RETOUR DES CENDRES DE NAPOLÉON
Dors! nous t’irons chercher, ce jour viendra peut-être. Car nous t’avons pour dieu sans t’avoir eu pour maître ; Car notre œil s’est mouillé de ton destin fatal ,
Et sous les trois couleurs, comme sous l'oriflamme, Nous ne nous pendons pas à cette corde infime Qui t’arrache à ton piédestal!
(Victor Hugo, O Je à la Colonne.)
epuis le matin , et sous un ciel bleu qui pouvait rappeler à la fois et la bataille d’Austerlitz et la triste campagne de 1 812, la population de Paris s’écoulait à Ilots pressés dans les rues, sur les quais et le long des boulevards, toute cette foule se dirigeant vers les lieux que devait parcourir le convoi de l’Empereur. Les troupes défilaient, musique et tambours en tête ; les légions arrivaient de tous les points de la capitale et de la banlieue, malgré le froid, car c’est la dernière revue que va passer la grande ombre de Napoléon. Les soldats d’autrefois ne manquent pas à l’appel : grenadiers et chasseurs de la vieille garde, dragons de l’Impératrice , hussards de la mort , chamborans , vélites , guides, lanciers rouges.
Le grand homme, dont la population de Paris vient célébrer, après vingt ans, les tardives et religieuses obsèques, la mort l’avait purifié, on peut le dire, de toutes les passions politiques qui avaient essayé d’exploiter sa mémoire. Napoléon était ramené en France seul de son nom , seul de sa race, seul dans sa popularité et dans sa gloire, et c’est Napoléon tout seul que la France venait de recevoir sur ses rivages et dans ses villes ; c’est pour lui seul qu’elle élevait des statues, tressait des couronnes et ramenait pour un instant l’aigle de l’Empire au sommet des colonnes triomphales.
Depuis Courbevoie jusqu’à l’arc de triomphe, ce n’était partout que décorations funéraires. Autour de l’arc gigantesque dont Napoléon lui-même posa la