‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 51 sur 57 · QUITTE LE PALAIS-ROYAL POUR SE RENDRE A L'HOTEL-DE-VILLE · texte numérisé non relu

QUITTE LE PALAIS-ROYAL POUR SE RENDRE A L'HOTEL-DE-VILLE

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C'était le 3i juillet i83o. F^ liberté, fort embarrassée d'elle-même, cherchait , du haut des ruines de l'ancienne monarchie , à qui se donner pour rester belle et pure. Ses meneurs avaient hâte de déposer leur longue tutelle de quatre jours; le royaume demandait un lieutenant-général en attendant un roi , et le duc d'Orléans n'hésitait pas à accepter ce hardi protectorat. Il avait été décidé que le bill des droits de la France lui serait porté par tous les députés présents. « La lecture terminée, dit le Constitutionnel y M. le duc d'Orléans s'est exprimé tout à la fois avec une émotion et une franchise qui ont produit le plus vif enthousiasme : « Messieurs, a-t-il dit, les principes salutaires que « vous proclamez ont toujours été les miens. Vous me rappelez tous les soute venirs de ma jeunesse, et mes dernières années en seront la continuation. K Je travaillerai au bonheur de la France par vous et avec vous comme un bon, « comme un vrai père. de famille. Toutefois, les députés de la nation me comte prennent aisément loi*sque je leur déclare que je gémis profondément sur « les déplorables circonstances qui me forcent à accepter la haute mission « qu'ils me confient et dont j'espère me rendre digne. »

Ces paroles, ou plutôt cette cordiale et franche acceptation des grands principes du gouvernement constitutionnel , ont été accueillies par MM. les députés avec les témoignages de la plus vive satisfaction.

Le prince a ajouté: «Messieurs, au moment où vous arriviez j'allais me « rendre à l'Hôtel-de- Ville ; je serais bien heureux si je traversais Paris au (c milieu des députés de la nation. »

Tous nos mandataires se sont empressés de suivre le lieutenant-général du royaume qui est monté à cheval dans la cour du palais, sans état-major, sans autre garde que le peuple, sans autre cortège que celui des députés du pays. Le prince était en habit d*officier-général , ne portant d'autre décoration que le ruban de la Légion-dHonneur et la cocarde tricolore.

Peindre les cris d'enthousiasme du peuple, serait aussi difficile que d'exprimer son héroïsme dans les jours du combat. Les flots de la population se pressaient et se confondaient tellement que MM. les députés étaient obligés de se séparer, et leur marche était d'autant plus difficile qu'elle était entravée par les immortelles et héroïques barricades. A l'instant même les citoyens improvisent la plus admirable escorte qui ait jamais accompagné les députés d*iin peuple et le chef d'un gouvernement libre. Ils se donnent tous la main, marchant ainsi transversalement dans l'immense trajet du Palais-Royal à THôtel-de-Ville, et formant ainsi une longue chauie ou plutôt un immense faisceau, et tous s'écriaient : « Voilà un ordre qui ne s'est jamais établi avec des gen- « darmes. »

, Le prince s'arrêtait souvent , le chapeau à la main , saluant du geste et de la voix le peuple héroïque de la grande capitale, digne représentant de la grande nation. Les marches de l'Hôtel-de- Ville étaient couvertes de gardes nationaux; le prince leur a dit : « Messieurs, c'est un ancien garde national «qui vient rendre visite à son ancien général (le général Lafayette). ■ La proclamation a été lue de nouveau, dans la grande salle de l'Hôtel-de- Vil le, par

M. Viennet, député de THérault.

La place de l'Hôtel-de- Ville , les quais des deux rives de la Seine , les rues adjacentes , les croisées de tous les étages étaient encombrés d'une multitude de citoyens tous parés des couleurs nationales. Au moment où M. le duc d'Orléans et le héros des deux mondes, le général Lafayette, se sont présentés sur le balcon de l'Hôtel-de- Ville , étroitement embrassés et agitant le glorieux drapeau tricolore, un tonnerre d'applaudissements, de bravos, des cris de « vive la charte! vive la liberté! » a retenti sur les deux bords.

Jamais spectacle plus sublime, plus imposant, plus national , n'a été offert à l'admiration des peuples. Le bruit des canons, de la mousqueterie , et le carillon de toutes les cloches, se mêlaient aux cris de la sublime population parisienne. Le prince est rentré dans son palais au milieu des mêmes acclamations, n'ayant d'autre cortège que les citoyens et d'autres courtisans que le peuple.

Le Constitutionnel f qui jouissait de son œuvre y écrit^uit ainsi l'histoire le i" août de la mémorable année i83o.

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