PRÉDICATION DE LA SECONDE CROISADE
A YÉZELAY
près la chute d’Édesse, saccagée par Noureddin de la manière la plus barbare, les colonies chrétiennes, sans cesse menacées par les musulmans, appelèrent les princes de l’Europe à leur secours. L’évêque de Gibelet, en Syrie, accompagné d’un grand nombre de prêtres et de chevaliers, se rendit à Viterbe, où se trouvait alors le souverain pontife. Les récits de l’ambassade chrétienne firent couler les larmes du chef des fidèles; les malheurs d’Édesse, les malheurs qui menaçaient Jérusalem, répandirent partout la consternation et la douleur. Des cris d’alarme retentirent dans tout l’Occident. Quarante- cinq ans s’étaient écoulés depuis la délivrance du saint sépulcre; l’esprit des peuples n’était point changé; de toutes parts on courut aux armes.
Lorsque les ambassadeurs d’Orient arrivèrent en Europe, Louis YII venait de monter sur le trône de France. Ce jeune monarque avait vu commencer son règne sous les plus heureux auspices. La plupart des grands vassaux , révoltés contre l’autorité royale, avaient déposé les armes et renoncé à leurs prétentions. Par son mariage avec la fille de Guillaume IX, Louis le Jeune venait de réunir le duché d’Aquitaine à son royaume. La Fiance agrandie n’avait rien à craindre des États voisins; et, tandis que les guerres civiles désolaient à la fois l’Angleterre et l’Allemagne, elle llorissait en paix sous l’administration de Suger.
Ce fut à la voix de saint Bernard que les peuples et les rois de la chrétienté vinrent cette fois se ranger sous les drapeaux de la croix. Saint Bernard fut l’éclatante expression de ce double enthousiasme religieux, il fut l’homme de cette double passion qui remuait alors le monde, et les chroniques du douzième siècle nous ont parlé du prodigieux pouvoir de sa parole.
Eugène III, qui venait de succéder à Innocent II, avait déjà, dans plusieurs de ses lettres, sollicité le secours des fidèles contre les musulmans. Jamais le saint-siège n’avait eu plus de motifs pour faire prêcher une croisade. Un esprit de sédition et d’hérésie commençait à s’introduire parmi les peuples, même parmi le clergé d’Occident, et menaçait à la fois la puissance des papes et les doctrines de l’Eglise. Dans cet état de choses, un grand événement comme celui de la croisade devait détourner les esprits des nouveautés dangereuses et les rallier autour du sanctuaire. Le souverain pontife pouvait voir dans une guerre sainte le double avantage de défendre Jérusalem contre les entreprises