COMBAT DE LA SICKACK
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Abd^el-Kader avait appelé du secours de partout pour empêcher le général Bugeaud de ravitailler Tlecncen, et depuis quatre jours il était posté au Telgoat, près de la Tafna , trompé par une reconnaissance que son adversaire avait fait pousser jusque-là, dans le double but de lui cacher sa marche pour le moment , et de reconnaître la route pour Tavenir.
Le général Bugeaud partit de Bacligoun le 4 juillet. Il poussa trois bataillons aux ordres du colonel Combes sur la route du Telgoat, et vint camper avec, un convoi de cinq cents chameaux et trois cents mulets à quelque distance derrière lui. A deux heures du matin, Combes quitta .son camp sans bruit, et, par un sentier à gauche, il fît occuper le col de Sab-Chiouch. Une heure après, le convoi et le reste de la division s'y dirigèrent, et, comme le col n'était pas gardé, à sept heures tout le convoi était passé et descendait sur Tisser.
En ce moment, Abd-cl-Kader, instruit de la marche de l'armée française, se rapprocha d'elle. Vers trois heures de l'après-midi, deux mille chevaux environ, aux ordres de son lieutenant Ben-Nouna, défilèrent en vue du camp sur la rive droite de l'Isser, et allèrent camper sur la gauche des Français. Le reste de la troupe remonta la rive gauche de Tisser, et vint camper sur la droire. Cette manoeuvre avait pour but d'enfermer nos troupes dans le pro-. fond ravin de la Sickack, qu'elles devaient franchir par deux foisdifTérentes pour se rendre à TIemcen. £n conséquence, le général Bugeaud ordonna une reconnaissance dans le but de trouver une autre route; mais, comme elles présentaient toutes des difficultés, soit pour le combat, soit pour le convoi, il se décida à franchir la Sickack, et il quitta son camp à trois heures du matin, afin de passer le premier ravin, d'être plus près de TIemcen avant d'èlre attaqué, d'y jeter son convoi et de reprendre l'offensive dès qu'il serait débarrassé de cette énorme charge. « Soldats, dit-il « aux troupes, vous serez attaqués demain dans votre marche; vous saurez « un temps souffrir les insultes de l'ennemi, et vous vous bornerez à le
« contenir. Mais, dèsque j^aiirai jeté mon convoi dans Tiemceny vous prendrez « votre revanche; vous marcherez à lui, et vous le précipiterez dans les ravins a de Tisser, de la Sickack ou de la Ta&ia. »
Abd-el-Kader commença Tattaque par la gauche, à quatre heures et demie du matin, lorsque le convoi n*avait passé qu'à moitié le premier ravin de la Sickack;. alors le général Bugeaud chargea le colonel Combes, avec la colonne de droite, de la garde du convoi, et, soupçonnant que la colonne d'Âbd-el- Kader ne tarderait pas à reparaître sur le plateau de la rive gauche, il s'em* pressa d'y arriver avec les deux autres colonnes du centre et de gauche. L'armée française ne pouvait trouver un champ de bataille plus heureux que celui que lui offrait la fortune. Âbd-el-Kader avait derrière lui un plateau facile pour la cavalerie, de dix à douze kilomètres d'étendue, et entouré sur trois côtés par la Sickack, l'Isser et la Tafna, de sorte que le général français était presque assuré, en le mettant en fuite, de l'acculer à un ravin où il devait éprouver des pertes considérables, pourvu que la poursuite fût vigoureuse.
Les Arabes s'avancèrent par grosses masses informes et en poussant des cris affreux; leur nombre était tel, quau moment de l'attaque leur fusillade ressemblait à un feu de deux rangs de plusieurs régiments de notre infan» terie. Le général Bugeaud, jugeant que le moment de prendre l'offensive était arrivé, et qu'un muuveroent rétrograde pouvait tout compromettre, après avoir lancé des obus et de la mitraille sur l'ennemi, fit ébranler toutes les troupes à la fois. Les Arabes plièrent, mais avec lenteur. Le a* régiment de chasseurs exécuta sur eux une charge à fond, d'abord avec un plein succès; mais l'aile droite des ennemis ayant attaqué le flanc gauche des chasseurs, pendant qu'une autre troupe sortie du ravin les fusillait sur le flanc droit, les Français se retirèrent sous la protection des bataillons que le général menait lui-même k leur secours presque au pas de course. T^es Arabes plièrent une seconde fois; alors Abd^eUKader lui-même s'avança avec Tin fan terie régulière qu'il avait conservée en réserve et la cavalerie qu'il put ramener. C'était la première fois, dit*on, que l'on voyait les Arabes employer une réserve ou l'engager avec tant d'à-propos. Ce dernier effort ne pot arrêter nos soldats. Ils se précipitèrent sur ces troupes, qui, malgré un feu bien nourri, furent rompues et précipitées sur le point le plus difBcile de Tisser. Une pente assez rapide aboutit à un rocher taillé à pic , à trente ou quarante pieds au-dessus de la plage. C'est là qu'un carnage horrible commença, et se poursuivit malgré tous les efforts du général. Pour échapper à une mort certainci ces malheureux se précipitaient en bas du rocher, s'assommaient ou se mutilaient d'une manière affreuse , et ce ne fut qu'à force de cris, quelquefois même de coups de plat de sabre, que le général Bugeaud parvint à sauver cent trente hommes de l'ipfanterie régulière, qu'il fit passer en France» (Moviteor.)
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