‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 11 sur 112 · PRÉDICATION DE LA SECONDE CROISADE · texte numérisé non relu

PRÉDICATION DE LA SECONDE CROISADE

des infidèles, l’Église et lui-même contre les attaques des hérétiques et des novateurs. Eugène félicita le roi de France sur sa pieuse résolution; il exhorta de nouveau, par ses lettres, tous les chrétiens à prendre la croix et les armes, et leur promit les mêmes privilèges, les mêmes récompenses qu’Urbain II avait accordées aux guerriers de la première croisade. Retenu en Ilalie, où il s’occupait d’apaiser les troubles de Rome, il regrettait de ne pouvoir, comme Urbain , venir au delà des Alpes ranimer le zèle des fidèles par sa présence et ses discours.

Dès que la décision du pontife fut connue, une nouvelle assemblée fut convoquée à Yézeîay, petite ville de Rourgogne. La réputation de saint Rernard, les lettres adressées par le pape à toute la chrétienté, firent accourir à cette réunion un grand nombre de seigneurs, de chevaliers, de prélats et d’hommes de toutes les conditions. Le dimanche des Rameaux, après avoir invoqué le Saint-Esprit, tous ceux qui étaient arrivés pour entendre l’abbé de Clairvaux s’assemblèrent sur le penchant d’une colline, aux portes de la ville. Une vaste tribune fut élevée, où le roi, dans l’appareil de la royauté, et saint Bernard, dans le costume modeste d’un cénobite, furent salués par les acclamations d’un peuple immense. L’orateur de la croisade lut d’abord les lettres du souverain pontife, et parla ensuite à ses auditeurs de la prise d’Édesse par les musulmans et de la désolation des saints lieux. Il leur montra l’univers plongé dans la terreur, en apprenant que Dieu avait commencé à perdre sa terre chérie. Il leur représenta la ville de Sion implorant leur secours, et la Jérusalem céleste ouvrant ses portes pour recevoir les glorieux martyrs de la foi. Ces paroles de l’orateur excitèrent un vif enthousiasme dans l’assemblée des fidèles, et, comme Urbain au concile de Clermont, saint Bernard fut interrompu par les cris répétés de Dieu le veut! Dieu le veut!

Louis VII , vivement ému des paroles qu’il venait d’entendre, se jeta, en présence de tout le peuple, aux pieds de saint Bernard, et lui demanda la croix. Revêtu de ce signe révéré, il parla lui-même à l’assemblée des fidèles pour les exhorter à suivre son exemple. Les croix que l’abbé de Clairvaux avait apportées ne purent suffire au grand nombre de ceux qui se présentaient. Il déchira ses vêtements pour en faire de nouvelles, et plusieurs de ceux qui l’environnaient mirent à leur tour leurs habits en lambeaux, afin de satisfaire l’impatience de tous les fidèles qu’il avait embrasés du feu de la guerre sainte. Pour conserver la mémoire de cette journée, Pons, abbé de Yézelay, bâtit sur la colline où les chevaliers et les barons s’étaient assemblés, une église qu’il dédia à la Sainte Croix. La tribune du haut de laquelle saint Bernard avait prêché la croisade, y resta exposée à la vénération des fidèles jusqu’à l’année 1789.

Page 1