Louis-Philippe, en créant la dignité d'amiral, égale pour le rang à celle de maréchal , fit choix de Truguet et du brave Duperré.
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